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Archives pour 24 février, 2016

Les chiens – Alain Jessua – 1979

32Le choix des armes.

   7.5   J’avais été impressionné dans Traitement de choc par l’importance du lieu, Jessua construisant son récit autour d’une thalassothérapie perdue dans une vallée déserte encerclée par des falaises en bord de mer. Il y avait quelque chose de terrifiant dans cette approche faussement accueillante et balnéaire qui masquait le repli d’une société bourgeoise, malade et autarcique. Les chiens va encore plus loin. Jessua choisit la ville nouvelle de Torcy/Marnes-la-vallée, en chantier (encore loin de son cachet Disneyland) pour en faire une microsociété amicale dans son approche publicitaire (nombreux spots télévisés à l’appui) qui cache en fait un communautarisme puant, où règnent la peur et la terreur.

     Le film s’ouvre sur une multitude de plans de la ville, jamais nommée comme si elle était factice et futuriste, où se succèdent des petits immeubles blancs à l’architecture hyper géométrique, qui se ressemblent tous les uns les autres entourée par des terrains vagues, bercée par le bruit permanent des tracteurs et marteaux-piqueurs. Une ville chantier un peu glauque, où s’érige ici un immense centre commercial et là de petites collines que les jeunes traversent en moto cross. On est loin de ce qu’en trouvait Rohmer dans les années 80 (Les nuits de la pleine lune, L’ami de mon amie) qui en faisait un grand village ouvert sur Paris, idyllique et bienveillant.

     Victor Lanoux incarne le médecin généraliste Henri Ferret, qui s’installe tout juste dans cette petite ville de la banlieue parisienne. Il est très vite surpris par le nombre de patients venant à lui pour soigner des morsures de chiens. En effet, sous la peur grandissante, la plupart des habitants s’équipent de chiens d’attaque pour leur protection contre diverses agressions. Le film s’ouvrait sur le viol nocturne d’une institutrice. Plus tard, un magasin est vandalisé. Les chiens sont comme des armes, ils sont pour beaucoup l’unique remède contre l’insécurité ambiante. Et qui dit insécurité dit amalgame, refuge idéal et accessible. Ainsi c’est inéluctablement cette petite communauté sénégalaise qui est visée. « Difficile de reconnaitre un noir de jour, alors de nuit » Soit l’un des crédos de cette population haineuse et raciste, qui s’attaque aussi aux jeunes, en faisant d’une pierre deux coups, tandis que le violeur est parmi l’un d’eux, petit notaire seul et sans histoire.

     Les chiens est aussi un grand film politique. Elle y est présente de manière concrète, puisque l’on suit les divergences municipales à l’approche des élections, mais aussi métaphorique, puisque si le médecin s’oppose discrètement à cette lutte stérile, il se voit bientôt croiser le chemin d’un dresseur de chiens, Morel (incarné par Gérard Depardieu, incroyable, terrifiant, dans l’un de ses rôles les plus mémorables) qui souhaite récupérer, par la peur, d’une part une inflation commerciale (la demande de chiens est grandissante) et d’autre part des voix pour sa campagne électorale. Effet de groupe, dérive sécuritaire ou vengeance légitimée, le film d’Alain Jessua n’hésite pas à creuser la perversité d’une société dangereuse et malsaine, qui ne mise plus que sur l’autodéfense.

     Un personnage intéressant dans le processus de transformation visant à annihiler son humanité pour ne garder que sa sève animale est incarné par Nicole Calfan, la femme violée du début, qui se laisse séduire par Henri Ferret avant de tomber dans les mailles de Morel. Une scène de dressage, absolument dantesque, enterre un peu plus son choix relationnel : Jessua cadre trois visages – Ceux de Calfan, Lanoux et Depardieu – pour en faire une montée d’ébats sexuels suggérés, où la bête mord le dresseur qui encourage la jeune femme à le mordre (Dans un amas de cris et d’aboiements hallucinants jusqu’à « l’orgasme » au ralenti) observés par un Lanoux médusé, qui ne peut que constater la déliquescence de son flirt, devenue proie d’un autre, de façon brutale, comme s’il les surprenait en train de baiser.

     Il n’y a pas de héros dans les films de Jessua. Lanoux traverse le film en observateur, non pas neutre, mais passif, à l’instar d’un documentariste, qui délivre sa propre vision du monde mais sait qu’il ne pourra rien faire pour la changer. Il est assez clair que Lanoux incarne Jessua. Et si le film tente d’emprunter une résolution plus optimiste, il le fait par le biais du personnage féminin, le seul qui ait véritablement évolué pendant le film. C’est de sa résurrection humaine que le salut d’une société débarrassée de ses hommes-chiens (comme les surnomment les ouvriers noirs) dépend.

