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Archives pour février 2018

Jusqu’à la garde – Xavier Legrand – 2018

21. Jusqu'à la garde - Xavier Legrand - 2018L’autre.

   8.0   A l’époque de la sortie de son court-métrage multi primé (Avant que de tout perdre, Vu sur Canal, je crois) j’avais trouvé le cinéma de Xavier Legrand singulier, hyper fort mais aussi un peu bancal. J’aimerais bien le revoir maintenant que j’ai vu son long, tiens. Car c’était l’avant Jusqu’à la garde, clairement. J’ai le souvenir d’un beau geste de mise en scène tentant de filmer la fuite du foyer comme un film d’horreur, notamment au cœur d’un supermarché.

     Sous ses allures de film à charge (violences conjugales, domination masculine, système judiciaire) Jusqu’à la garde est un beau portrait de famille à la dérive. Un portrait complexe, qui n’hésite pas à jouer sur le hors champ afin de perturber nos attentes et préjugés. A voir le cercle parental respectif de ces deux entités en conflit. Le désir d’une table rase contre la crainte d’une éviction. A nous faire débarquer dans cette bulle (de mensonges et de violences) comme les juges le font durant la première séquence.

     Ce qui rend ce premier long-métrage surprenant c’est l’angle par lequel il choisit de nous convier dans son drame horrifique. Difficile en effet, dans un premier temps, de savoir si l’on a affaire aux violences d’un père (comme elles sont contées dans la lettre de l’enfant au juge) ou à la manipulation de la mère. Et le film s’en tient très justement à cette ambiguïté en nous faisant suivre le désarroi du père. Car aussi cinglé fusse t-il in fine, c’est un être humain avec ses émotions, humilié par son exclusion du cercle familial.

     Du coup, plutôt que de préserver cette ambiguïté gratuite et de mauvais goût au vue d’un sujet si imposant et sérieux, qui aurait fait entrer le film dans la case spot de prévention, Legrand va choisir son camp, mais sans rester du côté de l’apparent drame social. C’est vers le film d’horreur (Jusque dans sa précision mise en scénique d’une froideur et d’une épure saisissantes) que le glissement va opérer. Vers l’horreur pure. Sans pourtant perdre de vue que nombreuses pistes de réflexion vont nous manquer, comme vient en témoigner ce dernier plan, dans l’embrasure de porte de la voisine de palier.

     Niveau interprétation c’est hallucinant. Sans surprise Léa Drucker et Denis Menochet sont excellents, évidemment. Mais celle qui joue la fille aînée aussi, bien que plus en retrait dans le récit, est sensationnelle notamment durant sa fête d’anniversaire – Incroyable de voir combien le film, dans cette scène encore plus que dans une autre, sait raconter beaucoup sans avoir à expliciter quoi que ce soit : On se dit beaucoup de choses, mais la musique de la fête (Il n’y a aucune autre musique dans le film) nous empêche d’entendre et pourtant on comprend tout ce qui se joue.

     Et puis le jeune garçon, forcément, comment l’oublier. Révélation absolue. Pas vu un gamin aussi bouleversant depuis Billy, dans Kramer contre Kramer. Aussi bien dans le mutisme qu’il s’impose face à son père, que dans sa façon instinctive de propager les mensonges, que dans ses larmes de terreur face au à son croque-mitaine de père dans le home invasion dans lequel le film finit par magistralement glissé.

     Surtout, Jusqu’à la garde est un film très sonore. Si j’ai rarement été aussi terrifié par des silences (Ceux de Menochet dans la voiture, mon dieu) il y a aussi un énorme travail sur les sonorités hors champ. Chaque bruit du quotidien provoque une boule au ventre : L’alarme d’une ceinture de sécurité, une sonnerie de téléphone, un crissement de pneu, un klaxon, un moteur qui s’emballe, une sonnette, un ascenseur. Je crois n’avoir jamais autant entendu ces bruits « domestiques » dans une salle de cinéma.

     D’ailleurs le film s’ouvre dans les couloirs d’un tribunal mais le fond noir évoque d’abord plutôt les résonances d’une prison. Inutile de parler de la fin, qui se situe elle aussi dans une endroit clos, mais je préviens, elle fait très mal. Le suspense y est insoutenable. Je veux pas trop en dire mais j’ai fini dans un état indescriptible. Sans doute car là aussi tout se joue sur des silences et des stridences. Un lointain chuintement, des pleurs retenus, un vacarme tonitruant. Shining chez les Dardenne. Pas sûr que je pourrais le revoir, en fait.

