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Archives pour 23 mars, 2017

Nocturne indien – Alain Corneau – 1989

11. Nocturne indien - Alain Corneau - 1989L’homme à la valise.

   8.5   C’est l’histoire mystérieuse d’un homme qui en recherche un autre, disparu. « I’m looking for someone » ne cesse de répéter Jean-Hugues Anglade durant les nombreuses rencontres qui jalonnent son voyage en Inde, à Bombay, Madras, Goa. Qui cherche-t-il et pourquoi ? Le film ne va pas forcément y répondre, du moins pas selon les conventions scénaristiques ni une construction attendue. Il s’appelle Rossignol, il est français, il recherche un certain Xavier, qui lui est portugais. Il écrit des lettres mais les froissent aussitôt, pour une certaine Isabel, avant qu’il ne raye et la remplace par une certaine Magda. A mesure qu’il est happé par son itinéraire, il semble parfois retrouver une familiarité dans les lieux qu’il traverse mais il dit pourtant qu’il vient ici pour la première fois. Une nuit, il aura une discussion étrange avec le cardiologue d’un hôpital vétuste et surpeuplé. Une autre nuit, une voyante au visage difforme lui dira que son âme est ailleurs. Il parlera des étoiles éteintes avec une adolescente sur une plage. Chaque jour il séjourne dans un hôtel différent, des palaces comme des taudis. Il découvre bientôt que l’homme dont il est à la recherche pourrait avoir changé de nom, qu’il s’appellerait dorénavant Nightingale. On a par instants la sensation qu’il y a un personnage mais qu’il pourrait ne pas y en avoir, l’impression qu’il y a une quête mais qu’elle peut s’évaporer à tout moment, que le film n’est qu’une succession de rencontres pour capter le maelstrom indien, que l’écriture est si ténue qu’elle peut se dissoudre pour laisser place à l’imprévu, au film en train de s’écrire, que le spectateur et l’acteur (Et Anglade le joue très bien, sans doute car il est au-delà du jeu, vraiment perdu) sont eux-mêmes ballottés dans cet immensité foisonnante, sans repères, qui permet au film de s’extirper d’une banale quête initiatique avec réponses à la clé. Nocturne indien est un voyage total. Le vertige prend vraiment essor après que la jeune indienne, Vimla Sar, ait rapporté les mots que Xavier lui avait laissé, offerts ici en off dans une succession de plans vides (L’avant d’une barque, les grottes d’Eléphanta, une statue indienne…) que Rossignol va bientôt traverser, exactement de la même manière : Les plans sont identiques, seule sa présence change. Il faut d’ailleurs noter que le film est entrecoupé de chapitres qui sont chaque fois les noms et adresses des lieux que le personnage traverse. Vertigineux, partout, le film l’est jusque dans cette cinglante ultime réplique. Et accompagné par l’un des non moins vertigineux morceaux des plus doux, mélancolique, somnambulique et bouleversant de l’histoire de la musique classique : Le quintette à cordes en Ut de Franz Schubert. C’est un film envoutant, dans lequel on prend un plaisir fou à se perdre, probablement parce qu’il utilise à merveille l’Inde, comme un dédale sublime et terrifiant, sature les couleurs intérieurs (Le rouge chez le professeur de théosophie, le bleu dans le train) et s’ouvre à la lumière grâce à toutes ces rencontres jarmuschiennes (Beaucoup pensé à Permanent Vacation) qui ornent ce récit de quête identitaire d’un occidental se transformant en initiation cauchemardesque, insomniaque que la dernière séquence (et son final en point d’interrogation) viendra accentuer dans un jeu aussi pertinent (On perd le spectateur autant que l’acteur et le personnage, qui pourtant retrouve sa langue natale alors qu’il a parlé anglais et écrit portugais pendant tout le film) que déstabilisant. Evidemment ça ne ressemble pas vraiment à ce que Corneau (De ce que j’ai vu : Série noire, Police Python, La menace) avait l’habitude de faire (Même si l’on retrouve une atmosphère proche du polar) ce qui rend l’objet (adapté d’un roman d’Antonio Tabucchi, que du coup je rêve de lire) à ce point passionnant et précieux. C’est Duras qui croise Lynch et Antonioni, c’est donc absolument essentiel.

