Archives pour mars 2016



Fidelio, l’odyssée d’Alice – Lucie Borleteau – 2014

maxresdefault_12Alice n’est plus ici.

   5.5   Avant de parler très rapidement du film, je voulais dire que c’est le troisième en dix jours que je voie dans lequel Ariane Labed joue. Pourtant je ne la connaissais pas avant, c’est bizarre. J’aime bien le trouble qu’elle dégage : A la fois elle me parait souvent à côté et l’instant suivant elle me cueille par sa retenue et une fragilité maquillée d’énergie, indomptable façon Sandrine Bonnaire. Dans le film de Lucie Borleteau, un premier long, il y a du monde : Melvil Poupaud, qui semble tenir la vague de Conte d’été ; Anders Danielsen Lie, qui irradiait littéralement Oslo 31 août et le dernier film de Mikhael Hers ; Thomas Scimeca, que j’avais adoré dans le Inupiluk de Sébastien Betbeder ; Laure Calamy, qui sublimait Un monde sans femmes, de Guillaume Brac ; Vimala Pons, notre « fille du 14 juillet » préférée, entre autre ; Jean-Louis Coulloc’h qui partageait l’affiche du Lady Chatterley de Pascale Ferran. Oui, ça envoie du lourd. Mais le film n’est pas au niveau de son casting, malheureusement. Enfin, c’est un beau film, sensuel, sexuel, mais qui manque de chair, de mouvement, d’étirement. On rêve parfois de voir une séquence s’allonger à l’infini et trouver un tempo qui lui est propre. C’est un peu le problème de ce Fidelio, l’odyssée d’Alice, il manque d’originalité, au moins formellement, parce qu’il est trop occupé à parler (trop) ouvertement de cul dans chaque scène, faire croire qu’il est débridé, qu’il révolutionne la sexualité au cinéma. Le reste devient plus que du remplissage au sens où l’on peine à s’intéresser à ce petit groupe, on sent trop la fabrication, les dialogues sur-écrits, le manque de silences et un certain schématisme dans la métaphore, que l’on retrouve dans le titre tant le film ne cesse de parler de fidélité d’un instant à l’autre. C’est plein de défauts mais attachant malgré tout, surtout dans le portrait qu’il fait de cette femme héroïque, dans un cargo délabré, seule dans un monde d’hommes, qui voudrait tout prendre mais se confronte à son émancipation, son amour de jeunesse, son grand amour du présent et le marin mort qu’elle remplace. Car c’est aussi un beau film sur les rencontres et la transmission.

Les caprices de Marie – Philippe de Broca – 1970

16Panique au village.

   2.5   A Angevine, petit village franchouillard, régressif et autarcique, chacun ses rêves et ses craintes. Marie, petit ange local, promise au timide instituteur (Noiret, effacé) souhaite participer à un concours de beauté qui a lieu « à la ville ». Son père (Marielle, en roue libre donc de la bonne roue libre) qui est aussi le maire d’Angevine, ne l’entend pas de cette oreille : Lui qui censure déjà ouvertement (à coup de ciseaux) la moitié de la presse qui échoue dans sa bourgade (pour ne pas, dit-il, s’appesantir sur les faits divers d’ailleurs) vie dans la crainte de se faire contaminer par le monde capitaliste donc amerloque. Mais le jour où la belle Marie gagne le concours et fait la rencontre d’un américain milliardaire arriviste, tout est chamboulé et c’est Angevine qui va en souffrir : L’étalon richissime débarque dans le village avec son hélicoptère, demande la main de Marie et souhaite l’embarquer avec lui de l’autre côté de l’océan – Quitte à devoir emmener tout le village avec eux. C’est absolument n’importe quoi, d’autant que le film est assez indigent et foutraque dans son montage, cumulant aussi les invraisemblances et pseudo gags à outrance au moyen de mini-saynètes assommantes, accompagnées par des rôles sans aucune consistance et/ou caricaturaux (L’américain, ridicule). Toute la dernière demi-heure et son voyage US / mariage / pas mariage est à peine regardable. Reste l’inévitable Marielle, en gauchiste bougon, qui s’en donne à cœur joie et parvient même au détour d’une séquence (La cave à vin) à dégager un brin d’émotion. Mais je ne vois guère autre chose pour m’empêcher d’y percevoir les germes du cinéma de Leconte à son pire (Les grands ducs) voire celui de Dany Boon.

