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Archives pour 26 janvier, 2017

Harmonium (Fuchi ni tatsu) – Kôji Fukada – 2017

15965817_10154327255857106_4783888594769103788_nL’ange de la mort.

   3.0   Que s’est-il passé pour que Koji Fukada choisisse de faire ce film après Au revoir l’été ? Que s’est-il passé pour qu’un film aussi cruel supplante un film aussi lumineux ? C’est sans doute que l’auteur japonais est tiraillé entre deux pôles. Dans le précédent il y avait déjà une certaine menace, une noirceur en filigrane qui ne parvenait pourtant pas à contaminer sa lumière. L’évocation de Fukushima ici, un hôtel de passes bien glauque là. Mais le récit choisissait l’humain et la simplicité des rencontres, des errances, pleine d’espérance.

     J’étais à la projection d’Harmonium suivie d’une rencontre-débat avec le cinéaste. Ça a permis de comprendre un peu son fonctionnement et son virage. Les mots qu’il utilisa – traduits par une interprète – le plus souvent c’était son besoin d’évoquer les ténèbres de l’âme humaine. Un écart considérable qui a surtout à voir avec la naissance du projet, puisqu’il tient ça sous le coude depuis dix ans. A l’époque, Koji Fukada n’avait peut-être pas encore vu Rohmer ni lu Balzac, je ne sais pas, je n’ai pas osé lui demander. Mais il a confirmé qu’ils étaient sa source d’inspiration première pour Au revoir l’été.

     Toujours est-il qu’il y a, au delà de la cruauté accablante de son récit, dans le couple d’Harmonium quelque chose de déjà brisé dès le départ, avant même que les coutures du mélo plombé viennent l’anéantir. Et ce couple qui ne dialogue pas, qui cohabite simplement ce sont ses parents, un élément qu’il a évoqué de but en blanc. Koji Fukada devait être quelqu’un de plus torturé il y a dix ans. Mais du coup le film ne sort pas quand il faut, il est en retard, il sonne faux. Il ne fonctionne que par le prisme d’une cruauté disproportionnée. Il faut voir comment cette histoire abracadabrante progresse et se règle dans la douleur, systématiquement, se complait dans un nihilisme sordide.

     Et c’est dommage car il y a de belles choses là aussi, mais des choses qu’on avait autrement mieux vu dans Au revoir l’été, qui respirait et préservait un certain mystère. L’action s’y déroulait d’ailleurs sur un laps de temps très court, celui des vacances, tandis qu’ici on fait ressurgir un passé sordide avant de broyer le présent par une ellipse infecte qui arrache tout pour offrir un avenir encore plus ténébreux. La scène au bord de la rivière illustre tout le film et les deux pôles qui anime l’auteur : La colère de Yasaka, qui finit par retirer ses mots durs mais ils sont là, vient ternir la belle journée familiale qui déjà était troublée plus tôt par une séduction gênante en forêt, avant l’épisode de la photo qu’on retrouvera plus tard et revêtira les couleurs de la tragédie. La suite du film, post ellipse, est horrible. Et jusqu’à la toute fin, qui est pire encore. Haneke adorerait ça.

     Même le titre international (choisi par l’auteur parmi une liste imposée par le distributeur : Le titre original pouvant être traduit par « Au bord du gouffre ») est d’un cynisme déconcertant. Donc vraiment je ne comprends pas. Comment une même personne peut faire Au revoir l’été puis Harmonium ? C’est comme si Rohmer avait pondu Dancer in the dark après Conte d’été, en gros. Bizarre.

Neruda – Pablo Larraín – 2017

15873358_10154320359272106_97736878153572351_nFace off.

   5.0   J’avais complètement délaissé le prolifique cinéaste chilien tandis que j’avais pourtant trouvé passionnant son Santiago 73 post mortem. Il y mettait en scène le quotidien d’un employé de morgue, mutique et minable, qui s’occupe de la dépouille de Salvador Allende. Une façon pour Larrain de contourner les coutures du biopic classique tout en racontant, avec la liberté offerte par la focalisation sur un personnage lambda, une tranche de l’Histoire chilienne.

     Neruda s’inscrit dans une veine similaire tout en poussant plus loin la mécanique du personnage dans l’ombre. Point de biopic au sens strict ici non plus – Le titre semblait pourtant formel – mais un jeu de chat et de souris entre le poète communiste et un inspecteur à ses trousses. Une fuite dont a vraiment été contraint Neruda. Mais un face à face inventé de toute pièce, avec cette originalité de la voix off quasi permanente. Et pas celle de Pablo. Celle de Peluchonneau, le policier en question.

     Osé dans son dispositif, le film est aussi parsemée d’idées et parti pris de mise en scène assez lourdingues à l’image de ces nombreux tunnels de dialogues assommants (Un verbiage absent de Santiago 73) où le décor change d’un instant / d’une phrase à l’autre. Je ne sais pas ce que ça veut créer sinon accentuer le côté schizo du film et lui offrir une dimension opératique mais Larrain n’est pas Bellochio. Chez lui, le souffle est moins produit par l’émotion que par un désir factice de grandeur – On est parfois pas si loin de cette horreur qu’est le cinéma de Sorrentino.

     Et puis il faut accepter d’être dans la tête de ce connard de flic, idiot et monomaniaque, durant toute la durée du film, commentant même les scènes où seul Neruda s’y trouve. Et ce bien que le film semble peu à peu nous guider vers quelque chose de plus insolite qui ferait de ce personnage la projection qu’en a rêvé Neruda jusqu’à sa (non) chute. Une vraie réflexion sur la place du personnage secondaire, en somme, auquel on aurait pour une fois envie d’offrir Le vrai rôle d’envergure. L’émotion qui nous étreint lors de la dernière scène prouve que le film a réussi un peu de son pari, finalement.

     L’objet est sans doute trop conceptuel et bien trop hermétique dans sa première heure, mais dès qu’on glisse dans la Cordillère des Andes, le film s’envole. Il s’intéresse aux espaces. Aux bruits de ces espaces. Et à ces deux visages dans la neige, qui jamais ne se croisent. Pas entièrement convaincu mais c’est une curiosité.


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