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Archives pour janvier 2018



Mad Men – Saison 2 – AMC – 2008

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20/10/17

     Presque trois mois sans voir un épisode de Mad Men. Dingue ce que ça m’avait manqué. On repart sur des bases tout aussi solides narrativement, élégantes dans chacune des interactions entre les personnages et sublimes d’un point de vue plastique. J’appuie sur ce dernier point car je viens seulement de rattraper et finir la série 11.22.63 tirée du bouquin de Stephen King et outre sa bonne tenue sitôt prise dans le divertissement pur, c’est fou ce que ça peut être fade et bâclé, notamment du point de vue de la reconstitution. Quelques plans d’un épisode de Mad Men suffisent à faire croire qu’on est plongé dans les sixtees. Dans 11.22.63 il faut se battre pour y croire.

     Quoiqu’il en soit, cette ouverture de saison, relativement sobre, comble nos attentes sur de nombreux points. Tout d’abord puisqu’elle se joue du medium pour balancer une ellipse conséquente : plus d’un a passé depuis les derniers évènements de la saison de lancement. Trois marqueurs temporels, discrets, vont nous le dire : On apprend d’une part, selon les dires de Pete que Peggy Olson s’est arrêté cinq mois pour sa grossesse avant de reprendre son poste. On apprend d’autre part qu’il s’agit d’un jour spécial puisque c’est celui de la Saint Valentin et la télévision diffusera, le soir-même, le documentaire White House Tour, avec Jackie Kennedy. Nous sommes donc le 14 février 1962.

    Pour le reste, Betty va croiser une ancienne amie et colocataire, devenue call-girl, qui l’abordera sous son nom de jeune fille, comme l’homme mystérieux abordait Don en l’appelant Dick dans l’un des premiers épisodes de la saison 1. J’aime ce genre de boucle / clin d’œil, qui à la fois réunit les personnages autant que ça les éloigne – Leur relation en ce début de deuxième saison ne ressemble à priori en rien à ce qu’elle était ; On sent qu’une année s’est écoulée. Quant à Don, il est très troublé par un bouquin de Frank O’Hara, Meditations in an emergency. Où ça mènera ? Je ne sais pas. 

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27/10/17

     On repart dans une spirale de déprime absolue mais de déprime douce, endolorie, jamais placardée ou appuyée, avec cet épisode magistral et bouleversant, qui s’ouvre sur une fête mondaine (le soir) avant l’annonce du crash d’un vol American Airlines (le matin) dans la Jamaica Bay. Chacun a beau y balancer sa petite vanne, l’événement aura ses répercussions, directes dans la mesure où Pete apprend bientôt que son père était dans l’avion, indirects d’un point de vue marketing puisque les partenaires de Sterling Cooper souhaitent brutalement s’intéresser à la compagnie aérienne touchée et leur fournir de quoi rebondir ce qui a pour incidence de se séparer de la Mohawk Airlines, contrat pour lequel Don s’était investi.

     Et puis l’épisode ouvre clairement la voie à une critique sur le racisme ambiant sévissant dans les années 60. La première réplique de l’épisode revient d’ailleurs à Trudy, la femme de Pete : « I have no problem with Negroes, I’m just worried about the car ». Que l’on revienne à de nombreuses reprises sur ce que chacun pense de l’amoureuse (noire) de Kinsey (le barbu) entretient cette atmosphère de racisme ordinaire. Et continue d’éloigner les couples autant que les relations entre collègues sitôt qu’ils n’entrent pas dans un cadre bon enfant ou strictement professionnel. Quand Pete, choqué par l’annonce du décès de son père, vient dans le bureau de Don pour lui parler, Don le renvoie chez lui, ici ou prétexte que ce n’est pas le moment, là.

      Quant à Peggy les deux séquences qui lui sont véritablement attribuées (On la voit aussi draguer dans la soirée, se réveiller avec sa robe rouge de la veille) et qui la concerne elle et son bébé, sont très émouvantes : Ici chez sa mère qui vraisemblablement l’élève avec les enfants de sa sœur et ne manque pas de constamment le rappeler à Peggy ainsi que son refus catholique – Ce moment où elle lui demande si elle ne veut pas dire au revoir à sa fille, mon dieu. Puis plus tard, dans l’Eglise. La mère catho : Ça semble définir tout ce que Peggy ne veut pas être.

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08/11/17

     Je vais à mon rythme pour cette saison, un tout petit rythme, ce qui ne m’empêche guère de prendre un plaisir fou – En parallèle je découvre la première saison de Mr Robot et purée ce que je m’y emmerde. Bref, c’est une fois encore un épisode magnifique, je serais tenté de dire crucial mais à ce petit jeu ils le sont tous, cruciaux. Il y a deux choses importantes, ici.

     La première c’est qu’on s’intéresse enfin à Harry Crane, qui lorsqu’il découvre par mégarde que l’un de ses collègues touche une paie largement supérieure à la sienne, tente un coup de poker en proposant au patron d’une chaîne un show télé présentant le procès d’une femme à cause de son avortement, show qui ne trouve aucun sponsor. L’ironie de la situation, qui l’empêche d’en parler à sa femme : Ils sont sur le point d’avoir un bébé. C’est aussi cela Mad Men, une audace folle même dans une storyline qui semble à priori très anodine. J’aime beaucoup ce personnage d’ailleurs.

     La seconde tourne autour d’un comique, Jimmy Barrett, interprétant une publicité pour des chips appartenant à un couple de milliardaire. Sterling Cooper assure la communication, évidemment. Un incident (le type titille la mécène sur son imposant poids) perturbe la collaboration globale et Don va se charger de lancer l’idée d’un dîner de réconciliation au cours duquel le comique (joué par le formidable Patrick Fischler, l’homme qui raconte son cauchemar dans Mulholland drive) devra présenter sers plates excuses. Scénario prétexte pour une fois de plus se pencher sur la dislocation Betty/Don.