Wassup Rockers – Larry Clark – 2006

24La vie rêvée des anges.

   8.5   C’est dans le quartier South Central (dit du ghetto) de Los Angeles, que se déroule la première partie de Wassup rockers. On s’immisce dans le quotidien de sept jeunes immigrés, salvadoriens ou guatémaltèques (Et non mexicains, case dans laquelle voudraient systématiquement les caser flics et bourgeois de Beverly Hills) qui se déplacent en skate board, arborent des jeans moulés et t-shirt noirs à l’effigie de groupes de punk rock (Ramones, The Casualties…) et s’excitent à l’occasion sur leurs guitares électriques.

     On aperçoit leurs mères les réveiller puis elles disparaissent, on ne les verra plus. Les pères, eux, ne sont nulle part, quand ils existent – L’un d’eux dira qu’il ne connait pas le sien. Clark filme ce quotidien comme un documentaire puisque les jeunes en question portent les noms et prénoms qu’ils portent dans la vie. Le film va même jusqu’à s’ouvrir sur une interview à la volée de l’un d’eux dans sa chambre d’ado, saisi en un split screen de deux plans distincts à la temporalité identique, l’un cadrant de face, l’autre de côté. Ces premiers plans racontent déjà ce que le film saisira autrement ensuite : Une curieuse adéquation entre la liberté de mouvement et l’identité malmenée.

     Quelques rencontres avec des filles parsèment la chronique, on comprend que certains flirtent et/ou baisent plus facilement que d’autres – L’un des jeunes, mal dans sa peau, tente même de se suicider maladroitement, en mettant la tête dans un lavabo rempli d’eau ; Personne ne s’en inquiètera, comme si ça semblait être une habitude de sa part, on le charrie plutôt qu’autre chose. La cruauté adolescente est la même qu’ailleurs.

     Puis le film glisse. Il quitte le ghetto et les sorties du lycée pour filer vers un spot « Le nine stairs » de Beverly Hills où notre petite bande enfile les sauts dangereux comme d’autres passeraient le temps sur leur console vidéo. Ce sont les plus beaux instants du film à mes yeux, tout simplement car ils symbolisent une forme d’accomplissement de leur journée et parce que Clark construit en quelques minutes une véritable chorégraphie de groupe, un concert de sauts où chacun récite sa partition, dans un agréable brouhaha de roues en uréthane et planches en bois heurtant le bitume, râles de douleurs, discrets témoins d’admiration.

     Dans la foulée de ce moment de suspension, une nouvelle rencontre s’impose, avec deux adolescentes cette fois, deux filles de la haute, qui permettent au film de prendre un nouvel élan. Le film bascule dans une autre parcelle de chronique (Le contrôle de police d’un flic zélé) puis dans la fiction improbable, sur les hauteurs de LA, dans ces immenses baraques de stars où les demoiselles ont convié les garçons. Avec dans leur fuite, l’irruption dans une villa d’artiste bigarré, celle d’une milf alcoolique et en point d’orgue la rencontre tragique dans la propriété d’une célébrité (Qui ressemble beaucoup à Clint Eastwood) qui va utiliser son arme car chez lui, dit-il, on tire avant de parler.

     Malgré la teneur dramatique (Un garçon est arrêté, un autre est tué) de cette étrange journée hors des bases, le film est parsemé de moments très drôles qui lui confère un parfum de liberté foutraque, comme si enfin on avait donné à ces jeunes oubliés de LA la possibilité de jouer la comédie, d’investir des lieux de rêves voire même de pouvoir y mourir. C’est passionnant. Quant au dernier échange qui clôt le film après un interminable et magnifique retour par les transports, façon Les guerriers de la nuit, il est absolument somptueux, doux, groupé. A l’image de la mise en scène globale, sensuelle, qui sait varier les focales, saisir le groupe d’adolescents autant que leur épiderme. Grand film.


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