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Archives pour 16 mars, 2017

Crazy, Stupid, Love – Glenn Ficarra & John Requa – 2011

Crazy, Stupid, LoveCrème brûlée.

   6.9   Crazy, stupid, love est à l’image de l’argument répété à ses conquêtes par Cal (Steve Carell) : « A perfect combination of sexy and cute ». J’aime beaucoup ce film. Je l’ai certes revu pour ne pas trop m’éloigner de mon nouveau couple de cinéma préféré (Merci La La Land) mais pas seulement : J’en gardais un souvenir fort agréable. Et c’est même mieux que ça. Autant Glenn Ficarra & John Requa m’avaient relativement indifféré avec I love you Philip Morris (avec Jim Carrey) dans lequel ils semblaient crier dans chaque plan « Nous sommes des auteurs » autant là ils s’amusent, plus humblement, des codes de la comédie romantique et du vaudeville et tout fonctionne, un peu miraculeusement. Le rythme est idéal, le scénario imprévisible. Et les acteurs (Carell, Moore, Gosling, Stone, Bacon, Tomei) sont étincelants. Et puis c’est (souvent très) drôle autant que c’est émouvant, et dans ce genre il faut que ça aille de paire, c’est la règle. La séquence où le vaudeville entre en collision est un concentré de génie comique à se pisser dessus, d’autant que le film nous avait minutieusement caché un élément essentiel qu’on pouvait voir venir (Le prénom/le surnom) mais qu’on n’avait pas vu venir, tant il y a d’autres choses à suivre. C’est aussi la générosité qui fait la réussite de ce genre de film, qui n’hésite pas à croiser les amours impossibles (un garçon est amoureux de sa baby-sitter, elle-même amoureuse du père du garçon), éclosion d’idylle et sujet de remariage. Le film fait le plein.

Shutter Island – Martin Scorsese – 2010

25Incurable ?

   7.6   Le 28/02/2010

     Voilà un film devant lequel j’ai un problème. D’une manière générale j’ai marché. Disons qu’à partir de la scène de la falaise, de la rencontre avec la femme de la grotte j’y suis entré entièrement. Avant un peu moins. Toute la partie policière – appelons-là comme cela – est d’un classique statique terrifiant. Plus le film progresse plus il se concentre véritablement sur l’introspection. Il commence à faire du Polanski. Jouant la carte des hallucinations récurrentes plutôt que des flash-back tape à l’œil. Car si je suis resté complètement loin dans la première partie je reconnais que par la suite le film m’a embarqué. La séquence dans le pavillon C m’a terrifié. Shutter Island devient thriller horrifique, rappelant davantage Shining ou certains grands Polanski. En terme de mise en scène on navigue dans un entre-deux. Parfois tout paraît factice ou grossier – l’arrivée sur l’île avec les regards qui croisent les autres malades, quelle horreur. Et puis par moment la dynamique rappelle quelque peu Hitchcock, voir à certains moments oniriques un penchant expressionniste. Et puis il y a Angel heart d’Alan Parker qui ne rôde pas très loin non plus. En ce sens il y a vraiment des instants qui méritent d’être mentionnés.

     Et puis il y a l’histoire : la base c’est le roman de Lehane. Je ne sais si le récit est respecté ou si Scorsese l’a complètement réinventé – aliénation et rédemption, terreau thématique scorsesien, sont bien présents – mais il y a une chose que je sais, que je vois à peu près partout, dans chaque séquence et jusqu’à la dernière scène : Shutter Island m’apparaît trop écrit. J’ai cette impression que l’histoire doit faire un livre fabuleux. Aussi il y a le traitement maladroit de Dachau que je trouve dommageable. Souvenirs esthétisants, réalité quelque peu modifiée et puis aussi le fait que l’on ne sache pas vraiment si l’on est dans le vrai ou dans le faux dans ce film. Sauf que Dachau c’est une histoire vraie, c’est arrivé, rien n’a été fantasmé.