Wonder Wheel – Woody Allen – 2018

20. Wonder Wheel - Woody Allen - 2018Wild at one from the heart.

   7.0   Coney Island, un parc d’attraction, les années 50, Kate Winslet. J’en rêvais du dernier film de Woody Allen. Et j’ai beaucoup aimé. Même si je pense que ça pouvait être encore mieux. Déjà, ce genre de film, il faut que je chiale, sinon je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu raté. Et là j’ai pas chialé. Disons qu’en tant que mélo (tout le miroir entre les douloureux passés des époux, notamment) je trouve le film très beau. Mais j’aurais adoré qu’il occupe davantage l’espace plutôt que de se la couler douce en jolies vignettes et cartes postales, certes suffisamment triturées dans les couleurs et ce qu’elles renferment pour ne pas retomber dans la suffisance de son périple européen. La photo est superbe en effet, c’est un vrai personnage ici. Mais la vie à Coney Island sera, elle, très secondaire. Allen se contentant de servir le récit de ses cinq personnages au centre de chaque séquence, avec leurs aspirations, leur idéalisme, leurs obsessions, leur passé trouble, leur solitude. Et de faire de ce parc d’attraction un lieu imperceptiblement attractif, justement, où les tirs de carabines sont devenus insupportables, la plage peu désirable, qu’elle soit recouverte de touristes sous le soleil ou désertée par temps de pluie, la grande roue devenue symbole d’un magma circulaire imperturbable. Un lieu qui accueille un écrin lumineux aussi bienveillant que terrible – La douceur d’un coucher de soleil est relayée par cette alternance rouge/bleu qui annonce le danger et le drame. Un lieu qui fait naître des amours croisées, qui rapproche de la littérature mais un lieu vecteur de migraine et d’alcoolisme quand il n’est pas observé par des tueurs. Des fulgurances que le film ne parvient pas à faire incarner pleinement, je pense. Mais bon si je pinaille c’est vraiment parce que j’ai pris une méchante calotte avec le film (de Xavier Legrand) suivant (Vu tous deux le même soir) car c’est vachement bien quand même. Dans la continuité du déjà très beau Café Society.

La bonne année – Claude Lelouch – 1973

15. La bonne année - Claude Lelouch - 1973L’amour dérobé.

   8.0   Brillant. Le plus beau film de Lelouch, en ce qui me concerne, sur la dizaine vue à ce jour. C’est une sorte d’état de grâce permanent, miraculeux. Une histoire de vol et une histoire d’amour en symbiose totale, qui se dévorent tour à tour l’une et l’autre, sans jamais vraiment se déliter ni l’une ni l’autre. Parait que Friedkin adore. Et que Kubrick le passait souvent à ses acteurs avant ses tournages. La classe.

     L’ouverture fait pourtant craindre le pire puisque La bonne année s’ouvre sur le final d’Un homme et une femme, sur le quai de gare, recrachée telle quelle. Shabadabada compris. C’était presque éliminatoire d’entrée mais Lelouch se rattrape aussitôt : Générique, le film était en réalité projeté dans une prison où il y est copieusement sifflé. Sur ce, Lino Ventura apparait. On oublie Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant, c’est une nouvelle histoire qui démarre.

     Le premier quart d’heure est en noir et blanc. On est en 1973 et Lino écope d’une remise de peine maquillée. On apprendra plus tard qu’on le laissait sortir en espérant qu’il retrouve son complice toujours en fuite. Il ira rejoindre sa bien-aimée mais verra qu’un autre homme a pris sa place. C’est alors que la couleur fait son apparition. On est en 1966 et on comprend qu’on va assister aux préparatifs du casse qui fera très probablement arrêter Lino.

     Lelouch filme ça avec rigueur et minutie. Il prend son temps, on a presque la sensation d’être dans un Melville. Mais il va très vite troquer le dispositif du braquage pour tenter une embardée romantique, entre Lino Ventura et Françoise Fabian (au sommet de sa beauté) qui joue l’antiquaire voisine de la bijouterie visée. Je te vois venir. Tu penses que l’histoire d’amour va contaminer la réussite du casse et condamner Lino. Bah même pas. Si ce n’est que ça humanise le personnage, le détache de son objectif, le rend soudain vulnérable alors qu’il paraissait méthodique, l’idylle n’est pas l’argument du fiasco. Dans le récit tout du moins. Mais elle l’est d’un point de vue théorique : C’est le polar qui perd, l’histoire d’amour qui gagne. On est bien chez Lelouch.

