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Archives pour décembre 2016



L’hermine – Christian Vincent – 2015

15Les promesses du palais.

   6.0   De Christian Vincent je n’avais vu que Quatre étoiles – Et au cinéma, oui monsieur, mais à l’époque j’avais une carte illimitée – qui était un petit truc anecdotique du dimanche soir dans lequel Isabelle Carré et surtout José Garcia assuraient le show tentant de cautériser les coutures d’un film petit bourgeois au scénario archi prévisible. Avec Luchini dans le rôle titre ici on pouvait craindre le pire à ce niveau là. Mais le film est suffisamment bien écrit pour ne pas se reposer uniquement sur lui ; Luchini fait du Luchini certes, mais sa prestation est nettement plus en retrait que dans ses récentes sorties. L’hermine joue sur trois niveaux : On suit le procès, les coulisses du procès avec les discussions entre les jurés et l’histoire de retrouvailles entre le président de la cour d’assise (Luchini) et l’une des jurés (Sidse Babett Knudsen, de la série Borgen), son amour secret rencontrée lors de son hospitalisation (Elle est médecin anesthésiste) six ans plus tôt. Chaque strate du récit est forcément un peu bâclée, se contaminant entre elles, mais le film parvient à leur donner de l’intérêt à chacune, en jouant beaucoup sur leur durée, évitant le trop plein de saynètes. Surtout, le sujet est grave, aussi bien dans le procès (Une affaire de mort de nourrisson) que dans les interactions entre les jurés (issus de différentes classes sociales) que dans l’humanisation de cet homme de loi intransigeant s’adoucissant face à cet amour impossible, non consommé et irrémédiablement perdu, même si la fin, très belle dans son échange de regards, annonce un avenir plus lumineux. Bonne surprise.

Le nouveau stagiaire (The Intern) – Nancy Meyers – 2015

30Pas si simple.

   4.5   On est vraiment dans le film pour housewives par excellence. Avec suffisamment de modernité (La femme qui dirige son entreprise / L’homme au foyer) pour ne pas tomber dans du déjà vu archi rance. En ce sens, Nancy Meyers, qui nous a habitué à cette petite sauce de riche, ne pratique pas un cinéma désagréable puisqu’il existe avant tout pour ses personnages (Donc ses acteurs, et ils sont tous très bien) et le tissu amoureux et/ou nostalgique qui les relie. Alors c’est sûr que politiquement c’est vide, que socialement ça n’a aucun intérêt, c’est dans l’affectif que tout se joue. Le monde de Meyers est un monde où les problèmes ne sont jamais financiers, il n’existe que des problèmes de cœur. Donc si t’es vieux et veuf ton premier désir c’est de (re)travailler. C’est sûr que voir dans le même mois Brooklyn Village d’Ira Sachs et ça, c’est assez étrange, on se sent un peu honteux de trouver le film attachant, n’empêche je le répète, parvenir à être touchant avec un matériau aussi réac c’est plutôt très fort. Et puis mine de rien, le film retombe du bon côté à la fin. J’ai cru qu’il allait falloir un PDG homme à Jules Ostin pour faire durer son entreprise et ne pas flinguer son couple mais le film se ferme sur la simple promesse d’un essai à base de compromis sans réelle certitude même si la petite musique traditionnelle pour appuyer le happy end semble prouver le contraire. Bref, à voir un dimanche soir, dans un moment de délassement, si tu aimes De Niro, Anne Hathaway et Le diable s’habille en Prada.

Malec l’insaisissable (The goat) – Buster Keaton & Malcolm St. Clair – 1921

15232112_10154184684307106_1652649794556537089_nCavale.

   7.0   Keaton fait la queue dans la file du secours populaire. Celle-ci s’arrête devant un magasin de fringues, du coup, sans le remarquer, le voilà derrière des mannequins à bientôt pester parce que ceux-ci n’avance pas, usant du stratagème chatouille mais rien n’y fait. Quand le commerçant ferme sa boutique, Keaton file récupérer son pain mais on ferme. Dans son errance et par une multitude de quiproquos le voilà confondu avec Dead Shot Dan, un bandit évadé, recherché mort ou vif. Keaton, dont le portrait est vite affiché partout, use de ses fines ruses pour échapper aux policiers maladroits et à un commissaire récalcitrant, qui fait trois fois lui – l’habitué Joe Roberts, Némésis parfaite.