     Elle se fait ouvertement draguer pendant un cours de cheval mais garde son sang-froid. Sang-froid dont nous ne sommes dupes. Betty manque cruellement d’affection et elle se met à rêver lorsque Don lui propose de l’inviter au Lutèce (un restaurant côté) avant de déchanter lorsqu’il lui apprend que c’est pour le business, qu’elle devra y charmer un client, le fameux Jimmy Barrett. Et Don, lui, s’embarque dans un jeu dangereux de séduction avec la femme de son client. Que l’épisode se clôt sur les larmes (de joie) de Betty, avouant être ravie d’avoir contribué à la réussite du dîner en formant une équipe de choc avec son mari, rend l’atmosphère infiniment triste.

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17/11/17

     Les flashbacks sont rares dans Mad Men. Il y en deux, relativement brefs durant l’épisode 5 et ils concernent tous deux Peggy, sur son lit d’hôpital, apprenant (bien qu’on la sente plutôt dans le déni) d’abord qu’elle vient d’accoucher, puis assistée de Don qui lui rend visite et trouve les bons mots (un poil menaçants cela dit, non ?) pour lui faire oublier cette épreuve. Ce retour dans le passé (On ne savait évidemment rien de cette visite de Don, Mad Men a cette élégance de ne pas ressasser) n’arrive pas là gratuitement, il permet d’entrer en écho avec l’évènement principal de cet épisode : L’accident de voiture de Don et Bonnie (La femme de l’humoriste avec laquelle Draper continue de flirter) plus ou moins gorgés d’alcool – avant lequel Don lui avoue adorer les films, annonce sur laquelle elle rebondit : Spartacus ? La notte, lâche-t-il. Bim. Antonioni.

     Pour ne pas rester en dégrisement, Don, qui n’a pas suffisamment de cash sur lui pour payer sa caution, doit appeler quelqu’un. On pense d’abord que ce sera Rachel Menken, désormais mariée, qu’il croise dans le bar juste avant l’accident. On ne l’imagine évidemment pas demandé de l’aide auprès de sa femme. Ce sera donc Peggy. Dévouée Peggy qui donne ses 110$ (qu’elle ne manquera tout de même pas de lui réclamer plus tard « I guess when you try to forget something, you have to forget everything. »lui dira-t-il alors), propose à Bonnie de l’héberger et promet à Don de garder ce secret pour elle, comme probablement, il avait gardé le sien. C’est très beau cette histoire de secrets mutuels mais c’est un peu brinquebalant il me semble, Peggy & Don naviguant dans deux réalités complètement différentes.

     Deux épisodes très complémentaires, puisque dans le premier Surtout on s’intéresse essentiellement à Peggy, son semi-flirt avec un paroissien écarté par sa mégère jalouse de sœur qui révèle ses secrets de grossesse indésirable ; à Pete et les divergences refoulées qu’ils entretiennent sa femme et lui à propos de concevoir un enfant (ça permet de voir d’ailleurs combien Pete est faible sitôt inquiet (ses révélations archi spontanées à un médecin qu’il connait à peine) et complètement immature dès qu’il se trouve en position de force (Quand il reçoit les tests de sa fertilité et fanfaronne de façon égoïste devant sa femme qui réalise amèrement que le problème vient sans doute d’elle). Mais c’est bien chez les Draper qu’on trouvera une fois de plus les plus beaux instants.

     Cet épisode qui se focalise sur trois dimanches qui se suivent, a la particularité, pour le dimanche des Rameaux, qu’il sera travaillé, chez Sterling Cooper, qui reçoit (mais en fait non) les relous d’American Airlines. Ce qui fou bien la merde chez les Draper. Notamment dans le déséquilibre inexorable de l’éducation de leurs enfants, qui sont pas faciles aussi : Ils débarquent dans la chambre pendant que leurs parents font le hum-hum du dimanche matin, Bobby pète le tourne-disque puis se brule sur la crêpière. Et Don reste passif au grand dam de Betty qui comprend bientôt, via une confidence non souhaitée que son mari n’a pas eu une enfance cool sous les coups de son père. L’épisode se clôt dans un double moment de violence (Don balance un verre contre le mur puis bouscule Betty) suivi d’un moment déchirant entre un père et son fils.

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21/11/17

     Pas en super forme, le Don Draper. Ce qui est le plus terrible c’est de le voir à ce point perdu, honteux, blasé, mauvais, au fond du trou, sans trop savoir ce qui, véritablement, le plongé dans une telle crise existentielle. Ici devant un défilé de bikinis, là dans sa salle de bain, il a ce regard lointain, absent, indiscernable. Il est ébranlé par cette discussion avec un client qui lui annonce qu’il a construit chez lui un abri antiatomique, il est furieux en voyant Betty s’exhiber dans un maillot jaune (qui m’a fait bavé) avant de filer à la piscine, il est outré par les révélations de Bonnie sur sa réputation d’homme à femmes.

     Il me fait peur ce personnage, en fin de compte. Là où les autres nous rassurent, dans leur beauté ou bonté comme dans leur médiocrité ou vulgarité, Don, lui, dégage une aura dont la fascination qu’elle exhale n’a d’égal la crainte imminente de l’autodestruction. C’est très perturbant, à peu près tout le temps, mais plus encore lors de cet épisode où Don semble vouloir exister puis disparaître l’instant suivant, aimer Betty puis vouloir Bonnie Barrett, regarder ses enfants avec la passion d’un père aimant puis les rejeter violemment dans la foulée, être convaincu par une idée publicitaire « Jackie by day / Marilyn by night » puis s’en détacher soudainement.

     A part ça c’est un épisode où les femmes prennent clairement le pouvoir. L’affaire du bikini Playtex pour une campagne publicitaire, n’est qu’une métaphore de cette marche féminine que vont se relayer tour à tour Joan, Betty et Peggy, jusque dans une superbe séquence finale, durant laquelle la jeune Olson qui vient enfin d’intégrer le groupe commercial, essentiellement masculin, en se glissant à leurs côtés dans un club de streap tease, échange des regards très mystérieux avec Pete, très sexuels surtout.

