Archives pour juin 2016



Nos femmes – Richard Berry – 2015

07.-nos-femmes-richard-berry-2015-900x600Le diner de beaufs.

   0.0   Consternant de la première à la dernière seconde. A ce niveau de médiocrité et misogynie, je pense que ça tient de l’exploit. C’est Le cœur des hommes version sexagénaires, avec le célibataire endurci, le marié asexuel et celui coureur de jupons. Leurs femmes ou ex-femmes sont soit trop jeune et sexy, trop sportive et sexy ou castratrice endormie. Comme dans nos cahiers de vacances de primaire, je vous laisse relier chacun à chacune. Auteuil est hystérique, Lhermitte défoncé, Berry apathique, dans l’ordre (que vous voudrez) de nullité, rarement vu ces trois-là à ce point ridicules. Depuis 35 ans tous trois partent en vacances sans femmes et ça leur va. Se font une soirée pizza hebdomadaire et ça leur convient. Quand un jour l’un d’eux vient de tuer sa femme, débarque et demande leur aide, l’entente habituelle se délite. Evidemment. Mais pas tant que ça. Enfin, disons que c’est surtout l’occasion pour chacun de faire éclater ses rancœurs et quatre vérités, pour qu’au final d’une part, les femmes ne soient que des objets malmenées d’un point à un autre, d’autre part toute la grandiloquence tragique disparaisse d’un coup d’ardoise magique. Le film se veut surtout drôle et croyant vraiment en son potentiel comique, son humour pince-sans-rire. Mais il n’est que mauvais goût. Une pièce (tout se déroule dans un appartement ou presque) mal filmée, mal rythmée, mal éclairée. En permanence. Entre nombreux frissons de la honte, j’en ai sélectionné un, imbattable, lorsque Berry, pour prouver à son pote qu’il n’écoute pas que des chanteurs morts sur vinyle (Ce qui équivaut à être réac, hein, forcément) lui sort un CD de NTM et se permet une petite danse sur Ma Benz. De tel malaise devant un écran son rares, franchement. Et pour rester au niveau musical, quand tu crois avoir tout vu, tout encaissé, le film te balance une « séquence émotion » finale accompagnée par L’adagio de Mozart, Concerto 23. Creuser ne suffit pas, pour certains. Il faut qu’ils souillent.

Lincoln – Steven Spielberg – 2013

13346811_10153718648062106_3535017521316390030_nL’ennui.

   3.0   45 Réflexions devant Lincoln, de Spielberg :

  1. 1. Soldat Ryan, le retour.
  2. 2. C’est en noir et blanc ?
  3. 3. Ah non c’est en sombre.
  4. 4. En marron/bleu, plus précisément.
  5. La vache ce plan de recul sur l’apparition de Daniel « Lincoln » Day Lewis. Très beau.
  6. Osée l’image diffractée. On se croirait presque dans un Sokurov là.
  7. Dur pour Sally Field.
  8. Il est si grand que ça Day Lewis ?
  9. C’est qui lui déjà ?
  10. J’ai l’impression que ça va être très TRÈS bavard.
  11. Ah oui, Lincoln était grand, j’avais oublié.
  12. La guerre de Sécession et moi ça fait deux, en fait.
  13. Ah j’ai trouvé, c’est le père de famille dans La rivière sauvage.
  14. C’est plan/plan ou c’est moi ?
  15. Et lui aussi je le connais, attends ; C’est le type de Deadwood, de Miami Vice, j’aime beaucoup cet acteur, il dégage un vrai truc singulier. C’est bon, je suis lancé.
  16. Mais c’est Jeanie Boulet ! Ayé, Urgences me manque.
  17. Quelle putain de voix DDL n’empêche.
  18. Je m’ennuie.
  19. Cette ambiance grenier, sous-sol, lanternes et clarté dans l’ombre commence à me gonfler.
  20. Je regarde depuis… 33 minutes. Plus qu’1h51. Bien, bien, bien.
  21. Dingue ce qui tombe dehors, pour changer.
  22. Tommy Lee Jones qui fait du Tommy Lee Jones, rien de surprenant.
  23. Tiens, c’est le mec de O’brother, je savais bien que cette tronche m’était familière.
  24. Je me fais chier.
  25. Merde, je me suis endormi.
  26. J’ai raté quoi ? Probablement quelques dialogues.
  27. On est toujours en Janvier 1865, tout va bien.
  28. Bonjour Joseph Gordon Levitt, apparemment j’ai loupé ton entrée.
  29. Belle moquette murale.
  30. Chambre des représentants, Maison blanche, chambre des représentants, maison blanche…
  31. Je m’ennuie.
  32. J’ai bien fermé la voiture ?
  33. L’élégance de DDL jusque dans les monologues, quoi. Anecdotes, histoires drôles, tout y passe.
  34. C’est une version aseptisée d’Abraham Lincoln ou c’est moi ?
  35. J’en ai marre de sentir dans chaque scène que les personnages sont convaincus de changer l’Histoire.
  36. Avais-je envie de voir un film pédagogique sur le 13e amendement ? Je ne crois pas.
  37. Adam Driver est vraiment partout ces temps-ci.
  38. Et merde, j’ai encore somnolé.
  39. Après Marion Cotillard chez Nolan et Mélanie Laurent chez Tarantino, Julie Depardieu chez Spielberg.
  40. Ah non, pas du tout en fait. Je comate.
  41. Ça sent l’assassinat hors champ cette affaire.
  42. Voilà.
  43. Belle fin quoiqu’il en soit.
  44. Générique. Enfin !
  45. James Spader !? Où ça ?

