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Archives pour 29 décembre, 2016

Le Voyage au Groenland – Sébastien Betbeder – 2016

16L’autre monde.

   7.0   Thomas et Thomas, deux potes de Montreuil, comédiens intermittents paumés, avaient reçu à Paris Olé et Adam, deux groenlandais ; C’était le sujet d’Inupiluk : Leur faire découvrir la Tour Eiffel, la forêt, l’océan, les animaux d’un zoo. Il fallait dépasser la barrière de la langue et finalement c’est avec beaucoup d’émotion qu’ils allaient se dire au revoir tout en promettant plus ou moins de réitérer la rencontre un jour, dans le grand froid. Soit le sujet de ce nouveau film, dont on avait pu entrevoir les contours et objectifs dans le deuxième, qui n’était rien d’autre qu’une longue discussion de préparatifs au voyage. La semi déception ressentie devant Le voyage au Groenland s’efface dès l’instant que je considère le projet dans son intégralité, aussi inédit que passionnant.

     Thomas et Thomas débarquent donc sur la banquise. On ne sortira pas de Kollorsuaq, hormis au détour de deux/trois flash-back, adorables mais superflus à mon goût. Le film s’ouvre et se ferme dans l’hélico. Si les décors ont radicalement changé (Thomas ne manque pas de le rappeler lorsque, pendant une tentative de footing sur la banquise, il reconnaît que ça les change des Buttes-Chaumont) le cinéma de Betbeder, lui, est resté fidèle à lui-même, fermant la boucle des aventures des 2 Thomas (en espérant que ce ne soit qu’une fermeture provisoire : On évoque à la fin, leur retour éventuel en plein été) autant qu’il succède, de façon cohérente, à 2 automnes 3 hivers et Marie et les naufragés.

     L’île bretonne de ce dernier pourrait être une lointaine cousine de Kollorsuaq dans la mesure où elle semble aussi être un lieu pour se perdre et renaître. On cite souvent Rozier quand il s’agit de voyage parenthèse, c’est devenu un standard un poil galvaudé. Pourtant, il y a bien dans Le voyage au Groenland une respiration à la Rozier : Faux rythme permanent, beaucoup de silences, digression dans un lieu enchanteur, personnages insolites et un vrai puits de tendresse. Et l’agréable impression que le film peut s’arrêter à tout moment, qu’il est fragile, instable.

     Entre autres mini tribulations, les deux Thomas vont donc apprendre à chasser le phoque, goûter à son foie et son cristallin, tenter de mémoriser quelques mots en inuit, découvrir à leur grand désarroi que l’on ne boit pas d’alcool au village et même galérer avec la connexion Internet (Fejl !) pour remplir leur déclaration assedic. Betbeder filme Kollorsuaq dans son quotidien, comme il l’a découvert, le retranscrit avec cet élan humble qui le caractérise, filme les habitants, la banquise, le village, en douceur. C’est la démarche du film et plus globalement du projet, mi fiction mi documentaire, la rencontre de deux mondes, aussi bien dans la fiction (Thomas & Thomas) que dans le réel (Thomas Blanchard & Thomas Scimeca) ; Ce n’est pas un hasard si les prénoms des quatre personnages principaux sont identiques à ceux des acteurs. La frontière est mince.

     Le moteur purement fictionnel, qui était déjà à l’honneur dans Inupiluk mais hors champ, c’est le père, campé par François Chattot, que nous n’avions jamais vu comme ça. Le type a joué des rôles insignifiants dans des parfois gros cartons, mi naveton mi daube, et il joue là ce père malade, secret, débordant d’amour mais masquée par une insolente pudeur. L’espace impénétrable qui se joue entre père et fils s’avère vraiment bouleversant. Alors le film est sans doute, malgré tout, souvent tributaire de son beau duo, sorte de Perrin & Campana revisité à la sauce Mr Hulot / Buster Keaton, mais il fonctionne et laisse de bien beaux moments, souvent superbement accompagnés par le beau score de Minizza. J’espère sincèrement qu’il existera un jour une édition blu ray regroupant les 3 films. Et qu’on retrouvera Thomas & Thomas dans une autre aventure, et vite !

