• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 29 janvier 2017

Archives pour 29 janvier, 2017

Black Mirror – Saison 3 – Netflix – 2016

31Une autre dimension.

   7.5   Black mirror revenait cette année avec six épisodes, soit deux fois plus que dans chaque saison précédente ou plutôt autant que les saisons 1 & 2 cumulées. On craignait l’apport Netflix et son côté binge-watch, d’autant qu’en pure anthologie, consommer les épisodes comme une série à dévorer est la dernière chose à faire avec Black mirror.

     Pourtant, plateforme Netflix ou pas, Black mirror est la même. Chaque épisode est complètement fou. Chacun brille dans le genre qui lui appartient. Chacun sa durée. Chacun sa puissance, inégale pour trois d’entre eux, idéale pour les trois autres. Dans ces derniers, je retiens deux merveilles : Une chronique en chute libre et une romance malmenée par une temporalité disloquée.

     Et un chef d’œuvre absolu : Hated in the nation. Un polar sous tension, enquête nerveuse à la sauce buddy-movie accompagné par un (discret) flashback procédurier, évoquant le kacking et l’absurdité des réseaux sociaux. Un truc hallucinant, d’une richesse folle, qui dure 1h30 et pourrait faire l’objet d’un superbe long métrage de cinéma. Une intensité qui se redéploie sans cesse et vient t’enquiller claque sur claque. Et un duo si génial que tu restes frustré de ne pas voir davantage, plus longtemps ou dans une autre affaire. Un True detective futuriste, en gros. Un monde où le réseau social en question, une sorte de Twitter-dérivé, devient le vecteur d’un génocide. Tyrannie du hashtag à laquelle répond celle du Like dans Nosedive, l’épisode d’ouverture. Pourtant, c’est à Shut up and dance (Celui sur un adolescent victime d’un harcèlement visant à révéler au monde ses fantasmes pédophiles) auquel on pense ici, mais en infiniment plus riche et passionnant sur ce que l’épisode raconte d’une justice de l’ombre, aussi infâme que ce qu’elle critique.

     L’autre épisode marquant, pour ne pas dire bouleversant – mais plus intime – est une histoire d’amour saupoudrée de voyage dans le temps : San Junipero. Deux apparitions qui se croisent dans une société A’ gérée par une gigantesque matrice qui enverrait les vieux au seuil de leur mort dans la temporalité qu’il souhaite, quelques heures par semaine pour les vivants puis indéfiniment pour ceux qui auraient choisi cette alternative au grand trou noir de la mort. Avant d’en arriver là, l’épisode marque la rencontre entre deux jeunes femmes (la première séquence est sublimissime) dans une temporalité eighties puis répète leur relation avant de les voir toutes deux sur leur lit de mort ou presque, dans une sorte de présent futuriste. J’essaie de ne pas trop en dire mais j’en suis sorti épave. Impossible de voir un autre épisode dans la foulée de celui-ci.

     Et donc il y a Nosedive. C’est la génération Facebook qui est ciblée dans Nosedive, mais une version poussée au culte du like puisque l’on note ses proches de manière à faire évoluer leur taux de sympathie/notoriété. Et c’est cette moyenne évolutive qui conditionne la vie en société, c’est elle qui permet d’acquérir une ristourne sur un prêt par exemple, c’est elle qui permet d’entrer ou non dans différents lieux, d’avoir un job, de prendre l’avion. Brice Dallas Howard campe ce personnage obsédé par cette moyenne, ravie d’être invité comme demoiselle d’honneur au mariage d’une amie d’enfance à qui tout réussit, entendre par réussite qu’elle affiche son bonheur partout avec sa moyenne de 4.7 quand Brice parvient laborieusement à tenir son 4. Jusqu’ ce que tout dérape, le titre nous avait prévenu, au détour d’un grain de sable qui se transforme bientôt en désert. Une mécanique trop huilée si elle n’était pas accompagnée de nuances, au détour de deux personnages (qui sont sur sa route) qui ne vivent pas ou plus dans ce culte ignoble : Son frère, d’une part, en retrait dans le réel mais happé par le monde virtuel, et cette chauffeuse de camion qui s’est retirée de ce monde après avoir perdu celui qu’elle aimait car sa moyenne ne lui permettait pas d’accéder aux meilleurs soins. Grosse claque similaire à l’épisode de noël.

