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Archives pour septembre 2016



Rester vertical – Alain Guiraudie – 2016

14188286_10153934225337106_8537386221481156345_oLe territoire des loups.

   7.0   Grande nouvelle, Guiraudie nous revient déjà, seulement trois ans après la sortie de L’inconnu du lac. Autre bonne nouvelle, si Rester vertical s’immisce idéalement dans la filmographie du cinéaste (Où tous les films se ressemblent sans vraiment se ressembler) il s’ouvre sur autre chose, d’aussi stimulant que casse-gueule, bancal et revigorant, qui a au moins le plus grand des mérites : Celui d’exister, électron libre au sein du reste.

     On retrouve plutôt le Guiraudie du mouvement et de la fuite, celui de Du soleil pour les gueux ou Le roi de l’évasion d’autant qu’il renoue assez clairement avec le comique, pouvant surgir de toute part. On retrouve le causse (L’Hérault remplacé par la Lozère) cher au cinéma guiraudien ; On fait une plongée fantasmatique dans le « bayou français » des marais Poitdevin ; Et on est aussi dans cette drôle de ville portuaire qu’est Brest. Une géographie aux corrélations indomptables qui permet de belles ruptures et regorge d’apparitions surprenantes.

     Rester vertical est donc traversé par des trouées étonnantes autant qu’elles peuvent parfois s’avérer anodines, des répétitions un peu absconses qui savent aussi s’ouvrir sur la sidération. On rencontre une guérisseuse au bout d’une rivière – Dingue comme j’aime Laure Calamy. On croise un vieil aigri raciste qui s’envoie de la musique à fond du matin au soir en se persuadant qu’il s’agit des Pink Floyd ; On peut jouir et mourir en faisant l’amour sur Wall of death. Et finalement, les personnalités évoluent étrangement, au moyen de surgissements surréalistes et de glissements sensuels.

     Et comme toujours il s’agit de faire des rencontres. Au début, Léo, qui écrit pour le cinéma, sillonne la région à la recherche d’une idée, d’une gueule. Un garçon sur le bas-côté, un vieux sur une chaise, le long d’une route de campagne, il fait une pause, repart. Débarque dans une ferme où l’on sort les brebis, où l’on craint le loup. Repart en ville, mais ne parvient plus à écrire quoi que ce soit. Rencontre un clochard. Et bientôt se retrouve avec un enfant sur les bras – La séquence de l’accouchement est probablement la plus grande ellipse qu’on ait vu chez Guiraudie. Puis il s’enlise, nomade, vers un inconnu existentiel, de plus en plus sauvage et impondérable.

     C’est toute la réussite du film que de tout remettre en jeu, aussi bien les formes de récit habituelles que l’envergure du cinéma guiraudien qui avait trouvé son apogée classique et parfaite avec L’inconnu du lac. Ne pas s’enfermer dans un confort, c’est aussi l’expérience que font les personnages et tout particulièrement Léo, qui devient père alors qu’il n’y était pas préparé et préfère finalement affronter le loup, lui faire face, rester debout, plutôt que de le tuer ou de s’y soumettre.

La force des choses – Alain Guiraudie – 1997

14064064_10153934225732106_8392808525826326285_nLa forêt des songes.

   5.0   Avant son premier long métrage, Pas de repos pour les braves (dont je parle à côté) et avant même ses deux sublimes moyens métrages, Du soleil pour les gueux et Ce vieux rêve qui bouge, tous deux sorti en 2001, les années 90 marquent la naissance artistique de Guiraudie avec trois courts métrages étonnants. La force des choses est l’un d’eux et constitue le trait d’union qui me manquait pour comprendre la brutale évolution du cinéma guiraudien, à savoir qu’il était délicat de faire le lien entre Tout droit jusqu’au matin et Du soleil pour les gueux. A première vue, bien entendu. D’un côté il y a la nuit, la ville, la voix off, la course-poursuite entre deux hommes à travers les ruelles, un discours politique, de l’autre un soleil de plomb, le causse, des dialogues débridés avec un nouveau vocabulaire, une course entre bandits, bergers et guerriers dans un jeu de cache-cache aux relents de conte humoristique. Justement, La force des choses installe cet imaginaire fait de bergers d’Ounaye courant après des bandits enlevant des femmes en échange de krobans, monnaie locale. On s’y livre des combats à l’épée, on arbore des costumes impossibles et on s’enfonce dans les profondeurs d’une forêt mystérieuse. Et surtout, on s’échange des pensées, où l’on évoque ses désirs, entre hommes essentiellement. Situations qui seront clairement reprises dans Voici venu le temps (Qui pourtant déjà marquait l’essoufflement du système guiraudien en rappelant Du soleil pour les gueux en moins bien) dont La force des choses pourrait en constituer l’appendice ou la base de lancement. Trois courts, donc, celui-ci étant le dernier, que l’on peut rattacher tout en les distinguant aisément, trois curiosités, prometteuses et insolites, qui permettent d’entrevoir ce qui anime l’esprit libre du cinéaste aujourd’hui encore et qui a même, au regard de son dernier film, a retrouvé depuis Le roi de l’évasion, toute la fougue, le bonheur, la promesse qui irriguaient ses deux chefs d’œuvre courts éclos en tout début de siècle.

