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120 battements par minute – Robin Campillo – 2017

19984035_10154894928177106_3303559513406975150_oLa vie des morts.

   8.5   L’un des films cannois que j’attendais le plus et pas seulement parce qu’il a retourné la croisette : Je pense que Robin Campillo est l’un des cinéastes les plus prometteurs / passionnants d’aujourd’hui. Les revenants c’était un premier film étrange, passionnant, rempli de tentatives. Eastern boys c’était puissant. Un peu froid, probablement, mais niveau mise en scène ça se posait-là. N’y allons pas par quatre chemins, 120 battements par minute est une déflagration. Un grand geste de cinéma autant qu’il est militant. Un document passionnant sur le Sida et Act Up-Paris au début des années 90 – Dont Campillo a fait partie. Et un déchirant combat contre la maladie. Deux batailles pour un film coup de poing.

     Le film est parcouru de grandes idées de mise en scène – Longueur des séquences de réunion en amphi ; ruptures temporelles lors de certaines situations ; terrifiant dernier quart dans un lieu unique, l’appartement, qui rappelle la seconde partie de son film précédent ; Et cette faculté à faire le yoyo entre le collectif et l’individuel. Au point que la seule actrice connue (Adèle Haenel, décidément partout) soit régulièrement relayée au second plan, jusqu’à disparaître un long instant du récit dans le dernier tiers. J’aime surtout que le film évite cet écueil de raconter ActUp par ses plus grandes sorties/réussites médiatiques. On ne verra donc pas l’encapotage de l’Obélisque de la Concorde ni la banderole sur les tours de la Cathédrale de Paris, tant mieux. Le film préférant s’attarder sur les joutes verbales autour de la construction des slogans chocs et des opérations collectives. Brillant en tout point.

     120 battements par minute s’ouvre dans un amphithéâtre. De nouveaux membres de l’association sont briefés quant au déroulement des réunions. Nathan fait partie de ceux-là. C’est une ouverture on ne peut plus classique et didactique tant il s’agit de nous briefer nous, spectateur, avant tout. Pourtant, cet académisme de façade s’efface très vite dans la mesure où la réunion qui suit, s’étire considérablement et brise l’aspect reportage et documentaire pur pour le propulser dans  un univers multiple et connexe où la double temporalité converge dans l’image. La réunion vise en effet à dialoguer autour d’un évènement, colmaté en accident regrettable pour les uns et érigé en réussite totale pour les autres : L’intrusion dans un meeting pharmaceutique qui termine en manifestation violente à coup de poches de sang et de séquestration.

     Cette première séquence existe pour de multiples raisons : Elle enferme un peu son personnage, qui n’a pas vécu cet évènement, jusqu’à le faire presque disparaitre plusieurs minutes de son attendu rôle central. Car il faut aussi qu’on nous abandonne dans cette énergie, qu’on en saisisse la respiration générale. Une autre finalité serait de nous faire entrer sans concession dans le rythme effréné que le film tiendra jusqu’au bout. Car le montage est ahurissant, Campillo choisissant d’insérer les images du « coup » sous plusieurs angles de vue en fonction de celui qui prend la parole / celui qu’on vise dans le débat. On ressent déjà ce sentiment d’urgence, cette sensation double, militante et vitale. Il ne s’agit pas uniquement de s’élever à coup de Zaps contre les labos mais de rappeler que pour certains, le temps est fragile, compté.

     C’est donc un formidable film sur le groupe, puisque c’est cette énergie ensemble qu’il parvient à reproduire. Notamment dans l’amphi quand chaque idée est relayée par une autre ou dans l’action, ici dans les locaux de Melton Pharm, groupe pharmaceutique, où l’on fait gicler du faux sang contaminé pour s’insurger contre leurs méthodes de désinformation, ou là dans un lycée, pour faire campagne en faveur du préservatif. Campillo filme ces déplacements groupés comme des marches militaires. Pourtant, s’il partage une cause dans les grandes lignes le groupe est relativement désuni dans la spécification – Façon Nocturama. Suffit de voir ces appendices de débat dans le hall fumeurs pour comprendre que l’unité est perfectible. Le film a par ailleurs la pertinence de brosser les individualités mais au sein du groupe, de façon hyper naturelle, sans par exemple suivre un personnage jusque chez lui ou dans sur son lieu de travail – Si Sean et Nathan s’amusent un moment donné à dire ou deviner ce que chacun fait dans la vie, c’est pour mieux revenir au collectif ensuite. 

     Le cadre restera toujours celui d’ActUp. Avant qu’il ne s’émancipe grandement vers son histoire d’amour entre Sean & Nathan. Pour y revenir, miraculeusement, dans une dernière partie incroyable. Un parti pris de mise en scène absolu, qui évoque La chambre du fils, de Moretti. Si l’on y entend deux morceaux phares de l’époque – Smalltown Boy des Bronski Beat.(1984) et What About This Love ? de Mr Fingers (1992) – afin de replonger dans l’ambiance des boites de nuit, la musique originale est assurée par Arnaud Rebotini, musicien nancéen séduit par l’électro analogique, dont le minimalisme techno évoque pas mal l’House et dont la musique s’accommode très bien avec l’énergie dégagé par le film. J’ai une infime petite réserve sur les interludes « Cellules sanguines » qui cassent le dynamisme outrancier afin de nous laisser respirer – Même si là encore, je trouve qu’elles représentent assez bien la mélancolie générale qui s’en dégage. J’en suis sorti épave. Et j’ai fait une grande découverte : Nahuel Pérez Biscayart. Il joue Sean. Il est incroyable.

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