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Archives pour décembre 2015



Un moment d’égarement – Jean-François Richet – 2015

530599« Rien, on vous attendait »

   2.0   Chez Berri, les filles avaient leur monde, les pères avaient le leur. Ce qui ne les empêchait pas d’exister autrement que par le prisme vulgaire de leur époque. Les deux ados chez Richet sont deux ados insupportables, débiles, deux pétasses bien d’aujourd’hui en somme, issues de la culture selfie et texto. Elles sont vulgaires quand elles parlent, quand elles dansent, quand elles draguent. Clichés en puissance. Quel intérêt d’écrire si mal des personnages ?

     Encore un de ces films de droite qui veut paraître cool, où l’on se plaint vite fait des indépendantistes corses et se moquent des vieux chasseurs racistes et vendeurs bricolage misogynes. On garde les vieilles chaises et les toiles cirées mais on fait du canyoning, du jet-ski et on roule en Audi. On balance Follow rivers de Likke Li et Diamonds de Rihanna, pour faire comme Kechiche et Sciamma. Ou Les mots de Christophe, pour donner un semblant de profondeur. Cool on t’a dit.

     Ce qu’il faut retenir : En bon pote de Canet (hypothèse) et donc aussi de Langmann, les types se font de savoureux clins d’œil de beaufs. Ici, Cluzet ne chasse plus les fouines mais les sangliers (afin de placer une grosse pub Gamm Vert). Mais il le fait avec la même verve et les mêmes grimaces hénaurmes qui faisaient le fil rouge des Petits mouchoirs. Et puis Cluzet doit faire corse alors il trimbale un lamentable accent forcé, seulement quand il y pense, c’est à se tordre, parmi un nombre incalculable de séquences nullissimes à l’image du caleçon de Vincent Cassel.

     Le plus troublant là-dedans c’est de se dire que le réalisateur de cet étron est le même que celui de Ma 6-T va crack-er. Comment, en vingt ans, en arriver là ? Déjà qu’un hommage (assez mauvais, au passage) à Assaut de Carpenter il y a dix ans marquait une évolution de la renonciation. Mais là ? L’hommage à Berri (le pauvre, avait-il mérité ça ? Et dire que son fils même est derrière tout ça…) c’était déjà improbable (de la part de Richet, je veux dire) mais le faire ainsi c’est à désespérer.

     Dans Les Cahiers, Malausa disait ceci : « Voir Richet, l’ex-ouvrier travaillé par les grandes formes révolutionnaires, s’abaisser à filmer les cabotinages d’acteurs aussi sociologiquement formatés que Cassel – le papa cool qui sort en boite – ou Cluzet – le papounet ronchon qui reste à la maison – n’est pas seulement consternant : C’est la marque d’une soumission insupportable à l’entreprise de restauration qui travaille l’époque. Un moment d’égarement ne tente rien d’autre que de nous vendre cette idée parfaitement malsaine que, dans un monde à la jeunesse résignée, les papas ont la santé ». Je plussoie sur tout.

Au service de la France – Saison 1 – Arte – 2015

30(2)« Tamponné. Double tamponné. »

