Rester vertical – Alain Guiraudie – 2016

14188286_10153934225337106_8537386221481156345_oLe territoire des loups.

   7.0   Grande nouvelle, Guiraudie nous revient déjà, seulement trois ans après la sortie de L’inconnu du lac. Autre bonne nouvelle, si Rester vertical s’immisce idéalement dans la filmographie du cinéaste (Où tous les films se ressemblent sans vraiment se ressembler) il s’ouvre sur autre chose, d’aussi stimulant que casse-gueule, bancal et revigorant, qui a au moins le plus grand des mérites : Celui d’exister, électron libre au sein du reste.

     On retrouve plutôt le Guiraudie du mouvement et de la fuite, celui de Du soleil pour les gueux ou Le roi de l’évasion d’autant qu’il renoue assez clairement avec le comique, pouvant surgir de toute part. On retrouve le causse (L’Hérault remplacé par la Lozère) cher au cinéma guiraudien ; On fait une plongée fantasmatique dans le « bayou français » des marais Poitdevin ; Et on est aussi dans cette drôle de ville portuaire qu’est Brest. Une géographie aux corrélations indomptables qui permet de belles ruptures et regorge d’apparitions surprenantes.

     Rester vertical est donc traversé par des trouées étonnantes autant qu’elles peuvent parfois s’avérer anodines, des répétitions un peu absconses qui savent aussi s’ouvrir sur la sidération. On rencontre une guérisseuse au bout d’une rivière – Dingue comme j’aime Laure Calamy. On croise un vieil aigri raciste qui s’envoie de la musique à fond du matin au soir en se persuadant qu’il s’agit des Pink Floyd ; On peut jouir et mourir en faisant l’amour sur Wall of death. Et finalement, les personnalités évoluent étrangement, au moyen de surgissements surréalistes et de glissements sensuels.

     Et comme toujours il s’agit de faire des rencontres. Au début, Léo, qui écrit pour le cinéma, sillonne la région à la recherche d’une idée, d’une gueule. Un garçon sur le bas-côté, un vieux sur une chaise, le long d’une route de campagne, il fait une pause, repart. Débarque dans une ferme où l’on sort les brebis, où l’on craint le loup. Repart en ville, mais ne parvient plus à écrire quoi que ce soit. Rencontre un clochard. Et bientôt se retrouve avec un enfant sur les bras – La séquence de l’accouchement est probablement la plus grande ellipse qu’on ait vu chez Guiraudie. Puis il s’enlise, nomade, vers un inconnu existentiel, de plus en plus sauvage et impondérable.

     C’est toute la réussite du film que de tout remettre en jeu, aussi bien les formes de récit habituelles que l’envergure du cinéma guiraudien qui avait trouvé son apogée classique et parfaite avec L’inconnu du lac. Ne pas s’enfermer dans un confort, c’est aussi l’expérience que font les personnages et tout particulièrement Léo, qui devient père alors qu’il n’y était pas préparé et préfère finalement affronter le loup, lui faire face, rester debout, plutôt que de le tuer ou de s’y soumettre.

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