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Archives pour 28 juillet, 2016

La porte du Paradis (Heaven’s Gate) – Michael Cimino – 1981

06.-la-porte-du-paradis-heavens-gate-michael-cimino-1981-900x599Désillusions en terre promise.

   9.0   Voilà un moment que j’envisageais de voir la version longue de La porte du paradis, la seule approuvée par l’auteur. J’avais découvert il y a quelques années la version amputée d’une heure, dans laquelle de nombreux personnages étaient sacrifiés, le rythme décousu, dans laquelle il manquait clairement une unité. La disparition de l’auteur, outre de m’avoir donné envie de revoir The deer hunter, m’a rappelé que j’avais cet énorme morceau sous le coude. Impossible d’évoquer Heaven’s gate de Cimino sans parler de ce qu’il représente dans l’histoire du cinéma : la fin du Nouvel Hollywood, puisque à l’instar du Sorcerer de Friedkin, son échec cuisant vient rompre l’élan seventies, démesuré, téméraire, flamboyant.

     Rien d’étonnant à voir cette ouverture aussi visionnaire que pragmatique dans laquelle des étudiants de Harvard reçoivent et fêtent leur diplôme puis dansent la valse sur Le beau Danube bleu dans un immense jardin universitaire – Combien de figurants ici à Harvard, combien plus loin durant la bataille en plein champ de poussières ? Et pourtant, jamais Cimino ne va les utiliser pour accentuer la fresque, ils sont accessoires dans la construction voire parfois leur brèves apparitions crée un mouvement mystérieux. C’est la fin d’une époque et pas n’importe laquelle puisque nous sommes en 1870 et si un énorme écriteau floral annonce le début des Seventies, c’est la rupture du prologue nous propulsant vingt ans plus tard, qui enterre autant les aspérités que les enchantements et clôt une trouée folle d’un siècle, le récit s’amalgamant malgré lui à celui du cinéma des années 70.

     Le montage extrêmement syncopé du discours devant l’assemblée universitaire focalise trois visages, celui de deux hommes que le temps va finalement opposer et celui d’une femme qui disparaitra du film avant de revenir dans un bel épilogue, d’une tristesse absolue. Entre 1870, Harvard, Massachussetts et 1903, Rhode Island, il y aura 1890, époque noire durant laquelle de riches éleveurs du Wyoming envisagent et mettent au point une stratégie pour se débarrasser des voleurs de bétail, en embauchant des mercenaires, évidemment soutenus par le gouvernement. 125 noms sur une liste. Des immigrés de l’Europe de l’Est principalement ; Maris et femmes, parfois. On plonge en pleine guerre civile et ce par le prisme d’un triangle amoureux composé de James Averill (Kris Kristofferson), Ella Watson (Isabelle Huppert) et Nate Champion (Christopher Walken) – Tous trois étincelants – qui transforme peu à peu le western fordien et la fresque griffithienne en grand mélodrame Sirkien – Le beau Danube bleu au ralenti après la grande bataille finale, mon dieu.

     Une séquence sublime et folle rappelle combien Cimino n’a que faire du naturalisme, une séquence qui symbolise à elle seule le pouvoir sidérant du film et son refus de l’académisme. C’est une scène dansante, quasi centrale. Dans un hangar nommé Heaven’s gate, les immigrés dansent sur les planches, chaussés de patins à roulettes devant un petit orchestre. C’est le dernier moment de joie du film, complètement suspendu mais qui à l’instar de la scène du prélude de Chopin dans Voyage au bout de l’enfer vient scinder le film non pas par une ellipse tonitruante mais par une rupture impossible, quasi onirique : Jeff Bridges s’en va vomir dehors. Isabelle Huppert et Kris Kristofferson quittent leur danse et vont le rejoindre. Déjà, cet instant est parcouru d’une angoisse qui n’avait pas encore eu lieu – On s’attend à voir débarquer les mercenaires d’un moment à l’autre. Puis ils le laissent et reviennent dans le hangar. Là, la foule a disparu. Ne reste plus que le petit orchestre. Ils dansent tous deux la valse, seuls, un long moment. Puis ils s’échappent calmement – La musique comme le brouhaha de la foule précédemment, s’est éteinte progressivement – et viennent fouler les rives d’un lac comme pour se recueillir, déjà. Je me demande si Cimino fera mieux que ça dans toute sa carrière. D’une part c’est magnifique, beau à chialer. D’autre part, c’est tout le Nouvel Hollywood qui s’en va ici, disparait sous des lettres peintes sur un hangar, un coucher de soleil derrière une montagne.

     Pourtant, si par-delà la fresque opératique Cimino extraie quelques éléments centraux, l’opacité de leurs liens, de leur passé, de leurs motivations crée un trouble identificateur qui peut aussi être la cause de son échec. Ainsi, comment être ému par la mort de Nate qui deux heures plus tôt tuait de sang-froid un immigrant ? Qu’en est-il du passé d’Ella ? Et de cet entre-deux permanent dans lequel Averill construit son tombeau ? Quelle passerelle existe-t-il entre ces échanges de regards initiaux (qui annoncent des retrouvailles) et cette cigarette sur le yacht à la fin ? Et plus tôt, vers quelle horizon ouvre la diatribe interminable d’Irvine (l’ami de Averill) sinon celui du conservatisme rance, de la démocratie contrôlée, quand bien même son aisance oratoire paraisse accompagnée d’un vent de jouvence libre et humoristique. La porte du paradis est un film riche mais aux divisions secrètes, dont on ne peut jouir pleinement de leurs ramifications en un unique visionnage, aussi parce que le film refuse constamment autant une linéarité dramatique préconçue qu’une danse rythmique ordinaire.

