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Archives pour 29 septembre, 2017

Gabriel et la montagne (Gabriel e a Montanha) – Fellipe Barbosa – 2017

24. Gabriel et la montagne - Gabriel e a Montanha - Fellipe Barbosa - 2017Mzungu fou.

   8.5   Gabriel et la montagne a cette particularité qu’il est un film brésilien entièrement tourné au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Malawi. Quatre pays pour quatre chapitres qui rythment et délimitent les déplacements géographiques de Gabriel Buchman, ce garçon mystérieusement disparu en Afrique en 2009. En vérité, ces délimitations ne sont pas très utiles si ce n’est pour effectuer chaque fois un rapprochement vers la propre mort du personnage dont on sait depuis l’ouverture qu’elle intervient sur le mont Mulanje.

     Felipe Barbosa m’était inconnu avant Gabriel, j’y allais donc avant tout pour le voyage promis et aussi parce que ce titre, quelque part, m’évoquait cette splendeur d’Herzog qu’est Gasherbrum, la montagne lumineuse. D’Herzog, il y a peu, bien que l’ouverture rappelle beaucoup celle d’Aguirre : Le plan, la musique, la grandeur, l’hypnose. Des agriculteurs fauchent les herbes hautes sur les chemins escarpés d’une immense vallée. Sous un rocher, l’un d’eux fait la découverte d’un corps.

     Le film s’ouvre sur la mort et pourtant il sera incroyablement vivant. Il est sans cesse en mouvement, comme son personnage, il s’étire ici puis se disloque là, insère par instants des photographies du vrai Gabriel, utilise en voix off le témoignage (après sa mort) de ceux qui ont croisé son chemin. Sorte de journal filmé mais toujours dans un tempo de fiction, puisque le réel que Barbosa entreprend de conter au moyen d’éléments-indices (Témoignages, photographies, journal) ne se déploie jamais au détriment de la matière fictionnelle.

     Le réel, finalement, on l’oublie. C’est un film aussi mystérieux que le continent sur lequel il s’aventure : On croit le comprendre mais il nous trouble l’instant suivant ; On arpente les bidonvilles ou villages, avant qu’il nous embarque dans des randonnées montagneuses ou sur la plage. On avance aux crochets de Gabriel, au gré des rencontres qui nourrissent son voyage. Les vraies rencontres que le vrai Gabriel a faites lors de son périple. C’est toute l’originalité du dispositif.

     Pourtant, l’idée la plus originale à mes yeux c’est le traitement du personnage. Puisque c’était un ami proche du cinéaste, ce dernier aurait pu lisser son caractère, stéréotyper ses enjeux afin de préserver son intimité. Au contraire, Barbosa en fait un vrai personnage de cinéma, ambigu, désordonné, contradictoire, adorable puis détestable l’instant suivant. Sans doute pour tenter de percer son idéalisme, comprendre sa dimension suicidaire, ses désirs tentaculaires, sans doute aussi pour fusionner son voyage avec le sien.

     On raconte que l’équipe technique s’est aventurée sur les terres de l’odyssée de Gabriel, rejouant les mêmes rencontres, traversant les mêmes endroits, jusqu’à gravir le Kilimandjaro. Meta-film mis à part, c’est aussi cette incompréhension que raconte le film : Ou comment un garçon issu de la classe brésilienne dominante, promis à un avenir brillant, intellectuel, choisit à ce point de s’oublier aux quatre coins de la terre, loin des circuits touristiques – et gravir le Kilimandjaro sandales en pneu aux pieds – jusqu’à littéralement s’évaporer ? Il y a du Fitzcarraldo dans ce personnage, du Klaus Kinski dans cet acteur, c’est à s’y méprendre.

     C’est d’abord l’histoire d’un caprice, celui d’un garçon qui n’a pas supporté qu’on le mette sur liste d’attente à Harvard. Son périple (Faire le tour du monde en un an) c’est sa revanche contre ceux qui lui mettent des bâtons dans les roues. Quand on fait le tour du monde, il faut de l’argent et Gabriel qui n’a que 20 ans n’en manque pas. Pourtant, il ne supporte pas l’idée occidentale qui consiste à se dépayser sur une terre pauvre. Lorsque sa petite amie passe le voir quelques jours en Tanzanie, c’est un sujet sensible, tant elle ne cesse de lui tendre un miroir qui lui rappelle son appartenance sociale.