     Le dernier Scorsese est un film d’indice et à y repenser on en voit dans chaque scène comme si tout préparait la révélation finale. Je l’avais plus ou moins deviné cette révélation. Puis il y a cette dernière phrase. Mystère. Elle sème le trouble mais pas seulement. A bien y réfléchir je ne pense pas qu’elle soit là pour perturber ou faire joli. C’est une fin plus ou moins ouverte qui accueille deux interprétations. L’une me paraît la plus évidente mais c’est la plus cruelle. La seconde, la plus lumineuse, je n’y crois pas tellement mais quelque part je l’aime davantage. J’aimerais qu’il feigne la folie afin de déculpabiliser de son passé à tout jamais. Quoi qu’il en soit il n’y a pas de conspiration, à mon sens c’est une évidence.

     Et quand on sort du film on se met à le repenser comme on repensait Sixième sens. Comme lui c’est bien la première fois, c’est très déroutant. Sûrement intéressant la seconde, mine de rien j’ai envie de le revoir. Mais après on doit clairement s’en lasser, non ? Enfin, laissons-le vieillir.

Le 07/03/2010

     Le film m’a beaucoup travaillé, j’y suis donc retourné. Je reviens sur ma première sensation quelque peu dubitative. J’ai adoré. Et dès les premières secondes et l’arrivée sur l’île. Il y a une telle ambiance, on est d’emblée dans le mystère. J’ai tellement été embarqué que je ne vois presque plus les défauts. Et il y a quelque chose qui m’a frappé cette fois c’est la présence quasi immédiate d’un flash dans la tête du personnage. J’avais rarement vu un flash aussi rapide dans un film. Finalement Shutter Island commence direct – logique quand on connaît le dénouement – il n’y a pas d’entrée en matière. On est sur ce bateau, on voit l’île, on accoste l’île. Une unité de lieu et pourtant celui-ci va par la suite être dynamité.

     Le traitement de Dachau ne me dérange plus tant que ça. Disons que lorsque l’on sait chaque image sortie d’une mémoire sélective, qui sans doute ne retranscrit pas dans l’exactitude, je trouve que formellement cela sert parfaitement le sujet. Il a vécu Dachau comme un traumatisme, cette tragédie de famille aussi, il les associe. N’oublions pas qu’il est un peu cinglé, qu’il est sous calmants, bref tout ce que l’on voit n’est pas très net. Le personnage et Dachau ont existé ensemble, on ne peut le nier, car on nous l’apprend autrement que par des flashs. Mais rien ne nous dit que les images que l’on voit ne sont pas fantasmées, alambiquées, modifiées. Il ne neigeait pas à Dachau en cette période c’est un fait. Peut-être qu’il neige uniquement dans la tête de cet homme. Rappelons que le temps dans Shutter Island est très changeant et qu’il semble influer – ou l’inverse – sur le comportement du bonhomme.

     Ce qui me fascine dorénavant ce sont les indices éparpillés ici et là qui convoquent cette évidente conclusion. En revanche je ne suis pas en mesure encore de dire si tout est huilé à la perfection, s’il n’y a pas quelques erreurs par-ci par-là. En fait, si l’on cherche à le comprendre, il faut voir le film de la sorte : D’un côté les médecins et scientifiques qui plongent Edward dans un jeu de rôle thérapeutique en but de lui faire prendre conscience de son acte. D’un autre un Edward/Teddy qui investit l’île en tant que marshall pour enquêter sur la disparition d’une patiente. Tout cela est une mise en scène, c’est l’unique explication. Il n’y a pas plus de disparition qu’il n’y a de collègue. L’évasion est impossible sur Shutter Island on nous le répète suffisamment, et encore moins pieds nus. Tout est manigancé pour que Edward se perde dans son enquête, qu’elle n’aboutisse à rien (seulement jusqu’à ce phare vide, un leurre une fois encore) et qu’il se rende compte de sa culpabilité.