     Obnubilé par le fait de ne pas quitter le bijoutier pendant deux minutes et treize secondes (tandis que son complice file diamants en mains pour San Remo) Lino oublie que les issues de l’établissement se bloquent dès l’instant que le coffre-fort reste ouvert plus de deux minutes. Ça se joue sur rien. Et Lino joue magnifiquement la résignation. Autant que le bijoutier est merveilleux d’opportunisme glaçant, dans un premier temps, de sadisme gêné (un mélange de peur et d’admiration) à l’instant du fiasco de son agresseur. Tous les acteurs sont extraordinaires ici, de toute façon.

     Il y a tout un tas de moments géniaux, à l’image de ce plan (hélico, on suppose) qui suit l’itinéraire des braqueurs en bagnole de la bijouterie au port. Plan d’autant plus beau et osé qu’il met en scène une simple répétition. C’est l’unique scène d’action du film et ce n’est qu’un entrainement. J’adore quand on filme les répétitions de casse dans les films, je m’en rends compte. J’ai un super souvenir du film de Leconte, avec Lanvin et Giraudeau, Les spécialistes, notamment cette scène où ils tentent de passer, en voiture, entre deux bidons pour simuler les étroites cloisons d’une ruelle.

     Il y a plein d’autres trouvailles comme ces cartons faisant défiler les années sur fond noir avec en fond sonore les conversations parloir de Ventura et Fabian. Des ruptures de rythme hyper casse-gueule – Il y a mille façons de sortir du film, mais on ne veut pourtant pas en sortir. Ainsi que de nombreuses versions mentales alternatives de certaines scènes : Belles car Lelouch n’en abuse pas. Il y a aussi ces trois superbes plans de bascule sur l’attente d’un taxi. Ainsi qu’un bouleversant échange de regards final. Et trois dialogues, immenses, merveilleux, quasi hors du récit, entre elle et lui, au restaurant, dans la rue, au lit. Dotés chaque fois de plans à rallonge, comme pour les unir contre tout.

Les quatre soeurs – Claude Lanzmann – 2018

16. Les quatre soeurs - Claude Lanzmann - 2018« Le soleil brillera sur moi »

   7.5   Il s’agit d’un cinquième complément de programme à son Shoah (1985) Lanzmann ayant choisi de monter quatre témoignages de rescapées des camps, comme il l’avait fait avec Maurice Rossel dans Un vivant qui passe (1997), avec Yehuda Lerner dans Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), avec Jan Karski dans Le rapport Karski (2010) et celui que je n’ai pas encore vu : avec Benjamin Murmelstein, dans Le dernier des injustes (2013).

     La première partie, intitulée Le serment d’Hippocrate, la plus longue des quatre (90 minutes) s’intéresse au récit de Ruth Elias, jeune tchécoslovaque de 17 ans, déportée à Theresienstadt, survivante par somme de coïncidences, ayant perdu toute sa famille à Auschwitz. Lanzmann lui laisse entièrement la parole, c’est à peine s’il intervient pour poser des questions comme il le faisait régulièrement, parfois durement et crûment, lors des nombreux témoignages moins imposants de Shoah. C’est que Ruth Elias a jadis écrit dans ses mémoires « Triumph of Hope » ce qu’elle raconte ici, face caméra. Car écrire, c’est ce qui lui a permis de survivre, dit-elle. Et il est évident qu’il faut beaucoup de recul et d’habitude à retranscrire ses souvenirs pour ne pas se laisser submerger tant c’est souvent insoutenable et raconté dans les moindres détails. La carte du père, les autres femmes enceintes à ses côtés, son bébé – le seul moment où elle ne parviendra pas à retenir ses larmes. Ce témoignage est surtout l’occasion de raconter ce qu’on a peu entendu : Ruth Elias a d’abord été heureuse de sa déportation puisqu’elle y retrouvait son amoureux. Avant les issues que l’on sait, évidemment. C’est donc un témoignage fort, qui permet une fois de plus de constater qu’il était impossible de s’attendre à ça. Elle raconte aussi combien la musique (l’accordéon, surtout, dont elle rejouera pour l’interview l’une des chansons qu’elle entonnait dans les camps) et la cuisine l’ont sauvée.