     Ne pas oublier qu’à cet instant du voyage (Le premier chapitre, après nous avoir présenté sa mort en introduction, s’ouvre sur ces mots « 70 jours plus tôt ») Gabriel n’est plus très loin de repartir au Brésil, il a sillonné le globe pendant dix mois, il trimballe donc forcément une bonne dose d’orgueil et d’arrogance. Il ne cesse d’ailleurs de répéter qu’il n’est ni un Mzungu (homme blanc) ni un touriste, comme pour s’élever à la fois contre l’Occident et en dominateur (Puisque tout en lui évoque une mentalité bourgeoise) sur l’Afrique. C’est presque le Brésil tout entier, celui d’aujourd’hui, que Gabriel incarne, dans ce grand rêve brisé par la mégalomanie – Sacrée révélation, par ailleurs, que ce João Pedro Zappa, sorte de fusion improbable entre Gael Garcia Bernal et Zlatan Ibrahimovic.

     Gabriel et la montagne se ferme sur un procédé qu’on connait bien, consistant à balancer quelques photos pour accompagner le générique final. C’est très beau car on y remonte les derniers clichés pris par Gabriel, sa dernière rencontre avec cette femme dans un refuge, son arrivée au sommet, mais surtout la toute dernière photo prise sous ce rocher où il rendra son dernier souffle. C’est une photo floue, cadrée à l’arrache, une photo fantôme prise par un fantôme. C’est très émouvant en plus d’être un vibrant hommage.

Wanda – Barbara Loden – 1970

07. Wanda - Barbara Loden - 1970Vanishing landscape.

   9.0   Un choc. Unique réalisation de Barbara Loden, complètement à contre-courant aussi bien du Hollywood de Kazan (Son mari) que du nouvel Hollywood rutilant – Evidemment, comment ne pas y voir un film contre Bonnie & Clyde, soit contre Faye Dunaway qui avait précédemment hérité du rôle de L’arrangement (de Kazan) initialement promis à Loden ? Wanda c’est aussi cette histoire-là, celle d’une actrice promise et délaissée.

     C’est le Zabriskie point des vieux meurtris – Le film d’Antonioni sort d’ailleurs la même année. L’histoire d’une mère de famille à la dérive, sans désirs, sans ambitions, qui trouve un réconfort désespéré auprès d’un vieux voleur de pacotille. Point de révolution sexuelle ou anti-consumériste, ne reste qu’une fuite sans but ni point de chute. Pourtant, le lien s’opère rapidement entre Wanda et son spectateur. On ne veut plus la lâcher.

     Dans l’une des toutes premières scènes du film, on découvre rapidement cette région minière de Pennsylvanie avant d’entrer dans un foyer. Des enfants sont dans les bras d’une femme, ça devrait être leur mère. Mais l’on comprend vite que non. Leur mère est en fait avachie sur un sofa, se réveille puis s’en va marcher dans cet étrange paysage charbonneux, sans dire un mot. Plus tard au tribunal, où il est question de la garde des enfants, elle débarque avec ses bigoudis et ne donne aucune objection à ce que ses gosses soient confiés à leur père.

     Loden est de chaque plan et ressemble à une Gena Rowlands mouliné dans le film le plus sale de Ken Loach. L’image est incroyablement granuleuse, les plans délavés. Il n’y a pas de musique, pas de « plan beau » et le montage sonore est complètement approximatif. Quelque part il représente la frange d’un nouvel Hollywood en marge du Nouvel Hollywood. Entre cette longue traversée de la ville en voiture et cette Amérique meurtrie, ce sont News from home, de Chantal Akerman ou Fat City, de John Huston auxquelles on songe en priorité.

     Le destin de Wanda, le film autant que le personnage, est irrémédiablement associé à celui de Barbara Loden. Le film est mal distribué, ne passe que dans les festivals (Où certains l’acclameront, comme Marguerite Duras) et l’année où il doit sortir en France, dix après sa première diffusion à Deauville, Loden meurt d’un cancer qu’elle combat depuis Wanda. 

