Frenzy – Alfred Hitchcock – 1972

Frenzy - Alfred Hitchcock - 1972 dans * 250 Hitchcock-cameo-Frenzy-1972Le maniaque sexuel de Londres.

   9.0   A l’instar de Fenêtre sur cour, l’ouverture est un lever de rideau virtuose. Un plan aérien rejoint La Tamise, s’y engouffre et pénètre dans la capitale en se faufilant façon péniche sous le Tower bridge dont les routes se lèvent pour nous laisser entrer. Un monde de possibles, d’espoir et de réussite semble s’ouvrir à l’image de la musique entrainante qui l’accompagne et les promesses d’un speech gouvernemental sur le procès de l’industrialisation du fleuve. Tout le film naviguera sur ce procédé de pur trompe l’œil. Aussitôt les acclamations d’un auditoire satisfait on découvre le corps d’une jeune femme dans ce même fleuve, non pas dépecée à la mode de Jack L’éventreur comme le fait remarquer ironiquement un homme dans la foule (le film sera régulièrement parcouru de pointes d’humour carrément décalées) mais étranglée à la cravate. Et ce n’est semble-t-il pas la première. C’est une apparence de monde plein de promesses, relayée violement par le crime.

     Frenzy est l’un des tout derniers films d’Hitchcock, son pénultième pour être exact et c’est l’un de ses meilleurs, fascinant de maîtrise et d’expérimentations mise en scénique. Chaque fois il me passionne, me sidère différemment. Hitch règle en réalité ses comptes avec Psychose, autant qu’il se synchronise avec cette vague giallesque qui jaillit du cinéma italien durant cette même période, genre brièvement populaire alors à son apogée commerciale. Et en somme, oui, Frenzy c’est un peu le giallo à la mode d’Alfred. Pas de couteau ici ni d’ambiance volontiers excentrico-surréaliste mais une volonté de jouer dans cette cour, de manipuler ses propres codes en les malaxant avec ceux du genre. Une double référence qui s’impose finalement durablement, au moins dans le ton, assez unique dans un film d’Hitchcock, qui s’impose au fil du récit.

     Frenzy est parcouru par quatre meurtres, tous mis en scène de façon différente. La découverte macabre d’abord, post accomplissement, ce corps tuméfié flottant dans les eaux sales, s’échouant sur la berge. Plus tard, le geste tant attendu, lent, frontal, d’une violence inouï. Plus tard encore, celui hors champ (fameux travelling arrière de légende) étonnamment relayé par sa périlleuse évacuation. Et le dernier, qui ferme le film comme il l’avait ouvert, sur le corps cette fois inerte d’une inconnue, encore chaud. Un défilé de visages pétrifiés, langues sorties, yeux exorbités, en quatre mouvement. Quelque soit sa divulgation chaque meurtre est représenté sous le sceau de l’image choc : Un visage en cut terrifiant ici, un corps mélangé avec des patates là, un que l’on extrait des eaux, un autre que l’on sort de la couette. Ce sont vraiment les abysses du macabre.

     Alors pourquoi Psychose ? Tout simplement car Hitch se permet cette fois de faire disparaitre non pas un mais deux personnages féminins moteurs du récit, gravitant autour d’un innocent que tout accable. En un sens c’est tout le cinéma de Hitch qui se rejoint. Le thème du tueur en série et du faux coupable. Le mouvement, le divertissement et le macabre. Puisque la broche du tueur évoque aussi la clé dans Le crime était presque parfait, autant que la rousse qui se substitue à la blonde rappelle les rouages de Vertigo. Les escaliers ceux de chez Norman Bates. Un moment même, le héros malmené est englouti sur une place londonienne par un vol groupé d’oiseaux. Frenzy se permet absolument tout, dans la durée comme dans l’humour, à l’image de ces nombreuses séquences chez l’inspecteur, condamné à se farcir les expérimentations culinaires improbables (Cannetons aux cerises, soupe de lotte…) de son épouse, tandis que dans le même temps elle finit par lui faire ouvrir les yeux sur la véritable identité du serial killer. Il y a une corrélation jubilatoire entre la nourriture et le meurtre, comme dans La corde. J’aime cette folie qui émane dans chaque séquence. On pourrait tout aussi bien évoquer cette longue scène de camion transportant des sacs de pommes de terre, tant son épure, sa longueur, le suspense qui en émane, teinté d’humour, fait partie des plus grandes scènes folles qu’Hitchcock aura créé.

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