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Archives pour octobre 2016



Les communiants (Nattvardsgästerna) – Ingmar Bergman – 1965

32Les diaboliques.

   6.5   Bergman amorce sa veine épurée et rigoureuse, qui culminera notamment avec Persona puis Cris et chuchotements. Trois ou quatre lieux tout au plus ici : L’autel et les coulisses d’une église, le bord d’un cours d’eau, une maison de famille. On a définitivement quitté l’été qui irriguait nombreux de ses films durant les années 50. La neige a recouvert le paysage, la glace envahi les rivières. Froideur climatique rivalisant avec cette non moins glaciale mise en scène qui ne rechigne pas ici, à un plan fixe de sept minutes sur un visage et une lettre lue face caméra avec une voix monocorde et des yeux vitreux. Les communiants, comme le film de Bresson (Le journal d’un curé de campagne) avant lui suit l’histoire resserrée (Quelques heures, tout au plus) d’un pasteur en pleine crise de foi (Depuis la mort de sa femme) se retrouvant confronté à un office pour le moins clairsemé duquel s’échappe le visage déjà loin d’un homme (Un premier échange de regard accablant) tenté par le suicide, que les confessions abstraites du pasteur ne parviendront pas à sauver. Max Von Sydow affrontait La Mort dans Le septième sceau, ici il la porte en lui, sans possibilité d’échappatoire. Pas la veine (Ouvertement janséniste) bergmanienne qui me touche le plus, mais son orchestration sèche et spectrale (à l’image de ce faisceau lumineux plus cauchemardesque que providentiel qui apparaît un moment dans le dos du pasteur) force l’admiration.

Sensualité (Eva) – Gustaf Molander – 1952

34     4.0   Si Bergman est au scénario il n’est vraisemblablement pas ailleurs tant le film est archi limité dans sa mise en scène, dans ses ressorts, même dramatiques. La première demi-heure est intéressante. Puis ça devient complètement anecdotique.

Mon oncle Benjamin – Édouard Molinaro – 1969

32pMourir pour mourir.

   4.5   Ou la grande différence avec Fanfan la tulipe : L’époque. Non pas celle du récit mais bien celle de la sortie du film. Mon oncle Benjamin sort peu après Mai 68, Fanfan la tulipe post Les Nuls. Il voudrait utiliser l’élan glorieux de Mission Cléopâtre mais se vautre constamment dans le non-gag, appuyé, répété, vulgaire. Sans parler de la mise en scène lourdingue de Krawczyk ; Pas étonnant qu’il soit le moteur de Taxi 2 celui-là. Dans l’un on enfile donc les bites/couilles/chattes comme des perles, les pointes homophobes et misogynes quand l’autre déballe son défilé de nichons, embrassades de culs et autres ambiguïté sexuelle avec un certain équilibre. Molinaro cultive le divertissement lourd (Surtout durant l’hystérique première partie) mais parvient à se poser et laisser libre cours à ses acteurs – Brel, Blier, Jade et les autres s’amusent beaucoup. Krawczik est lui à la moquerie, l’autosuffisance beauf. Et ses acteurs sont tous plus nuls les uns que les autres. On a les époques qu’on mérite. Bon après, sans faire de comparatif avec la bouse ultime, Mon oncle Benjamin ce n’est tout de même pas terrible.

Fanfan la tulipe – Gérard Krawczyk – 2003

25     0.5   Je voulais écrire un petit quelque chose, vous dire combien j’ai trouvé ça nul, abject, gerbant, mais j’en ai pas la force. Bref c’est une grosse daube d’un absolu tâcheron (Taxi 2, Wasabi) passé maître dans son art.

Timecrimes (Los cronocrímenes) – Nacho Vigalondo – 2007

32     4.0   Alors oui mais non. Il y a un truc malgré tout mais aussi un côté film concept de petit malin aussi agaçant que vain. J’aime cela dit l’idée de nous faire d’abord croire à un giallo pour finalement nous perdre dans un labyrinthe de paradoxes temporels. Mais bon, le procédé s’avère vite lassant.

The Eves – Tyler Glodt – 2012

43     0.5   Il y a parfois des DTV qui valent le détour. Des Frozen, par exemple. Et puis il y a les autres, souvent les autres. Je ne vais pas m’étendre sur celui-ci, c’est mal filmé, mal joué, mal monté. Une grosse merde indigne de sortir même sans support.