Rush – Ron Howard – 2013

14242262_10153945473707106_732370065268800837_oSad Sweet Dreamers.

   6.0   Ron Howard a touché à pas mal de genres, capable de pondre Un homme d’exception ou Willow, Apollo 13 ou Le grinch. Bref un cinéaste difficile à identifier. Le genre de type dont tu cherches inlassablement la filmo sur Wikipedia quand on te demande ce qu’il a fait. Et inversement : Ah oui c’était pas mal Les disparues, c’est de qui déjà ? Bref, un anonyme, comme le cinéma en compte finalement peu d’aussi intéressant dans leur médiocrité d’ensemble. Et ce n’est pas Rush qui va prouver le contraire, super film (du dimanche soir) de formule 1 sans vraiment l’être, sur la rivalité passionnante (l’un n’aurait pu courir sans la présence/pression de l’autre et vice-versa) et éphémère (Une seule saison, aux rebondissements improbables, bref rien à voir avec le SennaVsProst quinze ans plus tard) de Nicki Lauda (Que chacun connaît minimum de nom) et James Hunt (Que tout le monde a oublié), leur folie contraire (L’ultra précision allemande face au chien fou américain) et leur proximité avec la mort. Il y a du Backdraft (Autre super film (du dimanche soir) signé Ron Howard) là-dedans, le feu y faisant d’ailleurs une apparition brutale, marque un visage (Lauda est aussi resté dans les mémoires pour son visage brulé) transforme un championnat et stoppe la compétition entre un pilote qui voulait tout gagner (Pour montrer qu’il était capable d’échapper aux griffes de son mafieux de père) et un autre qui voulait gagner (Et perpétrer les one shot de sa vie). Ce n’est évidemment pas d’une grande finesse mise en scénique, jusque dans sa description épileptique des courses (Façon Jours de tonnerre, de Tony Scott (Autre super film du dimanche soir, décidemment) dont il reprend d’ailleurs en clin d’œil l’utilisation de Gimme Some Lovin de Spencer Davies Group) mais à titre personnel ça m’a scotché à mon canapé deux heures durant.

Coup de chaud – Raphaël Jacoulot – 2015

14207735_10153945473687106_3879829846295183803_oL’étranger.

   5.5   Petit village d’agriculteurs dans le Sud-Ouest de la France, Puch d’Agenais (Jamais nommé) doit survivre à un mois de juillet caniculaire. Les récoltes sont menacées par une pénurie d’eau, déclencheur des maux à venir en rafale. Un vieux désaccord municipal (Certains souhaitent débourser pour la communauté des fonds pour une pompe de secours tandis qu’un autre, contre l’idée, se plait à rappeler qu’on ne l’avait pas aidé pour son forage personnel) refait surface ; Un couple avec enfant, venant d’emménager, peine à s’en sortir financièrement, lui ne parvenant pas à trouver sa clientèle en menuiserie, elle lui reprochant de ne pas suffisamment se bouger ; Les enfants du village, en vacances, glandent, flirtent, font des conneries. Une agressivité sinon abstraite, qui se nourrit de la précédente grimpe crescendo. Un engrenage plein de sueur qui s’abat bientôt sur une famille de ferrailleurs dont le fils, attardé, est vite désigné comme le fauteur de trouble moteur. Ça ne tient plus à grand-chose. Le maire lui-même (Que Darroussin incarne évidemment à la perfection) ne semble plus servir de rempart contre quoi que ce soit, alors qu’il semble avoir été au détour d’un dialogue ici ou d’un regard là celui qu’on a jadis écouté et suivi coute que coute. Bref ça va exploser. D’abord au moyen de menus dérapages, de diverses engueulades puis au détour d’un viol mal interprété sinon qu’il fait la part belle au bouc-émissaire. Et quand le drame est arrivé, le film s’embourbe alors dans un whodunit un peu banal, enquête de police mécanique à l’appui qui ne dépasse pas la simple résolution de fait divers. Dommage car il y a une ambiance très forte tout au long du film, quelque part entre le Boisset de Dupont Lajoie et le Chabrol de Le boucher, où un village aux apparences solidaires s’est en réalité mué en colère souterraine masquée uniquement par l’hypocrisie. La séquence pivot s’effectue d’ailleurs sous une pluie torrentielle. C’est la grande idée du film. Les maux sont lavés. Le village peut retourner dans son repli confortable et attendre qu’un autre grain de sable vienne tout mettre en branle.

