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Archives pour octobre 2015



L’amie mortelle (Deadly friend) – Wes Craven – 1987

02. L'amie mortelle - Deadly friend - Wes Craven - 1987Le village des damnés.

    5.5   Je m’attendais à une rechute intégrale. Pas tant que ça finalement. S’il faut accepter l’outrance d’un scénario gratiné et une construction un brin programmatique et prévisible, c’est un film surprenant, un peu raté certes, mais qui ose embrasser tous les genres avec une énergie attachante. En fin de compte, je l’aime bien ce film. On écarquille un peu les yeux au départ mais on finit par le trouver beau. Enfin, disons qu’il est nettement mieux fait que Swamp thing avec lequel on pourrait lui trouver quelques ressemblances.

     Il y a quelque chose de disloqué dans les familles présentes dans L’amie mortelle, quelque chose de post Spielberg où si le père n’est pas absent (le héros vit seul avec sa mère) il est violent et alcoolique. C’est le cas pour celui de Samantha, dans un foyer qui lui, ne contient pas de mère. C’est dans ces conditions que les deux ados se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre – D’autant qu’une voisine cinglée (Freak Anne Ramsey aka Mama Fratelli dans Les Goonies) réduit en miettes le super robot du jeune neuroscientifique.

     C’est là-dessus que le film est encore plus terrible que ses situations familiales : Après BB (le nom du fameux robot) c’est Samantha, un soir, qui est « accidentellement » jetée dans les escaliers par son père possédée par la boisson, et qui n’attend plus qu’on la débranche à l’hôpital. Evidemment, les lignes scénaristiques sont énormes, pour lancer ce qui va venir, mais c’est si ignoblement tragique dans le fond que l’on marche dans le désespoir du héros et dans l’espoir attendu qui s’ensuit. Le titre français l’annonce clairement, le titre original moins.

     Pour ce qui est du capital scènes gores le film est plutôt généreux, autant dans le réel que dans ses parties rêves, que l’on prend plaisir à retrouver Craven après Craven. Elles font certes ici quelque peu remplissage et/ou passage obligé pour que le film soit labellisé Horreur, mais elles ne sont pas mal faites, inventives (ce corps de père brûlé sous la couette, clin d’oeil à Freddy, évidemment) ou grandguignolesques (Une décapitation au ballon de Basket).

     Comme souvent, le film s’achève dans un climat de vrai faux rêve tendance fourre-tout final mais ça ne gâche pourtant pas ce que l’on vient de voir. Je retiendrai surtout l’extrême noirceur de cette tentative de mélo évoquant de loin le Starman de Carpenter, avec cette fille / robot retrouvant finalement, mais trop tardivement, ses facultés humaines (la parole) au moment de se faire zigouiller. L’amie mortelle n’est définitivement pas tendre avec Paul, son héros, qui pourrait être vu comme l’incarnation masculine, dix ans plus tôt de Sidney Prescott.

Le miroir à deux faces – André Cayatte – 1958

40La vengeance au doux visage.

   7.5   En tant qu’ancien avocat, Cayatte pourrait être un cinéaste de la résolution – Ce qu’il sera un peu dans le bon, mais plus mécanique Les risques du métier. Le miroir à deux faces s’ouvre par cette résolution. Tardivet se pointe chez les flics et dit qu’il a tué puis raconte son histoire. On sent que Cayatte veut se débarrasser de ça sans doute aussi pour ne pas être tenté, ni tenter son spectateur, de suivre une maquette d’intrigue à suspense qui reposerait beaucoup sur sa fin. Il ne veut pas refaire Les diaboliques. De Clouzot le film s’apparenterait davantage à L’enfer, merveille inachevée que l’on ne verra jamais.

     Tout se joue dans une structure archi fataliste où l’arc tragique provient de coïncidences apparemment anodines. C’est une petite annonce qui marie Bourvil, à une femme au physique ingrat. Dix ans plus tard, c’est un banal accident de voiture – « Mais n’allons pas trop vite » raconte-t-il ; L’image de cette voiture est en effet son dernier instant de plénitude vaniteuse – qui conduit sa femme entre les mains d’un chirurgien zélé qui en guise de constat préfère réparer les visages. Dans Le mépris, lorsque Camille et Paul rencontrent Palance qui demande à la jeune femme si elle veut faire un tour dans son Alfa, Paul la laisse filer, par suffisance et naïveté professionnelle. Dans Le miroir à deux faces, lorsque le médecin propose ses soins à Bourvil, ce dernier déchire ses photos Avant/Après précisant que sa femme ne veut pas changer son visage. Ce bref instant de dépossession dans l’un et de possession dans l’autre crée une faille. Toutes deux joueront alors le jeu de la contradiction.