     Le deuxième segment se penche sur le récit d’Ada Lichtman, cracovienne déportée dans le camp de Sobibor, dans lequel elle perdra son père et son mari, avant d’en réchapper dans l’évasion d’Octobre 1943. On peut déjà faire des ponts avec le récit précédent : Le fétichisme de l’accordéon, déjà, qu’on remplace ici par des poupées. Dans les deux cas, c’est une obsession née des camps de la mort, la matérialisation du souvenir, dont on ne peut se défaire. Ada raconte avoir été tourmenté par la vision de ces poupées par centaines qui étaient arrachées aux mains des enfants juifs et qu’elle devait, avec d’autres femmes, remettre en état et vêtir de vêtements retrouvés, pour les progénitures des soldats SS. Impensable, lui lâche Lanzmann. Aussi impensable que d’être dans un camp de la mort, lui répond t-elle. Quant à la terreur Josef Mengele (qui intervenait dans presque chacun des souvenirs de Ruth Elias) c’est ici un certain Wagner qui le remplace. Welfen (Le loup) comme les déportés le surnommaient entre eux, avoue Ada Lichtman. Ils n’étaient pas tous méchants, il y avait même des gentils, reconnaît-elle, mais il y avait des Wagner. La puce joyeuse du titre de cette seconde partie fait référence à l’écriteau qui surplombait la maison des allemands dans le camp de Sobibor.

     Le troisième segment donne la parole à une polonaise de Lodz, Paula Biren, parquée dans le ghetto Baluty, l’un des trois quartiers délabrés de la ville, avant sa déportation à Auschwitz. Contrairement aux deux autres parties, Lanzmann entretient un vrai dialogue avec elle, d’abord sur une plage puis chez elle, la poussant parfois dans ses retranchements (comme il lui arrivait de le faire dans Shoah) tant il sent de la gêne et de la retenue à raconter ce qu’elle a vu, vécu, ou entendu. Il interroge aussi sa propre culpabilité dans la mesure où c’est sans doute d’avoir « travaillé » pour les allemands (elle y faisait des manteaux pour les soldats de la Wehrmacht) qui permet sa présence aujourd’hui. Elle avouera qu’elle s’est longtemps sentie coupable de vivre au détriment des autres, sa famille comprise. Avant d’admettre qu’elle n’avait d’autre choix que celui de se suicider, ce que beaucoup faisaient. Ce segment a la particularité d’être accompagné de photos d’archives du ghetto de Lodz.

     Enfin, Lanzmann écoute Hanna Marton, transylvanienne de Cluj, qui fit partie d’un convoi sauvage de 1684 juifs vers la Suisse, qui devait échapper à une mort certaine grâce aux tractations financières menées par le président du Comité de sauvetage, Rudolf Kastner. Improbable Arche de Noé qui ne relevait finalement que d’une négociation d’argent avec Adolf Eichmann, haut fonctionnaire nazi. 1684 juifs allaient être savamment répertoriés dans des listes et sauvés quand 450.000 autres seraient gazés à Birkenau. Le début de ce témoignage est entrecoupé d’images de la ville de Cluj.

     Quatre témoignages essentiels, donc. Mais je continue de me poser des questions. Non pas sur l’utilité de la retranscription, mais sur le pourquoi de ces retranscriptions aujourd’hui, en 2018, puisque ce sont clairement des « chutes » de Shoah, non montées à l’époque du fait de leur longueur. Comment des témoignages aussi importants ont-ils pu rester dans l’ombre depuis plus de trente ans ?