La peur – Damien Odoul – 2015

B032_C007_1007W2Désintégration.

   4.0   Difficile d’y voir plus qu’un simple exercice de style. Entre une voix off encombrante, souvent illustrative et l’immersion qu’il voudrait offrir dans les tranchées. A mes yeux c’est l’anti Le fils de Saul, dans lequel il y avait un visage et une ligne de fuite au sein de l’horreur. Si le but ici est de rendre compte de ce qu’est la peur au front, le film est trop prisonnier de son dispositif resserré et fauché pour traduire quoi que ce soit. Reste les quelques moments de folies, au gré des rencontres dans la dernière partie de métrage qui intriguent, surtout après l’enfer scolaire qui anime toute la partie plongée dans la boue, cris et détonations. Reste un magma sonore parfois bluffant et la plume de Gabriel Chevallier dont le témoignage sur « la peur qui décompose mieux que la mort » trouve un imaginaire bien plus fort que les images factices de Damien Odoul.

The strangers (Gok-seong) – Na Hong-Jin – 2016

14188502_10153934225582106_8085173704466199040_oRencontre avec le diable.

   7.5   Difficile d’en parler plusieurs jours/semaines après me l’être pris pleine poire en salle. A la fois c’est une expérience de cinéma insolite, immédiate, qui s’évapore comme elle nous a hypnotisé, d’un claquement de doigt. A la fois The strangers me hante sans que je puisse l’expliquer, le remettre en ordre, dire ce qui me plait tant dedans, ce qui me gêne aussi. C’est assez inexplicable, tout se mélange, se percute, des visages, des séquences, des envolées sorties de nulle part. C’est qu’en un sens, je ne l’ai pas vraiment digéré.

     J’avais déjà dit beaucoup de bien de Na Hong-Jin, lors de ma confrontation avec The murderer (en salle) qui m’avait poussé à rattraper The chaser (Chez moi). Je pense d’ailleurs que son cinéma prend toute sa démesure en salle, que seul le grand écran lui permet de s’exprimer clairement et d’entretenir une relation si étriquée avec son spectateur (ça m’avait un peu manqué pour The chaser) en lui faisant le pari de l’emmener le plus loin possible, de constamment le surprendre et de le suspendre dans une temporalité au moins aussi incertaine que sont les fondations de son récit.

     Il faut voir The strangers pour le croire. Ça dure 2h35 et ça ne redescend jamais. Une tornade. Quand tu crois que c’est réglé le film se redéploie. Rarement vu une intensité pareille. C’est Friedkin version L’exorciste, avec un zeste de Sorcerer. Avec lequel on aurait mixé Zodiac, Memories of murder et L’emprise des ténèbres, dans une version hystérique et plus trash. C’est éprouvant à souhait. Difficile même de dire s’il fait peur, au sens où l’on connaît la peur j’entends. Il terrifie à sa manière. On ne sors pas de là serein. Pas serein du tout.

     Ce soir-là, j’avais fait l’erreur de dîner copieusement avant d’aller voir The Strangers. J’en suis sorti sur les rotules et avec des maux d’estomac. Les deux premières heures sont déjà ahurissantes, brouillent sans cesse les pistes, nous tirent chaque fois davantage vers les ténèbres, pourtant le film s’en va te cueillir par ses rebondissements insensés en pagaille dans une dernière demi-heure à couper le souffle. C’est quoiqu’il en soit un haut fait de l’année. Violent, creepy, taré, drôle, anxiogène, puissant qui confirme après The Chaser et The Murderer que Na Hong-Jin n’est pas le cinéaste de la demi-mesure. En attendant de voir, maintenant, comment ce troisième intense film évoluera dans mon esprit…

Where the boys are – Bertrand Bonello – 2010

WTBA FestivalsL’autre monde.

   6.0   Court métrage qui précède L’Apollonide et qui a été tourné comme tel : en attendant L’Apollonide. Le ton du film évoque toujours la même liberté, celle qui déjà, pour rester sur la lisière du court, était déjà de mise dans Cindy the doll is mine. Sans scénario, sans stars, Bertrand Bonello choisit d’expérimenter la matière, en utilisant un petit groupe de filles, sorte de croquis pour la future toile.