Sully – Clint Eastwood – 2016

26L’étoffe d’un héros.

   8.0   Doublé de l’éternelle interrogation eastwoodienne sur la figure du héros, Sully est une merveille de biopic dépouillé, construit comme un doux cauchemar éveillé qui se répète et se déforme, un feel good catastrophe movie comme seul Eastwood pouvait en offrir. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un cauchemar : On est dans le cockpit de l’avion, Tom Hanks est aux commandes, comme prévu, sauf qu’il rase les buildings, la chute semble imminente et… l’avion s’écrase. Le film a déjà réussi à nous secouer en trente secondes d’un faux crash. Quand le pilote se réveille on imagine que cette vision inconsciente agira comme une prémonition, façon Destination finale, mais Eastwood est plus intelligent que ça. En fait, ce rêve intervient après son amerrissage miraculeux, Chesley Sullenberger est assaillis par les doutes. Car malgré l’issue héroïque, l’affaire du vol 1549 US Airways soulève tout un tas de questionnements, que la commission d’enquête ne manque pas de rappeler. C’est que Sully a choisi, dès l’instant que les deux moteurs de son avion sont hors service, d’amerrir sur l’Hudson tandis que chiffres et simulations le contredisent : L’avion pouvait un, revenir à La Guardia, deux, atterrir en urgence à l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey. Et Sully, bien qu’acclamé héros par la population doute de son choix, du bien-fondé de sa prise de risque (Il avait entre ses mains et ses choix la vie de 155 passagers) c’est toute la complexité d’un film qui ne crée pas réellement de camps (Les inspecteurs de la commission eux aussi font leur boulot) mais gomme la traditionnelle figure héroïque du film américain, lui donne cette épaisseur moderne que Zemeckis offrait au sien dans Flight que certain ne manqueront pas de rapprocher de Sully. N’importe qui se serait planté avec un sujet pareil – Comme n’importe qui se serait planté avec American Sniper entre les mains. Mais pas Eastwood. Qui prouve 86 balais au compteur, qu’il est encore un grand humaniste capable de créer un héros ordinaire (Qui a fait le job tout en ayant le réflexe lucide de faire mieux que le job – Il est l’anomalie qui mène au miracle) et de donner un visage à chacun de ceux qu’il a sauvé – Sublime scène téléphonique père/fils séparés par le fleuve. Les séquences en avion sont d’une puissance hallucinante alors qu’elles sont très simples dans leurs enchaînements, idem pour les effets spéciaux et idem pour New York filmée comme on l’a rarement vu. Et la construction qui pourrait être hasardeuse et foutraque s’avère brillamment orchestrée et pertinente. Grand film.

Dernier train pour Busan (Bu-san-haeng) – Yeong Sang-Ho – 2016

15723400_10154280436772106_5330276771279627405_oEn quatrième vitesse.

   6.5   Voilà qui dépote. On est certes loin de la perfection orgiaque des élaborations de violences d’un Na Hong-Jin, pourtant, il ressort de Train to Busan une efficacité plutôt réjouissante qui plus est venant d’un auteur, Yeon Sang-Ho donc, cantonné jusqu’ici aux métrages d’animation. Et qui plus est dans un projet qui s’aventure sur le genre usé du film de zombies. Et du film de train.

     Le film ne brille clairement pas dans la caractérisation de ses personnages. On a même rarement fait aussi stéréotypé. On ne va pas énumérer chacun des ingrédients, simplement on aura le droit à la femme enceinte, au jeune couple d’amoureux, au connard de businessman, au fonctionnaire lâche et bien entendu, au centre, à un père divorcé voulant faire plaisir à sa fille, pour son anniversaire (Il avait commencé par lui offrir une Wii qu’elle avait déjà) en réalisant son souhait de retourner chez sa mère, à Busan.