   6.5  Paris, 1960. André Merlaux est recruté comme stagiaire au sein des services secrets. Destiné à devenir un espion, il doit apprendre le fonctionnement, les rouages, épaulé par trois agents suffisants, des assistantes mystérieuses, un colonel inquiétant. En bon élève, à son arrivée Merlaux répond au téléphone, première erreur. « La logique m’échappe (…) Vous n’êtes pas à la sécurité sociale Merlaux » lui dira Moïse, le directeur des opérations, un peu dégouté de devoir recevoir la délégation du Dahomey venue quémander son indépendance. Plus tard, alors qu’il semble faire seul des heures supplémentaires dans le vide, Marie-Jo s’en inquiétera : « Vous êtes encore là ? Il est pourtant presque six heures moins vingt ! » avouant aussi une autre fois qu’on finit plus tôt le jeudi afin de préparer comme il se doit le pot de vendredi. On est donc chez les feignants, pas vraiment ce à quoi nous ont habitué les films de CIA. Mais on se rapproche du climat OSS117, avec ces agents simplets, ringards et réacs, champions de la vanne sur les complets bleus, rien d’étonnant puisque Jean-François Halin en était aussi le scénariste. Ce qui a changé ici, concrètement ? L’absence de Jean Dujardin, quoique le jeune Hugo Becker s’en sorte très bien. C’est surtout une question de mise en scène. Là où Hazanavicius parvenait à insuffler un rythme énorme, avec plein de changements de ton, des répétitions savoureuses, un comique subtil de l’enchainement, Au service de la France perd sur la durée, ne parvenant pas créer un véritable élan, soit en étant trop courte (regarder un épisode n’est vraiment pas suffisant) soit en s’embourbant sur la longueur (En découvrir quatre successivement comme le proposait chaque semaine Arte crée un peu de lourdeur). Et Alexandre Courtès fait le job mais peut-être un peu trop bien le job, justement. On voudrait que ça déborde et surprenne davantage. L’épisode à Alger apporte une rupture bienvenue, A bout de souffle dans un autre fait aussi beaucoup de bien à une dynamique moscovite assez faiblarde. On en voudrait encore. Davantage. Eh bien la série va nous l’offrir. Dans le dernier tiers, chaque épisode est meilleur que le précédent, ouvrant à la fois des tiroirs scénaristiques à faire rougir n’importe quel opus de James Bond et se libérant dans une vivacité d’humour qui fait un bien fou, qu’on n’avait pas entrevu depuis Le Caire, nid d’espions. Ici, on détourne un avion vers Londres pour assister au match de Rugby France/Pays de Galles ; là on évalue le service, plongé en plein code taupe, grâce à un détecteur de mensonges. Et la série se ferme provisoirement (espérons une saison 2, bordel !) sur un stratagème archi complexe qui s’achemine vers une résolution kafkaïenne qui prend des proportions aussi fortes qu’inattendues. Bref, c’est top.

Lucie Aubrac – Claude Berri – 1997

s,725-2d0514Amour et résistance.

   8.0   Comme dans mon souvenir, il s’agit sans nul doute du chef d’oeuvre de Claude Berri, pour sa limpidité et son orchestration, la multiplication de séquences quasi muettes, tout en mouvement à l’image de cette ouverture somptueuse de l’attentat du train. Le film glisse subtilement de Lui vers Elle, de Raymond vers Lucie, comme le titre le laissait présager. Surtout il construit une idée de la transmission selon un schéma narratif complexe et circulaire d’une grossesse à venir confrontée au départ vers les camps des parents Aubrac. C’est une histoire de résistance où les identités sont modifiées : Raymond Aubrac devenant François Vallet quand Jean Moulin (Patrice Chéreau) devient Max ; Tandis que Lucie, pour sauver son homme des griffes de la Gestapo et en l’occurrence de Klaus Barbie, devient Guillaine de Barbentane. C’est le gros du film : le combat d’une femme pour faire évader son mari. Certes le récit semble essentiellement s’inspirer du livre de Lucie Aubrac « Ils partiront dans l’ivresse » mais outre son aspect scolaire en apparence c’est bien la mise en scène de Berri qui fait le reste ici, toujours dans la bonne distance, la bonne échelle, la durée de plan adéquate aussi bien dans les scènes de tortures que d’exécutions. C’est une merveille de chaque instant qui combine la passion invulnérable, la progression résistance envers et contre tout ainsi que le mélodrame sublime. La double séquence finale ratage/réussite de l’attaque du camion est incroyable de précision et de crescendo dramatique. Il y a aussi celle de l’entrevue des résistants chez un médecin, où le film s’attarde en priorité sur le déplacement des résistants pour se rejoindre : un modèle de construction minutieuse (le funiculaire, notamment) jusque dans l’arrestation de Caluire. Il ne s’agit pas de faire un manifeste résistant mais de concilier le geste et le romanesque. Je trouve le film assez irréprochable dans tout ce qu’il entreprend d’autant qu’il ne prétend aucunement être exhaustif et/ou hyper représentatif de la résistance sous Occupation nazie, il raconte un fait comme il aurait aussi pu en raconter un autre.

