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Les Naufragés de l’île de la Tortue – Jacques Rozier – 1976

Les naufragé de l'île de la tortueDivin chaos.

   9.8   C’est une forme d’absolu à mes yeux, dans ce qu’il représente de plus fou, indomptable, stimulant, extraordinaire. Autant Du côté d’Orouët j’ai vraiment la sensation qu’il s’adresse à moi, intimement, de bout en bout. Là moins. Mais le film diffère d’un visionnage à l’autre. Comme s’il parvenait à s’affranchir du souvenir qu’à chaque fois j’en ai. C’est très déstabilisant. Par exemple, cette fois-ci, j’étais surpris que le début s’étire autant et que l’escale dans le refuge soit si courte. Remarque parmi d’autres, au sein d’un monde qui m’échappe autant qu’il sait me happer et me bouleverser.

     Le cinéma de Rozier n’est qu’affaire d’escapade donc de tentatives, de tâtonnements. Son cinéma se substitue à l’histoire de son personnage, Jean Arthur Bonaventure. C’est le récit d’un rêve. Celui d’un cinéaste voulant tourner sur une île déserte. Et celui de Jean Arthur dont les premières minutes le perdent ouvertement dans un songe psychédélique, tout en éclat et en couleur. Une femme noire sur un tableau constitue le lancement de son évasion. Femme noire que Bonaventure parvient à croiser réellement le lendemain. Dès lors le rêve et le réel ne feront plus qu’un. Le film sera pourtant constamment suspendu entre ces deux pôles, avec notamment l’idée qu’à Jean Arthur de donner à l’île prétendue vierge qu’ils s’apprêtent à fouler le nom de tortue d’où le titre du film, avant que Petit Nono ne lui apprenne qu’une autre île existe déjà sous ce nom. Qu’importe. Chez Rozier on passe vite à autre chose. On dévie. On contourne. On s’égare. A l’image de la première nuit d’expédition, quelque peu chaotique.

     En un sens, on navigue continuellement dans un rêve à l’intérieur duquel on s’y extraie chaque fois via une porte de sortie qui ne sera jamais suffisante pour l’éteindre. On pourrait dilater cela jusqu’à la fabrication du film lui-même que le cinéaste n’aura de cesse de confectionner comme un doux rêve, avec ses surprises et ses obstacles. Un peu plus tôt dans le film, alors que Jean Arthur va pour s’élancer dans un voyage d’observation, ce n’est pas Gros Nono qui se pointe, comme le veut l’organisation, mais son petit frère, Petit Nono (ancien cuistot dans la marine à Toulon) campé par un Jacques Villeret qui débute. Et qui est prodigieux. On ne l’a jamais vu comme ça. A croire que si Les naufragés lui a sans doute ouvert des portes, il ne lui aura pas permis – c’était mission impossible – de lui ouvrir celle d’un jeu dévoué au champ libre, improvisé, pur. Cela vaut bien entendu aussi pour Pierre Richard. On ne les aura vu ainsi uniquement là-dedans, car même si le second déjà connu dans la comédie (Le grand blond, La course à l’échalote…) semble imposer sa tenue burlesque coutumière (corporelle et grimaçante), le cinéma de Rozier est plus fort que lui et l’embarque bien plus loin, quasi à son insu pourrait-on dire, de ce qu’il nous avait habitué à voir.

     Robinson démerde-toi, 3000 francs rien compris. C’est le slogan du nouveau concept vacances, un voyage idéalisé et organisé par Jean Arthur Bonaventure, employé d’une agence de voyage, qui devient donc le guide d’une aventure brinquebalante qu’il se concocte au jour le jour autant que Rozier aussi a pu construire son film au gré des inconnues, improvisations et surprises. La séquence du refuge est l’une d’entre elles. Cette maison fermée dont on en trouve tardivement les clés cachées sous une poutre, après avoir passé la nuit dehors. La longue séquence sur le bateau en est une autre : Les voyageurs s’engouffrent progressivement vers une île semble t-il déserte, qu’il faut terminer de regagner à la nage parce que le défi correspond exactement à ce que s’était imaginé Jean Arthur, cela même si d’autres le trouve artificiel.