Parks And Recreation – Saison 3 – NBC – 2011

13428508_10153725310492106_6995428696579544926_nLe retour du service des parcs.

   7.0   On en arrive à ce que la série peut offrir de mieux. Tous les épisodes sont excellents, le rythme complètement endiablé, les personnages encore plus attachants. Je pense surtout aux deux nouveaux que sont Chris et Ben. Ils apportent un vrai vent de fraicheur dans le casting masculin. L’épisode de la grippe, le camping, le mariage d’Andy & April (probablement les personnages les plus barrés de la série), le hamburger, Le p’tit Sébastien. Chaque épisode s’enchaine comme une friandise indépendante, toujours délicieuse et toujours à deux doigts de basculer dans le mauvais goût. Je ne vais pas en faire des caisses sur Ron et sa moustache mais ce personnage est absolument génial. C’est lui qui me vaut tous mes fou-rires – Avec April. Allez, quelques-unes de ses perles, que j’ai mise de côté :

« I’m not interested in caring about people. I once worked with a guy for three years and never learned his name. Best friend I ever had. We still never talk sometimes »
« Fishing relaxes me. It’s like yoga, except I still get to kill something »
« You’ve accidentally given me the food that my food eats »

Il faudrait écrire un recueil Ron Swanson, franchement.

     Bref, j’ai d’abord regardé ce truc en dilettante, donc je ne pensais pas arriver jusque là. Et pourtant, je vais entamer la saison 4.

Euro 2016 – 16/06/2016

XVM18ffe882-2f51-11e6-bea0-f96c4923baa2Six jours, sept nuits.

     Je n’ai pas vraiment envie d’écrire sur les films ces temps-ci. Sur les séries non plus. Pourtant j’en vois. Moins, mais j’en vois. En fin de soirée, après 22h45. Non, je n’attends pas qu’il fasse nuit noire, mais le coup de sifflet final. Car on est en Juin, c’est l’Euro, trois matchs par jour, difficile de ne pas vibrer football. D’ailleurs, je me rends compte qu’il m’est plus difficile de regarder les matchs que lors du Mondial au Brésil. Autant les matchs de Minuit je m’en accommode très bien, autant ceux de 15h c’est vraiment pas mon truc, que je bosse ou non. Je n’ai jamais été très Première league.

     C’est donc un fait, je ne peux pas tout voir. Il faut accepter de ne pas pouvoir tout voir – Joie des retransmissions hors canal Hertzien. Plus difficile encore, accepter que je ne verrai probablement pas jouer certaines équipes, comme l’Irlande du Nord, la Hongrie ou la Slovaquie, sauf si on retrouve ces équipes en huitièmes. A ce titre, merci les programmateurs, je manque Angleterre / Pays de Galles cet après-midi, l’une des rencontres les plus alléchantes des phases de poules. J’ai aussi raté l’Espagne la semaine dernière. Bref.