     C’est un court assez parfait, sophistiqué, aussi bien dans ses enchaînements et sa construction (Pas une longueur) que dans l’originalité de ses gags. Le premier avec les mannequins annonçait déjà la couleur. Ceux du train, du poteau électrique, de la statue d’argile ou de l’ascenseur ne feront que la confirmer. Si Malcolm St Clair apparaît brièvement dans la peau de Dead Shot Dan au moment de se faire photographier, Edward F. Cline (Qui aura réalisé de nombreux courts aux côtés de Keaton) interprète le policier du poteau électrique. Comme toujours, Keaton finira dans les bras d’une femme. Et pas n’importe laquelle : La fille du commissaire. On en redemande !

La guigne de Malec (Hard luck) – Buster Keaton & Edward F. Cline – 1921

15094469_10154160705737106_288557717933328392_nBad beat.

   4.0   Sans le sou, Buster crève la dalle et décide donc de mettre fin à ses jours, en s’allongeant sur la voie ferrée, en tentant de se pendre à la branche d’un arbre, en avalant du poison, mais rien n’y fait, le destin est contre sa volonté. Il se fait alors engager en qualité de chasseur pour le compte d’une expérience scientifique, continuant ainsi de combiner les mésaventures les plus improbables. De tous les courts métrages qu’il avait réalisés, Buster Keaton disait de Hard Luck qu’il était son préféré. Il en va sans doute de sa conception, donc de ce qui pour nous relève de l’invisible, tant on ne voit pas bien ce qui peut trouver de plus dans cet objet confus que dans One week ou Balloonatic. Le film est relativement mal fichu, trop court ici (la suite de suicides, vite écartée) trop étiré là (la partie chasse), l’assemblage de ses gags manque d’homogénéité (On a pourtant l’habitude que ça parte dans tous les sens chez Keaton, mais ici ça ne prend pas) et la double histoire bâclée semble être un prétexte à faire deux films en un afin de retomber crânement sur ses pattes lors d’un final hénaurme : Où Keaton effectue le saut de l’ange d’un plongeoir, s’écrase sur le sol mais fait un trou tellement gros qu’il en ressort en Chine, de l’autre côté du globe. Finalement, je préfère le gag du poisson, qui devient appât de façon à ce que le poisson pêché soit chaque fois plus gros, jusqu’à ce que le personnage…devienne l’appât, forcément. Relativement anecdotique in fine.

The Lobster – Yorgos Lanthimos – 2015

15267692_10154184684127106_5064934352802443867_nL’amour est plus froid que la mort.

     2.5   Dans un monde à peine futuriste, la société ne tolère plus les célibataires. Ceux-ci sont donc arrêtés et parqués dans un centre spécialisé et luxueux, dans lequel ils auront 45 jours pour rencontrer un(e) prétendant(e) parmi les pensionnaires sous peine de se faire transformer en l’animal de leur choix. David (Colin Farell) entre dans l’un de ces pénitenciers hôteliers. Il coche la case « hétérosexuel » et choisit le homard comme animal de réincarnation, en cas d’échec. Pas grand-chose à dire à propos de cette fable dystopique. L’idée me plaisait. Mais l’idée, souvent, c’est l’arbre qui cache la forêt. Je ne connaissais pas Lanthimos (Pas vu ni Canine ni Alps) et ça ne me donne pas envie d’en découvrir davantage. The Lobster contient probablement tout ce qui me rebute au cinéma : Le geste concept, l’absolue maitrise formelle, la suffisance allégorique, le casting international inutile, un découpage grossier, la froideur des cadres, des postures, des paroles. Un vrai cauchemar, dans la lignée de We need to talk about Kevin. Qui se voudrait Pasolinien mais fait plus post Haneckien, sans lui arriver à la cheville. La première partie est intrigante, notamment cette affaire de chasse de solitaires (ceux qui ont choisi de refuser le modèle imposé) avec possibilité de récupérer un jour pour chaque capture. Mais déjà, c’est d’un cynisme irritant : On punit la masturbation en obligeant le pêcheur à mettre sa main dans un grille-pain ; Des femmes de chambre viennent stimuler les hôtes, sans les faire jouir, de façon à les pousser à la séduction ; David cède au mensonge en prétendant être tombé amoureux de la fille sans cœur. Le second mouvement, dans les bois, avec la secte secrète en miroir, est interminable puisqu’il voudrait remettre en selle le désir, la possibilité de l’amour sans concessions, avec l’arrivée de la femme myope (Rachel Weisz), bientôt amoureuse de David et celle de la chef des solitaires (Léa Seydoux) monstre sans affect – Ah, ces plans en contre-plongée ! Lanthimos s’est tellement amusé à détruire la possibilité affective auparavant – Aboutissement horrifique avec le frère chien,  ce n’est même plus de la misanthropie à ce niveau de cruauté – qu’on ne croit plus en sa réapparition, on ne croit plus en aucune situation, on se fiche complètement de ce qui peut arriver aux personnages, qui ne sont plus que des pantins désincarnés au service d’un scénario haut de gamme. Car de sa société totalitaire, irrespirable, érigée dans l’hôtel nous avons plongé dans la forêt, dans son exact contraire éthique, tout aussi totalitaire et irrespirable. The Lobster, film glacial, sans âme. Bref, l’horreur.