     C’est donc un autoportrait en décalage mais c’est surtout un beau portrait de femme, déstabilisant tant il va à l’encontre des modes féministes, donc plus singulier, réaliste, universel. Le récit est plein de trous béants, de longs silences, de scènes incroyables, à l’image de celle du petit avion ou plus tôt cette apparition étrange d’une silhouette comme enveloppée par des montagnes de charbon. Ou bien la séquence des catacombes qui ne fait que renforcer la dérive vers la mort. Voire la toute dernière, lumineuse et terrassante.

La traque – Serge Leroy – 1975

04. La traque - Serge Leroy - 1975Que la belle meure !

   8.0   Si la filmographie de Serge Leroy, loin d’être conséquente, est relativement passée inaperçue et globalement oubliée – J’ai d’ailleurs un très mauvais souvenir de Légitime violence, avec Claude Brasseur – le mec aura au moins pondu La traque. Ce film qui traine dorénavant une sorte d’ « aura culte » ce qui lui a permis d’être exhumé des greniers auxquels il semblait éternellement promis.

     J’ai moi-même une histoire avec La traque puisque je l’ai découvert tout jeune et il fait donc parti de ces films français qui m’ont un tout petit peu traumatisés au même titre que Le vieux fusil ou Dupont Lajoie. J’ai réussi à revoir le Enrico il y a quelques années, mais jamais je n’ai revu le Boisset. La traque c’est vraiment celui que je craignais de revoir puisque c’est celui qui m’avait fait le plus mal : Du jour au lendemain, tous les chasseurs méritaient de crever. Je n’avais pourtant gardé que des flashs mais suffisamment éprouvants (Dans une chapelle, dans un tunnel, dans un marais) pour meubler ma mémoire et probablement mes cauchemars.

     Alors, déjà le film mérite entièrement d’être revu/découvert/réhabilité, c’est un truc très sale, gris, malaisant, qui te fait arpenter la forêt en plein automne (Et s’y tient tout du long), une voie ferrée et des ruines, et qui te demande de croire, tiens-toi bien, que la bande de notables plus ou moins notables (Tous ont des intérêts croisés) est joués par : Jean-Pierre Marielle & Philippe Léotard (Les frangins pourris, par qui tout commence), Michel Robin (Qui oublie son fusil), Michel Constantin (Réticent tant que ça le met pas dans la merde), Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Paul Crauchet. Brochette aussi géniale qu’improbable d’acteurs magnifiques campant une belle bande d’ordures.

     La force supplémentaire de La Traque, ce qui le rapproche d’un certain cinéma chabrolien c’est la richesse de différenciation de chacun de ses protagonistes, aussi détestables soient-ils. Dans mon souvenir vague et binaire, c’était des ordures dégueulasses. Point. En fait c’est plus complexe que cela, ils sont reliés les uns les autres, puisque ce sont des gens importants, ici un conseiller régional ou un éminent bourgeois local, là un assureur ou un notaire. Avec leurs propres secrets et casseroles qu’il vaut mieux ne pas ébruiter. Certains se mettent en retrait, d’autres s’occupent des manigances. Pour qu’au final, la battue initiale de simples chasseurs beaufs se mue en mission façon unité militaire – Rien d’étonnant alors à ce que certains se remémorent leurs passages en Algérie ou en Indochine.

     Le film est âpre d’entrée, dans une double introduction où Mimsy Farmer arrive en voiture et semble s’engouffrer dans la nuit normande, puis dans une chambre d’hôtel miteuse, avant qu’un cut sordide sur un fusil vienne introduire Jean-Luc Bideau, dans le même hôtel avec sa maitresse. Plus tard c’est lui qui la conduit vers la visite d’une longère en forêt et ils sont déjà traqués, en voiture, par ses amis chasseurs qui les pourchassent gentiment. Ce sont des gosses, dit-il. Mais déjà le jeu prend des allures bestiales, déstabilisantes. Un interminable repas, bien arrosé précédant une battue au sanglier fera ensuite entrer le film dans une atmosphère forestière et marécageuse, poisseuse et irrespirable qu’il ne quittera plus.