Mon amie Victoria – Jean-Paul Civeyrac – 2014

141222_..multimediaarticles141219MonamieVictoria     4.5   Ce n’est que le deuxième film que je voie de Civeyrac, après Des filles en noir, sorti quatre ans plus tôt. J’ai un problème avec le cinéma de Civeyrac : à la fois je trouve ça très beau la manière qu’il a de faire quelque chose d’aérien sans pour autant tomber dans une tendance arty. C’est à la fois sobre et harmonieux. Après ce n’est pas non plus Claire Denis. C’est la face B de son cinéma qui malheureusement m’apparaît la plus limitée et ostensible, ce manque de personnalité, de glissement imprévu, de séquences si puissantes qu’elles peuvent en avaler le film ou l’élever en un claquement de doigts. Idem pour son côté mélo, terne à l’image de cette envahissante voix off, peu enclin à l’émotion comme si le cinéaste s’y refusait. Bref, ce n’est pas Mirage de la vie. J’en tire somme toute les mêmes conclusions que pour l’autre, globalement car ce dernier me semble un peu moins empesé, plus empathique. Très Fémis style quoiqu’il en soit. C’est assez beau parfois. C’est assez chiant souvent. Plus chiant que beau au départ d’ailleurs mais heureusement plus beau que chiant à la fin. Après, de là à ce que ça me marque… Il faudrait qu’un jour, je tente le Civeyrac des débuts pour voir.

Papa was not a Rolling Stone – Sylvie Ohayon – 2014

683505-fiuhoreu     2.0   Prenez une pincée de L’esquive, une autre de Tout ce qui brille et de LOL, ajoutez un zeste de Bande de filles et saupoudrer d’humour Le ciel, les oiseaux et ta mère et vous obtenez ce truc indigeste et sans intérêt. Les anglais ont Fish Tank et nous on a Papa was not a Rolling Stone. On la porte notre croix. L’idée même que le film soit tiré du livre autobiographique de la réalisatrice elle-même semblait déjà suspect quant à ses intentions. Mais de voir si peu d’originalité dans le traitement, cette sur écriture dans chaque dialogue et tout cet encensement des valeurs de réussite et de courage qu’on te dégueule en permanence du premier au dernier plan, accompagnés non stop par du Goldman, je pense pouvoir dire qu’on tient là l’un des films les plus insupportables de ces dernières années.

Geronimo – Tony Gatlif – 2014

sallette   2.0   Qui a envie de voir un film de Tony Gatlif aujourd’hui ? Déjà il y a dix ans, voire vingt, c’était pas glop mais à la limite, Exils et Gadjo dilo se tenaient, même s’il fallait accepter Romain Duris. Geronimo c’est le nom que porte Céline Salette, qui joue le rôle d’une éducatrice spécialisée dans un village du Sud de la France (où les ados traînent dans les quartiers, boivent, volent et se mettent sur la gueule) qui tente d’apaiser les tensions entre les familles, bref de faire en sorte que tout ce petit monde ait un semblant d’avenir. Mais un jour, Nil, une jeune demoiselle sur le point de se marier (dans un mariage arrangé entre clans on va dire) s’échappe pour retrouver son amoureux, qui fait partie d’une famille rivale. Bref, un West Side Story du pauvre, version Gatlif où tout s’embrase furieusement, où ça danse, crie, court, se tape en permanence. C’est bruyant, épileptique, hyper affecté, blindé de musiques tziganes, le plus souvent extra diégétiques, afin d’accentuer son climat effervescent. C’est donc insupportable et grotesque même si comme d’hab chez Gatlif on sauve malgré tout quelques séquences dansantes et/ou musicales.

Predator – John McTiernan – 1987

noresize-predator1« You’re one ugly motherfucker ! »

   7.0   Voilà un film qui aurait pu entrer dans cette jolie catégorie de films souvenirs et donc easy watching que je recherche ces temps-ci. Sauf qu’il a raté le coche. Je l’ai vu tardivement et c’était une découverte en demi-teinte. Si je ne lui vouerai donc jamais le culte qui le suit très souvent je reconnais avoir été plus séduit par cette deuxième tentative. J’en gardais l’image d’un truc beauf et bourrin mais en fait il y a de supers idées. Tout d’abord celle de mélanger à ce point les genres : Le film de guerre, d’action virile, le potache, la SF et le survival. Il y a plusieurs films en un et donc trois gros blocs séquentiels, qui auraient pu être inégaux, pas forcément accordés, mais qui crée un ensemble assez harmonieux, comme a pu l’être The descent, vingt ans plus tard, qui s’inspire assez clairement du film de John McTiernan, dans lequel on a remplacé la jungle par les grottes, des militaires par une bande de copines.