Petit paysan – Hubert Charuel – 2017

30. Petit paysan - Hubert Charuel - 2017Contagion.

   7.0   Très beau film. Très juste, donc très dur. Trop dur pour moi, je crois. Toujours eu beaucoup de difficulté avec ce genre d’images : La propagation de la maladie, les vaches mortes trainées par le tracteur, la dernière traite, les corps des bêtes entassées, l’adieu au veau, c’est vraiment difficile pour moi. Evidemment c’est du cinéma, autrement dit du faux, mais la précision documentaire avec laquelle tout cela est montré – la solitude et la détresse paysanne, son quotidien quasi carcéral, la menace de son effondrement brutal et tragique – me met mal à l’aise plutôt qu’autre chose – On n’est pas si loin de ce qu’en proposait Depardon dans sa trilogie rurale – au point qu’il m’est difficile de m’attacher à ce personnage, de percevoir ce qui le motive à s’enfoncer dans le mensonge. C’est un détail mais c’est quand même un gros détail. Reste que le film est fort, en effet, aussi bien d’un point de vue chronique agricole que dans son glissement vers le thriller. Après, le sujet est bien trop grave, imposant, personnel pour que la mise en scène se lâche vraiment mais on sent qu’Hubert Charuel a largement ce potentiel – L’idée de la chorégraphie macabre rendue par le bruit de la trayeuse, c’est magnifique. Le rêve de la séquence introductive dans lequel les vaches ont investi la cuisine du personnage, qui tente de se frayer un chemin entre elles, raconte déjà beaucoup du film à venir autant qu’il est un portrait de son auteur, devenu cinéaste par passion tandis que tout le prédestinait à devenir, comme ses parents, éleveur de vaches laitières. Tous les acteurs sont prodigieux. Le jeune Swann Arlaud évidemment. Mais aussi la toujours impeccable Sara Giraudeau qui campe sa sœur, vétérinaire. Ainsi que ceux qu’on voit moins : Les parents, la boulangère, le paysan youtubeur, le vieux voisin. Campés par des acteurs connus (Bouli Lanners, Isabelle Candelier) ou non, ils sont tous absolument parfaits. A part ça, rien à voir, mais j’ai été perturbé de voir une ressemblance frappante entre Swann Arlaud et Philippe Duclos. Certes, on n’a jamais vu ce dernier aussi jeune au cinéma, mais si on revoyait les premiers Desplechin, entre autre, je suis persuadé que ce serait flagrant. Ils ont la même gueule.

Barbara – Mathieu Amalric – 2017

22. Barbara - Mathieu Amalric - 2017Baliboring.

   3.5   A moins d’être un amoureux de Barbara et/ou un amoureux de Balibar, difficile d’être sinon ému, au moins emporté dans ce dédale désincarné d’un auteur auto-proclamé, où le film dans le film, la fiction dans le réel, le réel dans la fiction, le personnage dans l’actrice, l’actrice dans le personnage ne cessent d’évoluer en couches superposées, offrant certes parfois de beaux instants de vertige et de mélancolie mais le plus souvent un ennui terrible. Jamais été fan d’Amalric réalisateur de toute façon, mais je me raccrochais à plein de choses dans Tournée et surtout dans La chambre bleue. Là je vois le geste théorique, la passion des jeux de miroirs, un besoin de filmer son ex, mais ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. 

Monsieur & Madame Adelman – Nicolas Bedos – 2017

18. Monsieur & Madame Adelman - Nicolas Bedos - 2017Jeune branleur.

   2.0   Les adjectifs ne manquent pas : Moche, effréné, boursouflé, vulgaire, épileptique, jaune, hystérique, insupportable. Assez représentatif de l’idée que je me faisais d’un film de Nicolas Bedos, qui parvient à faire aussi nul que le Vicky de sa petite sœur. Et puis c’est vide, racoleur, faussement subversif et ça croit réinventer une manière de raconter, mais tout y est vieux, bourgeois. Façon 99F. D’ailleurs on pense beaucoup au film de Kounen. Ainsi qu’à Beigbeder (Et sa daube L’idéal) voire par instants à Jeunet. Moins l’émotion et « la beauté dans la laideur » qu’on peut parfois trouver chez ce dernier. Et puis ça dure deux heures cette plaisanterie. Ça me fait un peu mal au cul que le film soit nommé dans la catégorie meilleur premier film (aux côtés de Patients, Grave, Jeune femme, Petit Paysan, fallait bien un intrus de taille) au détriment d’Ava, mais bon.

