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Archives pour 17 septembre, 2016

Pas de repos pour les braves – Alain Guiraudie – 2003

14188678_10153934226417106_5784857604731341495_oNuit debout.

   6.0   Il s’agit donc du premier film long dans la filmographie d’Alain Guiraudie. Le seul qui me manquait pour avoir enfin une vue d’ensemble sur son œuvre. Visionnage que j’avais volontairement repoussé, parce que ça se savoure, Guiraudie, ça se revoit, évidemment, mais c’est surtout le plaisir de la découverte et de se dire que le cinéma français regorge de folies que je ne connais pas encore et puis parce que, soyons honnêtes, j’étais certain qu’il bouclerait ma relation avec Guiraudie en beauté, en attendant l’après Rester vertical, impatiemment, cela va de soi.

     Sans trop tergiverser disons que c’est bien, que ça transforme l’essai, que ça continue de tenter beaucoup de choses, que ça ne ressemble à rien de déjà-vu, que c’est d’une liberté absolue, dans le fond, dans la forme, partout. Mais c’est une relative déception, de celle vers quoi tendra Voici venu le temps, deux ans plus tard : A cet instant, le cinéma de Guiraudie passe encore difficilement le format long. Sur la durée, le film a ses temps morts, ses troubles rythmiques, quelques problèmes d’aiguillage, qui peuvent aussi bien me rappeler ce que sera le Mischka de Stévenin, ou plus récemment Marie et les naufragés, de Betbéder.

     Toutefois, le film stimule déjà. Il s’ouvre sur le monologue habité d’un jeune gars persuadé qu’il va mourir dès l’instant qu’il aura sombré dans son dernier sommeil, puisqu’il a rêvé de Faftao-Laoupo, celui qui annonce la mort. Igor ne fait pas vraiment attention à lui mais ce drôle de type coiffé d’un bonnet orange l’intrigue suffisamment pour qu’il tente de le retrouver. Le lendemain, dans le village natal de Basile, la quasi-totalité de la population est massacrée par un étrange tueur sanguinaire. Igor va donc faire route avec Johnny Got, un journaliste détective ni vraiment journaliste ni détective. Ils vont mourir puis revenir plus tard, dans un univers passé ou parallèle, qu’importe.

     Entre-temps le récit aura retrouvé Basile qui se dénomme dorénavant Hector, il voyage entre Village-qui-meurt où il passe du temps avec un vieil homme solitaire et Village-qui-vit où l’on boit des coups et où l’on joue au billard dans un bar – Et plus si affinités, tendance délire Buňuelien. Un moment donné, Johnny Got (sans gun) réapparaît et se perd entre Oncongue et Buenozères, en passant par Glasgaud et Bairoute (La géographie absurde chère au cinéma guiraudien) avant qu’il ne rencontre un drôle de gang lui reprochant le vol de petites boules rouges. On ne sait plus très bien où l’on se trouve, dans un post-Tati ou un post-Mocky mais le délire semble ne jamais prendre fin, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme tant sa folie sans cesse renouvelée s’avère épuisante.

     Mais c’est avant tout très drôle. Ce n’est pas tout à fait le même humour qui caractérisera Le roi de l’évasion qui s’en rapproche dans son cachet western, s’en éloigne dans son romantisme. C’est surtout un humour de la vanne, moins de la situation, tendance « C’est chez vous ? – Non je suis chez le voisin, ainsi chez moi ça reste propre » qui peut s’avérer parfois génial et parfois franchement lourd, mais aussi se permettre des trouées secrètes comme cette séquence qui rejoue exactement celle entendue une demi-heure plus tôt dans le programme télévisé que regardait Basile et Roger, son vieil amoureux.

     Mais surtout, Pas de repos pour les braves est un superbe balai visuel, là aussi complètement anarchique, surfant entre le western et le conte au moyen de compositions incroyables, empruntant des esthétiques parfois contradictoires, lugubres ici, archi colorées là, ambiance de terrain vague ou échappées sur la plage (qui nous vaut une scène de vague dévoreuse rappelant un peu la plasticité du film d’animation d’Alexandre Petrov, Le vieil homme et la mer). C’est un rêve, un rêve dans le rêve, un cauchemar, c’est à peu près tout à la fois. Pas de repos pour les braves est à Guiraudie ce que Mauvais sang est à Carax.

     Le programme, bien qu’il s’avère moins cohérent et encore plus foutraque que dans son dernier film, Rester vertical, est sensiblement le même : S’ériger contre le conformisme ambiant, pousser la fantaisie le plus loin possible et surtout, délirer, partir à l’aventure, choisir la fuite, s’amuser de ce qu’il nous reste à vivre même si l’on croit, comme Basile/Hector que notre heure est venue.

Rester vertical – Alain Guiraudie – 2016

14188286_10153934225337106_8537386221481156345_oLe territoire des loups.