     La version amputée m’avait surtout fait oublié combien Heaven’s gate est un puissant mélo traversé par le bruit et la poussière ; Autant que The der hunter était une fresque intime tout en vodka et roulette russe. C’est un chef d’œuvre absolu, incontestable. D’une beauté inouïe.

La loi de la jungle – Antonin Peretjatko – 2016

03. La loi de la jungle - Antonin Peretjatko - 2016Si vous n’aimez pas la Guyane, si vous n’aimez pas les mygales, si vous n’aimez pas la boue, si vous n’aimez pas rire, allez vous faire foutre !

   7.0   C’est toujours très délicat de confirmer les promesses d’un premier long métrage aussi beau et singulier, mais Antonin Peretjatko s’il faisait des courts métrages avant La fille du 14 juillet a continué d’en faire après ce qui lui a permis de préserver sa fougue, son humilité, son envie. La loi de la jungle devait préalablement être un court métrage d’ailleurs. Il en a les contours mais le format long lui sied à merveille. Ici, le monde semble laissé aux mains des stagiaires. Et Châtaigne, stagiaire au ministère de la norme se voit contraint de voyager en Guyane pour vérifier la mise aux normes du chantier Guyaneige : Le projet d’une future piste de ski indoor créée dans le but de relancer le tourisme. Mais Châtaigne est poursuivi par les huissiers car pas de bol, son homonyme s’est trouvé une spécialité : Faire croire qu’il est mort. Un problème parmi d’autres.

     La fille du 14 juillet et La loi de la jungle se ressemblent comme deux gouttes d’eau, ce sont les deux versants d’une même personnalité (un bordel organisé face à une organisation bordélique) et sa représentation du road-movie d’une part puis sa démarche politique ensuite même si l’on voit que l’un ne va pas sans l’autre, que l’un pioche dans l’autre et vice-versa ; Qu’ils forment tous deux une sorte de dytique ; Que ce sont des farces tout en étant de vrais films politiques. Dans les deux films ce sont d’ailleurs Vimala Pons (clope au bec) et Vincent Macaigne (en costard) qui sont les vedettes (Pator & Truquette sont remplacés par Châtaigne & Tarzan) nos nouveaux représentants comiques, bien qu’ils évoluent dans un repère plus fermé que ne pouvait l’être Belmondo aux époques De Broca. C’est d’ailleurs à ce dernier qu’on pense avant tout devant La loi de la jungle (Ainsi qu’à Rappeneau pour Le sauvage) sans doute parce que l’action y est tournée en décors naturels mais aussi parce que le montage ne lésine pas à entrecroiser les saynètes sur un mode quasi épileptique, parfois trop d’ailleurs.

     Et si l’on pense parfois à Rozier notamment dans ces magnifiques échappées romantiques et poétiques (On se souvient de ces trouées Tchekhovienne dans le précédent) on peut croire qu’une source d’inspiration est à chercher du côté de Godard (La superbe bande-annonce était calquée sur A bout de souffle) dans la mesure où tous deux racontent beaucoup, chacun à leur manière, du monde actuel ; Et tout le paradoxe est là puisqu’il s’agit de taper volontiers sur la cinquième république en général, les tableaux de Mitterrand ici et Chirac là l’attestent, on a souvent même l’impression d’être sous mandat De Gaulle – Cette liberté politique dans le récit est  définitivement la marque du cinéaste. En ce sens La loi de la jungle rappelle inévitablement la folie qui habitait le OSS 117 de Michel Hazanavicius, et si tous deux pensent le gag et les tiroirs scénaristiques de manières presque opposées il y a cette excentricité dans l’écriture et la construction qui ne manque pas de dépoussiérer la comédie française.

     Alors on pourra toujours critiquer les problèmes de rythme (Qu’on avait déjà pu observer dans La fille du 14 juillet) mais ce serait vraiment lui ôter son caractère explosif et sa volonté de transcender le genre. Le film est d’ailleurs souvent drôle et s’il l’est moins ou foire parfois ses tentatives, il ne bascule jamais du mauvais côté, ni dans la facilité outrancière ni dans la vulgarité. Chaque élan est immédiatement compensé par un nouvel enchainement. Le film ne se pose jamais (il est d’ailleurs légèrement accéléré) et il est rare en 2016 de voir une comédie pure qui tente autant de choses, alors qu’importe si elle réussit brillamment une séquence aphrodisiaque ici, s’envole littéralement durant celle des arbres là, rate un peu son combat à la Bud Spencer, est un peu lourde dans son running-gag fléchettes ou ne propose pas grand-chose de neuf lors d’une partie de golf sinon que le green est rempli de mygales, c’est son foisonnement permanent qui séduit et file une pêche d’enfer.


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