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24/11/17

     Voici sans nul doute mon épisode préféré de cette saison, jusqu’à maintenant, du reste. Véritable déflagration, à tous les niveaux. Chez les Draper, déjà, puisque lorsque Don est sur le point de se payer une Cadillac dernier cri, un flashback nous offre brièvement quelques images de ce qu’il était entre la guerre et aujourd’hui : un modeste vendeur chez un concessionnaire. Voir Don en costume dépareillé fait un peu mal aux yeux. C’était tout aussi passionnant du côté de Jane, la nouvelle (Je l’adore déjà) qui lance d’emblée une mini-rébellion en tenant tête à Joan et en se mettant Roger dans la poche, ainsi que dans le coup de foudre de Sal pour Ken Cosgrove et cette histoire de Violon d’or, qui rappelle vite fait Harry un ami qui vous veut du bien, à la différence qu’ici on ne projette ni folie ni peur mais un désir palpable. Et c’est là que Mad Men est une série intelligente : La femme de Sal, qui aurait été sacrifié du récit ailleurs, ressent tout cela, comprend les regards de son mari pour le jeune écrivain, sa façon de lui tendre son briquet. C’est bouleversant. Qui plus est dans un monde aussi codé et macho que Sterling Cooper dans les années 60.

     Mais je suis surtout séduit d’un point de vue plastique, rarement vu un équilibre aussi parfait. Mad Men est souvent irréprochable là-dessus mais là on a la sensation qu’un cap est encore franchi, dans sa façon de mettre en scène le jour et la nuit, l’intérieur et l’extérieur, d’embellir et de salir, à l’image de cette séquence parenthèse, en apparence anodine, qui voit la famille Draper au repos dans un parc sur une couverture de pique-nique. Tout respire la douce évasion, Don allant jusqu’à s’offusquer de voir sa fille préférer jouer aux dames plutôt que de regarder les nuages. Son fils, lui, n’a qu’une envie c’est de pisser contre un arbre. Et Don s’assure que les mains sont propres avant de remonter dans la nouvelle voiture, un bijou de Cadillac bleue ciel que seuls les golden boy peuvent se payer. Au moment de décoller, il jette sa canette de bière comme un lanceur sa balle de baseball, pendant que Betty secoue la nappe de déchets, avant de s’arracher. Ça sent la pisse et la crasse malgré la beauté solaire d’un tableau de Renoir. Et ça annonce clairement la séquence finale de l’épisode, avec les accusations violentes de Jimmy Barrett – Alors que tout respirait encore le flirt insouciant – qui s’élève contre ceux (Bonnie & Don) qui les empêchent de vivre, Betty et lui. Fallait bien que ça se termine sur un vomi. Et peu avant c’est le regard de Don qui glace le sang, lorsque Jimmy lui demande d’aller baiser sa femme et pas celle des autres, ce même regard ou presque que celui qu’il arbore face à cette femme, dans le flashback, qui reconnait Don mais pas son nom. Hâte que la série creuse tout ça.

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12/12/17

     Il suffit d’observer l’intégralité de mes choix de photogrammes pour constater que Betty revient souvent. C’est de très loin le personnage qui me touche le plus dans Mad Men et ce n’est pas nouveau, ça dure depuis les premiers épisodes de la saison 1. Je pense que January Jones y est pour beaucoup. Il faut savoir le jouer, le rôle de cette femme pour qui chaque jour semble d’abord être une possibilité d’épanouissement supplémentaire, dans le petit territoire familial qu’elle s’est concoctée, avant qu’un gouffre de solitude, déceptions, mensonges, humiliations ne finissent par s’ouvrir sous ses pieds. Si cet épisode s’intéresse aussi beaucoup à Peggy Olson et Harry Crane, c’est avant tout un défilé Betty Draper. Pas pour me déplaire. A ce titre, si vestimentairement parlant, on savait que tout lui convenait : cette robe à pois jaunes, verts, bleus, dedieu !

     Elle est sur son cheval au galop quand l’épisode s’ouvre, ce n’est pas pour rien. Elle transpire un peu, donc. Et quand il se termine, elle vient de prendre une douche – comme pour se laver de la honte qui la gagne – et c’est les cheveux mouillés qu’elle lance sa rébellion. Entre temps, il lui faudra vider le dressing, briser une chaise, se murger, dormir seule et porter cette robe à pois vingt-quatre heures durant, comme le symbole de rupture : Tirée à quatre épingles lors de la réception, elle est comme toute chiffonnée dedans le lendemain. Rébellion qu’elle avait déjà bien amorcée sur deux accès de colère qui ne lui sont pas coutumiers : Son indignation suite à l’humiliation ressentie durant le grand diner d’invitation (l’impression d’être un rat de laboratoire, quand elle est démasquée en ménagère parfaite qui présente le panier de Heineken comme les cadres de chez Sterling Cooper l’ont fait plus tôt de leur côté, en guise d’imitation)  puis ses accusations de tromperies envers un Don impassible. Pour combien de temps ? Difficile à estimer, tant on sent Betty très loin de lâcher le morceau. Le ver est dans le fruit. Et Betty, elle, est toujours aussi sublime, ravissante, bouleversante. Espérons qu’elle ait le courage d’aller plus loin, de briser ces secrets et ce sentiment d’humiliation qui la gagne chaque jour davantage.

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14/12/17

     Episode de l’effondrement. Et d’emblée puisque Don s’éveille dans sa chambre de l’hôtel Roosevelt, sort en caleçon sur le palier pour attraper le journal du jour. Marilyn est morte. Au bureau, si les femmes sont pour la plupart anéanties, Jane et Joan comprises, Freddie, lui, signe « son arrêt de mort » en se pissant dessus, complètement bourré, juste avant de tenir une présentation lors d’une réunion commerciale. Les moments qu’il passera ensuite en compagnie de Roger & Don à boire des coups dans un casino souterrain en guise d’adieu, sont très beaux, très émouvants. C’est pourtant autre chose qui se joue bientôt : Don finit par se confier à Roger sur ses dérives conjugales et leur discussion existentielle provoque un nouveau tremblement de terre : Le lendemain, Mona débarque dans le bureau de Don, à feu et à sang. Roger l’a évincé. Pour Jane. Je ne l’ai pas vu venir, celle-là. Le show s’amuse du vaudeville en lui redonnant ses lettres de noblesse. Vaudeville cruel, quand même.