     Grande saison. Six beaux épisodes, que je pourrais aisément revoir mais qui te laissent souvent sur le carreau. Ce même si certains sont parsemés de petits défauts qui n’atténuent pourtant jamais leur portée, je pense à Men against fire, l’épisode « Guerre » un peu trop explicatif dans son dernier tiers malgré l’idée monstrueuse de réalité modifiée ou à Playtest, l’épisode « Horreur » un poil plus passe partout et petit malin que les autres, malgré cette idée géniale de jouer en s’inspirant des peurs profondes du joueur.

     Enfin voilà, Black Mirror aura tout de même frappé fort cette année et prouve que sa vision du futur est plus imperceptible que dans la plupart des films d’anticipation. Ce sont les innovations technologiques qui sont visées donc c’est un futur très proche de notre présent, dans lequel le scénario autour de cet élément technologique serait le pire possible. A l’image de ce que l’épisode de Noël nous avait offert, dans lequel il était possible de bloquer les gens dans la vie réelle. C’est à la fois terrifiant, hyper stimulant et épuisant tant la tension déployée sur l’ensemble de ces épisodes est hallucinante.

Primaire – Hélène Angel – 2017

16177883_10154351207302106_4212180217438809327_oFin d’année.

   5.0   Dans ses problématiques de fond, le film est passionnant puisqu’il est multiple. Il s’attaque autant à la figure de l’enseignante passionnée qu’à ses démêlés personnels concernant la garde de son fils ; Il cherche l’universalité dans la classe en brossant les portraits d’élèves en difficulté, d’une jeune fille handicapée, d’un garçon délaissé par sa mère ainsi qu’au quotidien fragile de celui qui évolue dans la classe de sa mère tout en vivant dans les logements attenant à l’école. Les conflits entre enseignants ne sont pas oubliés non plus, en salle des maitres comme à la cantine. Ainsi que les diverses angoisses à propos des préparations du spectacle de fin d’année. Tout cela sans délaisser non plus cette cruauté manifeste qui règne entre les écoliers d’une école primaire.

     Un tel magma a son revers de médaille, notamment d’un point de vue formel tant les situations sont trop vite évacuées et tant ce défilé de saynètes parasitent ce qu’elles contiennent. C’est d’autant plus surprenant qu’Hélène Angel avait offert avec Propriété interdite un vrai film d’épouvante, épuré, mystérieux. Bref, absolument rien à voir. L’aspect assemblage ne permet pas de donner corps au dispositif, en tout cas loin de ce qu’elle faisait de la maison dans son film précédent. Et puis le film s’embarrasse d’un atout rom’com (avec la présence un peu gratuite de Vincent Elbaz) pas super finaud.

     Il faut attendre le dernier quart pour que le film respire enfin, pour qu’il offre quelque chose de plus inattendu de par ce spectacle d’enfants (Qui rejoue la création de l’Homme par les dieux) puis au moyen d’un épilogue, elliptique, absolument bouleversant. Pour en arriver là on passe par tous les états. Et comme ça va souvent trop vite, car il faut en mettre le plus possible, les petits ne sont pas très bons. Enfin disons qu’ils sont souvent saisis par une grimace ou une phrase/torpille un peu fabriquée. Et les grands c’est pareil, surtout du côté des autres enseignants – Sara Forestier, comme à son habitude, est excellente. Etrange de la voir de ce côté, d’ailleurs, treize ans après L’esquive.

      Bref, c’est moyen. Trop hybride, je pense. A la fois dans la lignée de Ça commence aujourd’hui, le chef d’œuvre de Bertrand Tavernier, autant qu’il lorgne du côté d’Etre et avoir (le registre documentaire) mais aussi souvent vers Le plus beau métier du monde. En fait, la comédie s’infiltre beaucoup trop à mon sens. Et pas la comédie façon Le nouveau, quoi, il est bien là le problème. C’est donc un film plutôt maladroit, dispersé, mais il est aussi généreux, il a au moins cela pour lui.


Catégories

Archives

janvier 2017
L Ma Me J V S D
« déc   fév »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche