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Archives pour 27 avril, 2016

L’anglaise et le duc – Eric Rohmer – 2001

30Révolution.

   7.0   J’entre dans la dernière période rohmérienne, constituée principalement de trois ultimes longs métrages. Le cinéaste vient d’avoir 80 ans et vient tout juste de terminer son dernier conte, mais il plonge à nouveau, comme dans les années 70, dans un projet historique démesuré, en costumes et en décors factices. Rohmer s’attaque cette fois à la Révolution française et adapte les mémoires de Grace Elliot, une aristocrate inconnue des cours d’Histoire, qui fut notamment la maîtresse du Duc d’Orléans quelques temps avant les événements de juillet.

     De l’existence de cette femme, il reste un ouvrage intitulé Ma vie sous la révolution, retranscrivant son journal intime entre le premier anniversaire de la Révolution en 1790 et sa libération de prison en 1793. Ce qui intéressait Rohmer c’était surtout de traiter la grande Histoire sous l’angle de la petite, intimiste, inédite. Et plus qu’un film musée, prendre le parti du conte moral : Le film relève moins de l’épopée que du combat vain, d’une vérité de point de vue, artistique plus qu’historique, qui est celui des monarques victimes de la Révolution puis du régime de la Terreur.

     Mais le film vaut beaucoup pour la richesse et le ludisme de ses dialogues raffinés, empruntés et adaptés de ceux de Grâce Elliot. En prenant ce récit inconnu de tous, Rohmer peut contourner l’Histoire connue de tous et observer les évènements majeurs de la Révolution (La fête de la Fédération, la prise des Tuileries, l’exécution du roi, les persécutions et la chute de Robespierre) sous la lorgnette d’une aristocrate écossaise installée à Paris, puis à Meudon, terrifiée par ce qu’elle voit (période moins glorieuse de la Révolution française où l’on coupe des têtes voire les accrochent à des piques, comme c’est le cas de celle de la Duchesse de Lamballe) mais n’hésitant pas à venir en aide aux prisonniers politiques.

     Si les intérieurs sont reconstruit en studio à base de trompe l’œil (que n’aurait pas renier Zucca) aux fenêtres, le gros du travail vient essentiellement des scènes extérieures, intégralement tournées dans un immense studio sur fond vert, sur lequel des peintures viennent se superposer à l’écran. Problèmes de perspectives, d’entrées et de sorties de champ, différence d’échelle : un vrai casse tête de laboratoire. Rohmer qui n’a jamais rien fait comme personne s’attaque aux technologies modernes (ajoutant à ses peintures de nombreuses incrustations numériques afin de brosser la profondeur) en ouvrant un bel hommage au cinéma bricoleur de Méliès.

     Au-delà de son aspect formel ordonné et simpliste (ou pédagogique, selon l’humeur) – intérieures et extérieurs mêlés – Rohmer ne cherche aucunement à masquer l’artificialité de ses partis pris esthétiques et invente, en intérieur, des tournures mise en scéniques minimalistes inhabituelles à l’image de cette longue séquence (Le film est bien entendu souvent construit sur de longues séquences) où Grace cache le marquis de Champcenetz, le gouverneur des Tuileries dans son lit, tandis que ses quartiers sont fouillés par la garde républicaine ; Voire dans cette fin, où le cadre décapite volontiers chacun des personnages envoyés à la guillotine.

L’atelier d’Éric Rohmer – 1993/2009

82Rohmériennes.

     Le coffret Rohmer de chez Potemkine (dont je commence à voir le bout, snif) abrite aussi ce que l’on appellera L’atelier d’Eric Rohmer, dans lequel onze films, onze courts métrages sont recensés ayant de près ou de loin rapport à l’univers Rohmérien, surtout parce qu’ils sont écrits et mis en scène par des femmes ayant participé à ses films, ses actrices muses pour la plupart, de Rosette à Marie Rivière. Rohmer produit et découpe le tout, entre 1993 et 2009, le dernier en date, La proposition, qui sera donc son dernier travail. Onze films, deux parties : Modèle & Anniversaire. En soi, c’est déjà un programme éminemment rohmérien.

L’anniversaire de Paula – Haydée Caillot – 1993

     Haydée Caillot a pas mal joué chez Rohmer, toujours dans des petits rôles, de La femme de l’aviateur à Conte d’hiver. L’anniversaire de Paula suit une femme qui s’apprête à fêter ses 50 ans, dans sa solitude et ses errances dans un Dunkerque bleu, d’une tristesse absolue. Une gravité qu’on n’avait jamais vu chez Rohmer (ou alors il faudrait chercher du côté de Conte d’automne, vite fait) tant elle habite littéralement les 16min de ce film.