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27/12/17

     Deux épisodes passionnants à mettre en corrélation, tant ils sont opposés par leur déroulement, dans ce qu’ils charrient l’un l’autre, voire même dans ce qu’ils font chacun du personnage de Don Draper. Pire, je me demande si le 10 n’est pas l’épisode que j’aime le moins de cette saison et le 11 celui que je préfère.

     Dans l’un, Don se retrouve « coincé » chez ses beaux-parents (le père de Betty ayant été victime d’une attaque, apparemment sans gravité bien que son comportement s’avère vraiment inquiétant) en acceptant l’appel à l’aide de Betty. On se doute qu’il va tenter de rafistoler son couple là-dessus. Ailleurs, on se serait servi de ce tremplin pour rabibocher des amoureux éloignés. Dans Mad Men, c’est beaucoup plus compliqué que ça. D’autant que Betty en a décidé autrement.

     Dans l’autre, Don se laisse comme d’hab guider par son instinct quand lors d’un voyage professionnel en Californie, il se laisse séduire par une jeune nomade (nommée Joy, oui, Joy) qui va tout le chambouler : Il fera un malaise suite à coup de chaud, d’une part, avant de plus tard passer un mystérieux coup de fil au cours duquel il se présentera sous le nom de Dick Whitman. Qui appelle-t-il ? De toute façon, on est arrivé à un stade où on le verrait tout quitter que ça n’étonnerait même plus. Donc il peut bien appeler n’importe qui, on est prêt à tout entendre.

     Ce qui est très beau, c’est la double résonnance de ce bouleversement, avec Roger d’une part, puisque la déviation de Don évoque aussi celle de son ami avec la jeune et jolie Jane. Avec Peggy ensuite car en parallèle de ce brutal changement, Peggy change aussi, de coiffure (Elle est clairement Jackie lorsqu’on la voie devant les déclarations de Kennedy sur la conquête spatiale) et sort avec un garçon homosexuel pour aller voir Bob Dylan. Ils ont toujours été relié ces deux-là (Peggy et Don) j’aime beaucoup cette trajectoire commune que la série leur offre sans pour autant les faire résonner concrètement.

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30/12/17

     Immense et riche fin de saison.

     On sait dorénavant que la personne au téléphone avec Don (fin épisode 11) c’est Anna Draper. La veuve du vrai Don Draper. Je l’ai pas vu venir non plus, celle-là. On apprend que (notre) Don subvient à nombreux de ses besoins, en plus d’entretenir une vraie relation de confidence avec elle. Un discret flashback relie leur rencontre et son retour. C’est très beau. Pendant ce temps, la fusion de Sterling Cooper avec une agence anglaise, mise en branle par Duck (Mark Moses, que je ne supportais déjà pas dans Desperate Housewives, a ici hérité d’un rôle encore anti-glamour, opportuniste, alcoolique, un peu monstrueux aussi, à vérifier avec le temps) est lancée. De son côté, Pete perd un gros client, que son beau-père lui retire quand il apprend que le jeune homme souhaite adopter. Quant à Peggy, elle hérite du bureau de Freddie Rumsen. Et Joan, elle, clairement en retrait dans cette saison, se fait salement violer par son petit ami, qui avait tout du prince charmant et qui s’avère être un gros dégueulasse. Le regard de Christina Hendricks, à cet instant, est effrayant.

     L’épisode final sera un feu d’artifice. On est en Octobre 1962. Les Etats-Unis entrent dans une période difficile, c’est la fameuse crise des missiles de Cuba. La panique générale contamine l’agence et les foyers. La peur du nucléaire crée une autre apocalypse. Betty apprend qu’elle est enceinte et « fête » cette nouvelle en passant la nuit avec un inconnu. Plus qu’une vengeance sexuelle, on ressent cette action comme le degré d’indépendance qui lui manquait, pour accepter de faire revenir Don ? Pete, lui, déclare sa flamme à Peggy mais prend une sacrée veste lorsqu’elle lui avoue avoir eu un enfant de lui, avant de lui balancer frontalement qu’elle n’aurait eu aucun mal à ce qu’ils se marient si elle l’avait voulu. Bim. Quant à Don, il ne veut plus travailler chez Sterling Cooper avec Duck Philipps comme président. Bim, again. De toute façon c’était un autre Don, durant cet épisode final. La double escapade californienne / Anna Draper semble l’avoir adouci spirituellement – l’épisode précédent se fermait d’ailleurs sur une baignade un poil trop symbolique. Il est cool avec Pete. Il écrit à Betty. Il envoie bouler Duck. Me plait bien, ce nouveau Don Draper. C’est d’ailleurs quand on le découvre en train de se retrouver lui-même que Betty s’abandonne dans les bras d’un autre. Les créateurs de Mad Men ont vraiment une totale confiance en ce qu’ils sont en train de bâtir, ailleurs on aurait vu ce virage comme misogyne. Là c’est à peu près tout le contraire : Et s’il fallait tout détruire pour reconstruire ?

Top Albums 2017

01. LCD Soundsystem - American Dream

     Ayant écouté moins de disques cette année, je ne pensais pas avoir suffisamment de matière pour pondre un top 20 décent il y a de cela un mois. Puis certains albums se sont révélés à la réécoute, d’autres sont arrivés dans mes oreilles au bon moment. Belle année musicale, donc. Avec un roi, tout en haut. Indétrônable.

LCD Soundsystem – American Dream

J’ai d’abord cru, durant les premières écoutes, que l’album se ferait dévorer par son tube d’ouverture, absolument magistral. Les deux pistes suivantes sont un peu en-dessous mais in fine seulement moins immédiates tant elles révèlent leur puissance au fil du temps. Car « Oh baby » est une bombe, en effet. La marque d’un retour en grande pompe. D’un père heureux, qui remet en route la machine mais arpente la vie / les choses différemment. American Dream c’est du LCD, aucun doute là-dessus, mais on sent comme un changement, difficilement identifiable au début mais évident à mesure qu’on l’ingère.  La suite (après « Oh Baby ») pourrait être ce que Brian Eno ferait s’il avait encore cette inspiration. American dream c’est le Here come the warm jets de LCD Soundsystem. Un chef d’œuvre absolu, qui parvient à détrôner le déjà incontournable Sound of silver (qui fêtait lui ses dix ans) et à offrir les plus belles envolées de l’année, sur la durée (l’album s’étire tout de même sur 70 minutes) autant que dans chacun de ses petits blocs. A ce petit jeu, le triplé American dream / emotional haircut / Black screen qui ferme le disque l’emporte par KO. Un agréable KO, planant / effervescent / ensorcelant. Album de l’année, sans discussion possible.