     Il y a quelque chose chez Rozier qui tient entièrement dans le rêve et la croyance en ce rêve. Les personnages, aussi peu soient-ils (une dizaine) existent et se multiplient, s’estompent sans disparaître ou s’épaississent alors qu’ils étaient jusqu’ici invisibles. On pense à ce type, râleur, dont on se demande ce qu’il vient faire dans cette aventure, lui que l’on imagine davantage dans un club med azuréen. Ou à cet autre personnage, soupe-au-lait, campé par un Patrick Chesnais tout jeunot. Ou à L’homme grenouille. Ou à Gros Nono qui disparait entièrement du récit. Il y a aussi plus tard sur le bateau l’irruption d’un fantasque autochtone et son instrument au son étrange. Un moment, une voix off force l’entrée. Enfin, on a l’impression qu’elle s’invite tranquillement. Cette voix c’est celle de Caroline Cartier, l’une des robinsones embarquées dont on écoute alors le journal de bord accentuant l’idée de vide magnifiquement primal et sidéral qui traverse ce voyage insensé.

     Il y a un vent de liberté dans le cinéma de Rozier que l’on ne verra nulle part ailleurs. Tout simplement parce que l’on ne sent aucune forme de maitrise, aussi bien du point de vue scénario que de celui de la mise en scène. Toute la descente forestière, vers les immenses chutes d’eau, c’est à tomber, quelque part entre Aguirre (Herzog) et La vallée (Schroeder), avec le soupçon de burlesque supplémentaire. Un burlesque improvisé, qui s’immisce là où l’on ne l’attend pas. Une parole ici, une chute là, tout semble avoir été pioché dans le réel, celui de l’étirement donc de l’impatience, de l’exaspération. Voir Pierre Richard et Jacques Villeret pris dans cet engrenage comique fait un bien fou. C’est la seule fois où on les verra aussi beaux, indécis, imprévisibles, lumineux car Rozier est maitre pour filmer les corps, les déhanchements, les déplacements, la mouvance en général. Ici un Villeret songeur sur le bateau puis plus tard se vautrant sur le tonneau de rhum. Là Richard et son t-shirt rose troué, foulant la terre en se prenant pour Napoléon, chapeau de paille à l’appui, avant que bien plus tard, silencieux – un silence vraiment inquiétant – il ne se laisse guider par son instinct enfantin en pleine robinsonnade, en sautant seul à la nuit tombée, du pont du bateau pour rejoindre le rivage. Des images que l’on n’oublie pas.

     Rappelons que Les naufragés de l’île de la tortue est tourné dans la foulée de Du côté d’Orouët. Sincèrement, sans en faire trop, je pense que ces deux films sont ce qui est arrivé de mieux au cinéma français durant les années 70, pour ne pas dire depuis les années 70. Si Pierre Richard s’en souvient comme de son tournage le plus singulier (on le croit) et avoue que c’est « son » film que ses enfants préfèrent, Les naufragés lors de sa sortie ne marche pas, entaché d’une préalable version de trois heures, remontée, tronquée, charcutée. Il faudra dix ans à Rozier pour oser se replonger dans une telle aventure, ce sera Maine Océan. Mais les aventuriers du cinéma ont rarement percé de toute manière. Il faut une palme d’or à Coppola pour éviter la catastrophe absolue en 1979. Quant aux autres, c’est comme les grands peintres, ce n’est que plus tard qu’ils sont devenus ce qu’ils méritaient de devenir (Fitzcarraldo, Heaven’s gate, Sorcerer…).

