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Archives pour décembre 2016



Malec chez les indiens (The paleface) – Buster Keaton & Edward F. Cline – 1922

15202525_10154184684967106_472377204149571680_nKeaton et la tribu perdue.

   5.0   Une tribu indienne est sur le point de se faire déloger de sa terre par un grand groupe pétrolier. On décide alors de s’en prendre au premier blanc qui franchira les palissades. C’est là-dessus qu’un Keaton errant se pointe, dès potron-minet, chassant les papillons tranquilou bilou et va se retrouver sur le bûcher avant d’être adoubé et de faire équipe avec les indiens contre la compagnie. Le film joue nettement moins sur la culture du gag Keatonien qu’à l’accoutumée. The Paleface s’ouvre même sur une situation assez noire, plus chaplinesque dans sa vision du réprouvé. On appréciera les diverses acrobaties, en haut d’une falaise, sur un pont suspendu, au sommet d’un arbre. Toutefois – Une fois la situation posée – ça manque un peu de densité et d’efficacité.

Bleeder – Nicolas Winding Refn – 1999

15385429_10154213736287106_5605517398706713672_oSous toi, Copenhague.

   6.  Bien qu’encore en gestation, c’est tout l’univers de Refn qui gicle dans Bleeder, son deuxième film danois, qui annonce les suites de son tout premier (Pusher) autant qu’il prépare le terrain pour le futur Drive. On y croise quelques lieux forts dont un vidéo-club aux étagères DVD infinies (Sublime introduction dans un style à la Noé), les couloirs d’un night-club rouge néon, un petit fast food, une cave de cinéma bien glauque, un entrepôt d’usine miteux ou un modeste appartement. Cinq voire six personnages (présentés dans une intro que n’aurait pas renié Tarantino) ornent cet étrange tableau où l’apparente trivialité d’un quotidien morne et sans accroc (Chacun travaille sans passion, pour gagner sa croûte, mater des films, lire des bouquins, préparer l’arrivée d’un enfant) va se transformer en montée de malaise (A l’image de celle du flingue devant le Maniac de William Lustig) jusqu’à un déchaînement de violence dont on sait désormais Refn coutumier. Pourtant, si l’on met de côté le différend conjugal (Louise veut garder l’enfant qu’elle porte, Léo veut qu’elle avorte) qui mène au sanglant règlement de compte entre beaux frères, le film est très tendre, le plus tendre qu’ait réalisé l’auteur danois, grâce notamment au personnage joué par Mads Mikkelsen, doux autiste, qui pourrait être une version geek-cinéphile de celui de Ryan Gosling dans Drive – La séquence où il donne la liste de TOUS les noms de cinéastes recensés dans le magasin à un client qui demandait ce qu’ils avaient qui pourrait lui plaire dans le même registre que La colline a des yeux, de Craven, est absolument jubilatoire. La relation entre Lenny et Léa est ce que le film trouve de plus beau et le fait de fermer le film sur eux prouve à quel point cette rencontre constituait pour Refn, la motivation principale de son long métrage.

Fanny et Alexandre (Fanny och Alexander) – Ingmar Bergman – 1983

27En avant, jeunesse !

   8.0   C’est le Bergman que je rêvais de voir. Je dirais même que c’est l’un des cinq films que je voulais le plus voir au monde. Je crois qu’il vaut mieux être familier de l’univers bergmanien pour l’apprécier à sa juste valeur tant il synthétise toute son œuvre. Plus qu’un film testament (C’est le dernier film pour le cinéma du réalisateur suédois) Fanny et Alexandre, en partie autobiographique impressionne par sa richesse, son foisonnement et les nombreuses hallucinations qui le composent. C’est un film de sage mais pas de vieux, qui joue moins des habituelles échappées fantastiques que d’une dimension miraculeuse – dont l’enlèvement des enfants par Jakobi au pasteur Vergerus constituerait le point d’orgue magnifique. Les obsessions bergmaniennes sont restées les mêmes, seule la dimension romanesque a changé. Le film est très clairement découpé en trois parties, la dernière m’a un peu laissé à quai j’avoue mais je pense qu’il faut le revoir pour vraiment saisir chaque parcelle de cette fresque familiale vertigineuse. C’est fou comme ce cinéaste pouvait à ce point être tendre et violent au sein d’un même film. Quoiqu’il en soit, Fanny & Alexandre est probablement son film où l’exaltation de la vie est la plus significative, malgré la mort du père et la violence du beau-père.