Zombie Zombie – Levity

Alors eux, c’est clairement mes chouchous. Il s’en fallait de peu l’an dernier pour qu’ils ne scrutent pas la plus haute marche du podium, avec l’immense Slow Futur. Le « peu » c’était Swans et Nick Cave, hein, quand même. Première place qui leur échappe à nouveau cette année au profit d’un autre chouchou absolu, intouchable. Car cet album, aussi génial, addictif et puissant qu’il soit, ne révolutionne rien dans leur musique. On pourrait même dire qu’ils ont trouvé une certaine routine, qu’il leur manque ce grain de folie qui propulsera un de leurs albums au firmament. L’an passé, la durée des morceaux avait créé un espace d’ensorcellement complètement nouveau. Cette année c’est différent. Paradoxal même, puisqu’on les sent revenir à leurs premières amours, on a presque la sensation de les voir retrouver l’esprit du Plays John Carpenter (Ce qui n’est pas pour me déplaire) et pourtant ils ont cette fois largement moins écrit qu’expérimenter, puisque le disque découle d’un live, donc d’improvisations. Cette nouvelle façon de concevoir accentue la plongée krautrock et délivre davantage de free jazz, notamment via les apparitions (plus) surprenantes (qu’à l’accoutumée) du saxo. Je suis tellement dingue de « Ils existent » le deuxième morceau, hyper down tempo, avant qu’il ne se laisse gagner par les effluves tribales. Mais que dire d’« Acera » ? Tout est hallucinant. Jusque dans le délire martial d’« Hippocampe ». Zombie Zombie nous a concocté un disque de jungle, et la jungle de Zombie Zombie je te laisse imaginer la tronche qu’elle a. T’as pas envie d’y croiser des bestioles. Attendons que le disque prenne de la bouteille mais en l’état c’est absolument brillant, clairement au-dessus de la mêlée, c’est une réussite totale. Ces mecs sont des génies.

Nev Cottee – Broken Flowers

Que dire devant tant de beauté ? Broken Flowers est un classique instantané, tu le sais d’emblée et ça se vérifie au fil des écoutes. Découvert cet album absolument par hasard, puisqu’en lisant un papier sur l’album de Cigarettes after sex. L’auteur du billet évoquait Nev Cottee comme un songwriter s’inscrivant dans la lignée de Richard Hawley. J’ai foncé. Et en effet c’est à Richard Hawley qu’on pense en priorité. Sur « Be on your way », t’as même l’impression de voir ressusciter Gainsbourg et l’ouverture de Melody Nelson. Sur « Nobody’s fool » ça respire plutôt Nick Cave. Bref c’est absolument pour moi et c’est un album magnifique, un état de grâce permanent. Et puis cette voix, bordel. Je retiens surtout un morceau hallucinant : « Tired of love ». Que tu pourrais (devrais ?) retrouver dans ma liste parallèle 100 tracks sans problème.

Claudio PRC – Volumi Dinamici

La parenté est à chercher du côté de Shifted. De façon assez évidente sur « Ostinato », merveille effrénée d’une brusquerie insolente, qui aurait pu loger sans sourciller dans Crossed Paths. De façon beaucoup moins évidente sur « Aleatorio », morceau hallucinant au centre qui propulse Volumi Dinamici sur un terrain qu’il semble seul à investir, sur une planète qu’il est le seul à avoir foulée. Lente montée venteuse accompagnée d’un discret bip très perturbant, avant que l’ouragan ne s’installe indéfiniment, que l’aigu écho de cette sirène lointaine ne fasse partie du décor pour toujours. Ça pourrait durer des heures et ça s’étire uniquement sur cinq minutes, laissant derrière une bonne dose de frustration et le besoin de réécouter en boucle. A l’image de l’album tout en entier, qui balance ses doux uppercuts techno non-stop, car dans leur genre, « Disteso » et « Velato » valent aussi le détour. Ce qui élève ce disque au rang de chef d’œuvre, pour moi, c’est sa faculté à soigner sa sortie, avec le très chaleureux, lumineux, gracieux, aquatique « Materia ». Ce bien que le KO intervienne plus tôt, sur le somptueux « Aleatorio », car je le répète, je ne m’en suis pas remis.

Foxygen – Hang

N’ayant jusqu’alors été séduit par aucun album de Foxygen, Hang concourt assez largement pour le titre de meilleure surprise de l’année. Impressionnant de décomplexion, le groupe californien tente et réussit tout ce qu’il tente : L’album est articulé autour de huit morceaux relativement courts – La durée entière de l’album n’excède pas les 32 minutes – qui s’enroulent les uns dans les autres pour sembler n’en former qu’un, alors qu’on a tour à tour l’impression d’être chez Bowie, MGMT, Lee Moses, Lou Reed. Evidemment, l’orchestre de malade (on parle de quarante musiciens) ajoute indéniablement à sa richesse et son éclectisme. Ça pourrait être indigeste autant que je trouve Muse indigeste par exemple (même si à mes yeux ils se situent clairement aux antipodes) et j’imagine que ça l’est pour certains, mais pour moi c’est un album touché par la grâce qui propose indéfiniment, vire constamment, rebondit de façon inattendue, à l’image du somptueux « America » ou du déchirant « Trauma ». Et puis le fait est qu’on peut l’écouter deux fois en une heure, comme Pet Sounds ou Rubber Soul. C’est un point important.