     Avant que ça ne dérape brutalement, au détour d’un viol dans une chapelle. Les chasseurs oublient le sanglier et pourchassent la jeune anglaise, en fuite, qui pourrait parler. On plonge en plein survival. Tout se déroule en extérieur, le temps d’un après-midi, le long des routes désertes, entre les arbres, les roseaux et les étangs. La réalisation sobre mais efficace de Serge Leroy colle à la situation, la photo terne accentue la lourdeur du climat. On se prend les cris de perdition de Marielle et les gémissements d’agonie de Léotard dans la gueule. Car tout le film ou presque se vit du point de vue des chasseurs. De Mimsy Farmer nous ne verront que parcimonieusement ses courses folles et silencieuses avant ce « Help » hurlé jusqu’à trépas absolument déchirant.

     Autre point qui a son importance, les quelques séquences douloureuses de La Traque, celles que j’avais gardé en mémoire (de façon odieusement déformée) ne sont jamais écrasées par l’exploit ou la performance (Comme on pourrait le reprocher à un certain Gaspar Noé, par exemple) mais au contraire brillent par leur sécheresse et leur brièveté. Le film n’est pas trop sale ou trop violent pour être dans la démonstration au contraire, il impressionne par ses nuances (Sans l’effet de groupe, point de traque) et son imperceptible dérapage.

All Mine (Portishead ; 1997)

Portishead_-_PortisheadTout à moi.

     Dans la foulée de Neu ! j’avais plutôt prévu de poursuivre du côté de Can ou Kraftwerk, en guise de deuxième morceau indéboulonnable, histoire qu’il y ait un peu de cohérence – Je trouverai bien un moyen de revenir sur le krautrock, t’en fais pas.

     J’ai en effet appris hier, que le deuxième album de Portishead était sorti, aujourd’hui, pile poil il y a 20 ans. Portishead c’est vraiment un cas pas comme les autres dans le paysage musical : On pourrait ranger ça dans le trip hop mais j’irais pas le ranger aux côtés de Massive attack, par exemple. Trois albums seulement depuis 1994 et tous absolument immenses, différents, beaux, cohérents. Rares sont les groupes où je n’ai pas de préférence entre les albums, c’est très déroutant. Il peut donc m’arriver de préférer Dummy puis Third le lendemain puis ce deuxième opus la semaine suivante. Sans parler du magnifique live au Roseland ballroom.

     Le plus difficile restait à faire : Trouver un morceau qui me fait plus rêver que les autres. J’ai donc réécouté les trois albums hier, pour m’aider. Et j’ai hésité. Pas avec Glory box, qui est un beau morceau mais tellement peu représentatif de l’œuvre de manière générale et tellement entendu jusqu’à plus soif, qu’il ne me fait plus rien du tout.  J’ai pensé à l’incontournable Wandering star (Leur chef d’œuvre, à mon avis) ou au mélancolique It’s a fire, sur Dummy. Ainsi qu’au très mélodieux The Rip ou au complètement dingue We warry on, sur Third.

     J’ai préféré jouer le jeu et retenir un morceau de leur deuxième album. Ça aurait pu être le très Elfmanien-Morrionien Humming,  mais c’est celui qui m’a fichu les frissons en le réécoutant maintes fois hier. All mine. Mais en fait je le savais déjà, c’est un morceau qui me touche aussi viscéralement que Wandering Star. Parce qu’il est tout à moi, en effet. Plus suspendu, plus down tempo que les autres, sorte de ballade « trip hop » parfaite, ou comme si la Melody de Gainsbourg n’avait pas croisé une Rolls mais les extraterrestres.

     Et puis j’aime sa simplicité brute : Les grandes gifles de cuivres d’entrée, puis la voix de Beth Gibbons libérant ses sidérants « All mine » puis cette putain de guitare qui sort de nulle part et emporte le morceau au-delà de ce qu’il prétendait être au départ. Et puis la puissance de la batterie en mode zombie c’est à se damner. Bon anniversaire, bordel.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=2uLBYC4jKCU


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