Welcome home – Philippe de Pierpont – 2016

15     2.5   Un moment donné, dans l’année, j’ai traversé une période de boulimie de téléchargements. Je chopais ce qui se présentait, tout et n’importe quoi, dont certains trucs que je ne verrai probablement jamais. Je n’ai pas regardé un truc sur dix, évidemment. Et Welcome home était de ceux-là, abandonné dans les tréfonds de mon disque dur. Rien ne présageait qu’il traverserait l’épreuve des oubliettes et pourtant, le voilà qu’il ouvre le traditionnel bal de rattrapage de décembre des films sortie en 2016. Bon. Ça commence mollement, cette affaire. Il est un peu nul ce film belge. Les acteurs (deux ados) sont mauvais comme des cochons, déjà. C’est un problème puisqu’ils sont le cœur du film, comme Emilie Dequenne et Jérémie Rénier pouvaient être le cœur de certains films des Dardenne. Soit deux boules de nerfs au cœur tendre, mais sans une once d’épaisseur. Et puis le film est mal écrit, mal dialogué, confus et fier de lui. Vraiment désagréable. Comme le précédent film de Philippe de Pierpont, Elle ne pleure pas elle chante (2011), tout compte fait.

Cursed – Wes Craven – 2005

15289123_10154184684937106_3979295044452260125_oLe bal des maudits.

   4.5   C’est moins mauvais que dans le maigre souvenir que j’en avais gardé. Craven renoue avec sa veine (télé)films mineurs qui ornaient sa brinquebalante filmographie durant les années 80, de La ferme de la terreur à Shocker, séries B sans grandes aspérités qu’il vient traduire dans une production plus confortable ici, en lorgnant du côté du sous-genre archi rebattu (Dante et Landis, pour ne citer que les plus émérites, ont fait le leur en 1981) du film de loup-garou.

     On ne retiendra pas grand-chose d’un scénario cousu de fil blanc tant Cursed est surtout prétexte à travailler la matière, les plaies, les corps mutilés : Craven ne lésine en effet pas à montrer les monstres et les transformations – Effets spéciaux en rafale et pas toujours hyper inspirés – et à mélanger le gore (La mort de Shannon Elizabeth, notamment) et l’humour teen-movie avec une certaine dextérité. Jesse Eisenberg y fait d’ailleurs ses gammes et apporte ce qu’il apportera bientôt à d’autres séries B type Zombieland ou American Ultra.

     Si l’auteur était alors plus à l’aise financièrement (Merci Scream) le film fit un four colossal. Car il est mal branlé. Attachant mais vraiment mal branlé. C’est un fourre-tout à rebondissements low-cost où les personnages n’ont aucune épaisseur, où les situations sont téléphonées. Le fait est que le script fut charcuté pendant le tournage, le casting modifié à la toute dernière minute et cela s’en ressent.

     Reste quelques instants intéressants comme la pièce de miroirs (façon La dame de Shanghai) et la lugubre forêt qui voit la première apparition du loup. Mais dès qu’on est dans l’affrontement, entre jeunes (dans un gymnase) ou entre loup-garou, la standardisation s’empare à nouveau de la réalisation, comme si le simple affrontement suffisait à s’effacer derrière lui, à combler tout mangeur de popcorn. Pas désagréable, donc, mais on a connu Craven nettement plus inspiré, cela va de soi.

Malec forgeron (The blacksmith) – Buster Keaton & Malcolm St. Clair – 1922

32Faire tache d’huile.