Andrea Belfi – Ore

Avec ce type d’ouverture (Le sublime « Anticline » qui, après son apparition digne des lentes montées émotionnelles de « Stay », de Zimmer sur Interstellar, s’étire en sirènes, cymbales et carillons de bois sur dix minutes, soit un quart de l’album) la violente baisse de régime n’est jamais loin. Ce qui va sauver Ore, c’est son insolence à dilapider les promesses installées par une introduction précise et mélodieuse dans un dédale de tentatives qui à la fois ne se ressemblent pas entre elles, tout en s’inscrivant dans un projet commun (de krautrock se muant en solos jazzy) qui lui s’avère étrangement hyper cohérent. La réussite est là, je crois. On est ici très proche d’Oren Ambarchi. Il faut aimer la batterie, je préfère prévenir – Surtout sur « Ton » qui délivre une partition de cymbales de douze minutes sur un rythme effréné. Evidemment, je suis le client ciblé.

Thurston Moore – Rock’n roll Consciousness

Certes, cet album est moins puissant que The Best Day (2014) et moins fulgurant qu’un Demolished thoughts (2011) mais Wow, quelle tuerie encore ! Thurston Moore est incroyable de constance dans l’excellence. C’est l’un des premiers albums que j’ai écouté en 2017, la première claque. Je m’étais alors demandé s’il parviendrait à survivre au temps, à être toujours aussi fort en décembre, après maintes écoutes. Et je me suis repris une nouvelle gifle.

Octave Noire – Neon

Quelque part entre Biolay, Chauveau, Air et Tellier. Bref, le truc absolument pour moi, comme tombé du ciel. Qui réactive de façon improbable les plus belles envolées pop de la chanson française, de Gainsbourg à Dominique A, en passant par Christophe et Daho. Neuf morceaux tous plus beaux les uns que les autres, qui raconte chaque fois autre chose, une nouvelle facette de Patrick Moriceau, celui qui se cache derrière ce doux nom de scène. En ressort un album aussi mélancolique que paradoxalement très optimiste, c’est sans doute ce qui lui offre une saveur si particulière. Une bien belle découverte, un beau voyage, ample, tout en ambiances changeantes, textures fines, arrangements complexes. Chapeau. Et puis c’est l’album que mon fils m’aura le plus demandé d’écouter cette année, enfin surtout « L’envol » et son refrain « Cours vers moi… nu » donc rien que pour ça, il doit avoir sa (très bonne) place ici.

Verge – Emblematic Ruin

Je ne sais pas vraiment ce qui me restera d’un tel album avec le temps. Disons que c’est pas le genre de truc vers lequel je vais forcément revenir. Mais ça m’avait bien claqué, lors de sa sortie en avril. Car c’est un album techno qui aurait comme trop bouffé de cold wave. Et ça donne une sorte d’improbable mélange entre Lawrence English et Mogwaï. La ligne rythmique de « Thorri », l’arrivée saturée sur « Deluge », l’agonie tellurique de « Spleen », y a vraiment de quoi prendre cher. Et puis cet album me fait penser, dans un registre plus drone, moins percussif, à un autre plaisir solo (sorti ces dernières années) d’ermite se dandinant autour du feu : « The sixth sun », de Tzolk’in (Dans mon top5 en 2013). Et puis encore une fois c’est très cinématographique, souterrain, horrifique, on y traverse des grottes, on y frôle des gouffres et derrière chaque stalagmite, un monstre rôde, un geyser de lave ne demande qu’à jaillir. Bref, c’est un voyage.

Timber Timbre – Sincerely, future pollution

Il est passionnant de constater que le groupe québéquois ne stagne pas dans sa zone de confort. Si la respiration générale, le blues restent une dominante, de Creep on creepin on (2011) en passant par Hot dreams (2014) pour arriver à ce Sincerely, future pollution, il y a clairement une évolution, une volonté de débusquer d’autres horizons. L’enrobage est donc plus excentrique ici, puisqu’on y utilise des claviers, voire du vocoder (le morceau « Bleu nuit » pourrait être La faute de goût, mais finit par révéler un curieux goût de reviens-y) bref, ça désarçonne pas mal de se prendre du semi-funk dans les oreilles quand t’écoutes Timber Timbre, notamment sur l’osé « Grifting » (Celle-là il m’a fallu du temps pour l’apprécier) mais ça crée une autre ambiance, sous influence 80’s. J’aime. Moins que la perfection folk Hot Dreams, mais j’aime quand même. Et puis le titre éponyme est pur joyau incandescent, un magnifique électron libre – Ma fascination est venue de lui. Quant au très Tindersticks « Western Questions » il va surprendre avec ces décalages métalliques et son envolée mélodique finale. Sincerely, future pollution gagne malgré tout à ne pas renier les terres de Timber Timbre, notamment via son ouverture et sa fermeture (Aux effluves du Maraqopa, de Damien Jurado), discrètes, mélancoliques, qui sont exactement ce qu’on attend d’eux. Il fallait ça, probablement, pour ne pas perdre pied. Album surprenant donc, mais ça ne me surprend pas d’aimer.

Jasss – Weightless

Le truc le plus dingue entendu cette année. Qui échoue aux portes du top ten, parce que trop dingue pour moi justement. Pour situer, derrière le pseudonyme Jasss se cache Silvia Jimenez Alvarez, une jeune espagnole, propulsée par la scène berlinoise. C’est son premier disque. Pour le reste, si tu survis à « Every single fish in the pond » soit un morceau d’ouverture de dix minutes qui envoie n’importe qui au tapis, avec sa violence martiale et sa beauté cosmique (Quelque part entre Andy Stott et Fuck Buttons), ainsi que son étrange découpage en deux parties en apparence opposées mais qui finissent par se répondre, alors dans ce cas tu auras fait une partie du chemin vers cet étrange bonheur que procure cette heure absolument folle, qui liquéfie sans sourcilier, tout sur son passage. « Oral Couture » ensuite, rappelle certains morceaux de bravoure de Lucy, voire Shifted, à tel point que tu (ne) remercies (pas) les dieux que ça ne dure que six minutes. Les neuf minutes de « Danza » viendront confirmer que t’es face à un mur de son invincible, bipolaire, pas toujours accueillant certes, mais tellement vaste, tellement volontaire, tellement grandiose. Et puis t’as des surgissements de voix incroyables et des percées de sirènes comme sur le sublime titre central, qui donne son nom à l’album. Vraiment je le répète, la seule raison qu’il ne soit pas sur le podium c’est que parfois j’ai pas du tout, mais alors pas du tout envie de l’écouter. D’ailleurs, l’album se ferme sur un morceau vraiment sale, fiévreux, donc si tu y reviens c’est ce que tu l’as décidé, c’est pas lui qui t’as dit au revoir en te faisant les yeux doux.

