Les glaneurs et la glaneuse – Agnès Varda – 2000

13346419_10153718648327106_4322925395800920532_nGlanons, grappillons.

   7.5   C’est moins l’occasion pour Varda de faire un docu stricto sensu sur les conditions et l’histoire du glanage, comme pour offrir une version filmée d’un tableau de Millet ou de Breton, que d’expérimenter une fois de plus les possibilités du matériau filmique, glaner de l’image, en somme. Saisir de sa main qui filme son autre main qui glane, répète t-elle régulièrement. Autrement dit, mettre en scène la finalité de son idée, de ses convictions. Et en profiter pour raconter son vieillissement, prendre son corps à témoin (ses mains, ses cheveux) à la fois le reflet de ces patates qui verdissent et celui de cette seconde vie qu’elle lui offre, autant que ces pommes de terre au rebus, ces figues oubliées, ces produits de supermarché jetés, ces huîtres que la marée a fait jaillir des parcs, ces objets abandonnés sur les trottoirs. L’un d’eux attirera d’ailleurs son attention, une vieille horloge sans aiguilles, où le temps dit-elle, ne s’écoule pas. Les glaneurs et la glaneuse est aussi l’occasion de donner la parole aux gens, réprouvés que l’on ne voit nulle part sinon chez Depardon ou Varda, glaneurs par besoin, glaneurs par plaisir. C’est aussi une façon d’interroger les possibilités du glanage, les restrictions législatives, de constater les cheminements des patates, des champs aux usines avant le rejet des grosses dans les terrains vagues. D’aller observer les glaneurs d’huîtres à Noirmoutier, qui doivent se tenir à une distance minimum des parcs, ramasser une certaine quantité ; De voir ceux qui s’entichent des fins de marché parisiens, comme cet homme qui ne vit que de ça depuis dix ans, cet autre qui écume marchés et poubelles le jour et donne des cours d’alphabétisation le soir. De leur donner la parole ; Du temps de pellicule. Le film est d’ailleurs construit comme on grappille, il ne suit pas de schéma, s’abandonne ici, s’aventure là-bas, insère de la fantaisie (la main de Varda qui attrape des camions, filme des patates en forme de cœur) et cite à foison les nombreuses œuvres de peintres de glaneurs, sans jamais tirer vers le cérémonial. Le film était diffusé dans le cadre d’une exposition d’art contemporain « L’abbaye fleurie » de Régis Perray, initialement prévue en plein air mais retranchée pour cause de temps menaçant, dans la grange de l’abbaye de Maubuisson. Faisait frisquet mais c’était très beau.

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