   6.5   C’est l’occasion de rappeler combien Keaton pouvait se renouveler dans ses enjeux – malgré l’évidente récurrence du garçon maladroit, acrobate et finalement chanceux – et surtout dans sa mise en scène choisissant ici et à l’instar de One week, un lieu unique : un entrepôt de forgeron dévoué aux chevaux autant qu’aux autos. Keaton aka Malec (pour nous, français) y campe un assistant de forgeron qui cultive les malchances et les bévues, éclabousse le cheval (qu’il doit seulement ferrer) d’huile de vidange, détruit à petit feu une Rolls Royce qu’il devait à peine réparer. Une deuxième fois, Mal St Clair remplace Eddie Cline. On est dans le slapstick pur et ça fonctionne à merveille.

La voisine de Malec (Neighbors) – Buster Keaton & Edward F. Cline – 1920

43Les amoureux cachés.

   5.0   Au départ c’est une simple affaire de mot doux que deux tourtereaux (Malec et sa voisine) se transmettent à travers le trou d’une palissade avant que ça ne bascule en querelle de voisinages, interventions policières, tribunal. Dès qu’on reste dans le cadre de la cour partagée les gags sont plutôt inspirés, menés tambour battant comme des pirouettes de cirque, d’une fenêtre à l’autre, au moyen notamment de fils électriques, et fils à linge, voire pour finir (la séquence d’évasion finale) d’échelles humaines. De nombreuses installations folles ornent ce décor dans lequel tout semble pouvoir se former et se déformer. Pour le reste cette variation de Roméo & Juliette est assez éreintante ne serait-ce que dans la construction et sa multiplication des lieux où l’on ne voit pas trop où Keaton veut en venir.

Scream 3 – Wes Craven – 2000

coloriage-vice-versa-13819Return to Woodsboro.

   8.0   Ce troisième opus surfe constamment sur le principe du no rules déployé par Randy (tué dans Scream 2) par l’intermédiaire d’une cassette testament dans laquelle il explique que si un troisième volet ne prend pas l’apparence d’une suite quelconque, comme une nouvelle manière de concevoir les meurtres, c’est qu’il existe pour faire table rase des précédents, revenir aux origines, citant Le retour du Jedi ou Le Parrain. Oubliez vos certitudes quant aux dénouements des premiers Scream, celui-ci révèlera enfin le vrai mystère autour de la mort de Maureen Prescott, mère de Sidney, et de tous les meurtres que cela a engendré à Woodsboro, c’est ce que semble nous dire Randy et donc Scream 3. Jamais une mise en abyme du cinéma bis (pas même dans Scream 2, déjà bien gratiné) à travers de multiples moyens n’avait été aussi importante.

     Ainsi, il y a déjà quelque chose de formidable dans cette suite, c’est l’utilisation du film dans le film, que Scream 2 avait déjà commencé à proposer. Quand le spectateur voyait Scream 2, les spectateurs dans le film voyaient Stab, soit la parfaite adaptation des meurtres perpétués à Woodsboro, donc exactement ce que l’on a vu dans Scream. Il était d’ailleurs passionnant de revoir certaines séquences que l’on avait déjà vues dans le vrai Scream, tournées avec des acteurs évidemment différents. Scream 3 aurait pu rester dans cette voie, laborieusement : Quand dans la scène d’ouverture, Cotton Weary rentre chez lui, secoué par le tueur qui avoue y être, il se faufile à fond la caisse entre les files de véhicules et l’on peut distinguer un bus arborant l’affiche de Stab 2, on se dit alors que l’on retrouve une logique similaire au précédent. Pourtant il va bien plus loin. Pas de Stab 2, il a déjà eu lieu, on n’en verra pas la couleur (Si ce n’est donc cette pub pour sa probable sortie DVD)  mais l’on se doute qu’il reprend sensiblement la tragédie de Scream 2, seconde salve de meurtres à Woodsboro, revendiquée entre autres par cette fausse journaliste, qui vengeait la mort du tueur du premier volet, à savoir Billy Loomis, son propre fils.

