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Archives pour 7 avril, 2017

Chez nous – Lucas Belvaux – 2017

15Le diable ordinaire.

   6.0   Aussi passionnant dans son portrait qu’il peut-être (vraiment) maladroit dans sa construction (Une scène accouche forcément d’une autre) Chez nous, le nouveau film de Lucas Belvaux, a les défauts de ses qualités ou plutôt l’inverse justement, tant à vouloir brasser les stéréotypes et à brasser vaste, il finit par raconter quelque chose d’assez essentiel, non pas sur la politique d’un pays (J’irai presque jusqu’à dire qu’il est tout sauf politique) mais sur cette grande partie de la France sans conscience politique, qui déçue, n’écoute plus les promesses de gauche comme de droite qu’on lui fait depuis des décennies, mais qui voudrait tout changer et peut, comme c’est le cas pour le personnage campé par Emilie Dequenne, se dire de gauche (Etre soignante à domicile, c’est aimer aider les autres, rencontrer le peuple) tout en se ralliant à un mouvement nationaliste qui vous a fait les yeux doux en trois phrases et trois sourires.

     Il me semble que le film raconte avant tout ceci et qu’il est donc ce complexe portrait de femme comblée professionnellement (Elle aime infiniment ce qu’elle est même si elle a conscience que son métier lui empêche d’avoir une vie privée, de trouver un amoureux par exemple, ou d’aller chercher ses enfants à l’école quand ça lui chante) mais tellement paumée affectivement qu’une sensation de fierté d’image, de reconnaissance (qui ne passerait pas forcément par les soins qu’elle prodigue) peut offrir un semblant de rêve, de seconde jeunesse, d’autre soi en quelque sorte, comme cela pouvait être le cas avec la rencontre du prof de philo dans Pas son genre – Pauline et Jennifer sont assez proches dans leurs motivations et situations familiales.

     Et Chez nous ne va pas traiter cette émancipation ou renaissance à la légère puisqu’il va aussi faire entrer en jeu une histoire d’amour quasi allégorique avec un vieil amour de jeunesse qui depuis a fait ses galons dans la politique répressive (C’est lui qui ratonne les migrants et met le feu aux bagnoles) du bloc patriotique. Certes l’idée est lourde mais Belvaux s’en tire super bien et probablement parce qu’il n’aseptise rien, ses personnages malgré leurs actes et leurs positions, restent des humains avec leurs fêlures avant tout, capables de prendre une route puis une autre (Le film s’ouvre et se ferme sur ce ballet de routes croisées) et de comprendre que c’est avant tout l’amour qui guide leurs pas. Si la fin est brutale, elle permet à l’auteur de dire qu’on peut tout laisser passer sauf ça, elle prend un tournant punitif simplement pour rappeler que le film milite pour le peuple, la mixité, l’entraide avant tout – S’il se ferme dans un stade de foot c’est aussi pour cela : Lieu dans lequel le « chez nous » ou la marseillaise ne résonnent pas comme dans un meeting politique.

     Sur le point de vue de comment fonctionne un parti extrémiste pour tenter de s’assainir, de se dédiaboliser et de faussement se normaliser (Faire attention à son vocabulaire, rejeter ses nazillons, porter un costume) il me semble que le film le raconte très bien et raconte aussi que la politique du FN, car c’est de cela qu’il s’agit à travers ce bloc patriotique, est abjecte mais plus complexe qu’elle n’y parait mais surtout plus mesquine que ne l’était le parti avant l’ère Dorgelle / Le Pen. Enfin, il semble dire qu’il existe plusieurs extrêmes droites, ce qui est assez passionnant.

     Là où il m’a semblé le moins subtil en revanche c’est dans sa manière de jouer la carte du soap politique, puisqu’il s’agit pour chaque personnage gravitant autour de Pauline, d’être un acteur important, illustratif, du père ancien militant au parti communiste au petit ami appartenant à un groupe de solidarité fasciste, de l’amie beauf raciste et son gosse quasi néo-nazi à son autre amie militante gauchiste. On est vraiment dans le truc à thèse. La scène où tout ce petit monde se collisionne autour d’un barbecue j’ai un peu de mal à y croire. Au passage j’ai toujours du mal avec l’idée qu’on puisse à ce point « changer de bord » au sein d’une famille, j’imagine que c’est moi qui fait un blocage, que ça existe, mais j’ai du mal à croire que les enfants n’aient pas d’avis politique quand les parents sont d’anciens activistes, quel que soit les convictions. Patrick Décamps campe en tout cas un beau veuf communard déchu (Qui passe ses soirées devant Le plus grand cabaret du monde, c’est dire), décidemment après Un village français, c’est un rôle qu’il porte très bien. La barbe, tout ça, bref.

     Je trouve que Belvaux a fait un vrai film de gauche, sans toutefois tomber dans le discours didactique, sans doute aussi parce qu’il utilise essentiellement les codes du polar, qu’il maitrise mieux que le reste. Et puis aussi bancal soit-il, je pense qu’il faut lui être gré d’avoir essayé, car c’était osé, qui plus est en période d’élection présidentielle. A chaud, c’est donc une réussite à mes yeux.


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Auteur:

silencio


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