Capitaine Phillips – Paul Greengrass – 2013

14444958_10154010275407106_7603613407787299031_oLe bateau.

   6.0   Comme à son habitude, la méthode Greengrass fonctionne à bloc dès qu’il s’agit d’installer une tension, de la faire grimper progressivement puis d’exploser le cardio dans les rushs les plus mouvementés. Greenzone et avant cela le troisième volet de la saga Bourne avaient montrer les limites d’un dispositif ultra prévisible et roublard. Capitaine Philips a la bonne idée de se Zéméckiser dans un premier temps, suivant Tom Hanks dans son quotidien de capitaine de cargo pour qui ça ne va pas être le jour, en gros. Bientôt attaqué par des pirates, il se doit de prendre les bonnes solutions, hâtives évidemment, pour limiter les dommages et gagner du temps. Toute la première partie de quotidien sur lequel gronde sournoisement une menace est une merveille de construction neutre, côté cargo comme pirates, puisque le film nous offre aussi le contre-champ. C’est calme (pour du Greengrass) et précis, on comprend parfaitement les motivations de part et d’autre. Dès l’instant que les pirates somaliens sont dans le sillage du cargo américain, le film ne se relâchera jamais, pour le meilleur lors de la prise d’otages / confrontation Philips/Muse culminant là dans cette séquence de salle des machines, pour le moins bon « éthiquement parlant » dès qu’on entre dans la pure complicité avec la marine US. Certes c’est fait de main de maître et ce jusqu’au bout (Le sauvetage nocturne, d’une précision hallucinante, tensiomètre explosé) mais on ne pourra s’empêcher d’y voir Greengrass aussi fier des forces armées que de son savoir-faire mise en scénique à grands renforts de caméra qui tremble. Reste que le film est purement maritime, au sens où tout se déroule là dans les eaux, d’un navire à l’autre, immense cargo ou coque de noix, lui permettant ainsi de ne jamais perdre son horizon, mécanique mais ô combien efficace.

Scream 2 – Wes Craven – 1998

14522997_10154010275312106_8916529979523915678_nLe bal des maudits.

   6.5   Tout le monde est suspect. C’est la devise de la franchise. Et si l’on prenait un malin plaisir dans le premier opus à tenter de débusquer le tueur au masque blanc, cette excitation a presque totalement disparu ici. On connait dorénavant la musique et le film joue tellement avec son statut de suite qu’il s’avère peu passionnant niveau effet de surprises, à l’égard du premier, mais son enjeu est ailleurs.

     Il s’agit moins de réenclencher la dynamique traumatique et la sordidité d’une histoire sur deux temporalités que d’y injecter de nouvelles règles, tout en enfonçant le clou de la démarche théorique à l’extrême. Avec Scream, Wes Craven poussait déjà son procédé assez loin, là il l’explose littéralement. Scream 2 devient un slasher parodique, mais un slasher parodique qui tient la route en tant que film d’horreur. Un objet de fascination dans chacun de ses enchainements, jouant in fine davantage avec le rire qu’avec la peur.

     Car c’est bien dans les dialogues que cette suite prend du galon. On y voit des étudiants en cinéma déblatérer sur les bienfaits et méfaits des suites, citant tout un pan des films cultes américains. Et les personnages ont vite conscience qu’ils sont eux-mêmes plongés dans une suite. Il faut donc prendre en considération les nouvelles règles que celle-ci impose : Davantage de cadavres et de sang, meurtres plus élaborés et table rase du petit ami psychotique. Craven, par Randy, nous offre la progression de son nouveau jeu de massacre. D’ailleurs, les nouveaux personnages (Mickey, Hallie et Derek) sont de (pâles) copies de Randy, Tatum et Billy.