     Et bien non, Dans Scream 3 on est déjà en train de tourner l’opus suivant : Une affiche apparaît sur la devanture du studio de tournage : Stab 3, Now in production. La franchise Scream s’est trouvé un nouvel élan puisque sur quoi s’appuyait la franchise Stab dans le film, à savoir ce que nous spectateur avions déjà eu le droit de voir, a totalement disparu, étant donné que la franchise Stab a devancé la franchise Scream. C’est déjà très fort. Mais ce n’est pas tout : Il se trouve que les véritables meurtres de ce Scream 3 reprennent l’ordre exact du scénario de celui de Stab 3. On est donc dans un processus inversé : C’est la réalité qui imite la fiction. Au début ça se tient, on croit que le tueur et donc le film va bêtement se caler sur un précis de scénario, puis ça semble dérailler petit à petit, tandis que le meurtrier le réécrit lui-même, ici durant un coup de téléphone, là par fax, tout en disséminant d’étranges photos de Maureen Prescott aux côtés de chacune de ses victimes. Du coup, le film semble évoluer en permanence, se construire tout seul. Je suis bien obligé de rendre compte de l’identité du meurtrier de ce troisième volet pour poursuivre mon analyse, meurtrier cette fois seul, bonne idée du film, qui s’échappe un peu d’un carcan obligatoire que l’on aurait pu craindre.

     Le meurtrier c’est Roman (nul besoin d’expliquer pourquoi pour l’instant), le réalisateur de Stab 3. Là ça devient génial, puisque non seulement il s’agit de faire réécrire le scénario de Scream 3 par celui qui écrit et met en scène celui de Stab 3, mais aussi parce que le double lieu dans lequel se déroule le film n’est autre que le studio, que Roman connaît par cœur étant donné que c’est celui de son film, et sa propre maison – la fin du film. Alors en effet, le tueur semble connaître chaque lieu sur le bout des doigts. Une fois le pot aux roses découvert les invraisemblances s’effacent. Et quelle idée lumineuse d’avoir reproduit le décor de Woodsboro ! Il y a toute la partie concernant Sidney, un peu mélancolique quant à l’idée de retrouver ces lieux qu’elle reconnaît si bien, investissant à nouveau sa chambre, construite exactement de la même manière, dans laquelle elle se souvient de certains moments délicieux passés avec Billy. C’est formidable d’avoir conçu les plans de cette façon là, et d’en avoir supprimé des pièces, sans doute inutiles pour le film dans le film. Ainsi, quand Sidney (alors poursuivi par le tueur, exactement de la même manière que dans Scream, dans la même maison, en carton cette fois) ouvre une porte, imaginant tomber sur telle ou telle pièce, c’est le vide qu’elle obtient, une porte qui ne mène sur rien. Le décor est devenu réel, pire il a remplacé la réalité, elle-même devenue obsolète.

     Prouesse supplémentaire de ce Scream 3 : les personnages. Les réels et les virtuels. La vraie Sidney face à la fausse Sidney. Gale Weathers face à l’actrice qui joue Gale Weathers etc… Les personnages sont doubles. Ils l’étaient déjà dans Scream 2 mais seulement au cinéma ou à la télé, les vrais personnages n’avaient pas de contact avec les faux. Ça commence d’ailleurs très fort à ce niveau là, où dès la première séquence sur le plateau de Stab 3, on entend les acteurs de nos personnages de Scream, se moquer des conditions de tournage et revendiquer les volontés de David Schwimmer et Tori Spelling (rappelons que Sidney disait dans le premier volet qu’avec la chance qu’elle avait, si on faisait un film sur elle, à son grand désarroi on prendrait Tori Spelling) d’avoir eu la bonne idée de ne pas rempiler. Le plus fort de Scream 3 c’est que justement il va s’agir aux survivants de la double tragédie de Woodsboro (Sid, Gale, Dewey) de tenter d’échapper à nouveau à la traque du tueur, aux côtés des acteurs jouant leur propre rôle dans les films relatant la tragédie de Woodsboro. Aucun des acteurs ne s’en sortira, comme si Wes Craven voulait montrer la fragilité de l’image, tandis que les modèles s’en sortiront une troisième fois.