     C’est gênant, je vais pas te dire le contraire. L’aspect fable sociopolitique n’est pas ce que le coréen maîtrise le mieux. Mais ça s’efface dès l’instant qu’on est dans l’action pure. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on y est souvent. Là-dessus, le film réussit tout ce qu’il tente – Ce même si les zombies sont parfois trop rapides pour que les survivants, l’instant suivant, parviennent à leur échapper et/ou les retenir. Néanmoins, ils sont très réussis, ne serait-ce que dans leurs apparitions en hordes, à l’affût du moindre bruit, parés à bondir comme des chiens enragés.

     La plus belle séquence du film voit trois survivants téméraires tentant de traverser trois rames pour rejoindre leur groupe et se servant des tunnels pour leur échapper silencieusement puisque les zombies semblent perdre tous leurs repères dans l’obscurité. On n’échappe cependant pas au travelling baston à la Old Boy même si l’auteur ne s’assoit pas sur la performance du plan-séquence. Mais graphiquement le film est très beau. Ni scolaire, ni déraisonnable. Un beau juste milieu, en somme.

     A l’instar du Snowpiercer de Bong Joon-Ho, la quasi-totalité du film se déroule dans un train et Yeon Sang-Ho manie avec brio l’exiguïté offert par ses wagons, multiplie les idées de mise en scène sans l’affubler de moments de bravoure parasites. Sa virtuosité dans les séquences d’action n’a d’égal que leur limpidité. En tant que pure série B (à budget modeste) on caresse par moments la perfection. Après, que cela s’opère dans une ribambelle de sacrifices, exécutions brutales et effusions de larmes, pourquoi pas, on va dire que ça fait son charme, suranné mais attachant.

Dressé pour tuer (White dog) – Samuel Fuller – 1982

15002358_10154138761482106_3872198888280906325_oA history of violence.

   9.0   Un choc. Longtemps resté plus ou moins invisible, ce Fuller fin de carrière est une pure merveille, violente et déchirante, un pamphlet contre l’Amérique raciste et véritable film d’épouvante, traversé par des instants sidérants que le score dantesque de Morricone accompagne à merveille. Voilà longtemps que je n’avais pas pris une trempe 80’s de la sorte.

     White dog est l’adaptation de Chien blanc, de Romain Gary, livre qui raconte l’expérience qu’il fit avec sa femme, Jean Seberg, à Los Angeles durant les années 60, lorsqu’ils avaient recueilli un chien errant qui s’était attaqué à des personnes de couleurs noires, de façon si systématique qu’il avait forcément dû être dressé pour cela.

     Le film est parcouru d’images qu’on ne peut oublier comme ces multiples transformations du chien, qui passe de gentil toutou à bête féroce, tous crocs dehors, en une fraction de seconde. Le pelage blanc maculé rouge sang de ses proies (Le camionneur ici, l’homme d’église là) qu’il arbore souvent avec la nonchalance d’un calme retrouvé, fait partie de ces pures instants de malaises inégalés.

     White dog est clairement scindé en deux parties. Dans la seconde, le chien se voit pris en charge par un dresseur noir, persuadé qu’il peut le guérir de sa haine. Le décor est celui d’une arène et de jour comme de nuit, Fuller trouve des séquences géniales, à l’image de cette dimension quasi fantastique qui englobe son évasion nocturne, à l’image aussi de ce rapprochement progressif auquel on a envie de croire.

     La fin est un vrai couperet. Un grand moment d’angoisse, que Fuller agrémente de ralentis et d’une force expressionniste peu commune. Auparavant il y aura le retour glaçant du propriétaire, accompagné de ses deux petits enfants. Sans parler du duel quasi Léonien de la dernière scène. Le plan circulaire lors de l’ultime transformation, purée, j’en ai encore la chair de poule.


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