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Archives pour novembre 2017



Ne nous fâchons pas – Georges Lautner – 1966

15. Ne nous fâchons pas - Georges Lautner - 1966« Je critique pas le côté farce. Mais pour le fair-play, y aurait quand même à dire. »

   4.5   Au départ, cette nouvelle collaboration Lautner / Audiard fonctionne du tonnerre, certes il faut être d’humeur à retrouver les dialogues acérés des Tontons flingueurs, dont Audiard a le secret ainsi que les interprétations volontiers excessives de Lino Ventura et consorts. Mais d’une part la mise en scène est plus alerte, dynamique d’autre part ça ne dévore pas encore le récit et cette histoire de gangster reconverti dans le commerce de location de bateaux qui se voit proposer un deal par de vieux complices. C’est alors qu’un nouveau personnage fait son apparition. C’est L’emmerdeur avant l’heure puisque Jean Lefebvre aka Léonard Michalon évoque de loin le rôle que Brel tiendra chez Veber dans une version à la fois plus antipathique puisqu’il est un escroc miteux « Le Belphégor des hippodromes ! » mais aussi hyper attachant dans sa façon d’encaisser baffes et bourre-pifs distribués à gogo par Lino et Constantin, son compagnon de galère. Jusque-là j’y trouve ce que je suis venu y chercher, il m’arrive même de sourire aux mines patibulaires de Ventura/Constantin et aux yeux de cocker de Lefebvre. Et puis c’est pas Melville mais côté polar c’est pas mal non plus, c’est prometteur. Puis le film s’enlise dans l’excès. Les saynètes sont de plus en plus courtes, quasi cartoon. L’humour aussi devient lourd, notamment avec les apparitions répétées des anglais complètement barrés accompagnés de gags tous plus ridicules les uns que les autres. C’est la limite du cinéma de Lautner, c’est rigolo cinq minutes puis on décroche.

The Falconer (Nico, 1970)

Copie de MI0001462560Au cœur des ténèbres.

     Ça s’est joué à pas grand-chose. J’ai réécouté Chelsea Girl l’autre jour, ça m’arrive régulièrement – Très honnêtement, je pense pouvoir dire qu’il fait partie de mes disques préférés, quoiqu’en ait pensé Nico plus tard, regrettant notamment la présence de la flûte. J’ai tout de suite pensé que si je devais extraire un morceau de cet album absolument divin, ça se jouerait entre It was a pleasure then (qui déraille et annonce un peu sans le savoir les futurs expérimentations de la chanteuse) et The Fairest of the saisons, soit les sublimissimes quatre minutes qui ouvrent l’album, belles à en pleurer. Evidemment que tout l’album est de cet acabit mais l’ouverture ça reste l’ouverture, le métronome, le guide, c’est fondamental.

     J’ai alors réalisé que si j’aimais aussi beaucoup mais pour des raisons bien différentes Desertshore, l’album qui suivit son passage chez les Velvet Underground, album qui témoigne de sa rencontre avec Philippe Garrel, de sa vie de maman, c’est aussi parce que, là aussi, son ouverture est déchirante. Janitor of Lunacy. Chair de poule obligatoire quand t’entend les premières notes d’harmonium puis la voix sépulcrale de Nico. Je me souviens avoir entendu pour la première fois ce morceau dans L’eau froide, d’Assayas. Il avait éclipsé tous les autres, de Dylan, Joplin, Cohen.

     J’en profite pour dire que bon nombre de morceaux de cette liste de 100 proviennent du cinéma, puisqu’il m’aura permis de découvrir tout un tas de belles choses, aura parfois orienté mais envies mélomanes. Dans Desertshore, il y a d’ailleurs John Cale qui est aux arrangements et y joue de plusieurs instruments. Impossible pour moi, ne serait-ce que sur les premières notes de Piano d’Afraid de ne pas songer au chef d’œuvre de Garrel, Le vent de la nuit. Tout se rejoint.

     J’ai donc réécouté Desertshore, dans la foulée de Chelsea Girl. C’est un album incroyable, mais plus difficile à apprivoiser – quoique moins difficile que The Marble Index, à mon avis. Le folk du premier, et ses fins arrangements de cordes et de flutes, a disparu. On peut tomber en larmes en l’écoutant comme on peut passer complètement au travers, tout dépend du moment, de l’humeur, c’est un peu comme avec le White light, white heat des Velvet underground. Plus avant-gardiste, Desertshore est une plongée sous harmonium dans la détresse d’une femme, d’une mère, d’une junkie. Un album d’errance dans le désert des ténèbres, d’une tristesse sans nom.

     Et j’aime énormément The Falconer, morceau plus classique, qui semble faire le pont entre Chelsea Girl et Desertshore, rien d’étonnant puisqu’il s’adresse directement à Andy Warhol. J’aime la cassure éphémère en son centre, le piano qui surplombe l’harmonium, qui semble apporter de la douceur dans les jours sombres, qui finissent par revenir en fin de morceau. Quand j’écoute When, morceau éponyme du chef d’œuvre de Vincent Gallo, je pense systématiquement à The Falconer, tant ils semblent tous deux être le miroir inversé de l’autre.

     Sitôt qu’on en saisit l’ampleur dramatique, c’est le plus beau disque du monde, qui en plus m’évoque certaines merveilles de Dead Can Dance ou Coil à venir. Je pense beaucoup à Desertshore en écoutant Horse Rotorvator, notamment grâce à Babylero (qui évoque la comptine Le petit chevalier) mais aussi sur Abscheid et Mütterlein. Les deux morceaux utilisés dans La cicatrice intérieure, de Garrel, le film tout en haut de la liste des films que je rêve de voir. Et pour revenir à The Falconer, parait-il qu’on peut l’entendre dans un autre film de Philippe Garrel, Le lit de la vierge. Autre film que je rêve de découvrir.