Le magnifique – Philippe de Broca – 1973

20Bob le flambeur.

   5.0   Au script, on trouve la présence de Philippe de Broca, Francis Veber et Jean-Paul Rappeneau (arrivé à la rescousse après un différend entre le premier et le deuxième). C’est sans doute ce qui crée un déséquilibre ou plutôt un manque de cohésion  dans la dynamique que le film affiche de bout en bout. Pastiche des films de James Bond, Le magnifique est surtout l’occasion pour le cinéaste franco-italien de jouer sur deux niveaux : Celui du parfait divertissement et celui de la mise en abyme. Belmondo s’amuse à camper ce double personnage de François Merlin (L’écrivain) et Bob Saint-Clar (Son héros fictif). L’idée est très intéressante voire géniale et assez couillue dans sa construction même si le procédé s’avère vite lassant. Reste que De Broca fait un honnête film populaire, cabotin, tout en couleurs vives et en total mouvement comme c’est souvent le cas donc on ne s’ennuie pas beaucoup – mais on rit peu aussi.

La planète sauvage – René Laloux – 1973

41   6.0   Sans connaître le matériau d’origine, on voit bien ce qui a motivé Laloux et Topor dans l’univers dépeint par Stephan Wul. Enfin on discerne aisément en quoi il constitue une suite directe à leurs travaux précédents aussi courts soient-ils. La difficulté c’était donc de passer le cap du long métrage et je dois bien avouer que la mission ne m’a que partiellement séduite. Il y a au-delà du dessin qui personnellement me gêne un peu (Moins le papier à découpé que ses formes, ses couleurs, sa profondeur) de gros problème de rythme. Le film est certes habité par une poésie morbide dans la lignée du Voyage dans la lune de Méliès (auquel j’ai beaucoup pensé) mais il lui manque une ambiance, une découpe, une ossature ténues sur l’heure dix que dure ce long métrage. Pourtant, le récit est passionnant : Sur une planète imaginaire, des humains sont réduits à être les animaux domestiques de gigantesques créatures nommées Draags, qui ont un développement plus lent que les Ohms. Bientôt, ces derniers, rendus à l’état sauvage se rebellent. On sait que la production fut laborieuse, que cela a pris des années, que tout fut tourné dans les studios d’animation de Prague. Mais c’est compliqué. Autant sur dix minutes, Les escargots dévoilait une vraie dynamique et des trouées brèves très fortes autant là, ces fulgurances sont noyées parce que ça manque de fraîcheur, qu’on perçoit trop l’écriture, que le film se disperse autant que le Dune de Lynch se dispersera quelques années plus tard en gros. C’est dire combien la science fiction au cinéma est un genre difficile à appréhender et à digérer – Cela même si La planète sauvage demeure un fait unique dans l’histoire de l’animation SF à la française. Reste donc parfois quelques beaux instants (dont on voudrait qu’ils s’étirent, qu’ils se lovent dans l’ambiance musicale de Alain Goraguer) surtout dans certains plans d’ensemble (qui bien qu’ils reprennent les planches de Topor, rappellent le trait de Moebius, qui fera plus tard le story-board des Maîtres du temps) ou dans la violence qui parfois émane brutalement, au travers de longues scènes de génocide.

Les escargots – René Laloux – 1965

Les_Escargots-300x200   5.5   Laloux retrouve Topor et la couleur pour signer ce conte fantastique dans lequel des escargots géants menacent une ville toute entière. Au départ, à l’orée de la ville, un paysan tente de faire pousser des salades. L’infinie sécheresse l’en empêche. Triste, il pleure. Et se rend compte qu’au contact de ses larmes, les salades poussent, grandissent à l’infini. Jusqu’à attirer les gastéropodes à coquille qui se régalent et deviennent bientôt des prédateurs aux proportions similaires, qui vont détruire l’environnement. C’est un film très beau, très violent aussi, apocalyptique, accompagné par une bande sonore qui se marie idéalement avec ce que l’on voit, doté d’images parfois saisissantes, qui plus est pour l’époque, dans le domaine du cinéma d’animation.

Les temps morts – René Laloux – 1964

68   4.0   Remarqué par la causticité de son premier court, Laloux est approché par le graphiste Roland Topor, avec lequel il co-écrit un nouveau scénario sur les dérives des hommes, son attrait pour la violence, dès l’enfance jusqu’à sa mort, en passant par les guerres, les crimes divers que l’on punit par la peine de mort. Le film alterne cette fois des dessins à peine animés, tout en noir et blanc avec de vraies vidéos de guerre. C’est un peu comme si Poe avait rencontré Epstein. C’est évidemment très noir. Son humour, essentiellement.