Le Redoutable – Michel Hazanavicius – 2017

08. Le Redoutable - Michel Hazanavicius - 2017Deux ou trois choses qu’on sait de lui.

   6.5   J’attendais un naufrage intégral, en fait j’ai beaucoup aimé. Déjà c’est mieux que The Artist, c’est plus courageux. Hazanavicius fait un biopic à sa façon, en restant à la fois loin des conventions du genre tout en restant proche de Godard, dans l’imitation de Godard en tout cas. Ça donne quelque chose d’hyper bancal, voire d’un peu raté, mais d’assez touchant dans la démarche et la réalisation. On est souvent dans la farce, mais aussi beaucoup dans la mélancolie. Souvent dans l’imitation de Godard, mais beaucoup dans la patte Hazanavicius, aussi, j’ai trouvé – notamment dans la longue séquence dans la bagnole. J’ai tendance à dire qu’il est surtout le cinéaste d’OSS 117 (et j’ai d’ailleurs découvert Le redoutable la veille qu’on apprenne le retour des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath pour 2019) mais pour le coup, je trouve ce film très fort dans son genre. Osé ne serait-ce que dans son choix de faire singer Godard par Louis Garrel. WTF. Osé tant il peut rendre indifférent ceux qui n’ont jamais vu un Godard (Tout le grand public en gros) autant qu’il peut s’attirer les foudres des fans. Moi perso, ça m’a donné envie de voir (La chinoise, notamment, que j’ai jamais vu) ou revoir plein de Godard, donc rien que pour ça, le film me plait.

Le sens de la fête – Eric Toledano & Olivier Nakache – 2017

05. Le sens de la fête - Eric Toledano & Olivier Nakache - 2017Mariage heureux ou presque.

   6.5   Je ne sais plus où j’ai lu qu’on disait du dernier film de Nakache & Toledano qu’il est une machine de guerre dans le paysage de la comédie française. Et c’est exactement ça, en effet. C’est d’autant plus impressionnant que c’est pas si évident à tenir, je pense, cet équilibre.

     Avec Le sens de la fête, ici et Patients la veille, voilà bien longtemps que je n’avais pas ri comme ça, devant une comédie populaire digne de ce nom. C’est pas le même rire, en plus, c’est ce qui rend ces deux films si essentiels aujourd’hui, surtout si l’on veut combattre les Raid Dingue et consorts.

     Le Sens de la fête c’est une sorte de mixture entre Garçon, de Sautet et The Party, de Blake Edwards. On y retrouve la mécanique circulaire entre « salle » et « coulisses » et l’effervescence des relations au sein de la brigade du premier, la plongée burlesque jusqu’à tout faire péter du second. Sans qu’aucune de ces deux références ne viennent vampiriser le film. Car c’est surtout un film de Nakache & Toledano : Leur « Nos jours heureux » des Mariages.

     Le film enquille deux heures durant ou presque les (running)gags et les vannes, fait se chevaucher de multiples petites histoires, fait exister tout un tas de personnages (même si parfois on leur offre un mono gag à tenir en boucle) tout en rentrant dans le rang à la fin pour vanter les mérites de la solidarité.

     En somme c’est une très belle comédie de droite. On a eu les deux en 2017, puisque Problemos est une très belle comédie de gauche. Quoiqu’il en soit on a beaucoup parlé du discours pro patrons du film. Difficile de ne pas le voir, en effet. D’autant qu’il est multiple : Déjà là lors d’une scène d’ouverture détachée (Font chier ces futurs mariés à vouloir défaire et refaire toutes les organisations) puis plus tard avec « le faux gars de l’URSSAF » qui me permet d’entendre le même discours que celui que j’entends au-dessus de moi au boulot à longueur de journée (Les impôts c’est cher, les salariés c’est cher) puis dans le pétage de plombs de Bacri, forcément, personnage que le film nous a rendu attachant, lui qui se saigne pour ses employés. Difficile aussi de ne pas y voir une projection de l’entreprise Nakache/Toledano, aussi plaintifs qu’ils seront bientôt reconnaissants.

     Je comprends que ça puisse gêner voire que l’on puisse trouver ça inadmissible. D’autant plus aujourd’hui, à l’ère Macron. Moi ça ne m’a pas dérangé. Enfin moins que dans le dernier Klapisch, quoi. D’une part car le film prolonge l’idée de Nos jours heureux dans lequel tout convergeait autour d’un chef de colo, malgré, déjà, la grande famille de personnage brossée. D’autre part car c’est la mécanique fraternelle qui l’emporte à la fin. Sans compter que les personnages les plus pathétiques sont ceux qui ont le plus de pouvoir.

      Alors il y a quand même un tas de choses qui pose problème là-dedans, des trucs trop appuyés qui existent pour créer des gags de situations et non pour enrichir les personnages (tout le côté rom’com, en gros) et des trucs qui me gênaient déjà dans Nos jours heureux mais qui, déjà, ne me gâchaient pas le plaisir global du film.