En écoute ici :

https://www.youtube.com/watch?v=7QZu8FrzgpU

Gaz de France – Benoît Forgeard – 2016

12. Gaz de France - Benoît Forgeard - 2016L’absurdité de l’Etat.

   3.5   Dans un futur indéterminé, la cote de popularité du président de la république chute historiquement dans les sondages. Une réunion de crise est organisée à l’Elysée, on convoque la matière grise du pays soit des échantillons de population très disparates, pour proposer chacun à sa manière, discrètement dans les sous-sols du palais, un storytelling miracle et SAUVER la situation. J’aime beaucoup l’idée. Ça peut vraiment donner quelque chose de très actuel autant qu’absurde, politique et populaire : j’attendais OSS117 chez Pierre Schoeller. J’y vois davantage du Groland dans Les rencontres d’après minuit – le film plus ridicule que poético absurde de Yann Gonzalez – Je ne sais pas trop pourquoi j’ai pensé à ce film, la photo probablement, le côté huis clos sans doute. Il y a bien cet humour à contre-courant, vraiment à contre-courant et rien que pour ce parti pris ça m’aurait plu d’aimer le film car il donne envie qu’on le défende tant il tente autre chose, un tempo différent, tant il ne cherche guère à plaire au plus grand nombre comme la majorité des comédies dans le paysage hexagonal aujourd’hui. Sauf que voilà, d’une part ça na m’a jamais fait rire, d’autre part je m’y suis vite fais chier, à l’instar du Tip Top, de Serge Bozon, qui lui aussi tentait de créer un autre espace comique.

Faute d’amour (Нелюбовь) – Andreï Zviaguintsev – 2017

11. Faute d'amour - Нелюбовь - Andreï Zviaguintsev - 2017L’enfant délaissé.

   8.0   Quel bonheur de retrouver Andreï Zviaguintsev à son meilleur niveau soit celui de ses premiers films : Le retour (2003) et Le bannissement (2008). Le second fut l’un de mes premiers grands chocs dans une salle de cinéma et donc fut parmi les déclencheurs de ma cinéphilie actuelle.

     Faute d’amour est une œuvre puissante, vertigineuse, parfois insoutenable où le récit n’est jamais dévoré par la symbolique. Son âpreté et sa violence n’empêche pas une certaine douceur. Le cinéaste russe avait un peu perdu cet équilibre, je trouve. D’emblée, Faute d’amour est partagé entre deux pôles opposés et pourtant contigus : La terrible atmosphère de ce qui reste du foyer familial (lequel un garçon de douze ans préfère fuir, en marchant en bord de rivière, jetant des rubans de chantier dans les arbres, ou en pleurant sans bruit derrière la porte de la salle de bain) s’oppose à des moments inouïs, entre les deux couples recomposés né de cette séparation officieuse – Puisque le divorce n’est pas prononcé et que leur appartement ne se vend pas.

     On voit peu ceci au cinéma, finalement. On voit soit l’un soit l’autre mais pas les deux. Là je pense au film merveilleux de Radu Muntean, Mardi après noël mais ça ne vise pas la même finalité. Genia voit donc un homme plus âgé avec lequel elle s’apprête à emménager dans son immense appartement. Boris, lui, veille quotidiennement sa petite amie plus jeune et enceinte. Genia prend soin de ses cheveux, de son corps et passe son temps à faire des selfie. Boris est accaparé par son travail et semble absent, effacé, sans aucun repère sitôt qu’il s’en extraie. Elle vomit chaque insulte. Il est d’un silencieux macabre. Ce sont deux figures modernes et monstrueuses.

     Personne ne prend donc soin d’Aliosha, ce garçon né de leur union (Ils répètent qu’ils ne se sont jamais aimé, mais le film par petite touches – Dans sa deuxième partie – parvient à nous montrer qu’il est pourtant possible que ce fut jadis le cas) ; Personne ne passe du temps avec lui ni ne fait d’effort pour lui épargner les disputes parentales. Pire, on comprend vite que ni son père, ni sa mère ne souhaite véritablement hériter de sa garde. C’est comme s’il était le témoin insoutenable de leur échec. Le rappel quotidien de leur erreur.

     Le nouveau très beau film d’Andreï Zviaguintsev est pourtant scindé en deux parties, distinctes et surprenantes : Je n’avais rien lu sur le film, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il glisse de la sorte. Il y a donc l’Avant disparition d’Aliosha et l’Après. Avant, sa présence est un fard.eau, après elle est une douleur. Inavouable mais pourtant vite perceptible. Avant, le film semble très cadré, construit, resserré ; après il est plus impénétrable, on ne sait pas si l’on ne va pas sortir du cadre familial pour y suivre le quotidien des chercheurs bénévoles.

     Sans trop révéler la suite des évènements, Zviaguintsev entretient judicieusement le mystère autour de la disparition de l’enfant de façon à préserver un maigre espoir dans cet océan de tristesse, un trou d’air dans ce brouillard étouffant. S’il manque parfois de subtilité et écrase la force de son récit par des symboles un peu lourds, on ne pourra pas lui enlever la force avec laquelle il déploie l’universalité de son drame, la profondeur que recèle nombreux de ses plans, la dimension mortifère qu’il offre de cette société russe qui s’engouffre (littéralement dans le film) dans le marasme, les ruines et la désolation. Y a un paquet de séquences là-dedans que je ne suis pas prêt d’oublier.

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silencio


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