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Archives pour 23 mars, 2016

Le trésor (Comoara) – Corneliu Porumboiu – 2016

30L’argent.

   6.5   D’emblée le film est déjà dans la fable : Un père lit à son fils l’histoire de Robin des Bois, quand il est interrompu par son voisin qui sonne à sa porte et vient lui demander un peu d’argent. Cette séquence d’ouverture oriente tout le film. Corti semble avoir une vie précaire mais suffisamment rangée pour que sa famille joigne les bouts, donc dans un premier temps il refuse. Puis, à ce rejet immédiat répond un accord tout aussi soudain, lorsque le voisin revient et explique qu’il a besoin de 800€ pour louer un détecteur de métaux lui permettant de chercher un trésor enfoui depuis des décennies dans le jardin familial, selon la légende, et propose de partager avec Corti sil accepter de lui avancer cet argent et venir creuser à ses côtés. Si l’on est familier du cinéma de Porumboiu on sait que le film sera découpé en segments. L’accord d’une part, la quête de la somme d’argent et du matériel ensuite. Puis dans un troisième élan, la chasse au trésor dans ce carré de pelouse, loin de la ville.

     Dans un premier temps, la mise en scène enferme littéralement les personnages dans des pièces froides et exiguës. Puis elle s’ouvre brutalement sur l’extérieur, tout en se libérant de sa sécheresse en y injectant un ton nouveau, plus léger et burlesque. Trois personnages seulement vont occuper une grande partie de cette étape : Le voisin, Corti et le technicien qui vient avec son matériel. Ils vont se nourrir l’un l’autre, tout en apportant chacun une tension qui va se reporter sur les deux autres. Le tout avec au centre deux détecteurs de métaux à les rendre fou : Un vieux truc qui s’emballe pour rien (Le trésor semble être partout) et un autre plus élaboré mais trop moderne sans doute (les statistiques sont reportées sur un écran de données) pour être correctement utilisé. C’est une séquence magnifique avec un cerisier dans le fond du jardin et un trou, qui grandit, jusqu’à proposer un mystère insondable, presque inquiétant. Il en faut peu au cinéaste roumain pour se créer un espace de cinéma qu’on n’a vu nulle part ailleurs, aussi parce qu’il convoque toute l’Histoire de la Roumanie, dans un malstrom de dates improbables, jusqu’à une résolution brusque, elliptique et enfantine. Le voleur qui aide les flics à l’ouverture du coffre c’est génial. Et le film est rempli de ces absurdités, suffit d’évoquer les bruits de ce détecteur de métal. Quant au butin…

     Je m’arrête là, mieux vaut vivre l’expérience plutôt que la lire, c’est quoiqu’il en soit un beau film, un peu fou et anecdotique, fascinant et frustrant aussi. C’est surtout un film très vivant, très utopique, ce qui dans la vague de cinéma roumain est assez singulier pour avoir la bonne idée de s’y aventurer. Ce d’autant plus quand on sait que la fiction s’inspire du documentaire, puisque Porumboiu avait préalablement prévu de tourner un film chez un ami qui disait avoir un terrain renfermant dans sa terre un trésor inestimable. Ils n’ont rien trouvé mais l’idée aura au moins permis au cinéaste d’en construire un espace de fiction et d’en faire un terrain qui aurait vu passer, en un demi-siècle, sinon davantage, une pharmacie, une école maternelle et un nightclub d’une époque à une autre, avant de retrouver le jardin de famille abandonné qu’il est devenu. C’est assez délirant. Mais c’est un délire étrange, une comédie au ralenti, qui ne ressemble à aucune autre, enfantine mais pas vraiment pour les enfants non plus. Ravi autant que surpris de le voir arborer un virage de la sorte après son Métabolisme que j’ai finalement bien vite oublié.

Mon maître d’école – Emilie Thérond – 2016

2048x1536-fit_jean-michel-burel-enseignant-maitre-ecoleHéros malgré lui.

