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Archives pour 31 janvier, 2017

The Night Of – Saison 1 – HBO – 2016

nightof_turturro_sandalsThe call of the wild.

   9.0   Bien qu’il convienne d’en savoir le moins possible au moment de se lancer dans The Night Of, nouveau produit HBO et mini-série de huit épisodes, on peut tout de même avancer qu’elle reprend la trame de la série britannique Criminal Justice, qu’elle est créée par Richard Price (L’un des cerveaux de The Wire) et Steven Zaillian (Scénariste entre autre de The girl with the dragon tattoo, Gangs of NY, Le stratège ; Il réalise ici six des huit épisodes) et qu’elle devait marquer le grand retour de James Gandolfini sur le petit écran, dix ans après Les Soprano – Il devait camper le rôle de John Stone, l’avocat de Nasir Khan, finalement tenu par John Turturro.

     Bref, il fallait bien commencer quelque part. Il y aura plein d’autres trucs à dire autour de la série et j’y viendrai progressivement. Car le reste, il vaut mieux le découvrir par soi-même tant sa richesse d’écriture, son brio narratif, sa maitrise formelle, le développement de ses personnages (et une interprétation au diapason, vraiment, tous !), la fluidité de ses enchainements et rebondissements, son ample peinture du système judiciaire, l’ambiguïté et l’absurdité qui la meublent, la gestion de cette tension permanente qui s’immisce dans un commissariat, une prison, une cour de tribunal, le lieu d’un crime, une voiture, en font un modèle de série télévisée, une merveille absolue, quelque part entre la première saison de True Detective et Show me a Hero – Ces trois séries n’ont pas grand-chose en commun sinon qu’elles représentent ce que j’ai vu de plus parfait au niveau « anthologie » ces dernières années. Ou disons que l’une est au système juridico-carcéral ce que les autres sont au polar ou au récit politique. Ainsi, je ne vois pas comment il sera possible d’égaler The Night Of cette année.

     Tout commence à Jackson Heights, une nuit sans doute comme une autre pour Nasir Khan, jeune étudiant d’origine pakistanaise, vivant chez ses parents, sur le point de rejoindre des amis à une soirée tenue sur Manhattan. Il emprunte alors et sans lui dire (Probablement l’a-t-il déjà fait) le taxi de son père et s’enfonce dans une nuit sans fin, se perd, oublie de retirer son signal lumineux, prend une demoiselle qui semble y trouver refuge, l’accompagne sur les bords de l’Hudson River puis chez elle où ils se droguent et font l’amour. Une nuit finalement pas comme les autres, où une banale soirée étudiante se transforme en virée de rêve. Mais aussi malheureusement, en cauchemar macabre.

     The Night Of c’est le récit et les conséquences de cette nuit où tout bascule. Pour Nasir Khan. Pour Andrea. Et bientôt pour tous ceux qui vont graviter autour du crime : Un avocat opportuniste, mais plus humain qu’opportuniste ; Un inspecteur, vieux briscard méticuleux, proche de la quille ; L’avocate de l’accusation, rigide et glaçante (Tous trois sont les meilleures idées de The Night Of, ils sont, chacun dans leur registre, interprètes autant que personnages, absolument mémorables). Mais aussi la famille de Nasir (Qui doit autant faire face à leurs propres doutes et peurs qu’aux diverses attaques racistes dont ils font l’objet, ainsi qu’à la surmédiatisation de l’enquête) et les témoins (On retrouve un certain J.D.Williams aka Bodie dans The Wire), un compagnon de cellule (Michael K.Williams aka Omar dans The Wire, encore) et un duo de flics en patrouille ce fameux soir. Et même un chat, dont l’apparition un peu fantomatique rappelle Ulysse dans Inside Llewyn Davis. Et même Glenn Fleshler (Là il m’a fallu faire une recherche) aka le Serial killer de True Detective, qui campe ici… le juge d’assises. Tous ne vont pas être aussi fouillés les uns que les autres, mais leur présence parfois, suffit à nourrir le récit et lui offrir une amplitude que seul un format série peut se permettre d’embrasser.

     L’idée première de The Night Of est de nous convier dans cet engrenage policier, juridique et carcéral au même titre que son héros, arraché à sa bulle de réalité. Aboutir d’abord à une scène de crime puis à une arrestation (Episode pilot) avant de nous écraser comme lui par les rouages qui suivent : l’incarcération, l’attente, le procès. Il n’y aurait que cet angle-là si la série avait choisi de rester dans la lignée du premier épisode. Ce sera loin d’être le cas. Et c’est John Stone qui fait office de transition. Cet avocat qui écume les commissariats et se trouve là au bon moment quand Nasir est mis derrière les barreaux. John Stone pour Nasir et Dennis Box contre, mais avec la douce méticulosité du flic qui ne laisse rien passer. Flic qu’on attend de voir exploser, comme tout flic borderline dans les fictions, mais qui gardera cette sérénité, plus flippante encore que s’il avait laissé échapper sa colère.