     Comme eux, les anecdotes accompagnent la réputation du film de Jacques Rozier. On raconte alors, entre autre, que le cinéaste  embarque un jour Richard et Villeret sur un ilot désert, les fait poireauter trois heures pour une affaire de lumière, avant de finalement faire un plan sur leurs visages regardant la mer. Sans aucun contrechamp. Aux acteurs pour le moins dubitatifs, qui ne comprennent pas pourquoi ne pas avoir élucidé ce plan « passe partout » ailleurs, Rozier répond qu’ailleurs il n’aurait pas donné pareil dans leurs yeux. C’est une anecdote que j’adore. Une anecdote qui en dit long sur la méthode Rozier, cette fascination pour cet instant précis où l’on aura débusqué la bonne durée, l’agacement, la fatigue, l’abandon. Par exemple, dans le film, L’homme grenouille menace de rentrer à Paris, avant de disparaître définitivement du cadre. On raconte qu’il l’a vraiment fait.

     Chez Rozier on a toujours la sensation que les vacances des personnages sont ratées mais qu’elles resteront leur meilleur souvenir. Et comme si ça allait de pair, les lieux sont alors transformés à l’écran. Il y a une utilisation du décor vertigineuse : la manière qu’ont les personnages de se déplacer à l’intérieur d’un cadre souvent trop grand – au point parfois de s’en échapper indistinctement à l’image de Jean Arthur dérivant derrière la pointe. La partie au coucher de soleil est à ce titre absolument magnifique : L’océan infini, reposant et lugubre à la fois, les splendides crépuscules et ces silhouettes fantomatiques qui s’y impriment comme des ombres chinoises. Le tournage que ça devait être, n’empêche…

     Quant au titre, comme c’est aussi le cas régulièrement chez Rohmer, il est plus ou moins mensonger. Point de naufrage – pas au sens propre tout du moins – ni d’île de la tortue ici. C’est une comédie qui déjoue tous les codes. Qui annonce des vagues mais n’en rapporte que les creux. Les naufragés n’entre dans aucune case. Ce n’est pas le rythme qu’on connait. Ce ne sont pas les rebonds habituels. Rozier préfère le petit au grand, l’imprévu au tout écrit, un dialogue quelconque à une tirade hyper cadrée. L’objet est curieux, forcément. On navigue dans un délire post hippie ou hippie mal réveillé, dont le dernier doux rêve subsiste (par la présence de Jean Arthur) au milieu du tourisme et de la consommation de masse, symbolisé par ces voyageurs faussement attiré par le péril.

     C’est un film de chevet. Un vrai. Qui m’accompagne partout. De la présence magnifique d’un Pierre Richard aux yeux azur comme jamais on ne les avait vu aussi bleus, avec sa barbe anar et son parler mystique (d’abord hésitant dans une première partie où il caresse les embruns au cœur d’un plongeon exotique, parallèle, libéré ; Puis de despote au trop plein volontaire, ensuite, au sein d’un voyage qu’il ne maitrise désormais uniquement dans la seule bulle qu’il s’est créé) à cette curieuse façon qu’à le film de se déplacer, flottant dans le temps comme dans l’espace, creusant son sillon déconcertant sans jamais faire machine arrière. Insolente merveille.

Love & Mercy – Bill Pohlad – 2015

LOVE-MERCY-3Let’s go away from awhile.

   7.8   Je connaissais moins Wilson que Pet Sounds donc de voir réunis là l’histoire de cet album légendaire et celle de cet artiste unique a quelque chose d’assez exaltant qui plus est fait de cette manière-là à savoir un biopic sur deux époques, avec deux acteurs différents (Paul Dano & John Cusack, tous deux formidables) avec d’un côté les enregistrements d’un album pas comme les autres et de l’autre une histoire d’amour contrariée (Celle de Brian Wilson et Melinda Ledbetter, toujours mariés aujourd’hui).