   6.5   C’est une déclaration d’amour à son instituteur. Emilie Thérond était dans cette école de Saint-Just-et-Vacquières il y a près de trente ans et son instituteur d’époque exerce toujours aujourd’hui, dans la même école, le même village dont il est aussi le maire. Emilie Thérond s’en va donc filmer une année durant le quotidien de cet homme qui entame sa trente-neuvième ou quarantième année dans cette école, il ne sait plus exactement. Ce qui est en revanche plus précis c’est qu’il s’agit de sa dernière avant la retraite. Le film on le sent est traversé par cette quête d’éternité et c’est d’autant plus beau de découvrir cela après avoir vu et revu l’intégralité du cinéma de Mikhaël Hers. C’est une fin de cycle pour tout le monde : Les enfants sont en CM2 et filent donc prochainement vers le collège ; Monsieur Burel termine ses quarante années de passion et d’abnégation ; Emilie Thérond retrouve ses dix ans et filme la dernière année d’enseignement de celui qui fut son professeur et qui aujourd’hui, nous avoue-t-il, accueille dans ses classes de nombreux enfants de parents dont il fut l’enseignant jadis. Tout le programme du film tient dans cette grande boucle temporelle, insondable, bouleversante. Pourtant, le film n’est jamais écrasé par son sujet : Il semble simplement faire la chronique d’une année scolaire et nous fait observer la relation privilégiée qui éclot et évolue entre le maître et sa vingtaine d’élèves. Si le film est parfois très beau et très émouvant, autant dans ses gestes les plus anodins (une ballade groupée vers le grand chêne) que dans ses instants plus lourds (Les festivités d’adieu) on pourra toujours regretter une fabrication assez peu aventureuse, la crainte de la séquence longue et une utilisation lourdingue de la musique de Yodelice. Faire un film sur un enseignant si peu soucieux des règles pédagogiques coutumières, en le traitant avec un formalisme si fade gâche un peu sa puissance, qui l’empêche d’atteindre les cimes bouleversantes et fascinantes d’un Etre et avoir. Evidemment, ça ne m’aura pas empêché d’avoir les yeux brillants voire embués tout du long.

Spotlight – Tom McCarthy – 2016

32. Spotlight - Tom McCarthy - 2016Marche à l’ombre.

   8.0   C’est un pur film d’investigation dans la tradition du genre, un classique avant l’heure que l’on peut d’ores et déjà ranger aux côtés de The insider ou Les hommes du président. C’est précis, limpide, passionnant, toujours dans une trajectoire homogène. Le film est à l’image de ces journalistes de l’ombre, il ne retient que la minutie de son travail, n’en dévie pas du premier au dernier plan, ne déroge jamais à ses principes – Les vies privées sont à peine voire pas du tout esquissées, les fines ellipses jamais explicatives, les témoignages des victimes sans raccourcis flashback. Le film s’inspire de faits réels, ce scandale survenu à l’aube des années 2000, mettant en cause l’Eglise et trente années de ses nombreux crimes pédophiles, jusqu’ici toujours dissimulés. Il va suivre les recherches scrupuleuses d’une division du Boston Globe, nommée Spotlight, qui va se plonger dans cette affaire une année durant avant de pondre son article bien senti. Le film n’héroïse rien, n’érotise rien. Il s’en tient à son programme concret d’observation d’une sphère qui enchaine les rencontres avec les victimes, les infructueux appels téléphoniques, les allées et venues entre bibliothèque, bureau et archives. Et le cast est remarquable : Rachel McAdams, Michael Keaton, Liev Schreiber, Mark Ruffalo, Brian d’Arcy James, Stanley Tucci, John Slattery. Aux petits oignons.

La Tour 2 Contrôle Infernale – Eric Judor – 2016

Q5pFVLes cons sont de retour.

