Le Septième Juré – Georges Lautner – 1962

14409459_10153987813852106_3372132431680569891_oNous sommes tous des assassins.

   7.5   Grégoire Duval, pharmacien respectable, passe son dimanche en famille, aux abords d’un lac. Lors de sa promenade digestive, il aperçoit une jeune prostituée qui bronze seins nus, seule sur une petite plage. Il l’étrangle. En un instant, le petit pharmacien sans histoire devient un assassin. Étonné de n’éprouver ni peur ni remords, Duval reprend sa vie monotone, entre sa boutique et les soirées en compagnie des notables de la ville. Quelques jours plus tard, le pharmacien apprend que la police a arrêté un suspect, et qu’il est sur la liste des jurés pour le procès aux assises (Synopsis tronqué trouvé sur le site d’Arte).

     Je ne voulais pas trop en dévoiler mais pour en parler un peu, il vaut mieux dire de quoi le film regorge dans ses dix/quinze premières minutes. Et pour être plus précis il faut aussi dire que Le septième juré, au début comme ensuite, utilise beaucoup le procédé de la voix off introspective. Nous sommes donc Grégoire Duval. Méprisant, désenchanté, il rejette autant sa condition de petit provincial (Le film se déroule entièrement à Pontarlier) que l’humanité toute entière. C’est le boucher, de Seul contre tous, trente-cinq ans plus tôt. Mais à la terreur froide placardée chez Noé, Lautner trouve un modèle idéal, cynique et émouvant, pour incarner ce type lambda qui bascule. Et Bernard Blier est absolument incroyable, je ne l’avais jamais vu ainsi ; Il est du niveau de Bourvil dans Le miroir à deux faces, et de Cayatte on n’est pas loin, ici.

     Si la partie procès est moins puissante que ne peuvent l’être les premiers instants du film (Et son étrange ambiance onirique alors qu’on sait le drame sur le point de se produire) elle permet de comprendre vers quel échafaud le récit autant que Duval se dirigent, de façon aussi mystérieuse que grossière : En gros, Duval ne veut pas condamner un innocent. Et plus le procès s’allonge, plus il parvient à disculper le « faux assassin » que les autres jurés s’étaient empressés, à la manière de 12 angry men, de lui mettre la corde au cou. Le film devient une charge ahurissante contre les petites bourgades et les institutions judiciaires, qui plus est dans son dénouement, que je ne révèlerais pas mais qui file franchement la chair de poule. A ce jour, le meilleur film vu de Lautner avec On aura tout vu mais difficile de les départager tant ils sont incomparables. 

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