   7.0   Grande nouvelle, Guiraudie nous revient déjà, seulement trois ans après la sortie de L’inconnu du lac. Autre bonne nouvelle, si Rester vertical s’immisce idéalement dans la filmographie du cinéaste (Où tous les films se ressemblent sans vraiment se ressembler) il s’ouvre sur autre chose, d’aussi stimulant que casse-gueule, bancal et revigorant, qui a au moins le plus grand des mérites : Celui d’exister, électron libre au sein du reste.

     On retrouve plutôt le Guiraudie du mouvement et de la fuite, celui de Du soleil pour les gueux ou Le roi de l’évasion d’autant qu’il renoue assez clairement avec le comique, pouvant surgir de toute part. On retrouve le causse (L’Hérault remplacé par la Lozère) cher au cinéma guiraudien ; On fait une plongée fantasmatique dans le « bayou français » des marais Poitdevin ; Et on est aussi dans cette drôle de ville portuaire qu’est Brest. Une géographie aux corrélations indomptables qui permet de belles ruptures et regorge d’apparitions surprenantes.

     Rester vertical est donc traversé par des trouées étonnantes autant qu’elles peuvent parfois s’avérer anodines, des répétitions un peu absconses qui savent aussi s’ouvrir sur la sidération. On rencontre une guérisseuse au bout d’une rivière – Dingue comme j’aime Laure Calamy. On croise un vieil aigri raciste qui s’envoie de la musique à fond du matin au soir en se persuadant qu’il s’agit des Pink Floyd ; On peut jouir et mourir en faisant l’amour sur Wall of death. Et finalement, les personnalités évoluent étrangement, au moyen de surgissements surréalistes et de glissements sensuels.

     Et comme toujours il s’agit de faire des rencontres. Au début, Léo, qui écrit pour le cinéma, sillonne la région à la recherche d’une idée, d’une gueule. Un garçon sur le bas-côté, un vieux sur une chaise, le long d’une route de campagne, il fait une pause, repart. Débarque dans une ferme où l’on sort les brebis, où l’on craint le loup. Repart en ville, mais ne parvient plus à écrire quoi que ce soit. Rencontre un clochard. Et bientôt se retrouve avec un enfant sur les bras – La séquence de l’accouchement est probablement la plus grande ellipse qu’on ait vu chez Guiraudie. Puis il s’enlise, nomade, vers un inconnu existentiel, de plus en plus sauvage et impondérable.

     C’est toute la réussite du film que de tout remettre en jeu, aussi bien les formes de récit habituelles que l’envergure du cinéma guiraudien qui avait trouvé son apogée classique et parfaite avec L’inconnu du lac. Ne pas s’enfermer dans un confort, c’est aussi l’expérience que font les personnages et tout particulièrement Léo, qui devient père alors qu’il n’y était pas préparé et préfère finalement affronter le loup, lui faire face, rester debout, plutôt que de le tuer ou de s’y soumettre.

La force des choses – Alain Guiraudie – 1997

14064064_10153934225732106_8392808525826326285_nLa forêt des songes.

   5.0   Avant son premier long métrage, Pas de repos pour les braves (dont je parle à côté) et avant même ses deux sublimes moyens métrages, Du soleil pour les gueux et Ce vieux rêve qui bouge, tous deux sorti en 2001, les années 90 marquent la naissance artistique de Guiraudie avec trois courts métrages étonnants. La force des choses est l’un d’eux et constitue le trait d’union qui me manquait pour comprendre la brutale évolution du cinéma guiraudien, à savoir qu’il était délicat de faire le lien entre Tout droit jusqu’au matin et Du soleil pour les gueux. A première vue, bien entendu. D’un côté il y a la nuit, la ville, la voix off, la course-poursuite entre deux hommes à travers les ruelles, un discours politique, de l’autre un soleil de plomb, le causse, des dialogues débridés avec un nouveau vocabulaire, une course entre bandits, bergers et guerriers dans un jeu de cache-cache aux relents de conte humoristique. Justement, La force des choses installe cet imaginaire fait de bergers d’Ounaye courant après des bandits enlevant des femmes en échange de krobans, monnaie locale. On s’y livre des combats à l’épée, on arbore des costumes impossibles et on s’enfonce dans les profondeurs d’une forêt mystérieuse. Et surtout, on s’échange des pensées, où l’on évoque ses désirs, entre hommes essentiellement. Situations qui seront clairement reprises dans Voici venu le temps (Qui pourtant déjà marquait l’essoufflement du système guiraudien en rappelant Du soleil pour les gueux en moins bien) dont La force des choses pourrait en constituer l’appendice ou la base de lancement. Trois courts, donc, celui-ci étant le dernier, que l’on peut rattacher tout en les distinguant aisément, trois curiosités, prometteuses et insolites, qui permettent d’entrevoir ce qui anime l’esprit libre du cinéaste aujourd’hui encore et qui a même, au regard de son dernier film, a retrouvé depuis Le roi de l’évasion, toute la fougue, le bonheur, la promesse qui irriguaient ses deux chefs d’œuvre courts éclos en tout début de siècle.


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