     Le film est imprégné d’images extrêmement fortes, autant sur le plan de la désagrégation conjugale – le réveil de Marie-José, l’indigente arrogance de Bourvil – que de l’anticipation de sa dissolution – Tout ce qui se trame à Venise, en début de film, annonce un destin funeste. Et bien sûr via le personnage de Michèle Morgan, qu’on transforme façon Les yeux sans visage. Et Cayatte a créé un monstre quasi absent du cadre mais qui n’est pas sans évoquer les plus grandes mères castratrices de l’histoire du cinéma. Bourvil, absolument excellent, campe ce fiston sous emprise, un peu benêt, beaucoup salaud, avec une puissance de jeu telle qu’il en devient insupportable. Type qui avait épousé une femme suffisamment laide pour ne pas se la faire prendre mais qui fait chaque jour en sorte qu’elle s’excuse de l’être en jouant le rôle de sa bonne à tout faire. La résurrection de cette femme soumise est à la fois quelque chose d’hyper jouissif autant que c’en est troublant, tragique. C’est vraiment un film très particulier, étonnant dans sa construction mais tout à fait limpide, classique et moderne à la fois. 

Lucky Louie – Saison 1 – HBO – 2006

35.11Fin brouillon.

   7.0   Louie devrait revenir pour une saison 6 début 2016 (J’espère tellement) mais il me manquait déjà. Du coup je voulais jeter un œil, par curiosité, sur la première création télévisuelle de Louis CK qui a inspiré et lancé Louie. C’est assez proche dans le ton, les thématiques, la narration, les personnages, le trash, les boulettes du quotidien, les fardeaux de l’intimité, mais la série se différencie au moins sur un aspect relativement imposant : le cachet Sitcom.

     Ça donne donc quelque chose de plus ouvertement drôle, relevant de l’anecdote disons davantage dans la veine de ce que peut raconter Louis sur scène dans les parties stand up du show Louie. Notamment au niveau des personnages secondaires (Rich, Jerry, Mike) qui sont écrits moins subtilement même si soyons clairs ils sont souvent à mourir de rire.

     Chaque épisode est un vrai bonheur. Et puis bon, c’est quand même régulièrement vachement osé, super trash (donc génial) en témoigne ce début d’épisode ouvrant sur une discussion conjugale questionnant les vertus du doigt dans le cul ou encore tout ce qui tourne autour de ce cagibi à branlette ou le « If you catch me, I suck your dick » soit le dernier remède de Kim pour faire maigrir Louie. La série regorge d’instants géniaux.

     Sitcom oblige, je pensais que Lucky Louie serait plus « bon enfant » que Louie, mais que dalle. Tout était déjà là, en gestation, plus intime que sociétale certes mais dans laquelle il ne manquant plus qu’elle soit étoffée d’une forme digne de son écriture. Bref, Lucky Louie est un one shot sublime de treize épisodes et une entrée en matière idéale dans l’humour de Louis fucking CK.

La pyramide humaine – Jean Rouch – 1961

imagesRejouer le réel.

   9.0   1959, un lycée à Abidjan. Rouch veut faire une fiction improvisée, dans lequel chaque élève jouerait un rôle. Celui de la rencontre entre les deux clans, chose habituellement inconcevable à Abidjan, où blancs et noirs se côtoient sans se fréquenter. « Il y aurait des vrais racistes, peut-être même des gangsters »  dit Jean Rouch. Le but étant de voir s’il est possible de dépasser le cadre de la différence d’origine afin de montrer les relations interculturelles entre les noirs africains et les blancs européens. Une lycéenne dira à Rouch : « Alors c’est un film amateur puisque les scènes ne sont pas écrites ». Il n’y a pas de film amateur, lui répondra t-il.

     C’est la caméra qui devient le personnage central, médiateur, dans la mesure où c’est elle qui permet cet étonnant jeu de rôle et de relais. L’expérimentation n’existerait pas sans cet objet complice qui déforme autant qu’il raconte énormément de la réalité, attire le modèle dans ses filets, modèle qui ne jouerait pas le jeu en son absence. Certains cabotinent, d’autres se fondent dans le personnage qu’ils incarnent. On stimule les imaginations, on effectue des rapprochements et des glissements.

     Dans un premier temps, chaque groupe est filmé séparément, certains sont plus ouverts que d’autres, certains sont plus communautaires que d’autres. Le film est alors traversé par des joutes verbales en tout genre, sur la difficulté à communiquer par-delà les préjugés et sur la possibilité d’une abolition des apparences. Peu à peu, le film isole les plus ouverts de manière à mettre au centre cette possibilité de vivre ensemble. La scène de danse magnétique quasi centrale vient apporter une telle euphorie que le film doit forcément en redescendre : Dans une seconde partie, empruntant aux lois du mélodrame, la demoiselle la plus ouverte est finalement celle qui crée le conflit puisque, barrière de la langue passée, deux hommes en tombent amoureux et finissent par se battre pour elle. Il n’y a plus de barrières raciales. Ne reste que des relations sentimentales, l’amour, la jalousie.

     C’est un immense film. Une grande proposition de cinéma que de partir en quête d’un rassemblement à travers un dispositif fictionnel et d’improvisation. C’est sublime de bout en bout et c’est ce que j’ai vu de plus beau de la part de Jean Rouch jusqu’à présent.