     Quatre jeunes filles, dans un appartement, rêvent d’un hypothétique garçon pendant que, devant l’immeuble où elles habitent, s’achève la construction de la mosquée de Gennevilliers, qu’elles observent de leur fenêtre en fumant leur cigarette. Il s’agit d’une commande du théâtre de Gennevilliers.

     Au début du film, une des filles traduit à ses petites camarades couplet par couplet en français la chanson de Connie Francis qui ouvre et donne son titre au film. Comme dans Cindy the doll is mine, Bonello travaille beaucoup la place de la musique, la plus value émotionnelle qu’elle délivre, le sens que les images prennent en sa présence.

     D’un côté une géométrie très entière et architecturale. De l’autre la multiplicité en mouvement où l’on suit les différentes actions des jeunes femmes dans un savant split screen – idée qui sera reprise dans Une séquence de L’Apollonide.

     Deux espaces contiguës mais séparés ; la chambre et le chantier ; le désir et la religion ; le masculin et le féminin. Qui se regardent en chien de faïence, avec tour à tour une indifférence feinte ou une convoitise masquée. Le dispositif a la force de l’évidence et Bonello en extirpe de magnifiques moments de mise en scène.

Before midnight – Richard Linklater – 2013

Before midnight – Richard Linklater - 2013 dans Richard Linklater before-midnight-image “Still here, still here, still here. Gone.”

   7.0   Before Midnight est construit autour de cinq grandes séquences. Cette fois il n’y a plus de compte à rebours, la rencontre (Sunrise) et la retrouvaille (Sunset) ont cédé le pas au bilan conjugal. On pense beaucoup à Voyage en Italie – Rien d’étonnant à voir Céline chercher le titre du film de Rossellini auquel leurs déambulations dans les ruines lui font penser. Si la Grèce remplace l’Italie, dans les deux cas il s’agit de se confronter aux ruines. Dans Before sunset il nous fallait accepter, non sans douleur, que chacun avait pu faire sa vie de son côté ; Que Jesse, notamment, avait une petite fille. Il faut dorénavant composer avec le fait qu’ils aient deux filles de leur union. Qu’ils soient mariés, mais que leur couple bat de l’aile. Cet instant de pause, parenthèse en Péloponnèse est touché par les regrets, l’amertume de certains engagements, des chemins de vie qu’on avait espéré autrement. Cette superbe trilogie contient probablement les plus douloureux hors champ de l’histoire du cinéma car c’est in fine une histoire sur vingt ans, avec ses vides et ses réunions, dont on ne verra que trois jours. Before midnight est une réussite totale avec ces dialogues toujours aussi profonds et sophistiqués, ces déambulations infinies, ces rires, ces cris, ces larmes. Mais cette fois l’éphémère contient aussi la douleur de l’éternité. Le titre fait référence au couple qui semble approcher de son crépuscule, dans une impasse insoluble. C’est très beau. Linklater ferme donc l’œuvre de sa vie. Nul doute que Céline & Jesse vont autant lui manquer à lui qu’à nous. 

La chose d’un autre monde (The Thing from Another World) – Christian Nyby & Howard Hawks – 1951

La chose d'un autre monde (The Thing from Another World) - Christian Nyby & Howard Hawks – 1951 dans Christian Nyby & Howard Hawks Chose_d_un_autre_monde_3Brouillon pour un chef d’œuvre à venir.

   5.0   C’est pas mal, il y a une ambiance. Après c’est aussi trop bavard à mon goût et la fin beaucoup trop grandguignolesque pour ne pas me faire sourire. Mais le film a un mérite, un grand : Il aura contribué à faire naître The thing, de John Carpenter. L’un des plus beaux films de tous les temps.

Comme des bêtes (The secret life of pets) – Yarrow Cheney & Chris Renaud – 2016

Comme des bêtes (The secret life of pets) - Yarrow Cheney & Chris Renaud – 2016 dans Chris RenaudCongé domestique.

   4.5   C’est mignon. Il y a du rythme. Je m’attendais à un truc un peu statique (Du style les animaux s’inventent une vie dans les maisons quand on est absent – Ce que promettait beaucoup l’affreuse bande-annonce) mais le film vadrouille partout dans NY, entre les égouts et les ruelles. Il y a des personnages très chouettes. La plupart des situations sont téléphonées mais les 90min passent en un claquement de doigts. Vu en salle avec mon fils qui était aux anges.

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