     Jour 7. Après 15 rencontres (J’en ai regardé 9) je voudrais déjà établir un semblant de Top3 – provisoire, évidemment puisqu’il sera évolutif – car j’ai vu de (très) belles choses. Exit les matchs de l’équipe de France, qui furent agréables à regarder si tant est qu’on supporte l’équipe de France. Franchement, je pense qu’un Hongrois, devant France-Albanie, s’endort avant les deux buts. La première mi-temps fut la plus indigente de tout l’Euro pour le moment, la seconde plus enlevée mais avec des béances techniques qui font frémir, sans parler de cette horreur de pelouse. Le match d’ouverture contre la Roumanie était plus intense, mais aussi très inégal. Enfin disons que je le soupçonne d’avoir été intense, émotionnellement du moins, parce qu’il était le match d’ouverture. Bref, voici les trois rencontres Pizza/bières en groupe ou Vin/fromage en solo que j’aie préférées :

     -          En troisième position : Allemagne – Ukraine. Déjà parce qu’une Mannschaft mi-figue mi-raisin reste une Mannschaft. C’est très juste techniquement même quand ça ne l’est pas, c’est très agréable à mater, c’est élégant. Et puis en face il y avait l’Ukraine. Certes il n’y a plus Chevtchenko depuis un moment, mais elle n’a pas déméritée, loin de là, se créant une multitude d’occasions, déjouant presque les pronostics, jusqu’à ce que Özil emploie les grands moyens et serve Schweinsteiger (qui était remplacent, comme Schürrle, paie tes jokers !). A l’allemande. Un vrai match de foot, avec autant de mordant d’un côté que de maitrise de l’autre.

     -          En deuxième, je penche pour le beau Angleterre – Russie. Avec une jeune équipe anglaise très volontaire (le duo Rose/Sterling me plait beaucoup) qui a manqué d’efficacité mais pas de verve, s’anoblissant trop à mesure que le temps s’écoulait, face au bus russe, qui n’a jamais abandonné son énorme pressing. Une merveille de match sous tension qui allait entériner la malédiction britannique se faisant rejoindre très bêtement au finish.

     -          Le grand gagnant à mes yeux, c’est Belgique – Italie. D’une part car je ne m’attendais pas à voir une Squadra à ce niveau de football ; Certes on sait que les azuréens sont meilleurs dès l’instant qu’on ne les attend pas mais là, sans Verratti qui plus est, je n’y croyais pas une seule seconde. D’autre part car les belges me gonflent. Je trouve cette équipe d’une suffisance exécrable, on dirait onze Pogba sur le terrain. Résultat : Hazard dans les choux. De Bruyne et Lukaku, ridicules. Alors on s’en est remis à l’élégance italienne, très forte défensivement, très mobile au milieu et qui a su saisir sa chance quand il fallait devant. Forza Italia !

     J’aurais aussi pu mettre le Portugal – Islande tant les nordistes m’ont impressionné par leur panache (contrecarrant leurs manquements techniques), leur altruisme et la présence d’un mur de supporters ahurissant. Les mecs ont été à la rue en début de deuxième mi-temps mais la surprenante égalisation (là je me dis que les portugais sont très faibles) a tout remis en perspective : D’un coup ça devenait presque un match de Coupe de France, avec le Petit poucet qui s’enflamme. Bon, finalement, c’est comme si j’avais fait un Top4.

     Pour finir, quelques images marquantes, comme des coupes de cheveux dégueulasses, style Coman et sa queue de rat, Origi et son balai-brosse. Quelques cartons rouges, pour l’indéboulonnable Pepe (le footballeur le plus débile du monde), la pelouse du Vélodrome ou le jeu turc. Quelques images qui font plaisir comme l’abnégation d’un Aron « viking » Gunnarsson, ces nombreux buts en toute fin de match.  Et une qui restera : Les larmes de Payet. Qu’elle est belle cet image ! Aurait crié CJP s’il ne s’était pas fait supplanter par Margotton.

À suivre…

Les habitants – Raymond Depardon – 2016

13346733_10153706025122106_9166040395331946717_nLa caravane passe.