Quelques films de Jean Rouch, en bref, en vrac (1959/1971)

24La chasse au lion à l’arc – Jean Rouch – 1967

     C’est très bien évidemment, surtout comment le film est construit, méticuleusement. Mais j’avoue avoir du mal à regarder les scènes de chasse dans leur accomplissement, aussi documentaires soient-elles.

Moi, un noir – Jean Rouch – 1959

     C’est très beau, très dense. D’une liberté et d’une audace troublantes. C’est fou de voir combien ce film a apporté à la Nouvelle vague.

Jaguar – Jean Rouch – 1967

     Superbe ! Passionnant voyage vers la Gold Coast avec une inventivité de mise en scène proprement hallucinante en 1967.

Les veuves de quinze ans – Jean Rouch – 1965

     Bof, pas grand intérêt. La fiction n’est pas le fort de Rouch sauf si elle ne se met pas au service d’une reconstitution du réel mais tout à l’improvisation (Jaguar, La pyramide humaine…)

Petit à petit – Jean Rouch – 1971

     J’en ai donc fini avec mon cycle Rouch (en espérant poursuivre prochainement) et ce film très drôle, un poil plus anodin que d’autres de ses longs métrages même si toujours aussi inventif.

Les tambours d’avant, Tourou et Bitti – Jean Rouch – 1972

76   7.0   Si Mammy Water est dans la lignée des Maîtres fous formellement celui-ci change complètement : Rouch a désormais une caméra qui lui permet d’expérimenter des plans plus longs donc il tourne ce film transe en un seul plan séquence de neuf minutes. J’ai beaucoup pensé au film de Depardon : Dix minutes de silence pour John Lennon. C’est magnifique.

Les maîtres fous – Jean Rouch – 1956

63   8.0   Je démarre un cycle Jean Rouch avec ce film aussi puissant que terrifiant qui m’a laissé sur le carreau. En fait j’essaie de suivre une sorte de chronologie donc j’ai rapidement parcouru les dates de chaque film présent sur le coffret. Ce n’est pas mon premier Rouch non plus, j’ai déjà vu Cimetière dans la falaise, le sublime Chronique d’un été et son morceau de L’an 01. Quoiqu’il en soit, Les maîtres fous me semble à part dans sa filmographie : C’est un docu ethnographique d’une violence sans nom, nourri de rites, chorégraphies et sacrifices incarnant le reflet de notre civilisation, pour citer les propres mots du cinéaste.

Premium rush – David Koepp – 2012

Joseph Gordon-LevittCourse à la mort.

   5.0   Encore un de ces produits épileptiques à la Phone game / Cours Lola cours où le montage est fait par un excité de la rétine, dans lequel on multiplie les inserts en tout genre (l’heure, façon 24, notamment), des ralentis flash-sideway, jump temporel et autre gimmick Google Maps. L’intrigue tient sur rien et ressemble à tant d’autre. En revanche ce qui est plutôt convaincant, qui fait que malgré tout on ne voit pas le temps passé, ce sont ces scènes en mouvement permanent, sur vélo, assez lisibles et stylées. Koepp a au moins cela pour lui, pour un film d’action il lui donne du jus, autant que pour un film d’épouvante il nous offrait son lot de frayeurs – Hypnose, avec Kevin Bacon. C’est bas de plafond et généralement maladroit – dès qu’on quitte le coursier et qu’on plonge dans un Chinatown cliché, en gros – mais ça se laisse mater. Sont forts ces ricains quand même, pour emballer ce genre de truc complètement insipide. Chez nous, qui aurait pu faire ça ? Besson ? Cavayé ? Dans les deux cas, on aurait soit rien compris aux trois quarts des scènes d’action ou alors il aurait fallu encaisser un truc tout gris (Premium rush est hyper lumineux) ou tout bavard, voire carrément se farcir Gilles Lellouche. Là, Michael Shannon en fait comme souvent quinze tonnes, mais c’est Michael Shannon. Manhattan y est filmée n’importe comment, et pourtant on reste devant. Pop corn en main. D’autant qu’il y a dedans les deux personnages les plus géniaux/énigmatiques de Banshee, petit plaisir supplémentaire.

Flic ou voyou – Georges Lautner – 1979

flic-ou-voyou_25969_2Belmondo ou rien.

     3.0   Si on enlève Belmondo il reste quoi ? Absolument rien. C’est un film navrant à tout point de vue. Mais voilà, il y a Belmondo et faut reconnaître qu’il sauve bien quelques situations. J’avais vu ce Lautner il y a longtemps et complètement oublié. Je vais encore l’oublier je crois.

Rambo (First blood) – Ted Kotcheff – 1983

rambo   8.1   Grand, très grand film sur la guerre du Vietnam, à ranger sans forcer aux côtés des meilleurs. Je le revois souvent, tous les 2/3 ans on va dire mais c’est la première fois que je le voyais en blu ray et en VO et évidemment ça tabasse encore davantage.

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