     La construction est aussi fluide qu’étonnante, variant les rythmes, naviguant d’une époque à une autre avec une aisance narrative confondante notamment au moyen de sublimes transitions, raffinées, jamais tape à l’œil. Le film ne l’est d’ailleurs jamais, tape à l’œil, en fait il a tellement de choses à raconter de ce génie de l’assemblage sonore, véritable Mozart de la pop, qui sombra dans la dépression (dont on verra que l’après, rien du pendant), qu’il n’a pas le temps de l’être. En un sens je trouve le travail du cinéaste très proche de celui du groupe. J’ai pensé aux grands films de Scorsese, niveau densité et vertige. Disons que ça pourrait largement durer une heure de plus mais sans doute alors le tout en serait déséquilibré, le film que l’on voit est parfait comme il est. J’ignorais totalement l’histoire « intime » de Wilson, en particulier le rôle que joua ce médecin psychotique (joué par le toujours excellent Paul Giammati) sur sa carrière et sa vie, c’est assez sordide.

     Quant à ce que le film dégage musicalement c’est très beau : Les agencements, les constructions, les réappropriations d’Atticus Ross. Vraiment merveilleux. J’ai parfois eu les frissons, presque la larme à l’œil. Je ne pensais pas qu’on pouvait aussi passionnément mettre en scène Pet Sounds, si on peut dire. Et plus généralement, je ne pensais pas que l’on verrait d’aussi belles séances d’enregistrements studio, au cinéma. Gros frissons sur God only knows, I’m waiting for the day (et son tambourin), Caroline No (l’ajout des chiens, du train, magnifique), Sloop John B, You still believe in me (j’étais quasi dans les chœurs). Il y avait One + One de Godard. Il y a maintenant Love & Mercy de Pohlad. Type dont c’est le premier film, rappelons-le. Allez hop, je file me réécouter Pet Sounds pour la cent cinquantième fois, album que j’adorais déjà avant mais que j’aime davantage encore depuis hier.

Le plein de super – Alain Cavalier – 1976

26Un étrange voyage.

   7.2   Voilà un road-movie atypique. Il y a cette ambiance à la Rozier et si la respiration globale est plus inégale et donc moins hypnotique, surtout dans la première partie, l’idée d’une fuite qu’on ne maîtrise pas plane constamment sur le film. Liberté de mouvement et de création qui se joue aussi en amont puisque c’est un scénario à cinq mains que l’on accouche : Cavalier + ses quatre acteurs : Chicot, Bouchitey, Crombey, Saint-Macary. Au départ, un vendeur de voitures aux prises avec un client récalcitrant est envoyé par son patron pour conduire la Chevrolet d’un client important entre Lille et Cannes. Il annule alors son week-end familial ce qui blesse sa femme qui lui reproche, apparemment pour la énième fois, de servir de bonne poire. Bref, un mariage qui bat de l’aile. Il prend finalement la route, accompagné d’un copain. Et lors de leur première escale pipi ils se retrouvent contraint d’embarquer avec eux deux trublions, aussi menaçants que délurés, sans destination particulière mais parés pour filer eux aussi vers la Méditerranée. Le voyage ne sera bien entendu pas de tout repos. Il faut voir comment le film glisse et se perd, devient plus aimable dès lors qu’il creuse ses personnages en les rendant forcément moins antipathiques. Ça rit, ça crie, ça improvise, bref c’est électrique et débridé. La mise en scène est superbe, elle s’adapte parfaitement aux événements. Ce n’est que du mouvement, un peu saccadé, fragile, dissonant. Et le film regorge de moments à la fois légers, drôles et géniaux. Et finit par traiter chaque personnage de façon individuelle sans jamais lâcher l’idée de voyage initiatique groupée, comme chez Rozier. On plane moins que devant Les naufragés de l’île de la tortue, sorti la même année, mais plus on s’enfonce plus le film est fort. L’arrivée de l’enfant change évidemment la donne et à ce titre, la scène finale dans le train est une pure merveille.

Liberté Oléron – Bruno Podalydès – 2001

25La question du père.