     Le film s’ouvre par une séquence au cinéma. On y voit un couple à la première de Stab, film relatant des faits exacts de la tragédie de Woodsboro, soit toute l’histoire du premier Scream. Lui trouve que les films d’horreur sont de parfaits préliminaires, elle ne supporte pas que le genre exclu systématiquement les afro-américains. On verra quelques extraits de ce film dans le film, Craven n’ayant modifié que les acteurs, autrement chaque plan est une quasi copie de son propre vrai film. Réflexion donc sur la suite, son caractère mercantile comme la destruction des codes mis en place, Craven réalisant en parallèle une suite plus fade (mais plus chargée théoriquement) allant jusqu’à enfiler du kitch à outrance ici dans les retrouvailles entre Gale et Dewey (accompagnées à plusieurs reprises par le morceau de Broken Arrow) ou là quand le petit ami rejoue la chansonnette de Tom Cruise dans Top Gun.

     Les survivants du massacre perpétués par nos deux compères, Billy et Stuart – c’était la grande surprise de Scream, deux tueurs qui se relayaient – sont convoqués dans ce nouveau terrain miné sous forme de jeu de piste – les noms et prénoms des victimes correspondent à ceux du premier, procédé ridicule et vite oublié, qui aurait eu sa place dans la franchise Scary movie – dans la partie School of film du campus. Si Sidney joue Cassandre au théâtre, Randy et les autres sont en cours de théorie de cinéma, débattant sur les suites au cinéma. Craven se moque. Il accepte que son Scream 2 ne soit plus qu’un produit marchant, aux allures du Stab qui s’y joue dedans. Sidney avait prévenu : Avec sa chance, si un film sortait sur le massacre de Woodsboro, son personnage serait campé par Tori Spelling. Sidney remets une mandale à Gale quand elle lui demande une interview avec Cotton Weary, innocenté depuis les faits ; Et on y réentend même le morceau de Nick Cave & The Bad Seeds, c’est dire à quel point Craven joue avec cette idée de recyclage.

     On retrouve dans Scream 2 ce qui faisait le relent giallesque du premier : l’impossibilité pour la victime de s’en sortir, chaque fois prisonnière d’une situation inextricable (Casey, Tatum puis Randy) ;  C’est le tueur qui semble chanceux, à qui tout sourit. Ainsi lors de la première séquence, directement en miroir à celle du premier Scream, le garçon se fait poignarder dans les toilettes du cinéma et le tueur peut se dissimuler dans la foule puisque c’est la première du film et que tous sont munis d’un masque – L’aliénation mercantile, une fois de plus. Il enfile la veste en cuir de sa victime et s’en va s’asseoir à côté de sa petite amie, prise dans les soubresauts du film qui voit Casey Baker se faire poursuivre puis trucider (sensiblement de la même manière que dans le vrai Scream) avant qu’elle ne se fasse poignarder à son tour devant une salle hilare, trop prise par le film pour y faire attention.

     Plus tard, c’est cette jeune étudiante en ciné, que l’on voit discuter un peu plus tôt sur le sujet des suites, les réduisant à de simples pâles copies, Campée par Sarah Michelle Gellar qui passe par le balcon après avoir été poignardé, parce qu’elle était condamnée à garder une baraque pendant que tous sont à une fête : Toujours cette impuissance et cette solitude inexorable, héritée du Halloween, de Carpenter.

     Plus tard encore et c’est là d’autant plus flagrant, Dewey (survivant improbable de Woodsboro) se trouve derrière une vitre de plexiglas et tente d’appeler Gale Weathers, la journaliste arriviste toujours dans la course. Il est alors massacré sous les yeux de la jeune femme, dont on n’entend guère les cris masqués par ce nouvel obstacle. Dans Scream, tout est en faveur du tueur. C’est lui seulement qui se met en difficulté, et chaque fois parce qu’il est divisé en deux. C’est quand le masque disparait qu’il court à sa perte. C’est assez fascinant. Pourtant, Dewey s’en sortira encore – Survivant éternel de Woodsboro. Le film s’amuse aussi beaucoup avec les règles bouffonnes qui font survivre les personnages essentiels. Et les scènes climax se déroulent dans une salle d’enregistrement puis dans une salle de répétition. Il y a aussi une séquence plus classique dans une bagnole, bien torchée certes mais purement gratuite, qui rejoue une nouvelle fois celle du premier Scream. On est dans l’imitation pure ; Et puisque l’on sait que les couples de tueurs peuvent se mutiler pour faire croire à leur innocence, la blessure du petit ami ne le mets pas hors-jeu pour autant et le pousse souvent à être le coupable idéal.