Les dents du singe – René Laloux – 1960

65   4.0   L’histoire d’un homme qui va chez le dentiste pour se faire arracher une dent sans savoir que le dentiste en question vole les dents aux pauvres pour les donner aux riches. La particularité de ce court métrage, outre qu’il s’agit du tout premier film de René Laloux, c’est d’être écrit au moyen d’une improvisation collective par les patients de l’hôpital psychiatrique de Cour-Cheverny dans lequel Laloux y travaille en tant que moniteur artistique (il y tient notamment des ateliers de peinture, marionnettes, ombres chinoises). Le dessin (des planches de papier découpé) ressemble à celui d’un enfant, il est coloré, approximatif. L’animation est saccadée. C’est assez enfantin, pourtant, au détour d’un rythme singulier et d’un récit troublant, il s’extraie du film une noirceur absolue.

Annie Hall – Woody Allen – 1977

15.-annie-hall-woody-allen-1977-900x487Woody dans tous ses états.

   8.0   C’est un film qui gagne à être revu, pour y déceler la richesse de ces nombreuses parcelles de dialogues, petits gestes ici, grands bouleversements là. Le film tente tellement de choses, c’en est surréaliste (La palme à ce sous-titrage contredisant le dialogue échangé) qu’il ne peut pas tout réussir. Ainsi s’abandonne t-il parfois à un plan de pose (Alvy seul face à l’océan) alors qu’il a soigneusement évité de faire le guide auparavant, ou parfois lorsqu’il s’engage dans un gag un peu trop gros et ridicule (Alvy éternuant sur la coke) pour se fondre dans la subtilité du reste. Des ratés minuscules au regard d’un tout si ahurissant de désinvolture.

     Il gagne à être revu car il y a un tel rythme et une telle foisonnance dans le dialogue et/ou monologue qu’il est très difficile de tout apprivoiser en un seul visionnage, deux, trois. Mais plus qu’un simple débit de stand-up (La profession d’Alvy) le film construit tout autour de sa mise en scène. C’était donc ma troisième fois et le film m’a beaucoup échappé encore, mais moins. La première, lorsque je découvrais Allen, Annie Hall était celui de ses grands classiques qui m’avait le plus échappé. Plus tard, j’avais adulé Hannah et ses soeurs et Annie Hall à la revoyure, dans la foulée, m’avait semblé aussi riche qu’étincelant tout en me laissant encore beaucoup trop sur la touche (à la fois loin du confort esthétique de Manhattan et de la pantouflardise de ces Vicky Cristina Barcelona et consorts). Aujourd’hui, après avoir enchaîné ce cinéma plus anecdotique (sa lancée européenne) et son semblant de renaissance (Blue Jasmine, que je n’aime pas mais dont j’admire le geste ; L’homme irrationnel qui retrouve un peu de sa verve Match Point) Annie Hall me saute dorénavant aux yeux par son audace constante.

     On ne compte plus tous les changements de cap, les incrustations en tout genre, Allen a plus d’une corde à son arc, surtout le film m’a cette fois fasciné dans sa peinture New-yorkaise, toujours accroché à ses personnages, mais pourtant toujours ancré dans Manhattan. Si en effet, la parole est le point névralgique du cinéma Allenien, on a rarement si bien filmé les tunnels de dialogues dans des appartements. La parole ici s’installe donc sous plusieurs formes : D’entrée un monologue face caméra, ici des digressions extra fiction, là des remarques inénarrables en tout genre. La séquence de la file de ciné où Allen s’agace d’entendre un snob grincheux cracher sur Fellini, Beckett et Mc Luhan – Ce à quoi Allen rêve de et fait donc venir le dernier pour l’épauler et rembarrer le branleur en question – en est l’un des sommets. Tout y est souvent très drôle et très violent. Sur l’environnement d’Alvy, ceux qu’il cotoie, l’Amérique en générale. Mais surtout sur Woody Allen lui-même.