     A de nombreux instants nous aurons droit à ces petites scènes croustillantes qui font la marque de fabrique de la franchise depuis ses débuts, à savoir la référence, le téléphone, la bonne humeur, le gadget, le teen-movie, le trash. Quand le deuxième personnage s’apprête à mourir, elle répète son texte (de son personnage qui va mourir) et se plaint qu’une scène sous la douche soit dépassée, citant Hitchcock mais confondant Psycho avec Vertigo. Prenons aussi la séquence des deux flics qui se mettent à baliser quant à leur destin concernant l’enquête sur les nouveaux meurtres, en évoquant la fragilité récurrente du flic dans les thriller/slasher movie citant Seven ou Le silence des agneaux, tout en rappelant à son collègue que l’un des flics enquêtant dans le scénario de Stab 3 ne s’en sort pas. Tout est affaire de référence, on cite à foison. Il y a aussi Carrie Fisher qui prétend être un sosie de Princesse Léia qui aurait été choisie par Lucas sur gâteries. Bref on s’amuse. Wes Craven semble aussi vouloir creuser l’idée du téléphone à son paroxysme étant donné que l’on découvre Sidney dans son travail, à savoir un SOS femmes en détresse qu’elle effectue à domicile par téléphone. Un comble ! Reculée en pleine campagne elle semble à l’abri de tout jusqu’au jour où le nouveau tueur lui refait le coup habituel de la voix menaçante. En parlant de voix, le gadget vocal est à l’honneur dans ce troisième opus. S’il était simple et monocorde dans les deux premiers Scream, servant uniquement à brouiller le son d’une voix, il a maintenant évolué, pouvant imiter celle de certains des personnages. C’est ainsi que Sidney se retrouvera un moment donné face à sa propre voix, ou bien, et c’est là que le procédé gagne tout son intérêt, la fausse voix de Sidney annoncera à Gale que Sidney la rejoindra à tel endroit à tel moment. En plus de faire face à leur double, les personnages doivent faire face à leur triple.

     La mise en abyme est à un tel paroxysme évidemment lorsque l’on apprend que le tueur et le metteur en scène du film dans le film ne font qu’un. Craven et Roman ne font qu’un. Ils sont les manipulateurs du spectacle pour l’un, du carnage pour l’autre. Mais comme dans les autres Scream il y a un mobile. On ne tue plus pour tuer, enfin plus vraiment, la mode Jason, Leatherface, Freddy est has-been. On croyait durant quelques secondes du premier volet que non, quand Billy rappelait à Sid l’inutilité d’en avoir, citant Norman Bates et Hannibal Lecter. Pourtant il y avait bien vengeance. Celle d’un garçon abandonné par sa mère parce que son père la trompait avec la mère de Sid. Vengeance remise au goût du jour dans l’épisode suivant qui voyait le retour de la mère de Billy pour venger à la fois l’adultère de son mari et la mort de son fils. Le mobile ici se décentre assez nettement de Billy (pourtant retrouvé dans une séquence forte où Sidney se rappelle de lui, prouvant que l’amour qu’elle lui portait était au-dessus de tout) tout en le travaillant encore davantage, le remettant même en question. Roman est en réalité le frère de Sidney. Un frère qu’elle n’a jamais connu puisque lui a été abandonné. Scream n’est qu’histoire de tromperie et d’abandon. Les traumatismes familiaux. Là où ce troisième volet réalise un tour de force c’est dans sa révélation finale puisque l’on apprend que Roman avait enquêté sur l’adultère de Maureen Prescott, sa mère, qu’il prouve à Sidney aux moyens de photos, de films cachés qu’il a lui-même réalisés. Il s’était en fait servi de Billy, qui s’était lui-même trouvé comme acolyte le frêle Stuart, pour matérialiser sa vengeance, pour ne pas avoir à se salir les mains en fin de compte, car, conclut-il « je suis metteur en scène ». Peut-on faire à la fois plus intelligent, en tant qu’écriture de scénario de slasher j’entends bien, et jubilatoire ? Franchement je ne crois pas.

