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Archives pour 26 novembre, 2015

La règle du jeu – Jean Renoir – 1939

1. La Rêgle du jeu – Jean Renoir - 1939Mensonges et trahisons et plus si affinités.

   10.0   Renoir l’annonce d’emblée : La règle du jeu est une comédie fantaisiste, en marge de l’actualité. On est à l’aube de la seconde guerre mais le récit semble à la fois se situer en dehors du monde autant qu’il symbolise métaphoriquement et prophétiquement les évènements à venir.

     La construction formelle est étonnante. C’est une première partie faite de nombreuses ellipses, qui installe la dramaturgie jusqu’à la désagrégation des couples. Puis vient la seconde et sa spirale tragique, optant cette fois pour une temporalité plus resserrée (aucune coupe pour ainsi dire) le temps d’une soirée costumée, au château de la Colinière, dans un rythme endiablé, au synchronisme hallucinant.

     Il y a trois personnages sur un siège éjectable (Jurieu, Marceau, Octave) qui sont dirigés malgré eux par les lois imposées par le maître de cérémonie, un marquis accompagné de ses fidèles apôtres (tous sans relief, s’annulant les uns les autres). Trois personnages de passage dans un monde codé, qui disparaissent comme ils sont apparus, meurent ou réintègrent leur monde, tandis que les autres ne sont que des ombres, fantômes célébrant leurs propres funérailles – Le dernier plan est prodigieux.

     La règle du jeu mélange tous les genres. Le faux reportage se substitue au documentaire de chasse puis au film de fantômes, avant de se transformer en satire bourgeoise, comédie à la Charlot et vaudeville sentimental. C’est en effet une somme d’histoires d’amour perturbées, chevauchées les unes dans les autres à tel point qu’il est presque délicat d’en saisir chaque interaction. les aristos ayant leur reflet populaire, selon un schéma sensiblement identique : Amants et prétendants. Les hypocrites qui masquent tout d’un côté et les instinctifs qui se font violence de l’autre.

     Tout est complexité : Les deux femmes pourraient être partagées entre deux hommes mais on monte ici plutôt à trois voire quatre. Octave étant le personnage relais entre les deux histoires. Deux mondes qui se collisionnent dans le meurtre, où le pauvre tue en faveur du riche, qui triomphe donc sans se salir les mains et peut préserver les apparences et la distance de classe.

     A la fin, André Jurieu, seul vrai romantique issu d’un autre temps qui risquait sa vie pour Christine en traversant l’Atlantique, est tiré comme un lapin en écho à cette atroce partie de chasse centrale mais personne n’est véritablement scandalisé. Il a roulé comme une pomme, fera remarquer Marceau en s’adressant au marquis de La Chesnaye. Il est abattu sur un faux hasard (Le marquis conclut pour tous à un banal et cruel accident) et sa mémoire oubliée à jamais dans le mensonge.

     Panoramiques sidérants, entrées et sorties de champ vertigineuses, profondeur de champ virtuose, plans serrés systématiquement fondus dans des plans larges. Chaque idée formelle tient d’un minutie de génie mais toujours acceptée dans une continuité. L’utilisation du son, à ce titre, tient une place essentielle. Autant dans les intérieurs que les extérieurs, en champ ou hors champ, de le sentir fuser ainsi d’une pièce à une autre accentue le tourbillon infernal.

     Toute la mise en scène autour de Renoir jouant Octave est passionnante et révèle un dispositif aussi ludique que rhétorique : Lorsque celui-ci, pris dans la tourmente du jeu, ne contrôle plus rien (fameuse séquence du spectacle amateur) le film s’embrase, le piano joue seul, le marquis règne entièrement sur ses automates, ne reste plus qu’au tragique de faire son travail et Renoir de dire, pour finir, toujours par l’intermédiaire de son personnage, qu’il va quitter la société pourrie, retrouver de la normalité. Il annonce La règle du jeu comme étant sa création la plus folle, en somme.

A la recherche de Vivian Maier (Finding Vivian Maier) – John Maloof & Charlie Siskel – 2014

slider_vivian_maier_7643.jpeg_north_1160x630_whiteObsession(s).