   8.1   C’est les grandes vacances estivales et l’on devine coutumières pour les Monot, quelques semaines en Vendée, l’occasion de passer du bon temps à six, notamment sur la plage à expérimenter jeux en tout genre et se prendre le chou avec les nombreux machins gonflables récalcitrants. Il y a déjà dans cette introduction une douce légèreté perturbée par un sentiment d’effroi latent. Jacques ne cesse de répéter off qu’il se fait chier. Son grand rêve, loin des châteaux de sables, est de hisser la voile, larguer les amarres et s’embarquer dans un petit road trip familial sur l’ile d’Aix, en face.

     Mais pour ça il lui faut un bon bateau. Il n’y a plus que ça qui compte. Exit les souhaits de sa femme concernant son patio à géraniums ou ceux de ses gosses quémandant de l’argent de poche. On va même jusqu’à restreindre les ingrédients dans la première crêperie venue. Tout pour le bateau, futur Zygomar, dériveur d’occasion, jusqu’aux coups de gueules parfois violents que chacun se doit de supporter sans broncher. Vraiment un pauvre type, quoi. Qui ira d’ailleurs jusqu’au bout de son (entreprise de démolition de son) rêve.

     La réussite et la beauté de Liberté Oléron tient beaucoup à son potentiel comique, principalement celui de Denis Podalydès, fascinant dans la peau de cet homme aussi attachant que détestable, qui n’en fait qu’à sa tête, qui vit son rêve et le fait partager sans trop se rendre compte que ce n’est pas le rêve de tous. En ce sens Jacques Monot rejoint le Jean Arthur Bonaventure du film de Jacques Rozier : même goût pour l’aventure immédiate, même naïveté, ce besoin d’autorité et l’abstraction totale d’un quelconque sentiment gênant. Jacques ira jusqu’au bout, si loin que le retour de l’île d’Aix, promis incertain pour cause de perte de dériveur lesté, va s’avérer un calvaire pour tous.

     Bruno Podalydès invente sans cesse, il dynamite le film de vacances, procède aux motifs récurrents (la glaviole, le sous-marin, la boussole…) ainsi qu’à des termes marins haut de gamme (lofer, winch, prendre un rit…) – où il faudrait un vrai lexique (offert dans la version dvd) pour tout saisir – pour mieux déjouer les codes, faire un film riche en répliques et d’une forte singularité. Fort de son humour, Liberté Oléron est par la même occasion très touchant. Par les relations qu’il met en évidence. Celle d’un homme en plein rêve de gosse et de sa femme aussi compréhensive que désabusée. Celle d’un ado timide et aveuglée par la beauté féminine et d’une ado un poil plus âgée bouc émissaire de ses potes et condamnée à passer les vacances auprès de ses vieux.

     Par ce qu’il dit sur la famille en général. L’amour et la saturation, l’éclatement, la colère, le partage, le rêve, les réconciliations. Et surtout un sentiment de flottement domine. Parce que c’est les vacances, parce qu’il y a un espoir de renouveau mais qu’il faut y mettre le prix, parce que la réplique fait rarement mouche, elle accompagne, elle est réfléchie, et parce que Bruno Podalydès filme ça sur Oléron et sur Aix, et que forcément on a l’impression d’y être, de recevoir ce doux vent d’atlantique dans la figure (on pense à un Du côté d’Orouët plus dialogué) où nos souvenirs intimes refont vite surface.

La glace à trois faces – Jean Epstein – 1927

20La disparition.