Sing Street – John Carney – 2016

32     4.0   C’est mignon tout plein mais globalement je m’en fou et je m’y ennuie beaucoup. Un clip des années 80 Top of the pops ça passe, mais un clip des années 80 fait en 2016 qui dure 1h45 c’est pas facile à avaler. Car c’est super laid niveau réa. Et puis Sing street esquive bien vite, je trouve, la situation irlandaise post 1979. Disons qu’on a bien l’impression d’être face à un film d’aujourd’hui qui singe les années 80. Comme l’architecture dublinoise ne semble pas avoir beaucoup changé entre temps, c’était pourtant facile d’y croire. Mais ça fait toc. Un peu trop « feel good movie aproved ». Un peu trop hystérique aussi.

Marguerite & Julien – Valérie Donzelli – 2015

15128837_10154160705582106_5824867776764264836_oConte (pas si) morbide.

   5.0   Princesse Anaïs Demoustier et chouchou Jérémie Elkaïm (       Oui, je les apprécie beaucoup ces deux-là) n’avaient jamais tourné ensemble. C’est chose faite. Et ils se complètent très bien (C’est aussi le sujet, donc tant mieux) devant la caméra de Valérie Donzelli, dont je me méfie dorénavant (Alors que je lui portais de grands espoirs après La reine des pommes et La guerre est déclarée) depuis Main dans la main. Ils y incarnent Marguerite et Julien de Ravalet, enfants d’aristocrates, frère et sœur, proches l’un de l’autre depuis l’enfance (racontée brièvement dans une courte première partie) puis séparés du fait de leur trop forte proximité, se retrouvant adulte très vite dévorés par la passion suicidaire – Puisque l’inceste au XVIe siècle, comment dire. Ils vont donc mal finir, c’est évident. Ça l’est moins dès l’instant que le film tend vers le conte pour enfants : A plusieurs reprises, on nous offre l’histoire de Marguerite & Julien racontée à des gamins dans un pensionnat. La cinéaste aime se jouer de cette collision des formes et des morales, et il y a de la réjouissance à la voir se renouveler, expérimenter les genres, bousculer les tonalités, s’amuser des anachronismes, se la jouant Demy façon Peau d’âne (Les clins d’œil sont assez évidents) après Truffaut, tenter le mélo romanesque après la comédie musicale. Si le résultat est inégal, notamment dans nombreux de ses enchaînements narratifs, relativement anecdotiques, dans l’absolue légèreté qui s’en dégage (malgré le sujet tabou) et un peu trop académique dans son dispositif désormais plus toc que low cost, je trouve le film aussi attachant (mais pas vraiment émouvant) que son petit couple de personnages, surtout dans l’ambiguïté qui le traverse de bout en bout. 

Malec champion de golf (Convict 13) – Buster Keaton & Edward F. Cline – 1920

15202599_10154160705202106_7261220885202528378_nBalle porte-bonheur.