     Annie Hall est donc le film sur la relation entre Woody Allen et Diane Keaton. Alvy est une projection de Woody, de ses névroses, son égoïsme, sa gouaille et sa folie. Même si dans le fond, Woody Allen joue Woody Allen et on le sait dès le premier plan. Une mise à nu sentimentale, clairement. Le récit varie entre le présent de leur séparation et les flash-back de leur rencontre et de leur vie ensemble. Quelques mots échangés après un match de tennis, de nombreuses scènes d’appartement, sur la terrasse d’un immeuble, dans la file d’attente d’un cinéma, dans une voiture folle. Il n’y a pas de temporalité distincte ni de transitions ordonnées. Toutes les conversations sont ou semblent possibles. Le film est constamment en mouvement. Il ne se pose jamais.

Pauline s’arrache – Emilie Brisavoine – 2015

12. Pauline s'arrache - Emilie Brisavoine - 201515 ans sinon rien.

   4.5   Je ne pouvais difficilement être plus mitigé : En un sens je trouve l’idée intéressante, que de voir une femme filmer sa demi-soeur, son quotidien explosif avec ses parents, ses errances d’ado, ses prises de bec diverses et son émancipation en marche, via un journal filmé et le traitement rock’n'roll qui va avec – Le film est entrecoupé de vidéos de famille de tout temps, s’ouvre et se ferme sur une version guitare électrique de Mozart. Et d’un autre côté ça m’a semblé insupportable en permanence. Rarement vu une image aussi dégueulasse pendant 1h30, rarement eu autant envie de mettre une mandale à une gamine de quinze ans et rarement eu autant envie de m’arracher, en effet. Surtout j’ai vraiment une impression d’étalage, de mise en spectacle, ça manque de grâce et de subtilité à mes yeux. Quand Sophie Letourneur raconte ses vingt ans (en reprenant intégralement des dialogues qu’elle avait enregistrés sur un dictaphone) elle se crée un espace de cinéma, elle pense la forme, travaille la durée, le cadre et y filme un groupe d’interprètes amateurs, qui offrait tellement qu’on avait l’impression d’y voir une vraie bande de copines. C’était fort. Là ça ressemble davantage à un long épisode de Confessions intimes ou à une soirée dans laquelle on t’invite mais où tu ne connais personne, tu n’aimes pas la musique et tu ne comprends pas les blagues. Le film jouit surtout de montrer l’hybridité de cette famille, beauf et marginale à la fois, puisque la mère est une ancienne entraîneuse, le père un transformiste à ses heures. Je découvre la série Transparent ces temps-ci, ça ne m’a du coup pas trop dépaysé, même si là aussi il m’a fallu un temps pour oublier le côté « Mate l’implosion de cette famille de doux dingues ». Pourtant, ça foisonne tellement dans tous les sens, joue constamment avec la présence de la caméra, passe de disputes d’une violence verbale inouïe à une discussion douce dans un coin de cuisine ou sur un canapé. J’ai beaucoup entendu que ça ressemblait au cinéma de Jonathan Caouette, Tarnation notamment. Du coup je ne sais plus très bien si je veux m’y jeter ou non. A chaud je dirais que ça me fait sensiblement le même effet que le Donoma de Djinn Carrenard, ce film dont je n’ai jamais vraiment su si je l’avais aimé ou détesté.

The wave (Bølgen) – Roar Uthaug – 2016

10. The wave - Bølgen - Roar Uthaug - 2015Sous l’eau, la ville.

   4.5   C’est drôle que Bølgen et San Andreas soient sorti quasi simultanément puisqu’ils racontent sensiblement la même chose, que ce soit au niveau de la catastrophe (une affaire de failles) que d’un point de vue strictement familial. San Andreas était le gros machin hollywoodien, assumé comme tel, pur nanar en pantoufles qui respectait le cahier des charges à la lettre tandis que celui-ci est un film norvégien qui se prend pour un film hollywoodien. Rien de surprenant à voir Roar Uthaug à la barre, lui qui avait déjà fait le premier Cold Prey qui ressemblait fort à nombre de slasher ricains. Là aussi le cahier des charges est bien rempli, avec des invraisemblances grosse comme des montagnes, mais j’avoue être suffisamment bon public pour ce genre de truc (surtout quand ils masquent la faiblesse de leur budget par des séquences disons plus discrètes, intimes) même s’il faut bien se coltiner quarante longues minutes avant que ça ne démarre et toute la mise en place du récit, pour comprendre la famille un brin dysfonctionnelle qui nous est présentée, est bien balourde.

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