     Le lieu et donc l’espace, immense et resserré à la fois, tient là aussi une place primordiale. La jungle paraît d’abord infinie, gérée facilement par un groupe quasi mutique se relayant par des signes, capables de prendre en mains d’étranges corps dépecés en éradiquant tout un campement rebelle. C’est lorsque la présence invisible apparaît que la jungle semble se refermer sur eux, les entrainant dans une curieuse traque en huis clos dans lequel ils sont pourtant tous séparés – On pense à la sublime scène nocturne de Rambo, lorsque les policiers se font dézinguer un par un. Là aussi, le commando tombe comme des mouches ne laissant derrière lui que des coulées de viscères. Et c’est lorsqu’il n’en reste plus qu’un, Schwarzie en personne, réduit à l’état de créature primitive – Sublime cri d’appel au combat – improvisant des pièges, se construisant des armes, se maquillant de boue, que l’espace s’agrandit à nouveau au point d’en dévorer le Predator lui-même dans un duel aussi beau que symbolique.

     McTiernan crée un genre en faisant un film d’ambiance pure, dynamique et anxiogène (le score d’Alan Silvestri, parsemé de stridences et accalmies, y joue beaucoup) traversée par des abstractions étonnantes. Le film oppose à merveille cette espère de terrain à punchlines qu’il lance au départ avec ce lourd silence dans lequel il se fond à la fin, au moins autant qu’il travaille le cadre et donc la hauteur des arbres face à l’horizontalité sans fin de la jungle. J’aime bien notre ami avec ses mandibules et ses dreadlocks mais je pense qu’il y avait matière à davantage jouer sur la suggestion notamment lors de nombreuses de ses apparitions ainsi que sur la multiplication un peu inutile, à mon goût, de plans de sa vision thermographique. Je pinaille mais j’aime beaucoup. A part ça et pour l’avoir découvert l’an passé c’est fou comme Predator est un remake 80’s du film Les Chasses du comte Zaroff.

Hitchcock/Truffaut – Kent Jones – 2015

hitchcock-truffaut1   5.0   On n’apprend certes pas grand chose de nouveau et puis je ne vois pas comment on peut raconter autant en si peu de temps (1h19) mais ça reste très agréable à regarder, plutôt bien construit, avec de multiples chouettes interventions de Scorsese, Gray, Linklater, Fincher, Assayas entre autre, et une attention portée tout particulièrement à Psychose et Vertigo mais qui aurait mérité d’être étiré à l’infini, évidemment. Pas mal, quoi. ça donne super envie de lire le livre, forcément.

Cornouaille – Anne Le Ny – 2012

20147647   2.5   C’est un film qui aurait pu être bien. Par exemple j’aime la séquence avec les cousins (mes deux chouchous de Memory Lane), sorte de retrouvailles qui ravivent les plaisirs de l’enfance. Après voilà c’est un film hyper MELANCOLIQUE c’est placardé dans chaque plan et au gré de dialogues tous plus insipides les uns que les autres, des idées plastiques (C’est un film de fantômes, tout de même, je ne m’attends pas à voir du Epstein mais un peu de considération formelle, non ?) niveau néant et surtout je n’investis pas les lieux, je n’ai jamais cette sensation de la puissance de l’endroit (ce que j’aime dans Nue propriété par exemple) et le film s’appelle Cornouaille mais on n’en voit pas grand chose, sinon de jolies cartes postales.

La prochaine fois je viserai le cœur – Cédric Anger – 2014

SCRATCHNord.   

   7.0   Cédric Anger c’était jusqu’ici mi figue mi raisin. Il lui fallait un fait divers sordide et Guillaume Canet pour enfin réaliser un super film. Pourtant, sur le papier c’est assez flippant. En héritier de Melville, tendance Zodiac de Fincher, le film est froid, précis, violent. Et Guillaume Canet est exceptionnel. Mais c’est surtout la mise en scène qui fait fort ici, captant aussi bien les silences que la grandeur des paysages mornes de l’Oise. Et le temps d’une scène, un plan séquence dingue, terrifiant, semble s’échapper du Elephant d’Alan Clarke. Mon seul bémol va pour les scènes de flics, un peu trop écrites et faussement cool. Mais sinon la reconstitution fin 70′s est top.

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silencio


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