     On pourra toujours trouvé tous les défauts possibles à ce Scream 3, autant qu’il y en avait dans le deuxième volet, essentiellement dans la dynamique entre chaque scène, le manque d’appétit de la séquence (ce qui rendait chef d’oeuvresque le premier Scream, ne serait-ce qu’avec la scène initiale et la scène de la soirée finale) et l’impression laissée par chaque scène gore, étant donné que l’intérêt est désormais bien moindre. Les meurtres sont de plus en plus bâclés, on sent que la théorie a remporté son combat contre le slasher. Elles sont loin les scènes cultes comme Tatum dans la chatière, le meurtre de Casey vécu en direct par les parents via le téléphone et le sketch final cultissime entre Billy et Stuart, obligés de s’amocher pour pouvoir passer pour des victimes chanceuses. Sans compter la masse de rebondissements et la drôlerie mode teen-movie qui se dégageait de tout ça, qu’elle vienne de Stuart, véritable trublion déjanté, langue pendante et yeux révulsés, qui n’hésitait pas à enfreindre les fameuses règles pour ne pas mourir en lâchant un « Je reviens tout de suite » prohibé au moment d’aller chercher une bière à la cave, ou de Randy, grand spécialiste de cinéma bis, capable de sentir chaque rebondissement, geek furieusement glauque que la réalité ne peut atteindre. Ces personnages que j’aimais tant n’existent plus. Wes Craven peine à en faire exister de nouveaux. C’est la seule limite à mon sens de ces suites qui se dégustent avant tout en tant qu’objets théoriques.

Camping 3 – Fabien Onteniente – 2016

30Attendons Patrick.

   3.0   C’est à la fois le volet le plus réussi et le plus consternant de la franchise, justement parce qu’il se vautre souvent dans la médiocrité des deux premiers films alors que sa visée est nettement plus mélancolique. Dans ses meilleurs moments (Patrick Chirac) le film est parfois touchant et il le sait – C’est pourquoi je lui en veux – étant donné qu’il se ferme sur un texto comme promesse de retrouvaille. Ce n’est pas grand-chose et c’est prévisible mais finir là-dessus, discrètement, je trouve ça vraiment bien joué. Mais dans ses pires moments – Quasi tout le reste – Camping 3 nous la joue soit resucée de Le ciel, les oiseaux et ta mère soit miroir déformé de Camping 1. Remplacer Lanvin et Anconina par trois jeunes de cité why not mais encore faut-il écrire ça correctement et ne pas se contenter du stéréotype black/blanc/beur ni tomber dans l’écueil des blagues ras des pâquerettes sur la couleur de peau ou sur le repas space cake dans la riche famille du Cap Féret – Au passage, les instants Jugnot/Laroque sont de grands moments de gêne, dans la lignée de Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu. Et pourquoi, alors que Dubosc aka Patrick Chirac porte déjà toute la dépression contenue du type qui ne parle que de choper mais ne chope jamais, qui parle sans cesse de sa fille mais ne l’a pas vue depuis dix ans, qui remet sans cesse sur le tapis son boulot chez Amora mais semble écumer les mois de chômage, oui pourquoi fallait-il ajouter la lourdeur du divorcé qui pourrait ressentir une attirance gay (Duléry, qui ne se remet pas de sa séparation avec Mathilde Seigner, incompréhensible erreur de scénario merdre) et celle du vieux (Brasseur) qui contourne sa chiante routine en prétextant un Alzheimer, répétant ad aeternam les petites expressions beauf du pro de l’apéro ? Et il va de soi que toutes ces petites histoires parallèles occasionnent une flopée de gags tous plus ridicules les uns que les autres. Dommage encore une fois car je trouve le film plus intéressant qu’il n’en a l’air, et puis aussi parce que j’aime bien Dubosc et ce d’autant plus maintenant qu’il utilise son vieux corps (rides, bedaine, poils grisonnants tout y passe) comme rempart à sa peur de vieillir.

Big eyes – Tim Burton – 2015

27     4.0   Un Burton sans Johnny Depp je dis cool, mais quel intérêt de remplacer un cabotin par un autre cabotin ? Parce que bon, dans ce registre, Christoph Waltz se pose là. Alors certes, l’excentricité du personnage demande un peu d’excès mais de là à en faire un monstre de grimaces et de gestes désordonnés franchement. Enfin bon, venant de Waltz ce n’est pas étonnant, on lui a donné un oscar pour ça il y a sept ans – Reste plus qu’à espérer que Léo ne meugle et bave pas dans tous ses prochains rôles. Concernant le film, on va dire que je le situe dans le haut du panier des Burton anecdotiques. Aussi peu désagréable qu’il est oublié dans la seconde.

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