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Archives pour 13 octobre, 2015

Conte d’automne – Eric Rohmer – 1998

9Si la vie est un voyage.

   7.5   C’est le dernier des contes d’Eric Rohmer. Et l’un de ses plus grands succès, comme si la fermeture d’un cycle était systématiquement gage de succès. L’impression que le public s’acclimate à mesure, tandis qu’il peine à y entrer (La collectionneuse, La femme de l’aviateur et Conte d’hiver passent relativement inaperçus). Et c’est celui qui contient les retrouvailles des deux plus fidèles égéries rohmériennes : Marie Rivière (Le rayon vert, La femme de l’aviateur…) et Béatrice Romand (Le genou de Claire, Le beau mariage…). Plus encore cette dernière, puisqu’on l’a vu grandir et vieillir grâce à Rohmer.

     Dans une interview pour l’émission Les quatre saisons d’Eric Rohmer, le cinéaste souscrit l’idée d’un rapprochement avec les cinémas d’Hitchcock et de Hawks. Conte de printemps tenait du premier quand Conte d’automne hérite beaucoup du second. C’est vrai, Marie Rivière a quelque chose de la Katharine Hepburn de L’impossible M. Bébé, dans sa malice et sa gestuelle, sa propension à jouer avec les hommes, à s’extraire de son enfermement – non pas de sa prison dorée mais au sein de son mariage. C’est elle qui mène l’intrigue. C’est elle qui mène la danse. Les films de Rohmer sont avant tout des chorégraphies.

     En somme, on se situe là aussi, sitôt qu’on prenne Conte d’automne en se focalisant sur Isabelle, sur le territoire de la comédie de remariage. C’est en subtilisant une identité – celle de son amie, après avoir envoyé une petite annonce en son nom – qu’Isabelle renaît et que son mariage continue de vivre. Ce n’est pas un hasard si le film se ferme sur une danse : Celle d’Isabelle et son mari, au mariage de leur fille. Un mariage qui n’a d’importance dans le film que le ricochet qu’il produit sur la rencontre qu’il va engendrer. Une femme aura peut-être trouvé l’amour quand son ambassadrice aura vécu l’aventure par procuration. Quelque part, Isabelle n’est pas sans rappeler Frédéric, dans L’amour l’après-midi, qui jouait le jeu de la double vie mais ne s’y abandonnait pas jusqu’au bout.

     Si l’on s’en tient au scénario pur, on nage dans le pur roman de gare, pour paraphraser Rohmer lui-même évoquant son ultime conte. Mais le film libère à la fois une linéarité archi stimulante et un comique de situation bienvenu. Magali voudrait un homme, mais ne se donne pas les moyens d’en rencontrer un. Isabelle, sa meilleure amie et Rosine, la petite amie de son fils vont toutes deux, chacune de leur côté (elles ne se connaissent pour ainsi dire pas) lui arranger un coup, de manière pas banale. La première en se faisant passer pour son amie au premier rendez-vous, puis au suivant avant de finir par se dévoiler, avec toute la grâce rohmérienne que cela convoque. La seconde en tentant de la jeter dans les bras de son amant philosophe. Difficile en effet de faire plus vaudevillesque. Difficile néanmoins de ne pas tomber dans un ridicule absolu. Mais Rohmer emballe ça avec magie, comme d’habitude, sans sourciller.

     Si la première partie est parfois ingrate, dans sa construction empesée à systématiquement deux personnages, le film se libère par deux fois. D’abord au gré d’une rencontre, que Rohmer parvient à étirer au maximum, afin d’en saisir toute la sève. Une rencontre sous forme de quiproquo puisque Gérald (celui qui a répondu à l’annonce) croit discuter avec Magali, tandis qu’Isabelle se fait passer pour elle. La seconde envolée c’est bien entendu ce mariage final, que le film annonce dès son ouverture. Séquence étirée sur une demi-heure, dans laquelle tout le marivaudage jusque là mis en place d’un côté (Rosine et Etienne) comme de l’autre (Isabelle et Gérald) se collisionne à merveille.

     C’est aussi une des seules incursions de Rohmer dans le thème vaste de l’âge, du vieillissement. D’une part dans le fait de retrouver les deux actrices, douze ans après Le rayon vert, dans un récit où leurs personnages respectifs sont dans une situation inversée. Delphine/Isabelle, Béatrice/Magali. Le cinéma de Rohmer use de multiples variations. De la même manière, il est encore question de mariage, comme il en était déjà question pour Béatrice Romand dans Le beau mariage, à la différence qu’elle ne part plus en quête du mari idéal. C’est dorénavant la recherche d’un homme pour combler le départ des enfants.

     Comme toujours, le vrai personnage d’un film de Rohmer c’est le lieu. Conte d’automne est intégralement tourné dans la vallée du Rhône, entre l’Ardèche et la Drôme, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Bourg-Saint-Andéol, durant la période des vendanges saisonnières. C’est peut-être le plus rafraîchissant des contes de Rohmer. Sans doute aussi parce que c’est la plus belle des saisons. Car le cinéaste filme la campagne comme personne, ses châteaux, ses vignes et ses villages sans délaisser une seconde le récit noué autour de ses personnages. Un délice.

Fermière à Montfaucon – Eric Rohmer – 1967

28Mon journal d’une femme de la campagne.

   6.0   C’est l’une des seules incursions du cinéaste dans le documentaire pur. On y suit Monique, une quarantaine d’années, ancienne institutrice devenue femme de cultivateur, qui raconte son quotidien de labeur et sa polyvalence : Son travail à la ferme, les aides à son mari dans le champ quand il y a pénurie de main d’œuvre et le reste de son (peu de) temps passé en tant que conseillère municipale. Le film fait se succéder ces prises réelles, la vie avec les bêtes, la traite, la cuisine, sans parole sinon celle off de la fermière partageant son quotidien. Idéal à voir en tant que complément de programme de Conte d’automne


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