   8.0   C’est L’attente des femmes bien avant Bergman, à la différence qu’ici les femmes attendent le même homme. Un moyen métrage adapté d’une nouvelle de Paul Morand prenant la forme d’un récit en quatre parties, les trois premières apprivoisant le souvenir et l’attente de chacune, ne se connaissant pas, avant une dernière en forme d’épilogue, centrée sur lui tandis qu’il a préféré sa Bugatti à chacun de ses rendez-vous, où on le découvre extrêmement seul (alors qu’il est pourtant triplement attendu et aimé) et passionné au volant de son bolide dans lequel il finit par se tuer. Au-delà de son cachet éminemment tragico-mélancolique et des expérimentations visuelles chères à Epstein, le film vaut surtout pour cette étonnante (dé)construction de récit à triple entrée, sans vraie chronologie, multipliant les points de vue, soit le portrait d’un homme à travers les pensées de trois femmes, auquel il joint la présence d’un narrateur extérieur, tout cela accompagné d’une singularité mise en scénique pour chacune des parties. Très beau.

La chute de la maison Usher – Jean Epstein – 1928

48Palais hanté.

   7.5   J’adore la nouvelle de Poe et je trouve qu’Epstein en tire quelque chose de très différent et donc de passionnant, complètement hallucinogène et feutré quand les mots de Poe nous conviaient à l’horreur, le macabre. La démarche est nettement plus poétique ici, tout en contrastes dépressifs, repoussant sans cesse l’angoisse et la morbidité des lieux. Une transe faite d’étang, de tombe et de foudre, traversée par la représentation picturale qu’Epstein parvient à saisir au détour de plans implacables et stupéfiants.

Hugo Cabret (Hugo) – Martin Scorsese – 2011

Hugo Cabret (Hugo) - Martin Scorsese - 2011 dans Martin Scorsese asa-butterfield-dans-le-role-d-hugo-cabret-photo-dr-1450251431Où la magie commence…

   5.2   J’ai d’abord cru que ce serait un calvaire. Cette petite musique bien ronronnante, cette lumière grossière, ces effets numériques lourdingues. Quelque part entre le Jeunet d’Un long dimanche de fiançailles et Le Pole express de Zemeckis. Bien moche quoi. Et puis on finit par passer outre la lourdeur globale. Pour ne retenir que le chouette film d’aventures doublé d’un bel hommage à Méliès et au cinéma en général, les pionniers autant que les magiciens. Certaines scènes sont très jolies. Petit Scorsese donc (qu’il fit pour que sa fille puisse voir l’un de ses films) en mode pédagogie cinéphile pour enfant rêveur mais ça remplit parfaitement son contrat.

Aux yeux des vivants – Alexandre Bustillo & Julien Maury – 2014

aux-yeux-des-vivants-1Les innocents.

   1.9   Si l’on passe outre l’introduction supra gore et méga foireuse, il y a quelque chose qui tient l’esprit éveillé dans cette foutue fugue d’ados qui se réfugient dans un ancien studio de cinéma, perdu entre champs et forêt. Cette partie là me plaisait presque alors que ces phases d’installation sont rarement les plus passionnantes dans le genre. Jusque là ça passe, en étant indulgent. Puis ça se corse. Les deux réalisateurs s’en branlent des lieux, en fait ils se fichent de tout, trop occupés qu’ils sont à produire leur petite scène choc et le glissement crado. On se souvient de leur précédent film, A l’intérieur, c’était exactement pareil. Dans les deux cas il y a vraiment un goût douteux pour les bébés affligés et les monstres en devenir – Autant que la saga Saw peut être infâme, on va dire. On ne pourra cela dit pas leur enlever de ne pas faire dans la demi-mesure : plus glauque tu meurs. L’histoire n’a d’ailleurs aucun intérêt, pour ainsi dire aucun sens, on nage vraiment dans les canons les plus éculés. La seule idée un peu intéressante c’est le parti de se séparer rapidement de deux des trois ados. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est culotté mais c’est le seul élément de scénario qui m’a surpris. Sur le papier hein car les scènes en question sont ridicule, avec la baby sitter d’une part puis le père violent un peu plus tard. Et puis la fin est grotesque et invraisemblable, bref pas grand chose à sauver.

Fast & Furious 6 (Furious 6) – Justin Lin – 2013

46La vitesse, toujours.