     5.5   Vivian Maier n’est plus, elle est décédée à l’âge de 83 ans. C’était une photographe de génie mais de son vivant, ceux qui l’ont croisée ne la connaissaient qu’en qualité de nounou, point. Elle laisse derrière elle une infinité de négatifs enfermés dans des boites, mais zéro notoriété, nada, pas même un semblant de page Google. Son talent n’est reconnu qu’aujourd’hui après que ce jeune inconnu, répondant au nom de John Maloof, ait acquis une série de négatifs anonymes lors d’une vente aux enchères, en vue d’abord d’en faire un livre sur l’histoire de sa ville natale.

     Le documentaire en lui-même n’est pas des plus passionnants mais ce qu’il conte l’est tellement qu’il parvient à l’être aussi. C’est donc l’histoire d’un homme qui retrace comme il peut l’histoire d’une femme, au moyen d’abord de quelques négatifs qui l’emmènent dans un immense local fourre-tout (montagnes de cartons abritant d’autres négatifs mais aussi coupures de journaux, vêtements, impayés d’imposition…) puis à la rencontre de personnes aperçues sur les clichés, notamment des enfants gardés, dont il finit par obtenir l’entrevue, puis dans un village des Alpes françaises dans la famille de la mère de Vivian – Dans lequel on finit par apprendre, qu’elle envoyait ses négatifs pour en faire des tirages qui n’existeront jamais puisqu’elle ne laissait jamais d’adresse.

      Il s’agit pour Maloof d’éclaircir deux mystères : Celui d’une artiste qui a choisi de rester dans l’ombre d’une éventuelle célébrité et celui d’une cinglée – qui gardait tout minutieusement – dont on peut retracer toute la vie par ses photos, vidéos super 8 et notes diverses. Cinglé, John Maloof l’est à sa manière : Plus rien ne compte d’autre pour lui que de rendre public et de faire entrer au musée les photos de Vivian Maier mais aussi et surtout de connaître la vie de son sujet sur le bout des doigts. Rien ne l’arrête. Pourtant, qu’y a-t-il de plus gênant que de faire connaître aux yeux du monde, de manière aussi posthume soit-elle, une artiste qui ne voulait pas se faire connaître ? En plus de ne jamais traiter le pourquoi de l’existence même d’un film de cinéma, comme si l’auteur voulait garder toute transparence théorique pour ne pas froisser le spectateur friand de sensations fortes, cette partie éloquente n’est évoquée que brièvement, entre deux interviews. C’est dommage car cette transmission d’obsessions maladives méritait un film à elle seule.

      Pour accentuer l’excentricité de la photographe, l’auteur dresse le portrait des anciens enfants qu’elle a gardé, devenus adultes, qui se contredisent quasi tous excepté concernant la part d’ombre de leur nounou et sur la présence permanente de son Rolleiflex à son cou. C’est la partie la plus réussie du film, puisqu’elle parvient à saisir cet épais mystère sans jamais réussir à le percer. On comprend que Vivian Maier se donnait un nom différent et une autre origine suivant les familles d’enfants qu’elle gardait mais qui passaient toujours au second plan dès qu’ils se trouvaient dans la rue et que Vivian pouvaient ouvrir l’œil et capter un regard, une situation et l’enfermer dans sa boite. Elle se disait espionne. Elle l’était. A sa manière, comme une journaliste qui enregistrerait tout mais ne dévoilerait jamais rien.

     Le film aurait gagné à purifier et synthétiser son récit plutôt que de nous balancer pêle-mêle ces entrevues chevauchées les unes dans les autres, entrecoupées de clichés de la femme mystère et cerise sur le gâteau, de plans inutiles de John Maloof chez lui. Dommage de ne pas avoir saisi l’art de la jeune femme en le faisant transparaitre formellement dans le film lui-même. Dommage d’être in fine aussi lourd et indigeste. Mais je le répète : le film se nourri d’anecdotes tellement fascinantes, qu’il se regarde sans déplaisir.


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