   2.5   Je reste persuadé que Raymond Depardon est l’une des figures les plus importantes du cinéma documentaire qui a surtout œuvré durant les années 80/90 avant d’offrir une sorte de manifeste sublime avec sa trilogie Profils paysans entre 2001 et 2008. Il aurait dû s’en tenir à La vie moderne. Il ne reste aujourd’hui que des miettes de ce qu’il fut. Après le dispensable Journal de France, qui faisait office de documentaire sur Depardon lui-même, l’insipide Les habitants enterre définitivement le cinéaste, qui semble à court d’idées, veut raconter qu’il continue de sillonner la France mais sans le désir de faire du cinéma.

     Depardon embarque donc une petite caravane dans laquelle il a installé tout un barda de tournage. Il fait escale dans nombreuses villes, de Calais à Sète, de Nice à Villeneuve St Georges et décide de filmer, à l’intérieur même de sa caravane les gens qu’il va rencontrer au hasard, dès l’instant qu’ils acceptent de poursuivre ou reproduire leur conversation dans sa Raymond Mobil. Le plan est toujours le même. Fixe. En son sein, il y aura toujours deux personnes à une table, se faisant face. Et au second plan, la vitre arrière du véhicule donne sur une place, une rue dévoilant la ville dans laquelle on se trouve. Une fenêtre sur le monde, en somme.

     Plus ordonné, systématique et chiant tu meurs. D’autant que ces quelques échantillons ne témoignent de rien : Ni d’une éventuelle universalité ni d’un ancrage géographique précis. Chaque habitant succède au précédent, ressemble au précédent, dans des lieux qui se ressemblent puisqu’ils n’existent pas. Si les conversations sont souvent sans intérêt, c’est moins pour la banalité de fond qu’elles exploitent que pour l’aspect bribes de dialogues clairsemés : Deux minutes, à peine, pour la plupart d’entre eux toujours dans un esprit de coupes, de façon à ne garder que les paroles, jamais les silences ni les ratés (Les habitants jouent puisqu’ils reproduisent du réel) et puis hop, on passe au suivant dans la foulée. Il y a pourtant de la violence dans ces conversations, où l’on y parle de famille, de couples, d’enfants, dévoilant un affrontement abstrait entre hommes et femmes, mais ça ne débouche sur rien. Ça ne raconte rien.

     Clou du spectacle : Entre chaque ville, Depardon insère quelques plans de sa caravane en marche, serpentant les routes, en accompagnant chaque fois le tout d’une soupe musicale signée Alexandre Desplat. C’est si mécanique, redondant et sans surprises que ça parait durer une éternité. Bref, c’est atroce. Je vais me programmer une petite rétro de sa filmographie d’antan pour me laver les yeux parce que je ne vois pas comment un type qui fait Reporters ou San Clemente, peut s’égarer dans un tel désert créatif.

Baron noir – Saison 1 – Canal + – 2016

13434844_10153725310507106_868346505927452143_nL’ordre et la morale.

   6.5   Une série politique avec en casting Kad Merad, Anna Mouglalis et Niels Arestrup. L’association surprend, fait peur, rend curieux. Et si le résultat n’est pas aussi abouti que ça peut l’être dans Le bureau des légendes (dont je suis actuellement en train de découvrir la deuxième saison, au moins aussi géniale que la première) je suis agréablement surpris par leur jeu, leur investissement à tous. Ils font le job. Ils en font certes tous un peu trop à tour de rôle mais sans jamais que ça ne plombe l’envergure du récit. Même Merad qui est un très mauvais acteur ne fait pas tâche dans le décor, c’est dire. Car il faut bien reconnaître qu’on n’avait pas vu pareille densité depuis bien longtemps au sein des arcanes politiques à la française. J’ai eu le bonheur d’enchainer Baron noir après Marseille et la différence est flagrante. La série est découpée en huit épisodes d’une heure, crée par Eric Benzekri (Maison close) et intégralement réalisée (ça a son importance tant l’homogénéité est la clé de l’ensemble) par Ziad Doueiri (Un ancien assistant de Tarantino). La série fait peu de concessions dans ce qu’elle brasse, trop peu probablement, se rendait parfois un peu confuse et expéditive dans ses lignes de dialogues et transitions franches acceptant l’idée que le spectateur est déjà un peu calé politiquement. Il est évidemment question de gros sous puisque la saison s’ouvre sur une perquisition à venir au siège de l’office HLM de Dunkerque, dont une partie des fonds ont été utilisé pour la campagne électorale du futur président socialiste. La série aborde frontalement la dégringolade de la Fédé PS du Nord, les mouvements lycées et étudiants, les deals entre alliés de gauche pour les législatives, les liens entre PS et CFDT ainsi que l’entourage antagoniste des conseillers du président (Le fils d’ouvrier contre la file de bourgeois) et tant d’autres vastes sujets naviguant entre plateaux télés, Palais de l’Elysée, Mairie de Dunkerque, Solferino avec une fluidité narrative et une énergie mise en scénique qui en font une série passionnante, soignée et même émouvante dans ses meilleurs moments – Deux très beaux épisodes aux extrémités notamment.