   6.0   Avant le tout dernier plan, on ne voit pas trop ce qui a motivé le distributeur français à traduire le film ainsi. Certes, le personnage joue ou tente de jouer au golf, pour séduire une jeune aristocrate, mais très vite cela disparait, puisque confondu avec un prisonnier en fuite qui profite de le voir à terre, assommé (par sa balle de golf) et troque sa tenue de bagnard contre son costume, Keaton se retrouve donc en prison (Et celle dirigé par le père de la femme qu’il convoitait, tant qu’à faire) et condamné à être pendu pour évasion. Après moult péripéties dont une affaire de potence avec corde élastique, notre séducteur/golfeur/prisonnier revêt le vêtement d’un geôlier avant d’être promu directeur adjoint pour avoir coincé le rebelle tenace, avant d’être à nouveau assommé. Tout va très vite, comme toujours chez Keaton, les gags sont parfois poussifs mais la mécanique fait son office. Le dernier plan bouleverse tout. Keaton, assommé, est réveillé par la jeune femme dont il est amoureux puis la structure du plan change et l’on découvre qu’il se réveille de son premier sommeil sur le green, donc qu’il n’est probablement jamais passé par la case prison. On revient souvent au rêve chez Keaton. Cet éternel besoin d’évasion d’une condition de looser (Dans la toute première scène, le personnage est incapable de mettre une balle dans un trou) se rêvant héros malgré une multitude d’embûches. Toujours dans le but d’exister et de retrouver sa promise. Le rêve est parfois exténuant mais son pourquoi, fascinant. Chouette court, donc, à condition d’être dedans et d’aller jusqu’au bout.

Malec champion de tir (The High Sign) – Buster Keaton & Edward F. Cline – 1921

38Ghost shooter.

   4.5   “Our Hero came from Nowhere, he wasn’t going Anywhere and got kicked off Somewhere” C’est le carton qui ouvre le film. Le tout en tombant d’un train. Absurde et surréalisme à l’honneur pour ce qui sera l’un des courts les plus hystériques et amoraux de Keaton, dans la mesure où il campe un voleur (Il choure le journal à un type sur un manège, subtilise le revolver d’un policier qu’il remplace par une banane) et par une série d’astuces se retrouvent aux commandes d’un stand de tir dans un parc d’attractions. Les ruses qu’il met en place pour faire croire à son talent (en se tournant les pouces) dans la démonstration de tireur d’élite lui permettent bientôt d’être convoité comme tueur à gages pour le compte d’une secte secrète avant d’être aussi engagé comme garde du corps de l’homme qu’il doit liquider. Ça va à cent à l’heure et c’est à peu près n’importe quoi d’une seconde à l’autre, jusque dans ce carnage final sous forme de ballet/course poursuite dans cette maison truquée tout en pièges et trappes. Pas fan dans l’ensemble mais le rythme du film est ahurissant.

Survivre (Djúpið) – Baltasar Kormákur – 2013

15196017_10154160705307106_3094126858773164316_oL’eau froide.

   3.5   Avant Everest, Baltasar Kormakur avait expérimenté une autre aventure extrême sur son sol islandais, un survival en pleine mer tiré d’un fait réel, dans lequel un bateau de pécheurs heurtait un rocher et chavirait, abandonnant son équipage dans l’eau glaciale. La première partie du film se déroule de nuit et on ne comprend absolument rien, on ne voit rien, c’est mal filmé, ça pourrait être une piscine en studio ce serait pareil. Ça m’a un peu rappelé Pioneer, le film norvégien d’Erik Skjoldbjærg qui ne parvenait pas non plus à faire exister ses situations et personnages. Mais Kormakur est plus mauvais encore que son homologue, il multiplie les montages parallèles bidons (Avec séquences minuscules) et flashbacks lourdingues (dans un format carré pour faire genre) et oublie le plus important : Le présent, la survie. Ce que promettait pourtant son titre. Quand il est seul, le héros raconte sa vie à une mouette et l’on voit ces petits instants de vie en flashes éparpillés. Ridicule.

     Même s’il est aussi un peu raté, il y a aura des bonnes idées dans Everest, notamment durant sa partie catastrophe, tendue et bien troussée. Là rien, l’ennui total. Et ça l’est d’autant plus que la partie catastrophe se situe au début, qu’elle est illisible et que ce qui suit sera sans intérêt. Ce qui suit, sur l’île est un poil mieux, plus posé mais bâclé, réglé en deux temps trois mouvements. Toute la dernière partie suit le retour à la normale du héros pas vraiment normal puisqu’il a survécu dans une eau froide dans laquelle il n’aurait pas pu survivre longtemps, ce qui en fait un important sujet pour la science. Reste que même ça, cinématographiquement c’est mal raconté, cruellement anecdotique. J’imagine l’auteur fasciné par cette histoire mais de là à en tirer un film aussi fade. Bref aucun intérêt. Durant le générique final on voit des images documentaires du vrai héros raconter un peu de sa mésaventure. C’était ce film-là qu’il fallait faire. Un générique pourtant accompagné par Staralfur, cette merveille de Sigur Ros, quoique devenu un standard partout, qui ici comme le reste fait pschitt.

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