     Si je devais vraiment me plaindre ça se jouerait moins sur la macronite du film ni sur l’interprétation attendue chacun dans son domaine (Bacri fait du Bacri, Lellouche du Lellouche, Rouve du Rouve, Macaigne du Macaigne mais ils le font tous tellement bien) que dans le portrait grossier de « la clientèle » tant le marié, la femme du marié, la mère du marié, sont des personnages écrits lourdement et esquissés au forceps pour accentuer la mécanique comique. Si je fais exception de ces petites choses, je vais pas te mentir, j’ai tellement ri, tellement été embarqué qu’il serait malhonnête de ma part de ne pas reconnaître que j’ai beaucoup aimé.

Patients – Grand Corps Malade & Mehdi Idir – 2017

04. Patients - Grand Corps Malade & Mehdi Idir - 2017La vanne c’est la vie.

   7.0   Je lance mes rattrapages de films nommés aux Cesar avec la première réalisation de Grand Corps Malade, film bien reçu partout, presse et public compris. Ce qui prouve, n’en déplaise à Dany Boon, qu’on peut faire du cinéma populaire intelligent.

     Les excellents retours entendus autour de moi depuis sa sortie n’étaient pas usurpés, Patients est un très beau film, un feel-good movie brillamment écrit, drôle sans tomber dans l’excès de vannes du film trop cool (façon Polisse) et campés par de magnifiques comédiens  incarnant des personnages bien fouillés, développés, complexes.

     L’intégralité du film se déroule dans un centre de rééducation sur une durée d’environ un an dans la mesure où l’on suit le « séjour » de Ben, tétraplégique incomplet, de son entrée à sa sortie. L’histoire de Ben c’est évidemment celle de Grand Corps Malade. Ça on l’a vite assimilé. On apprendra par ailleurs que le centre en question est celui où il fit sa propre rééducation.

     Le film s’amuse beaucoup à recréer les années 90 (Celles durant lesquelles la vie de l’auteur a changé) sur des petites touches minuscules puisque recréer une époque dans un hôpital c’est pas simple. C’est ici une émission, là un vêtement. Un polo Com8, un sweat Champion, un clip Patricia Kaas, Intervilles, le M6 Boutique.

     Il y a bien quelques parti pris de mise en scène un peu lourds à l’image de ces trois séquences musicales, sous Lunatic, Nas, puis The Roots, au ralenti macro ou en accéléré pour les unes, en travelling latéral pour illustrer le passage du temps dans l’autre, mais globalement c’est fait avec sobriété, sans esbroufe, en tout cas ce n’est jamais rédhibitoire, ça remplace le traditionnel chapitrage.

     Même le début avait tendance à faire peur avec sa caméra subjective bien glauque façon Le scaphandre et le papillon mais si le procédé est vite remis aux oubliettes, il permet surtout d’entrer dans le film au plus près de son personnage, puisqu’on entre en lui avant de faire connaissance, en même temps que lui, avec son nouvel univers : les lieux, le personnel et les autres patients (avec quelques superbes trouvailles), l’ennui et comment le combler.

     Le film brosse surtout de très beaux portraits, entre les camarades de chambre, de couloir, de cantine : Un garçon blessé par balle, un accidenté de la route, un handicapé depuis l’âge de quatre ans, entre autre. Chacun ses séquelles, chacun sa vitesse de progression. Quand progression il y a. Et c’est là toute la cruauté de la situation et ce pourquoi le film ne pouvait le traiter autrement que sur ce registre qui est aussi le registre, disons plutôt le tempérament, de Ben. Si le film avait choisi de suivre Steeve, nul doute que sa dynamique aurait été différente.

     Chacun a donc son histoire, son handicap, son passé, une raison d’y croire ou de ne pas y croire. A ce titre l’embryon de romance, que j’ai d’abord perçue comme une facilité de scénario, est une riche idée tant ça permet de déceler les différences de tempérament. Difficile de trouver un terrain d’entente quand l’une a survécu à son suicide et l’autre est là pour un débile accident de plongeon dans une piscine. L’issue de cette relation est là encore traitée avec une grande intelligence.

     Le film serait évidemment peu sans ses nombreuses joutes verbales, parfois hilarantes (On n’est pas loin d’un combo La Haine / Le ciel, les oiseaux et ta mère) tant tout se joue sur le registre de la vanne, le meilleur rempart fraternel face au désespoir latent. Le film dure pas loin de deux heures et on ne les voit pas passer. Epatant premier essai.

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