Lost river – Ryan Gosling – 2015

13344570_10153706024442106_5593232724799601623_nCe sentiment du vide.

   3.5   Lost River est un tel magma transcendantal uniquement porté par son image léchée et sa bande-son apocalyptique que ça aurait pu être une belle danse macabre. C’est en fait un condensé de choses que l’on connait par cœur, pêle-mêle Refn, Lynch, Noé, Cianfrance, en nettement moins stimulant. Le film va même jusqu’à s’ouvrir sur un travelling ras des champs, soleil en contre plongée, tout doit extirpé d’un film de Malick. Il y a des tentatives mais elles sont toutes foirées, ridicules. C’est un film de références, un best of sans aucune personnalité. En un sens c’est le direct prolongement de l’album Dead Man’s bone, du groupe éponyme de Ryan Gosling. Un truc qui n’existe que par ce qu’il cite à outrance. Un film vide qui cherche à filmer ce Détroit fantôme que Jarmusch avait autrement mieux filmer dans Only lovers left alive. J’attendais d’être happé, emporté par ses envolées, ses maisons qui brulent, ses rues désertées, ses voitures cadavres qui rappellent aussi un super film punk et halluciné, Dogs in space, signé Richard Lowenstein dans les années 80. Un peu abasourdi par le déluge formel et ses couleurs indigestes, j’ai seulement attendu que ça se passe. Le film ne fait que compiler les médiocrités arty bien grasse avec une complaisance bien trop dégoulinante pour éveiller un soupçon de fascination. Sans intérêt et interminable. Mais super musique quoi qu’il en soit.

Banshee – Saison 4 – Cinemax – 2016

13423932_10153725310532106_7007452369441301015_nThe end.

   5.5   N’y allons pas par quatre chemins, je suis déçu. La promesse d’un final fou s’est progressivement délitée en n’offrant qu’une succession de séquences attendues, comme si la série n’avait plus rien à offrir sinon se contenter de fermer ses arcs narratifs. Cette ultime saison avait pourtant démarré sous les meilleurs auspices en déployant le récit deux années après les évènements de la fin de saison précédente. Deux ans de deuil pour Carrie, d’errance en ermite pour Hood qui tentait lui aussi de faire son deuil de Siobhan, de disparition pour Job. Mieux, la saison s’ouvrait quelques temps après l’assassinat de Rebecca, la nièce de Proctor. La mort d’un personnage important hors champ, donc. Super idée qui permet une fois de plus à Banshee de nous promener sur plusieurs temporalités. On sait de toute façon que le Banshee du présent est une ville fantôme, qui panse ses plaies, qui ne vit que dans une somme d’affrontements entre les pires crapules de la Terre réunis dans un purgatoire à ciel ouvert. Le premier épisode démarre donc sur les chapeaux de roue. Puis plus rien ou presque. Du Banshee classique, en roue libre. Avec un collectif nazi sans surprise, des kidnappeurs bidon, un serial killer sans intérêt, un nouveau personnage de femme flic mais transparente. Le dernier épisode ferme bien la boucle, avec ses rebondissements bourrins et ses moments d’émotions (sublime adieu Ana/Hood) mais le cœur n’y était plus vraiment.

Tel père tel fils (Soshite chichi ni naru) – Hirokazu Kore-Eda – 2013

35.2L’échange.