Sascha Funke – Lotos Land

Mon admiration et ma reconnaissance pour Sascha Funke sont telles que même lorsqu’il déçoit et/ou s’avère plus anecdotique, je prends un plaisir fou à l’écoute de chacun de ses morceaux. On ne retrouve certes pas le génie solaire de Mango ni la magnificence nocturne de Unknown (sous Saschienne, avec sa femme) mais il y a dans ce nouveau bébé, qui ressemble moins à du Sascha Funke habituel qu’à une mixture inégale de Tristesse contemporaine, de Zombie Zombie ou Digitalism, une effervescence enivrante, parcourue d’instants vraiment épiques. Je ne vais pas te faire un dessin, Lotos Land c’est dix morceaux, 63 minutes et ça déboite l’afficionado aveugle. Un peu dans le même genre que lorsque Fuck Buttons avait pondu Slow Focus.

Lee Ranaldo – Electric Trim

Quand t’es fan de Sonic Youth, suivre les carrières solos de Thurston Moore ou Lee Ranaldo, c’est du pain béni. Si l’an dernier il avait fallu se satisfaire d’inédits, avec le très beau Spinhead Sessions (1986) l’année 2017 nous offre Rock’n roll Consciousness, de Thurston Moore et Electric Trim, signé Lee Ranaldo. On va faire simple, j’adore les deux. Je m’étais dit que pour des raisons d’équilibre (de mon top) je n’allais en garder qu’un. D’années en années, j’ai tendance à me sentir plus proche de Thurston, qui était par ailleurs monté  sur la plus haute marche en 2014, et comme ce dernier bébé lui ressemble beaucoup, à mon humble avis, j’étais prêt à faire gagner Lee sur Thurston. En fait non, c’est trop me demander. Cette ouverture magnifique sur Electric Trim (Les 7’29 de Moroccain Moutains) je ne m’en suis pas remis. Gros fan de « Thrown over the wall » aussi. Mais globalement, tout l’album démonte, tout est aussi beau que la pochette.

Vitalic – Voyager

Pascal Arbez-Nicolas aka Vitalic ne retrouvera probablement jamais la magie de son premier album, l’indétrônable Ok Cowboy (2005), mais quel plaisir de le voir revenir – après deux embardées franchement décevantes – avec un album aussi inspiré, généreux, dansant, qui plus est en le bouclant avec cette merveille de reprise d’une merveille de Supertramp. Entre autre, hein, car tout l’album est merveilleux.

Justin Hurwitz – La La Land

Ai-je besoin de revenir là-dessus ? De justifier la présence d’une telle bande originale dans mon top annuel ? Certes, le disque est dépendant du film, mais l’inverse est vrai aussi. Dingue de constater que La La Land c’est aussi (voire surtout) cette musique incroyable orchestrée par Justin Hurwitz, chantée parfois par Emma Stone & Ryan Gosling. L’émotion qui m’étreint à l’écoute de « City of stars », « Audition », « Epilogue » est assez indescriptible et à l’image de ce que le film aura laissé comme emprunte sur moi cette année. Et puis les deux morceaux qui ouvrent le disque filent une pêche d’enfer.

Lawrence English – Cruel Optimism

Dans le paysage massif, éclectique et inégal de l’ambient, c’est un cas vraiment particulier, Lawrence English, car t’as vraiment la sensation d’être enveloppé dans les retombées cendrées d’un nuage atomique pendant un album tout entier. Il faut l’accepter. Et si tu l’acceptes, ça devient un voyage complètement dingue. Ce nouvel opus est moins immédiat que le précédent, moins fort mais pas moins brillant dans sa richesse abstraite, ces textures et ces couches qui se superposent à l’infini, que parfois tu crois saisir puis qui s’échappent l’instant suivant. La tempête est fragile, les cornes de brume giclent de façon soudaine, les vagues sont des rouleaux compresseurs, les gémissements des lamentations d’outre-tombe. Lawrence English s’est entre autre adjoint les services de deux membres des Swans pour parfaire la richesse de son univers sonore. Inutile de dire qu’on ne distingue aucunement leur présence, on imagine seulement qu’ils se fondent admirablement là-dedans, qu’ils apportent une plus-value, invisible mais probablement essentielle. La musique de Lawrence English dévore tout.

Daigo Hanada – Ichiru

On ne sait par quel miracle le japonais parvient à ne pas tomber du côté « Album de premier de la classe » qui le guette à de nombreuses reprises. Ni comment il esquive chaque embryon de guimauve. Et pourtant, si les deux premiers morceaux sont en effet plutôt anecdotiques, lors de la première écoute, c’est lorsque « Weak Me » s’embrase, mais s’embrase en douceur, qu’il se passe vraiment quelque chose. Dès lors, Ichiru ne nous lâchera plus. On a parfois l’impression d’entendre du Burwell. De fouler l’asphalte enneigé de Fargo (Fragment, Pt.1). De replonger dans les grands mélos de Todd Haynes (Fragment, Pt.2) Alors évidemment c’est pas Quentin Sirjacq. C’est même une toute petite chose, je crois, mais elle fait du bien. C’est un disque parfait pour l’hiver. Avec deux sommets de beauté pure sur « Hue » et « And this is how it ends ». Et puis il faut dire que le dernier morceau, intitulé sobrement « Close », le seul qui soit d’une durée si imposante (huit minutes) est touché par la grâce. Ah oui, au fait, c’est du piano, mais je pense que t’avais pigé.

Ekin Fil – Ghosts inside

Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Une douceur macabre, cela dit, aussi gothique que cotonneuse, c’est tout le secret paradoxe de ce disque aux relents de Portishead (noirci par les épreuves de la vie) et au showgaze endolori de Grouper ou Saycet. L’étrange impression d’écouter du Slowdive sous Prozac, notamment sur « Before a full moon ». Morceau suspendu dans la suspension tellement il donne l’impression de pouvoir faire léviter tout ce qu’il touche. J’imagine qu’on peut trouver ça agréablement anecdotique. Moi j’adore.