     Ce qui est fascinant dans The Night Of, c’est sa façon de créer, construire, reconstruire et densifier un fait, une nuit, un parcours. Je crois n’avoir jamais vu cette minutie-là auparavant, à ce point de maitrise narrative, cette aisance dans la volonté de raconter et dans sa précision de documentation. A combien de reprises il s’agira pour les personnages de fouiller, une maison ou des dossiers, voir des vidéos, repasser des bandes, faire des plans de parcours, écrire des plaidoiries, apprendre à passer de la drogue, soigner un eczéma, s’occuper d’un chat, revoir des vidéos, encore et encore, de façon à ce qu’elles nous emmènent ailleurs – La magie qui pointe lorsqu’enfin, Box prend l’initiative de suivre les déplacements de la victime et non plus de Nasir.

     Forcément, format aidant, la multiplication de points de vue confère au show une dimension vertigineuse. Car si l’on est clairement avec Nasir dans le tout premier épisode (Qui aurait pu dévorer le reste, mais fort heureusement non) quasi de bout en bout, les suivants mélangent les points de vue de ceux qui vivent autour de lui, dont l’avocat, le flic et la procureur, tentant chacun de refaire cette nuit, d’y trouver d’autres preuves accablantes ou a contrario d’embrayer sur d’autres pistes, de rebondir de l’une vers l’autre. Si la série finira par s’offrir, de nombreux mystères demeureront. Tout le premier épisode insérait ici et là des images de vidéo surveillance comme si déjà il nous demandait d’accepter la divergence des points de vue à venir.

     John Stone est un personnage passionnant, dores et déjà l’un des plus beaux toutes séries TV confondues. Prolongement par analogie de l’affaire Khan, il subira lui aussi des hauts et des bas, des moments d’euphories et de violents revers, multipliant les rendez-vous médicaux (Il est continuellement gêné par des démangeaisons produites par un eczéma aux pieds, l’obligeant à porter des sandales même durant ses plaidoiries) généralistes et dermato, avant de rencontrer le remède miracle à Chinatown puis l’inévitable rechute. Les pieds sont touchés, mais aussi bientôt son visage et tout son corps – Autant que l’affaire Khan touche la famille et bientôt la communauté pakistanaise toute entière. Et ce n’est pas la relation qu’il entretient avec le chat de la victime qui va arranger les choses, réveillant ses allergies. Quoique. Et c’est toute la beauté de cette apparition dans sa triste vie, non sans hauts et bas là-aussi (John emmène d’abord le chat à la fourrière, le récupère, l’y redépose, le place chez lui en quarantaine afin d’éviter tout contact) mais qui va révéler toute la complexité et la sensibilité (En ce sens, The Night Of est aussi une grand série humaniste) d’un personnage bouleversant, opportuniste par survie mais de nature profondément bienveillante. S’il va changer la vie de Nasir, ce dernier changera aussi la sienne.

     Voilà. Je le répète, mieux vaut ne rien savoir de la série avant de s’y lancer – Mais si tu es arrivé jusque-là c’est soit que tu as vu les épisodes soit que tu m’as pas écouté. Mieux vaut se prendre le pilot dans la gueule comme je l’ai pris dans la gueule. Car c’est bien le meilleur pilot sériel vu depuis très, très longtemps en ce qui me concerne. The Night Of aurait logiquement pu souffrir de ce parti pris, souffrir d’avoir tout donné d’emblée. Tout était dans le titre d’ailleurs. Et pourtant, c’est bien grâce aux sept épisodes suivants, tous géniaux (Quasi sans aucune faiblesse) que cette fameuse « nuit où » prend toute son ampleur tragique et bouleversante.

Sur écoute (The Wire) – Saison 4 – HBO – 2006

32Les corps derrière les portes.

   9.5   Avec les départs de Stringer Bell & Avon Barksdale (qui auront permis à The Wire d’embrasser la grande tragédie) il y avait à craindre à la fois d’éprouver un manque mais aussi que cette nouvelle saison change de braquet comme durant la saison 2. Les deux caïds faisaient à peine parti de cette saison, souviens-toi. Il fallait que The Wire poursuive sur son incroyable lancée, mais comment après un final aussi ahurissant que celui de la saison 3, qui avait tout pour fermer la série, ou presque, pouvait-elle retrouver sa grâce tout en proposant forcément autre chose – Qui aurait à voir avec Marlo Stenfield ?