France – Diane Baratier – 1996

     Diane Baratier était directrice de la photographie chez Rohmer dès L’arbre, le maire et la médiathèque jusqu’à son dernier. France, 17min, raconte un peu de France, le personnage, qui conduit des métros le matin, fait de la danse brésilienne l’après-midi et dont c’est l’anniversaire, qu’elle a prévu, elle en est persuadée, de passer avec un garçon très bien qu’elle vient de rencontrer. Elle ne cesse d’essayer de le joindre mais il ne répondra jamais. J’avoue m’être un peu délecté de son désespoir tant sa suffisance et certitude m’ont gonflé. Là je retrouvais pas mal de Béatrice Romand dans Le beau mariage, en gros.

Un dentiste exemplaire – Aurélia Alcaïs & Haydée Caillot – 1998

     J’ai déjà parlé d’Haydée Caillot, parlons un peu d’Aurélia Alcaïs : Elle n’est crédité que dans un seul film de Rohmer, Conte d’automne. Elle y jouait Emilia, la fille du personnage campée par Marie Rivière. C’est elle qui joue le rôle de Mélanie dans Un dentiste exemplaire. Afin de se payer un voyage aux Etats-Unis, Mélanie envisage, sur les conseils d’une amie, Alexandra, de faire des photos de nu. Cette dernière lui explique, en lui tendant un ouvrage de photos noir et blanc, qu’il lui est arrivé de poser elle aussi, que financièrement ça dépanne plutôt bien. A l’appui elle lui montre l’une de ses photos sur laquelle Mélanie ne la reconnait pas. Elle est rassurée. Sur la page d’à côté, elle observe la photo d’un homme. Plus tard, lors d’une visite chez le dentiste, elle aura la sensation que le visage de son dentiste et celui de l’homme sur la photo se confondent. Sans certitude. Ce n’est que lors de sa séance de pose qu’elle le croisera de nouveau. Pur quiproquo complètement invraisemblable qui rappelle notamment un épisode des Rendez-vous de Paris. Délicieux.

Une histoire qui se dessine – Françoise Quéré – 1999

     Si le nom de cette femme ne vous dit rien, c’est parce qu’elle existe au cinéma (Elle joue dans pas moins de six longs métrages de Rohmer, systématiquement un rôle secondaire) et à la télévision sous un doux pseudonyme : Rosette. Elle fut aussi réalisatrice d’une petit série éponyme, assez anecdotique dont on pourra surtout retenir l’épisode Rosette vend des roses, avec de l’indulgence. Une histoire qui se dessine, s’il est attachant, demeure encore dispensable et paresseux. Le film vaut surtout pour les présences de Vincent Dieutre et Emmanuel Salinger, qui s’amusent bien qu’on ne comprenne pas trop ce qu’ils viennent faire là. Sur le Pont des Arts, une dessinatrice de rue dérange un autre dessinateur pendant qu’il croque un couple de japonais ; Puis il viendra la perturber dans le sien, sur la place du Trocadéro. On est en plein marivaudage. C’est mignon comme tout mais ça ne va pas plus loin.

La cambrure – Edwige Shaki – 1999

     J’avais déjà vu ce court métrage, je ne sais plus comment ni pourquoi mais je le connaissais et m’en souvenais assez bien. Edwige Shaki n’est pas une muse de l’univers rohmérien, du moins pas encore, puisqu’elle tournera avec lui L’anglaise et le duc, uniquement où elle n’y tient qu’un rôle figuratif. La cambrure aurait aussi bien pu faire partie des Rendez-vous de Paris, qui en reprend sensiblement les mêmes codes que le troisième segment. Le film étale un peu trop ses références en citant à foison Modigliani, Cézanne, Degas mais j’aime beaucoup sa manière qu’il a de tout érotiser – Et le film ne parle que de ça : Le corps d’une femme évoquant à un homme le nu sculpté de son oncle. Et puis Edwige Shaki, sublime créature, blonde à la silhouette élancée, est devant et derrière la caméra et passe le plus clair de ces 16 minutes les nichons à l’air. Plaisir des yeux.

Le canapé rouge – Marie Rivière – 2005

     Inutile de présenter Marie Rivière si l’on est un minimum familier du cinéma de Rohmer. Marie Rivière c’est Rohmer. Huit films tournés ensemble qui la plupart sont des merveilles. Mais citons seulement Le rayon vert et tout est dit. Marie Rivière choisit de lancer son film sur la rencontre de deux vieilles connaissances puis c’est l’aventure d’un tableau qui prendra le relais. Lucie accepte de poser pour son amie, en planifiant d’offrir le tableau à son mari infidèle, de façon à ce qu’il ne cesse de penser à elle jusque dans son lieu de travail dans lequel il passe le plus clair de son temps. Le film emprunte aux codes rohmériens ses thématiques du voyeurisme, de l’exhibitionnisme, de la pulsion et du narcissisme doux en le déployant jusqu’à son point de rupture. Ce qui est très beau ici c’est le chemin parcouru entre le premier (le foisonnement d’un carrefour parisien) et le dernier plan (Une toile enfermée dans un cadre) et l’espèce de réconciliation/remariage que cette peinture va provoquer, sur l’idée de reconnaître un sujet si tant est que l’on connaisse parfaitement le modèle. C’est très beau. Certes c’est un peu lisse et statique dans la forme, mais l’abandon (comme à son habitude) de Marie Rivière (Quelle actrice incroyable !)  qui joue Lucie, permet à ce court métrage d’être haut la main  le plus beau de cet Atelier des Modèles.

Des goûts et des couleurs – Anne-Sophie Rouvillois – 1997

     Violette et Nicolas se promènent dans Paris. Viennent-ils ou non de se rencontrer ? Mystère. Sur les étalages d’une échoppe, ils se rendent compte qu’ils recherchent le même livre. Ils ont aussi en commun le rejet des évangiles de Saint-Paul. Dans un carton de disques, ils écouteraient bien tous deux Bach. Ils ont le même chiffre porte-bonheur, la même couleur préférée. C’est carrément flippant, reconnait Violette. Demain, pour son anniversaire (qu’elle s’apprête à fêter seule) elle et Nicolas décident de diner ensemble. Une longue introduction qui permet de retrouver les codes et thématiques du cinéma de Rohmer en misant sur la balade et la discussion, l’art et le hasard. Avant le diner, Violette s’en va s’acheter une robe, mais n’est guère convaincu. Plus tard, c’est Nicolas qui s’en va lui acheter une robe, en guise de cadeau. Deux d’entre elles s’offrent à lui : la rouge (à pois) et la jaune (à fleurs). La rouge plaisait beaucoup à Violette et la jaune la dégoutait, mais ça, Nicolas ne le sait pas. Il choisit de prendre la jaune, se persuadant qu’elle irait mieux à Violette. Le soir, lors de l’ouverture de son cadeau, Violette est d’abord surprise puis moqueuse, avant de s’emporter et rejeter totalement Nicolas qui voudrait absolument qu’elle passe la robe pour lui. Ils ont enfin trouvé leur point de désaccord. Le pire de tous. Sous ses allures de petite comédie boulevardière, le ton bascule à nouveau dans l’incompréhension avec cette idylle contrariée sur un détail puis enfonce chaque personnage dans la solitude, se fermant sur le départ précipité de Violette. Ce beau court permet surtout de retrouver avec bonheur Eric Viellard, qui jouait Fabien dans L’ami de mon amie.

Heurts divers – Florence & François Rauscher – 1998

     Le candide que je suis n’avait pas capté le double sens de ce curieux titre. C’est pourtant lui qui donne le la de ce film anniversaire perturbé par le changement d’heure. La mise en scène est certes nettement plus plan-plan qu’elle n’aurait dû être mais le jeu hasardeux qui se joue entre d’un côté cette fille qui fait la connaissance d’un de ses collègues et de l’autre son frère qui en quitte une pour en trouver une autre, avant de se retrouver tous deux le lendemain pour l’anniversaire de leur papa, en fait un joli conte, attachant, très rohmérien, qui aurait presque mérité d’être étiré sur un format long.

Les amis de Ninon – Françoise Quéré – 1997

     Le mari et les enfants de Ninon sont absents le jour de son anniversaire. Elle décide de faire une soirée pas banale dans laquelle elle invite quelques-uns de ces ex pour savoir ce qu’ils sont devenus, retrouver le semblant de flamme qu’elle animait en eux jadis. Tout cela en espérant qu’ils viendront accompagnés pour créer une ambiance des plus singulières. L’idée prometteuse s’effondre vite sous le violent poids du vide qui caractérise l’écriture Rosette qui joue et réalise. On retrouve tout ce qui était si empesé et anecdotique dans Les aventures de Rosette, dans les années 80. La soirée est un fiasco mais ça on le présentait. Surtout, rien n’émerge de cet appartement, de cette gêne commune, de ces dialogues dévitalisés par l’embarras. Tout parait faux, surjoué. Vingt-cinq minutes de remplissage. Vraiment pas terrible.