Laura Marling – Semper Femina

Quand j’écoute Marling (cet album-là autant qu’un autre, tous tiennent du génie) je me demande fréquemment comment il est possible de composer et d’écrire des choses aussi belles. Ça me dépasse. Cette jeune anglaise qui n’a même pas trente ans et offre déjà son sixième album, est un enfant prodige, une prêtresse du folk, quelque part entre Nico et Neil Young. Dans cette balade dépouillée, suspendue, mais tout en rebonds gracieux, Laura Marling embrase chaque morceau par ses fins arrangements de cordes, sa voix reconnaissable entre mille, et offre quelque chose de plus sensuel qu’à l’accoutumée, de plus intime et vaporeux aussi. Mention spéciale aux très beaux morceaux d’ouverture et de fermeture : « Soothing » & « Nothing, not nearly ». Bien commencer un disque et bien le finir, c’est la base.

Kendrick Lamar – DAMN.

Typiquement le genre d’album qu’habituellement je ne réécoute pas, que je peux trouver objectivement bon la première fois, riche et foisonnant, trop riche et foisonnant en fait – Cf good kid, m.A.A.d city, aussi de Kendrick Lamar – sans que ça me parle intimement, sans que j’y ressente l’envie ou la nécessité de m’y replonger une deuxième fois voire davantage. DAMN. sera donc un cas particulier puisque c’est exactement comme ça que fut ma première écoute. Aucune chance que j’y revienne. Et puis par le hasard d’une force incompréhensible je l’ai emprunté lors de mon dernier passage à la médiathèque. Je le réécoute alors. Et bim. Je le réécoute encore et encore. Et c’est puissant, bordel. Hyper narratif et aussi très impressionnant dans sa (dé)construction, ses changements de rythme, son épure, son côté pop aussi qui le rend plus accessible, plus immédiatement émouvant, les mots qui giclent et qui parfois apaisent. Très fort.

Slowdive – Slowdive

Difficile de ne pas tomber sous le charme de ce nouvel opus, magistralement désuet mais tellement Slowdive, tellement émouvant, donc. Ils auront érigé le showgaze au rang d’art dans les années 90 et avaient disparu des radars, même si leur musique à continuer de résonner dans le paysage musical, inspirant de nombreux musiciens, de nouveaux groupes – Citons The Pains of being pure at heart, Radio Dept. Et pourquoi pas Beach House – Qui aurait comme miraculeusement inspiré Slowdive sur Sugar for the Pill. Slowdive réapparait donc avec huit morceaux, aux textures variées, au charme mélancolique et vaporeux intact.

Fever Ray – Plunge

J’ai d’abord été très déçu par ce nouvel album de Karin Dreijer aka Fever Ray. C’était l’un des retours qu’on attendait le plus, le premier jet de 2009 avait été une claque intersidérale. La déception c’est cette impression d’être davantage face à un album de The Knife (Elle et son frère) – Et un petit, mais faut voir sur quelle bombe The Knife nous avait laissé aussi, le majestueux Shaking the habitual – que face à un deuxième album de Fever Ray – Elle toute seule, donc. Pourtant il se passe un truc au fil des écoutes. Le disque est moins beau, moins homogène, mais révèle ses pépites. On finit par l’aimer. On finit même par en redemander. Et pas qu’un peu, puisque je l’ai tourné en boucle, un moment donné.

Phoenix – Ti Amo

Je suis embêté avec Phoenix car depuis la sortie de Wolfgang Amadeus Phoenix (2009) je ne peux m’empêcher de « juger » leurs nouveaux disques à l’aune de ce chef d’œuvre absolu. Bankrupt fut donc une déception autant que le fut cette année Ti Amo. De prime abord, du moins. Puis Ti Amo, comme Bankrupt en 2013, a beaucoup tourné chez moi, j’ai fini par accepter son étrange trajectoire, ce voyage italien éphémère, jusqu’à littéralement jubiler à l’écoute en boucle de trois merveilles pop : Fior di latte, Telefono, Tuttifrutti. Dans cet ordre de préférence. J’aime moins le reste, mais c’est pas grave, si Ti Amo n’est pas aussi homogène que WAP, il n’en demeure pas moins une parenthèse estivale savoureuse, autant que l’était cette merveille de Saison 2 de Master of None, avec laquelle il partage plein de points en commun.

Godspeed You ! Black Emperor – Luciferian Tower

Pas encore eu le traditionnel déclic face à ce nouvel album de Godspeed, qui le ferait passer (comme à chaque fois) de « Sans surprise, ça envoie! » à « Ah oui, quand même ! » mais je l’intègre dans (le bas de) cette liste en faisant le pari qu’il entrera au fil des écoutes dans la seconde catégorie. Pour l’instant, disons que ça manque d’amplitude mélodique, à mes oreilles, et le drone de plus en plus marqué dans leur musique me parait un poil plus calculé que sur leurs deux précédents disques. Mais si ça se trouve je le trouverai brusquement génial demain.

Cigarettes after sex – Cigarettes after sex

Dream pop appliquée mais limitée, paresseuse et un peu rébarbative, d’autant que Beach House est passé par-là. Oui mais voilà, si comme moi tu lévites dès que tu retrouves un soupçon de Cocteau Twins, si comme moi Beach House est un cyclone cotonneux dans lequel tu voudrais t’envoler et/ou t’envoyer en l’air ad vita aeternam et représente ce que le genre mais aussi la musique tout court a produit de plus beau ces dernières années, alors tu seras sensible au charme caressant magistralement désuet de Cigarettes after sex. Mention spéciale aux deux très beaux morceaux « Apocalypse » et « John Wayne ». Hype ou pas c’est vraiment une toute petite chose. Aussi agréablement éphémère qu’une taffe. A l’instar du premier The XX ça sent le beau one shot, fragile, qui tient on ne sait pas comment, mais je ne donne pas cher de leur peau pour la suite. J’espère me tromper, évidemment.

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