Brooklyn Village (Little Men) – Ira Sachs – 2016

14560026_10154034637017106_4377519277706047537_oLes enfants.

   8.0   Le titre original est plus adapté car si le film se concentre sur une parcelle de Brooklyn, il s’agit moins de raconter la vie dans l’arrondissement new-yorkais, comme avait pu le faire en début d’année Wiseman dans Jackson Heights, que d’évoquer la rencontre et l’amitié entre deux garçons, perturbée malgré eux par les obligations des adultes, leurs parents se disputant bientôt le contrat de bail locatif qui les unit.

     Et la première séquence annonce le ton du film. Jake rentre du collège quand le téléphone sonne. Un « ami » de la famille (Qui dit ne pas l’avoir vu depuis bambin) lui demande quand auront lieu les funérailles de son grand-père. La scène pourrait être anodine et superflue si ne se dessinait pas sur le visage de Jake la méconnaissance de cette information. En une scène, un coup de téléphone, bref, fragile, le fossé est déjà creusé. L’adolescent, pourtant dans sa bulle de candeur, est contraint d’interférer avec le drame adulte.

     La famille Jardine emménage bientôt à Brooklyn dans l’appartement du grand-père défunt qu’ils ont hérité. Ils font connaissance avec Leonor Calvelli qui paie le loyer d’une partie de la maison pour y assurer son commerce : Une petite boutique de fringues, qui ne marche pas vraiment. Leurs fils respectifs, Jake et Tony, bien que très différents l’un de l’autre, deviennent vite inséparables, projetant même d’entrer tous deux l’année suivante dans la prestigieuse école artistique de LaGuardia.

     Si le petit quartier dépeint par Ira Sachs ressemble à un carrefour de possibilités et de plaisir, avec ses longs trottoirs traversés en rollers et trottinettes, ses parties de foot dans les parcs, ses cours de théâtre, ses petits barbecues, il s’en échappe parfois au détour d’une moquerie d’ados ou d’un échec de séduction, une cruauté en sourdine. C’est bien entendu lorsque cette histoire de loyer sous côté (pénalisant l’héritage partagé entre les Jardine frère et sœur) prend une tournure résignée que le film s’ouvre à la tragédie, d’autant plus moderne qu’il s’agit d’une tragédie causée par le capitalisme.

     Quand les deux garçons comprennent sans comprendre ce qui se trame dans leur dos, ils décident de faire grève de la parole comme dans Bonjour, de Ozu. En parallèle, quand les discussions de consentement chez les grands ne trouvent aucun terrain d’entente (Les Jardine ne peuvent pas vivre du loyer que le grand-père n’avait jamais augmenté ; Leonor Calvelli est dans l’impossibilité de le payer trois fois plus cher) les procédures deviennent vite moins cordiales. L’argent est entré en jeu. Sachs n’ira certes pas aussi loin que Bresson, pourtant son film raconte déjà tout des rapports qui régissent le monde moderne. 

     Dingue de voir Brooklyn Village sortir quasi la même semaine qu’Aquarius tant ils évoquent un problème de fond similaire, même si l’un s’ancre nettement plus dans le combat (Contre un promoteur) que l’autre dans un conflit plus ténu, de gentrification, probablement plus tragique justement parce qu’il n’y a pas de combat possible, pas de véritable méchant sinon la hausse du marché immobilier. Et dans cette optique, que le film choisisse avant tout de suivre ces gamins de treize ans mais aussi de ne pas vraiment révéler le lien qui unissait cette mère portoricaine avec le grand-père accentue ce gouffre d’incompréhension et d’indifférence de chacun face aux problèmes de l’autre.

     Ira Sachs, comme à son habitude (Je n’ai vu que trois de ses films et tous sont merveilleux) parvient à capter cette délicate respiration et construit son récit par petites touches qui s’additionnent, de longs duos de discussions surtout qui chevauchent de belles échappées adolescentes, entre jeux vidéos, sorties rollers et l’art (Ici le dessin, le théâtre) toujours unique rempart contre la cruauté du monde. Il y a des séquences que je ne suis pas prêt d’oublier. Et la toute fin à LaGuardia, est un crève-cœur. Quant à Theo Taplitz et Michael Barbieri, jouant Jake et Tony, ce sont d’ores et déjà de grandes trouvailles. Bref, ça a la grâce d’un Ozu et la délicatesse d’un Kore-Eda, c’est donc immanquable.

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