Le nu à la terrasse – Annie Balkarash – 2008

     Là encore il est question d’un tableau. Un couple emménage dans leur nouvel appartement et garnisse le meuble de cheminée d’une toile de nu, trouvée d’occasion, qu’ils aiment tous deux beaucoup. Plus tard, lors d’une crémaillère en petit comité, sa grand-mère à lui découvre le tableau, embarrassée puis trouve un prétexte pour s’en aller. On aura deviné qu’elle fut le modèle. Le film s’amuse énormément, à la fois en semant le trouble sur ce couple, qui découvre bientôt que la toile a disparu mais aussi en créant une ellipse donc une passerelle judicieuse dans sa dernière partie. Il y a quelque chose, un ton, une respiration alors que tout est intégralement tourné en intérieur ; Une volonté ludique aussi de jouer sur le mystère, il y est là aussi question d’une clé subtilisée comme dans Conte de printemps. Et mine de rien une dimension assez étrange dans cette manière que l’homme a d’observer le tableau, ses couleurs, l’érotisme qu’il dégage via les formes, parfaites, répète-t-il, de cette femme nue qui ne sont donc que celles de sa grand-mère.

La proposition – Anne-Sophie Rouvillois – 2009

     Il s’agit donc du tout dernier film tourné pour la Compagnie Rohmer, un court-métrage de quinze petites minutes, relativement anecdotique dans son déroulement mais qui a au moins de mérite de rappeler combien Rohmer était le cinéaste des femmes, ne cessant de les filmer avec grâce et nuance. Ici il n’est simplement chargé que du découpage, à l’instar des dix autres courts que constitue ce coffret. Pourtant c’est comme si l’on sentait un retour de Reinette et Mirabelle, dans leur complicité comme dans leur antagonisme ; Une longue introduction suit une discussion qu’elles tiennent sur la nudité, comme rempart ou représentation, glissant vers leur vision de la pudeur et du puritanisme. Par provocation envers son amie, l’une choisit de poser nue pour un peintre. Et si la dernière scène l’enferme dans un quiproquo (Là encore, thématique chère à Rohmer) savoureux, on notera essentiellement cette mise à nu absolue, devant un miroir, que la mise en scène choisit de nous offrir en un seul plan. Rohmer n’avait jamais osé filmer cela de si près. Anne-Sophie Rouvillois lui aura offert ce cadeau, en guise d’adieu, en somme.

Urgences (ER) – Saison 6 – NBC – 2000

13041132_10153616752482106_2799686655865013231_oAll in the family.

   9.0   On en voit pourtant beaucoup des choses durant cette sixième saison (Romano chef du personnel, Le départ de Jeannie, La présence de Rebecca De Mornay, L’accouchement de Carol, Les arrivées de Kovac, Malucci, Abby et Cleo, Le cancer du père de Mark…) mais rien à faire, c’est à deux épisodes au centre auxquels on repense inéluctablement. Deux épisodes en pleine Saint-Valentin (Quelle cruauté n’empêche) qui se suivent puisque le premier se ferme sur une séquence terrible, un coup de massue, que l’on reprend dans le suivant, d’un autre point de vue. Dès lors on sait qu’on va morfler. Plus que les destins croisés des deux personnages concernés (le fameux vivront / vivront pas ?)  C’est probablement avec ceux qui gravitent autour que l’on tient là l’un des épisodes le plus marquants, éprouvants de toute la série. De toutes séries confondues. Kerri Weaver toujours très pro, toujours à fond (Avant sa découverte macabre, c’est elle qui vient briser la fête et baisser la musique) passe la main, défaite, après avoir découvert les corps inconscients de ses deux collègues, dans un vrai bain de sang. Romano, l’un des personnages les plus antipathiques à l’accoutumée, explose de fragilité – Cette manière qu’il a de tout balancer lorsque les palettes ne parviennent pas à ramener la jeune femme. Elizabeth, mon personnage féminin préféré (Depuis un moment maintenant) sera la dernière à parler à Lucy, dont on ne tirera qu’un ultime remerciement, et deux dernières lettres « EP » quand elle sait qu’elle fait une embolie pulmonaire, qui s’en va la foudroyer. Et dans la pièce d’à côté Benton qui s’occupe de sauver Carter, c’est aussi une belle façon de rendre hommage à leur relation qui existe depuis les tous débuts. C’est drôle car ce sont ces deux épisodes en un qui m’avaient donné envie de tenter l’aventure Urgences ; J’étais tombé sur une diffusion télé vraiment par hasard et ça m’avait happé. C’était il y a plusieurs années, donc j’ai eu le temps de tout oublier ; Enfin disons que c’est plus simple de tout oublier quand on ne connait pas les personnages qui traversent une telle épreuve. Je ne sais pas pourquoi mais je me souvenais de cette séquence de décompression au café, lorsque Kovac et Malucci (les nouveaux) écoutent les infirmières leur raconter une anecdote Lucy / John qu’ils n’ont pas vécu, avant qu’on ne vienne leur apprendre que la première ne s’en est pas sorti. Tous mes souvenirs me sont alors revenus de plein fouet durant l’épisode. Et j’ai souffert comme jamais. C’est intenable en permanence. Ça me file des frissons rien que d’en parler.


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