     Quel est l’intérêt de l’emmener à bout on peut se le demander ? La raison est simple et expliquée : Edward est un patient violent, le plus dangereux de l’île. S’il restait dans son délire et n’enfreignait pas les lois qui régissent le camp, on ne chercherait pas à le sortir de cet élan schizophrénique qui lui fait, apparemment, tant de bien. Mais c’est un violent. Il en vient à tabasser les patients qui l’appellent Laeddis, son véritable nom, celui qu’il portait lorsqu’il a tué sa femme qui venait de détruire toute sa famille. C’est le prénom de la culpabilité, celui qu’il veut oublier. Dans sa schizophrénie il donnera ce nom à un homme pyromane qui aurait mit le feu chez lui dans lequel sa femme aurait péri. Shutter Island est un jeu de rôle complet. Tout ce que l’on voit, et c’est pour cela qu’il est difficile de l’admettre, se passe à travers les yeux de ce personnage qui invente, déforme et se crée une autre réalité. Ce sont les multiples flashs qui tentent de le tirer vers la réalité, à de nombreux instants, mais n’y arrivent pas puisque Edward est entretenu, on lui donne des cachetons secrètement. Parfois tout paraît tellement énorme qu’on est obligé d’admettre cette version de l’histoire. Le passage dans la grotte en fait partie. Il est complètement irréel. Et s’il est réel il est mis en scène. Il y a comme cela des indices qui ne trompent pas, semés un peu partout. Lorsqu’il interroge d’autres patients les relations sont étranges. Il arrive à pousser l’un à bout en grattant un papier avec son crayon car il sait qu’il ne le supporte pas. Lorsqu’il est en tête-à-tête avec une autre, elle attend que son collègue s’éloigne un instant pour lui glisser un papier dans lequel elle lui conseille de fuir. Lorsqu’il se trouve dans le pavillon C, scène centrale du film, celle où l’on se perd complètement, il y rencontre un patient qui semble le connaître. Celui-ci chuchote Laeddis à plusieurs reprises. Edward s’approche de lui et l’appelle aussi Laeddis. Son vis à vis se met à rire. Puis comme l’autre patiente et son bout de papier il tente de lui faire comprendre ce qui se passe autour de lui. Tout cela est un jeu lui dit-il.

     Shutter Island est un film d’une efficacité redoutable. Un film qui par moments fait froid dans le dos. Sorte de relecture Polanskio-Hitchcockienne avec des idées formelles Kubricko-Tarkovskiennes. Et pourtant avec une thématique largement Scorsesienne.

Le 24/02/2017

     Je n’avais pas revu Shutter Island depuis sept ans. Depuis ces deux fois où j’avais vu le film en salle. Si j’aime autant ce film – Car oui cette troisième fois n’a pas entaché le souvenir que j’en avais gardé – c’est d’une part pour son ambiance irrespirable, qui s’ouvre sur des notes d’orgue façon cornes de brumes gigantesques avant de nous engloutir dans un maelstrom sonore flippant naviguant entre Ligeti, Scelsi et Penderecki, mais aussi dans sa progression en multiples lieux hyper pesants, et parce qu’il fait office de formidable cauchemar à double entrée. Qu’importe le côté par lequel on le prenne, la mécanique qu’on accepte d’y déceler, Shutter Island est un tourbillon hallucinogène d’une noirceur infinie. Roublard dirons certains, c’est vrai, mais c’est aussi parce qu’il choisit le voyage jusqu’au-boutiste dans les méandres d’un cerveau malade, habité par des visions terrifiantes et une histoire intime sordide qu’il peut se permettre ce jeu de piste tirant vers la roublardise. Et puis je trouve que le morceau de Max Richter, qu’on a réutilisé jusqu’à la nausée dans de nombreux films, se fond à merveille avec la présence de Michelle Williams, sa robe verte à fleurs, ce corps de cendres, ce lac à cadavres d’enfants. Si le film est glauque, sitôt qu’on en a saisi les clés, il n’est pourtant pas déprimant puisqu’il fait le pari de nous guider par Teddy, de nous faire croire en sa vérité. Non vraiment, moi j’adore. Sans réserves.


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silencio


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