     Il fallait mettre en avant une autre strate tout en préservant le terreau. Quoi de mieux que l’univers scolaire et son corollaire évident, le monde des enfants, tant The Wire s’est évertuée à en faire les rouages de la ville, souvent minuscules certes, mais essentiels, aussi bien côté flics (Ceux de McNulty, le bébé de Kima…) que côté cité, avec ces bébés auxquels souvent on arrache le père (D’Angelo) ou ces ados qui trop tôt entrent dans la guerre (Le gamin liquidé en saison 1) ou encore ceux comme les jeunes boxeurs, qui font tout pour s’en sortir autrement qu’en dealant.

     Afin de parfaire la transition, un personnage devait faire office de liaison corporelle. Ce sera Prez, ce détective acharné de l’ordinateur très important dans le fonctionnement de l’équipe secrète (Celle de Cédric Daniels), mis au rebus quelques mois plus tôt pour bavure (Haut fait de la saison 3) qui deviendra prof de maths dans un collège de Baltimore. Et Prez, donc, qui avait tout pour disparaitre du show, qu’on balançait dans le circuit de l’éducation comme pour s’en débarrasser (Pour le récit comme pour la série) va devenir son personnage central, la vraie pierre angulaire du récit. Epaulé par deux autres, qui étaient déjà très importants dans le système de la saison 3 : Colvin & Cutty. Oui, le major à l’idée d’Hamsterdam et l’ancien taulard devenu boxeur. Eux deux aussi deviendront chacun à leur manière des éléments du système éducatif. Une belle affaire de triple recyclage, en somme.

     Ce qu’on a donc perdu en démêlés juridico-politiques, on le gagne en approches du système éducatif, ainsi qu’en plongées familiales puisque si cette quatrième saison fait la part belle aux élèves, c’est aussi un beau portrait multiple des gosses de la ville, ceux des anciennes tours, donc des familles. La saison se focalise sur quatre d’entre ces gosses, tout particulièrement. Qui se connaissent ou se croisent. Qui peuvent très bien vite basculer du côté bag guy voire du côté cadavre disparu, même si pour ces quatre-là, les capteurs de sensibilité semblent plus prometteurs que pour d’autres – Le parallèle avec le garçon que Bubbs prend sous son aile est terrible, tant sa finalité (aussi brutale qu’absurde, d’ailleurs) nous apparait aussi inéluctable, que la descente aux enfers de son père de fortune qu’elle engrange. Ça et le destin de Bodie, évidemment, personnage qui aura traversé ces quatre saisons en fantôme.

     Mais le grand gourou de cette saison, celui qui a pris autant de Bell que de Barksdale, tout en se développant plus intelligemment, c’est Marlo. Et si Omar continue de lui jouer des mauvais tours (la séquence du poker, magnifique) il reste le gars calme, qui donne les ordres – Et distribue du fric aux gosses du quartier pour qu’ils lui ramènent des informations, pour qu’ils le respectent, essentiellement. Des ordres qu’on ne l’entend quasi jamais donner. La pure raclure, sans scrupule, mais qui n’en prend jamais l’apparence. Le criminel auquel la criminelle de Baltimore n’arrive à attribuer aucun crime, tout en sachant pertinemment qu’il est Le criminel.

     Cette histoire de corps gênants, cachés derrière les portes de maisons abandonnés, relève pleinement de son initiative. On ne le voit jamais à l’œuvre mais chacune de ses apparitions filent autant de frissons que celles de Snoop & Chris (Ses bras droits nettoyeurs) et les nombreuses exécutions qui font leur job. Ils sont les marqueurs d’une saison plus sombre encore que les précédentes. La première séquence interminable de l’achat du pistolet à clou dans un magasin de bricolage annonçait la couleur.

     Disparitions par dizaine qui deviennent vite la priorité de notre petite famille sur écoute – très dispersée au départ, mais que l’on va finir par retrouver – qui doivent aussi composer avec les désirs des grands bonnets politicards, comme d’habitude. Car la série va encore davantage creuser le cas Tommy Carcetti, nouveau maire, nouvelle cible et véritable arriviste fragile monté sur un siège éjectable. Une saison sombre dans chacune de ses institutions. Qui brille par ce déluge d’impasses et de violences en tout genre. Parvenir à terminer la saison sur une note d’espoir, même mince, relevait du défi.

     Bon et puisque j’en ai pas parlé précédemment, j’aimerais juste dire deux mots sur le générique, que je trouve très beau, d’une part dans la minutie de son montage, fait de gestes, objets, actions que dans son élégant choix musical qui reprend le morceau Way down in the hole, écrit par Tom Waits, dans un enregistrement différent, pour chacune des cinq saisons. C’est ce qu’on appelle La classe américaine.

     Découvert tardivement cette merveille qui peut aisément prétendre au titre de meilleure saison de série tv de tous les temps. Magnifique.


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silencio


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