     Finalement, Scream 2 est un film improbable dès sa première scène et la sortie en salle d’un film qui relate exactement la tragédie de Scream, personne ne laisserait faire une chose pareille. Tout comme sa fin avec la révélation du vrai tueur, du vrai mobile. On n’y croit pas une seule seconde (Même si la vengeance de la mère pourrait faire un écho inversé à Vendredi 13, puisque Jason suivaient ensuite les traces de sa mère) comme on ne croit pas non plus aux nouveaux personnages, sinon qu’ils sont uniquement là pour servir de victimes ou bourreaux. Les jump scares à outrance, les suspects qui pullulent. C’est vraiment pour les afficionados tant les effets de surprise se font rares. Mais encore une fois ce n’est pas ce qui m’intéresse dans Scream 2. Craven s’amuse et nous aussi.

Les deux amis – Louis Garrel – 2015

376189La règle de trois.

   6.0   Ou le manifeste Golshifteh Farahani, beauté absolue, imaginaire, saisie dans les gestes les plus quotidiens, sous la douche, aux toilettes, se brossant les dents, prenant le train, vendant des sandwichs. Elle est partout et elle est magnifique. Louis Garrel doit en être éperdument amoureux pour la filmer ainsi ; Muse qui rappelle un peu celles du cinéma de son père, qui incarnaient souvent sa Nico. Il y a quelque chose de tragique dans ce rôle de fille qui doit pointer chaque soir en taule, quelque chose que Garrel père saisissait à merveille. Mais c’est davantage au cinéma de Honoré (Rien d’étonnant à le voir cosigner le scénario) auquel on pense ici. La mayonnaise peine à prendre au début mais dès que c’est le cas, on s’y sent bien dans ce film, spontané, tendre, hédoniste, à la fois drôle et grave, que l’actrice (Je me répète hein, mais elle est sublimissime) tient sur ses frêles épaules, bien accompagnée par les trublions Macaigne et Garrel, qui semblent réchappé d’une bromance forcée. Si le film n’est pas toujours très subtil à l’image du tournage (Macaigne joue un figurant de cinéma) soixante-huitard, il s’y déploie brillamment, à chaque fois et dans cette séquence comprise. Bref c’est nettement mieux que Petit tailleur, l’un des trois courts de Garrel qui précédaient ce long métrage, qui trouve avec Les deux amis une singularité attachante.

La isla mínima – Roberto Rodriguez – 2015

14462837_10153994273922106_1248118340325799792_nLe purgatoire andalou.

   6.5   Comme dans True détective vers lequel ce polar espagnol lorgne (un peu trop) il s’agit moins de résolution d’intrigue que d’un pur film d’ambiance mené par une alliance insolite entre deux policiers que tout oppose. Point de buddy movie (au sens où on le définit) puisque les deux personnages flics feront équipe tout en maintenant leurs distances. L’un traîne un lourd et flou passé héritée de sa carrière dans la police franquiste, avec ses méthodes peu recommandables qui semblent ressurgir ici ou là quand l’autre, jeune idéaliste, essaie de se forger une place solide dans le milieu. C’est l’ancien et le moderne. La violence sourde contre l’espoir silencieux – Un exact inversé de Seven. L’union va donc opérer autour d’un double enlèvement sordide, adolescentes dont les corps sont bientôt retrouvés violés et démembrés dans les marais de Guadalquivir. C’est une Andalousie comme on ne l’avait jamais vu, entre le bayou et les routes désertiques. Nombreuses transitions (Et le film commence d’ailleurs sur une succession de ces plans) répètent les top-shots de manière un peu trop systématique, pour accentuer l’angoisse invisible, le poids du néant à venir, la dimension accablante (Que Bong Joon-Ho avait su plus discrètement capter dans son Memories of murder auquel on pense beaucoup ici) renforcé par des saillies dispersées, fait de révoltes ouvrières et de franquisme mal digéré. C’est humide et poussiéreux à la fois. Solaire et pluvieux. Les jours sont de véritables chapes de plomb, les nuits des entrées au cimetière. Jusque dans cette (quasi) ultime séquence de poursuite finale, bien troussée, qui rappelle inévitablement La nuit nous appartient de James Gray, mais les roseaux ont été remplacés par les herbes marécageuses. 

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silencio


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