     Et il y a donc Depardieu, qui incarne un gourou comme Delon l’incarnait dans Traitement de choc : Séducteur, charismatique, manipulateur, intelligent, mystérieux. Le centre de dressage ressemble finalement beaucoup au centre de thalassothérapie. Dans chaque cas, une secte qui dresse des chiens et fabrique des zombies. Il est le visage du Mal toute en puissance redoutable (il laisse parfois ses chiens s’entretuer, afin d’y récupérer le plus mordant) et vulnérabilité impénétrable, dans son amour canin absolu : Lorsqu’une chienne met bas, il semble bouleversé comme de la naissance de son propre enfant.

     Les chiens est un film formidable, visionnaire et terriblement moderne, sur la régression d’une société vers le tout-sécuritaire, dans lequel les chiens ont remplacé les armes à feu. Le film n’est pas exempt de nombreux défauts formels et se révèle parfois même assez bancal dans certains parti pris pas hyper judicieux, ce qui n’atténue pourtant jamais la portée de cet ovni rare, social et politique, qui navigue aussi dans les eaux du thriller horrifico-fantastique.

The green inferno – Eli Roth – 2015

Green-Inferno-4Jungle boogie.

   5.5   Eli Roth avait disparu de la circulation depuis son diptyque Hostel. 2015 le voit donc ressurgir avec deux films, assez différents l’un de l’autre. Knock Knock sorti le premier, à la faveur probablement de la présence de Keanu Reeves au casting, est pourtant tourné deux ans après The green inferno, qui n’aura lui eu le droit qu’à une maigre dispo VOD après avoir été vu dans plusieurs festivals. C’est bien dommage car il vaut plus le détour que la majeure partie des produits horrifiques qui irrigue les salles et/ou plateformes de téléchargement chaque année.

     Et surtout parce qu’il fait renaître un genre tombé en totale désuétude : le film de cannibales. Sous-genre d’exploitation qui fut notamment le faible de certains cinéastes italiens durant les années 70/80 comme Linzi et Deodato. On se souvient de Cannibal Hollocaust, premier vrai found footage (bien avant Blair Witch) qui allait très loin dans l’horreur, jusqu’à l’infamie impardonnable puisqu’on y massacrait d’une part ouvertement des singes et des tortues, afin d’accentuer le réel et faire que le film fasse croire à un vrai reportage en terre cannibale et d’autre part dans son approche pro colonialiste avec ces indigènes qui n’étaient plus réduit qu’à un tas de zombies décérébrés. Point de ça chez Eli Roth, dieu merci, qui a pourtant gardé une bonne partie de sa charge effroyable (The green inferno est dédié à Ruggero Deodato) en y injectant une bonne dose d’humour bien à lui.

     En fait, Roth est peut-être l’un des seuls à mélanger autant l’humour et le gore, sanglant autant que scato. Dans les deux cas c’est archi cru. On chie, on se branle, on gerbe, on arrache des yeux, des langues, des membres. C’est assez complet. Et s’il faut tout de même se farcir une première demi-heure sans intérêt et un jeu d’acteur, comment dire, étrange, le film décolle dès l’instant que les deux mondes se rejoignent. La séquence de basculement se joue en deux temps : Le crash d’avion, très drôle ; L’arrivée en terre indigènes, assez dérangeante. Du pur Eli Roth. Le dégoût avec le sourire aux lèvres. Disons que Roth préfère miser sur le potache. Et j’aime son côté décomplexé, d’autant que la dynamique d’hystérie qui s’en dégage crée un mariage assez original. Il y a des ratés, des béances scénaristiques à l’image de la beuh comme échappatoire qui est un élément de récit dont on aurait pu se passer. Mais dans l’ensemble ça le fait.

     Niveau mise en scène, le film reste relativement bas de gamme. On voudrait que la forêt devienne un personnage, que les exécutions soient moins mécaniques, qu’il y ait un vrai travail sur l’immensité (les séquences sur le fleuve par exemple) et le cloisonnement (le semblant de huis clos dans la cage). Quelques petites choses sortent du lot (Généralement quand le film bascule dans l’horreur pure) mais il manque clairement une vraie ambiance de jungle, une cruauté viscérale et un rythme fort – qui faisait notamment la réussite du Apocalypto de Gibson (autre film de jungle) et son excellente course poursuite sans fin.