   4.4   Un sixième volet dans la lignée du cinquième, soit un divertissement pop corn décomplexé en forme de grand n’importe quoi jubilatoire. Bas du front évidemment mais on ne voit pas les deux heures passées bref c’est idéal. Ils ont ici décidé de faire revenir Letty (Michelle Rodriguez) censée s’être fait tuer dans le 4 en établissant une ligne de scénario bien gratinée.. Et ils ont aussi choisi d’agrémenter le tout d’une grosse pointure supplémentaire en la présence de Dwayne Johnson – Déjà là dans le précédent mais pas autant qu’ici où il devient carrément troisième acteur central. Avec un final qui fait de plus en plus ressembler cette saga à un Expendables sur l’asphalte. Pourquoi pas après tout ? Le gros bémol ici ce sont les scènes d’action (un vrai problème quand on sait que tout repose majoritairement sur cet assemblage de course poursuite) qui hormis celle génial du tank sur le pont, sont assez illisibles pour la simple et bonne raison qu’elles se déroulent de nuit. Le précédent volet, exclusivement diurne était bien plus efficace de ce point de vue – notamment la séquence finale du coffre. A part ça, page people : Je suis très surpris d’y voir (une courte apparition de) Thure Lindhart, l’acteur principal de Keep the lights on. Passer devant la caméra de Lin après être passé devant celle de Sachs ça doit être une expérience. Et sinon je trouve que Vin Diesel a pris un léger coup de vieux. Intéressant hein ?

La famille Bélier – Eric Lartigau – 2014

la-famille-belierL’intruse.

   4.3   Il faut vraiment le prendre comme on prend un (télé)film de Lioret, le feel good ending en plus. Niveau mise en scène c’est donc le néant. Hormis une scène, pas forcément belle mais culotée, tout est programmatique, attendu, superficiel et l’intérêt repose uniquement sur la présence des acteurs, tous excellents. Enlevez Viard et Elmosnino, il ne reste rien. Louane Emera est bien aussi même si l’on sent qu’elle est là pour sa voix, même si l’on sent le placement « The Voice » produit en gros. Je ne comprends pas trop les prix mais elle fait le job, sobrement. Elle est plus sobre que le film en tout cas. Le récit lui est ultra banal et s’enchaine comme de la variétoche, avec ses boucles et ses refrains easy listenning. C’est l’histoire d’une ado sans handicap au milieu d’une famille de sourds muets qui va devenir adulte en choisissant le chant et se libérer sur Je vole de Michel Sardou. Il faut être prêt à s’envoyer du Sardou pendant deux heures, je préfère prévenir. Chaque scène répond donc à la trame et le film ne s’envole donc jamais trop occupé qu’il est à dérouler avec un nombre hallucinant de mini séquences ouvertes sur la suivante. Un petit programme bien cadré, en somme. C’est en voyant quelques jours plus tôt les dix-huit séquences de Mes séances de lutte, de Jacques Doillon, que je me suis rendu compte à quel point le cinéma mainstream s’enlisait lui dans un schéma sans vie, multipliant la scène coute que coute sans jamais s’occuper de sa durée, indifférent au petit truc qui fera la différence. Le dernier Podalydès a lui aussi ce défaut je trouve. La famille Bélier recherche ça uniquement lors des scènes de chant, mais comme elles sont filmées aussi platement qu’un prime Star’Ac il n’en ressort rien. Concrètement je n’ai rien contre Sardou ni contre n’importe quel autre tube radiophonique dans le cinéma, j’aime juste que ce dernier permette de transcender ce choix – Belvaux réussissait quelque chose de fort à la fin de Pas son genre. Là ce n’est jamais le cas. Reste donc un gentil mélo maquillé en comédie, pas méprisant, pas agaçant, aussi doux et aventureux qu’une chanson de Coldplay, quoi. J’ai trouvé ça mignon alors que je m’attendais à trouver ça insupportable donc c’est cool.


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silencio


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