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Archives pour 23 novembre, 2016

Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) – Ken Loach – 2016

23Society Life.

   6.0   Ravi de revoir Loach, 80 printemps au compteur, revenir à un cinéma plus incisif (Que les récents plus légers et anecdotiques Jimmy’s hall et La part des anges) dans la veine de Sweet sixteen (son dernier beau film ?) avec un film dépouillé, éminemment actuel et totalement à charge du système administratif anglais – mais en fait européen. Le récit d’un charpentier, veuf, qui suite à un récent AVC doit batailler (contre un ennemi numérique) pour toucher ses indemnités d’invalidité puisque les médecins lui interdisent, dans l’immédiat, de retourner travailler. Le film est une succession de rencontres, agaçantes et salvatrices, d’absurdités en tout genre, pas toujours fait avec grande subtilité (mais l’ambiguïté, Loach, connait pas vraiment) mais avec une force de l’irritation qu’il est l’un des seuls à si bien maîtriser. Surtout, il me semble que le film, aussi chargé soit-il, fait toujours les bons choix, de distance, de durée, à l’image de cette fin qui aurait été atroce ailleurs et qui chez lui s’avère simple, brutale et entièrement dans la dynamique du reste de son film. De la même manière Moi, Daniel Blake n’aurait pu être qu’un catalogue de toutes les merdes qui peut t’arriver quand tu te bats avec Pole Emploi – Ou Job Center, en l’occurrence – mais Loach y insuffle des moments d’intimité d’une pureté sidérante (Tous les passages avec les enfants, notamment). Après, est-ce que le film méritait la palme ? Je n’en sais rien. Moi je lui aurais préféré plein d’autres trucs (Aquarius eut été un représentant plus adéquat, Elle un choix plus rock’n roll) mais je ne trouve pas scandaleux d’offrir la récompense à Loach pour le film qui représente le mieux son cinéma depuis Family Life. En tout cas, je préfère nettement cette palme aux deux dernières.

La fille inconnue – Luc & Jean-Pierre Dardenne – 2016

28L’invraisemblable vérité.

   7.5   Excellent cru Dardennien, comme souvent. Quelques réserves ci et là, notamment dans sa vocation à lester le récit donc les rebondissements, mais dans l’ensemble c’est vraiment beau et fort. Sans compter que La fille inconnue semble capitaliser sur la réussite du précédent, en cumulant les entrevues au pas de porte, les coups de téléphone, les déplacements circulaires. Si la quête s’en éloigne, les trajets opérés par Jenny ressemblent fortement (au moins dans l’intensité de leur combat) à ceux de Sandra, dans Deux jours, une nuit. J’aime beaucoup l’évolution de leur cinéma qu’on reconnait entre mille, depuis La promesse, alors qu’il a tendance d’une part à davantage jouer sur la parole mais aussi depuis trois films à centrer le récit sur une héroïne star. Adèle Haenel y est merveilleuse, comme Cotillard dans le précédent elle apporte son univers tout en campant l’héroïne dardenienne habituelle. J’aime aussi beaucoup l’idée que la fille inconnue du titre soit celle qui aurait été au premier plan chez eux il y a quinze ou vingt ans : ça crée une passerelle passionnante sur la mue de leur cinéma par la conscience de leur embourgeoisement, aussi guidé par ce glissement bankable que leurs nombreux prix ont précipité. Ce personnage, une jeune immigrée noire, n’est qu’un personnage hors champ, qu’on entend sonner avant de découvrir son visage sur des bandes d’enregistrement – elles-mêmes muettes. Cette culpabilité dans le déplacement de focalisation va donc intégrer le film dans sa diégèse puisqu’il sera question d’une jeune généraliste, récemment diplômée, qui ayant respecté le protocole à la lettre (et aussi pour donner l’exemple et/ou contredire le stagiaire qui l’accompagne) refuse d’ouvrir à cette fille inconnue après l’heure de fermeture. L’annonce de sa mort, le lendemain, crée un espace de trouble émotionnel, où la culpabilité rencontre la honte, où les remords enclenchent un processus de réparation (de son erreur) comme unique indicateur de pérennité ontologique autant que de restitution identitaire : Comme le titre l’indique, personne ne connaît le nom de cette demoiselle. Si à la fin, Jenny Davin reste le médecin qu’elle rêvait de devenir (Dont rien ne peut barrer la route tant ses journées, sa vie se résument en consultations répétées, jour et nuit, en cabinet et à domicile) c’est moins pour avoir rétabli l’ordre des choses (Et le meurtre en question est un véritable concours de circonstances malheureuses) que mis à profit son propre code d’honneur. Si les frères Dardenne s’acceptent aujourd’hui dans leur condition de cinéastes confortables, leur idéal se devait de tenter de donner vie au plus grand des laissés pour compte : Un personnage qui meurt sans qu’on l’ait vu. Ce n’était pas gagné. Et pourtant c’est magistralement réussi. Sans parler de la séquence « aveu » qui est, n’ayons pas peur des mots, un sommet déchirant dans leur œuvre tout entière, ni plus ni moins.


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