Trois souvenirs de ma jeunesse – Arnaud Desplechin – 2015

TROIS-SOUVENIRS-DE-MA-JEUNESSE-PHOTO3« Je suis triste. Je regarde la fin de mon enfance. »

   7.5   Ce sont les mots de Paul, devant la télévision, diffusant la chute du mur de Berlin. Une impression parmi d’autres, qui condense à la fois toute la teneur du film, son ambivalence, sa force, autant qu’elle constitue une infime parcelle de tout ce qu’il représente. Trois souvenirs de ma jeunesse est un film d’une densité folle, où la fluidité de la démarche n’a d’égal que la dimension indomptable de sa construction. Desplechin parvient à faire trois films en un et à tous les réussir. Probablement parce qu’ils ont beaucoup à voir entre eux, sans pour autant n’avoir de lien direct ou disons autant que Trois souvenirs de ma jeunesse a à voir avec Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle). Ils dialoguent merveilleusement mais peuvent aussi s’apprécier en tant que pièces indépendantes. Cette manière de concevoir est assez inédite dans le cinéma, il me semble. On est habitué à l’idée de préquel mais rarement à le recevoir ainsi. Il y a donc bien trois parties ici, trois souvenirs, mais ils ne sont pas de durée similaire, loin de là et cela confirme que le cinéma de Desplechin s’épanouit à merveille sitôt qu’il s’affranchit des règles. Jimmy P était plutôt raté de ce point de vue. De la terreur d’une enfance maternelle avortée (filmée quasi comme un film d’épouvante, j’aurais d’ailleurs adoré, mon seul regret, le voir investir le terrain du giallo) succède un formidable film d’espionnage en Russie, d’une vivacité et d’une limpidité étonnante, avant que le film ne se libère, s’ouvre et se perde dans un récit d’amour de jeunesse complètement fou, entre soubresauts, accalmies, fulgurances, tour à tour hypnotique et bouleversant. C’est un grand film de personnages, de visages que l’on saisit, que l’on déploie, enchevêtre les uns dans les autres (La sœur, le père, le cousin…) au même titre que la narration, les surgissements de voix off, les multiples effets de mise en scène – Iris, split screen, jump cut – jamais trop ostensibles. C’est un cinéma de la profusion, exaltant, insaisissable tant il est riche. J’oublie parfois à quel point ça peut être génial, Desplechin.

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