La tête haute – Emmanuelle Bercot – 2015

13686752_10153808296962106_7446407088306803413_nLes nerfs à vif.

   6.7   Il faut d’emblée parler de l’interprétation tant chacun est exceptionnel. Et Benoit Magimel le premier, en éducateur spécialisé, tout en nuances et fragilité. Après Marseille et d’autres trucs insipides, je ne voulais plus le voir nulle part pourtant. Comme quoi une excellente direction d’acteurs peut tout changer. Ensuite comment ne pas évoquer Rod Paradot, ce jeune de dix-sept ans (auréolé dès son premier rôle d’un césar du meilleur espoir, bien mérité) qui dévoile une palette émotionnelle absolument dantesque, véritable boule de colère prête à exploser à chacune de ses apparitions – Sorte de Rosetta au masculin. Je trouve d’ailleurs touchant que le rôle de sa mère soit incarné par Sara Forestier (Une fois de plus incroyable, si l’on excepte la grossièreté de ce dentier, franchement) puisqu’elle tient un parcours similaire dans la mesure où Kechiche l’avait fait naître grâce à L’esquive (elle aussi avait dix-sept ans) où elle campait là aussi une ado cinglée pleine de rage et de cris. Voir ce passage de relais à l’intérieur même du film de Bercot crée un étourdissant vertige.

     Le film nous prend à la gorge d’entrée. Durant les premières minutes nous sommes dans le bureau d’un juge mais on ne voit presque pas de visages, seulement de la paperasse, des gestes mais on entend le dialogue entre la mère (accompagnée de ses gosses) et la juge et il suffit à créer une montagne russe de violence, de fatalisme, de progression dans le vide. Ce n’est que le début. Le film ne réduira jamais son tempo – Il m’a beaucoup fait penser à Ombline, le film avec Mélanie Thierry. Mais la grande idée du film à mes yeux c’est le personnage de Magimel qui au contact de ce garçon se retrouve lui-même puisqu’il fut à sa place plus jeune, face à la même juge – Catherine Deneuve, parfaite comme d’habitude. Le lien qui peu à peu se crée entre eux, aussi délicat soit-il (à l’image de celui qui va se nouer entre Mallony et la fille de sa directrice de centre) est d’une grande subtilité et finesse dramatique.

     A mon sens, Bercot réussit là où Maïwenn échoue (Certes je n’ai pas encore vu son dernier, Mon roi) dans son économie du sensationnel, alors que son film semble plein comme un œuf, avançant avec toujours plus de cris, d’insultes, de coups, de larmes. Deux exemples flagrants à mes yeux : Tout d’abord la scène de l’accident de voiture. Chez Maiwenn le petit serait sans doute mort créant une plongée tire-larmes supplémentaire. Chez Bercot, c’est un obstacle parmi d’autres, un élément de récit presque anodin qui en convoque d’autres, jamais dans le but de nous apitoyer. En fait, on n’a jamais le temps de pleurer. L’autre exemple c’est la fin de Polisse où Maïwenn y allait à grands coups de suicide, saut dans le vide au ralenti, ridicule au possible, alors que Bercot choisit d’accompagner Mallony dans les couloirs et les escaliers du palais de justice, qu’il foule pour la dernière fois, après dix ans de loyaux services. Mais le plus fort là-dedans c’est que cette apparente douceur finale est un moment d’une grande angoisse, tant le film nous a pris aux tripes pendant deux heures, donc même lorsqu’il se pose enfin, il est toujours aussi violent car Mallony fait ses adieux et tient dans ses bras son bébé. Le fait que cette séquence soit très longue accentue cette inquiétude, aussi lumineuse soit-elle.

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