   7.0   Il me semble que le film est souvent prisonnier de son lourd sujet, cette affaire d’enfants échangées à la maternité qui ressurgit six ans plus tard. La forme est beaucoup trop corsetée et fonctionnelle pour véritablement faire éclater cette double émotion père/fils que le film aurait dû creuser en priorité. On aurait davantage aimé plonger dans cette seconde famille plutôt que dans ce procès de l’infirmière, relativement superflu. On avait pourtant tout pour se recentrer entièrement sur l’issue tragique que cela provoque sur les deux familles. Néanmoins, ça m’a sacrément secoué. Si Rohmer était le cinéaste des femmes, Kore-Eda semble être celui des enfants. De Nobody knows à I wish il est évident d’y voir dans l’enfance (et plus largement dans le dysfonctionnement familial) son champ d’investigation primordial. L’intérêt de ce nouveau cru est de questionner la génétique. Et si le film fait le pari de suivre en premier lieu la famille de Keita c’est essentiellement pour faire le portrait d’un père, obsédé par la réussite professionnelle, la sienne autant que celle future de son fils, qu’il va peu à peu remettre en question au contact forcé de cette famille à la vie nettement plus modeste, qui renferme son fils de sang et dégage un bonheur familial plus concret. Qu’en est-il de la transmission ? Qu’en est-il du lien affectif dans l’étirement de la temporalité ? Qu’en est-il de la notion si complexe d’éducation ? Le film suggère tout un tas de réflexion ; Et s’il tient beaucoup du montage alterné, souvent accompagné d’une petite musique au piano un peu trop séductrice, entre l’appartement clinique de Ryota d’un côté et celui beaucoup plus ouvert de Yudai de l’autre, c’est dans la relation sourde des deux pères que Tel père, tel fils trouve ses meilleurs instants. Qui plus est lors de ce final, très ambigu (et quasi utopique dans l’évolution intime de son personnage) qui semble vouloir réunir tout le monde.

Au revoir l’été (Hotori no sakuko) – Koji Fukada – 2014

ete_2707670bSakuko à la plage.

   7.0   J’imagine que le parallèle a déjà été fait plusieurs fois tant c’est flagrant donc je ne vais pas faire original, Au revoir l’été évoque ouvertement Rohmer. Et Fukada le revendique. Autant dans le choix de ce format carré que dans son rapport plastique aux éléments. L’image pourrait être fait par un Nestor Almendros, sans forcer. Eléments techniques auxquels on peut adjoindre une connivence de fond, puisque Fukada comme Rohmer, s’intéresse, dans une temporalité restreinte (racontée sous la forme d’un journal intime durant une semaine de vacances ; Rohmer n’est pas loin encore) aux pérégrinations d’une jeune lycéenne, venue passer quelques jours chez sa tante, dans son village natal, pour réviser son examen à venir. Sakuko ressemble beaucoup à Pauline (de Pauline à la plage) dans sa capacité de détachement et d’observation. Le film entrelace donc les relations, naissantes ou ressuscitées, qui se nouent autour d’elle. Surtout il est un beau voyage dans un apaisant Japon, ses rivières émeraude, ses plages, ses ballades à vélo. Il y a une douceur et une grâce qui s’en échappe en permanence parce que Fukada est un cinéaste patient, il laisse les lieux respirer, les séquences s’étirer, les silences dominer. Et parce qu’il filme cet anodin magnifique cher au cinéma rohmérien. Peu de marivaudage chez lui ou s’il en est complètement évasif, ses personnages ne sont pas ballottés dans une bulle de séduction fermée mais existent aussi au travers de la société japonaise, dont le film révèle, par touches subtiles, les dérives et les drames ; Une noirceur inattendue comme ici dans ce pathétique relais de passes, dans le love hôtel glauque tenu par l’oncle de Takashi. Ou là dans l’évocation dominante des conséquences de Fukushima, Takashi étant un réfugié de la catastrophe nucléaire. Raillé par certains de ses camarades, il a préféré arrêter l’école et travailler auprès de son oncle. Il y a cette séquence terrible où le jeune garçon est embarqué, par une jeune demoiselle qui l’avait dragué, dans une manif anti nucléaire pour témoigner contre sa volonté. Il y a cette malveillance en sourdine qui rend le film beaucoup plus âpre qu’il ne laisse d’abord croire. Car si son enveloppe est très douce, très solaire, en profondeur le film n’est pas tendre avec son pays.

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