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Archives pour 26 janvier, 2018

Cadet d’eau douce (Steamboat Bill Jr.) – Buster Keaton & Charles Reisner – 1928

10. Cadet d'eau douce - Steamboat Bill Jr - Buster Keaton & Charles Reisner - 1928Super-bonheur.

   9.0   Je réalise là plusieurs de mes doux rêves. Voir un Keaton au cinéma, déjà, puisque ça ne m’était encore pas arrivé. Découvrir un film de Keaton au cinéma – J’en connais quelques-uns et compte d’ailleurs revoir The General en salle, mais jamais je n’avais vu Steamboat Bill Jr, pourtant considéré comme étant l’une de ses plus franches réussites. Et faire découvrir Buster Keaton à mon fils, depuis le temps que je lui en cause et lui répète que c’est un cousin de Charlot – Qu’il adore. Alors quand le film en question c’est Steamboat Bill Jr aka Cadet d’eau douce (J’aime bien, on dirait une insulte du Capitaine Haddock) cette merveille absolue, le plaisir ne peut qu’être total.

     En cale d’un port du Mississipi, les mariniers de deux rafiots de compagnies concurrentes se toisent poliment. Un matin, le capitaine du modeste Steamboat Bill. s’en va à la gare chercher son rejeton, de retour de sa vie estudiantine. Si le père est une armoire bourrue tout en grimaces et grands gestes, le fils est un frêle oiseau, coiffé d’un béret, muni d’un ukulélé, impassible et dont chacun des mouvements ouvre des gouffres de poésie. Le père voudrait qu’il travaille à ses côtés (Pour le remplacer dans son affaire) mais il est trop maladroit, trop rêveur, trop empoté pour supporter le poids de telles responsabilités, pour tutoyer la virilité de son père. Les manettes, câbles, cordes sont pour lui des objets du décor, des trucs inutiles et chacune de ses maladresses, chacun de ses trébuchements sont des possibilités de catastrophes.

     Keaton s’amuse de cet espace, cette gare, ces quais, ce salon de barbier, ce magasin de chapeaux (la séquence des essayages est un sommet de drôlerie keatonienne), avant de laisser libre court à ses grandes inspirations sur le bateau, puis d’un bateau vers l’autre. Car sans surprise, Keaton va tomber amoureux. Et pas de n’importe qui puisqu’il tente de séduire la fille du riche propriétaire de la compagnie d’à côté – Relents de Malec et la voisine, forcément qu’on y pense. Le cœur de Keaton faisant des bonds à tenter par tous les moyens de rejoindre celle qu’il aime (contre l’avis et la fierté de son père qui le cloitre d’abord dans sa cabine – dont il s’extirpera sur une pirouette d’évasion jubilatoire) c’est finalement son corps qui à mesure semble de plus en plus élastique. Il se cogne, il glisse, tombe à l’eau, se cogne à nouveau.

     Impossible d’atteindre sa promise. D’autant qu’il va bientôt se mettre en tête de libérer son père de prison – enfermé pour s’être violemment battu avec son concurrent. Sans raconter ce qui se déroule dans cette prison de fortune, repenser ne serait-ce qu’à Keaton, débarquant sifflotant, une baguette sous le bras, me fait hurler de rire. Et si y avait que ça. Mais non, il reste au film une dernière cartouche, la plus belle, la plus folle : Le village va affronter une gigantesque tempête, qui fait tomber les cloisons (On retient notamment le gag voyant une maison s’écrouler sur Keaton sauvé uniquement parce qu’il se trouvait à l’endroit d’une lucarne), fait voyager la prison jusque dans le fleuve, fait glisser des lits au milieu d’une écurie, fait voler Keaton qui s’accroche comme il peut aux arbres qui bientôt se déracinent – Naissance du film catastrophe, sans sourciller. Et par un miracle génialement improbable, Keaton l’antihéros de base se transforme en superhéros et sauve tout le monde – Magnifique idée que de le voir piloter à distance les deux bateaux à aubes, avec des cordes comme un marionnettiste le ferait avec ses pantins ou un metteur en scène avec son décor et ses acteurs.

     Mon fils est sorti de la salle, le sourire greffé sur les lèvres, en faisant semblant de glisser et se cogner partout. Contaminé par la magie keatonienne. S’écroulant entre deux rangées de sièges, une dame lui demande s’il ne s’est pas fait mal. « Mais non, je suis Buster Keaton ! » a-t-il lâché. J’étais un peu gêné mais aussi très touché qu’il ait autant voyagé dans le film que moi.

Ernest et Célestine en hiver – Julien Chheng & Jean-Christophe Roger – 2017

09. Ernest et Célestine en hiver - Julien Chheng & Jean-Christophe Roger - 2017La classe de neige.

   4.5   Un tout autre format, cette fois, pour la suite des aventures de l’ours (plus si) grognon et de la souris malicieuse, puisqu’il s’agit de quatre petites histoires indépendantes (avec une oie sauvage, un bouton d’accordéon, le blizzard, un bal de souris) pêchées dans la collection de court-métrage diffusée depuis cette année sur France 5, inspirées des planches des bouquins de Gabrielle Vincent. Pas grand intérêt dans la mesure où ce qui faisait sortir du lot le long métrage c’était justement le fait que ces aventures soient exploitées sur un format long. Ceci dit, le film racontait la rencontre entre Ernest et Célestine, après avoir montré le décalage avec leur monde respectif, la matière était plus conséquente, ceci explique sans doute cela. Pour cette collection hivernale, on reprend à la façon des exploitations télévisuelles et ce d’autant plus que d’un point de vue purement graphique, le dessin est moins spontané, moins inventif, le trait plus léché. Les situations sont plus téléphonées (Mais j’aime bien le running gag de la souris verte) et les personnages forcément moins développés. Ceci étant, le charme opère toujours puisque la relation entre Célestine et Ernest est toujours pleine de vie, de camaraderie, de bienveillance. Dommage qu’elle ne s’articule plus autour de cette difficulté à faire côtoyer deux univers opposés (Ours et Souris, extérieur et souterrain) autrement que par de minuscules saynètes montées sur gags, plus ou moins réussies. Disons que dorénavant, ça ressemble davantage à du Mascha & Michka. Vu en salle avec mon fils, ce qui ajoute forcément à mon indulgence à l’égard de ce quadruple programme, fans que nous sommes tous deux du film sorti en 2012. Mais la voix de Lambert Wilson nous a manqué.


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