   5.0   Si j’ai beaucoup d’affection pour Eric et Ramzy, qui n’ont cessé de se construire un espace humoristique qui leur est propre, à base de private jokes de cour de récréation, c’est surtout Steak et Platane qui me les ont révélés – H, Seuls two voire La tour Montparnasse infernale me passent relativement au-dessus. J’allais voir cette suite/préquel grâce essentiellement à la saison 2 de Platane, que je découvre tardivement en parallèle et que je trouve extra à tout point de vue (Quand la première m’avait gêné, notamment La môme 2.0 et son utilisation un peu Comedy club des stars) et pour la présence de Philippe Katerine. Et le film vaut donc beaucoup moins pour l’humour régressif de son duo que pour Katerine, qui incarne le grand méchant et nous offre une prestation comique qui vaut son pesant, à recours d’énormes fautes de français et d’un phrasé dont lui seul a le secret. Ça va d’ailleurs plus loin que ça, malheureusement : En fait, quand il n’est pas dans le plan je m’ennuie, je le cherche ; Parce qu’Eric et Ramzy faisant les gogols (En gros ils incarnent les pères bagagistes de nos laveurs de vitres du premier volet et vont cette fois déjouer un attentat à « Aurly » sans vraiment le savoir, évidemment) ça va cinq minutes. Bon, ok, la bataille de biberons m’a bien fait marrer. Mais c’est trop éclaté, trop rare. En fait il y a surtout un gros problème de rythme et d’enchainements. Le début est excellent puis à l’instar d’un sketch pas suffisamment astucieux on finit par s’en lasser. Et Judor à la réa n’est pas Dupieux, la mise en scène n’a rien de bien transcendant pour nous faire oublier les nombreuses scènes de creux. Allez, pour le plaisir et pour finir, du pur Katerine moustachious : « Je risque de me faire goler parce qu’on n’a pas acheté la bonne machine pour transformer la voix ? J’hallucine, quoi. Faire des économies de coût de chandelle pour un appareil comme celui-là… » Je ne m’en lasse pas.

Le voyage d’Arlo (The good dinosaur) – Peter Sohn – 2015

arlo-3Petit devient grand.

   5.5   Ça part d’une uchronie assez réjouissante : Il y a 65 millions d’années, la météorite qui devait heurter la Terre et faire disparaître les dinosaures, est passée non loin, en forme de grosse étoile filante. Les dinosaures ont donc survécu. Et quelques années plus tard, ils ont évolués. Ils cultivent des champs de maïs, élèvent des poules, gèrent des troupeaux de bisons. Le récit suit une famille de diplodocus dont Arlo, paradoxe à lui seul depuis la naissance, puisque minuscule dans l’œuf le plus imposant de la portée. Le grand frère est chargé des plantations, la sœur de l’arrosage et Arlo, quant à lui, faible et craintif, se voit offrir la tâche de nourrir les poules, ce qu’il ne réussit même pas puisqu’il en a peur. Arlo a peur de tout, de quoi désespérer ses parents qui instaurent l’idée de déposer une empreinte sur un silo dès que la mission de chacun est accomplie. Si le récit s’oriente doucement vers un Roi lion version dinosaures, avec la complicité père/fils et la mort brutale du père qui en découle, la suite assez prévisible au vu du titre français, sort de son îlot de références et s’avère réjouissante, au moins pour la cohabitation Hommes/Dinosaures à venir, et sa façon à l’ancienne de jouer en excellente terra cognita, avec l’émerveillement et l’émotion simple des premiers Disney/Pixar. Les volants et leur sale tête rappelle les hyènes. Les bisons évoquent les gnous forcément. Au moins autant que le passage éclair des Tyrex font penser à celui des tortues dans Némo, le Mont Trident au Grand Canyon de Up, merveille lointaine casanière et indomptable. Oui on invente clairement rien mais on retrouve une grâce notamment dans la simplicité enfantine de la relation entre Arlo et Spot, le petit homme, qui non sans évoquer celle de Simba et Timon/Pumba pourrait surtout convoquer celle de Bo et Sullivan dans Monsters Inc. Visuellement le film est très beau, très simple dans son design, couleurs et reliefs, très beau donc. Récit à obstacles, traversée initiatique, figure paternelle. Le film cumule le déjà vu avec une dynamique fructueuse. Et puis il est rigolo de voir que l’espèce qui règne, cultive et est douée de parole sont les dinosaures, quand l’homme, qui pourrait être vu comme le meilleur ami des dinosaures, aboie comme un loup et se déplace à quatre pattes.


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