     Roth garde néanmoins un regard ironique sur la société américaine, consumériste et touristique (Hostel), domestique et puritain (Knock Knock) ou en s’attaquant directement ici à la bonne conscience activiste, avec cette toile de fond virginité/excision. Qu’il en revienne au cinéma italien « cannibale » pour le raconter, pourquoi pas. Et on sent qu’il en a mangé. Heureusement, il se sépare de ce cachet found-footage (que j’attendais et que je suis ravi de ne pas avoir vu) ainsi que de séquences interdites, ce qui en fait un objet beaucoup moins controversé et suffisant, nettement plus humble et bouffon. Gras, bis et fun, en somme.

Mistress America – Noah Baumbach – 2016

mistress-americaAll That She Wants.

   3.0   Il y a là-dedans tout ce qui me gênait en mode mineur dans Greenberg et Frances Ha (Deux films que je n’ai pas du tout envie de revoir au demeurant) et qui pouvait parfois m’agacer dans Girls ou les derniers films de Woody Allen. Je ne saurais pas dire quoi exactement. Lola Kirke (qu’on retrouvera parait-il dans le prochain Cruise/Liman) qui est donc la soeur de Jemima Kirke (Jessa, dans la série de Lena Dunham) est mimi comme tout. Quant à Greta Gerwig, elle assure comme d’habitude, on la voit, elle éclipse quasi tout le monde. Mais voilà, à part ça, je ne vois rien sinon un truc cynique et égocentrique. La partie introductive Campus chiant / Rencontre de la vamp est insignifiante, mais ce n’est rien à côté de la grande séquence dans la maison d’architecte, vaudeville insupportable, nul, interminable. Et puis il y a la fin, très jolie. Dans un autre film j’aurais même pu la trouver émouvante mais j’étais tellement ravi que ça se termine qu’elle s’est fondue dans la médiocrité globale. De Baumbach, autant je reverrais bien The Squid and the Whale, mais le reste pas du tout, en fin de compte.

Un vampire à Brooklyn (Vampire in Brooklyn) – Wes Craven – 1996

12604704_10153424564902106_8851299881680289900_oNosferatu, le pire.

   2.0   Le film repose à la fois sur une curieuse association et sur leur immense malentendu. Wes Craven et Eddie Murphy. C’est l’huile et l’eau, à priori. Le premier voulait sortir du genre horrifique auquel il a été cantonné, jusqu’à son dernier Freddy qui semblait crier dans chaque plan qu’il en avait marre. Le second souhaitait soudainement évoluer dans un genre différent et espérait au contact de la trempe de l’auteur de People under the stairs, pouvoir offrir des talents autres que son comique façon Le flic de Beverly Hills. C’est d’autant plus amusant de constater que dans la foulée d’Un vampire à Brooklyn, Eddie Murphy tournera Professeur Foldingue et Docteur Dolittle. Cqfd.

     Je ne suis pas un grand connaisseur de la blaxpoitation mais j’imagine que les référents sont à chercher du côté de Blacula et consorts. Sauf que le film de Craven (enfin à ce stade, on serait tenté de dire qu’il est d’Eddie Murphy tant il est l’instigateur de tout) est bien trop terne (une pauvreté mise en scénique encore plus hallucinante que dans certains de ses téléfilms) et sage et s’il ose, son dérapage fait tâche au sein du reste à l’image de la scène de sermon improvisé  à l’humour bien lourdingue où le vampire dans la peau du prêtre vante les mérites du Mal et du Sexe à un public approuvant sans broncher. Ridicule. Reste la transformation de son petit chauffeur/esclave, enfin sa dissolution. Le mec perd une oreille, une main, un oeil et semble bientôt sorti d’un film de Romero mais garde la pêche malgré tout. C’est le running gag du film, assez réjouissant à condition d’être indulgent.

     Je pensais qu’il serait difficile à Craven de tomber aussi bas qu’il le fut pour La créature du marais. Et pourtant. Un vampire à Brooklyn est risible à tout point de vue. Eddie Murphy y est en totale roue libre, forcément. La voix off omniprésente donne envie de filer en courant. Et hormis une scène de cauchemar (encore heureux, on est dans un film de Craven) il n’y a aucune idée de mise en scène. Tout est moche, programmatique, avec des incrustations de Série Z. Je sais que Craven avait besoin de se refaire une santé financière mais là il me fait vraiment de la peine. La bonne nouvelle dans tout ça : Je suis arrivé à Scream. Je jubile.


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