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Archives pour 19 février, 2018

Rouge Midi – Robert Guédiguian – 1985

32. Rouge Midi - Robert Guédiguian - 1985Voyage à travers une famille Estaquéenne.

   7.5   Si l’errance mi solaire mi suicidaire de Dernier Eté se déroulait sur un espace de temporalité restreint, Guédiguian change radicalement de braquet et embrasse la fresque familiale sur plusieurs décennies dans Rouge Midi. Si sa qualité narrative demande encore à évoluer, se densifier, à gérer mieux ses ellipses, parfois trop conséquentes et brutales pour que l’amplitude du récit n’en soit pas amoindri, l’élan est plus que prometteur, le geste courageux. Si le début du film est plus extérieur et ressemble parfois à du Renoir, la seconde partie se déploie comme dans un Fassbinder.

     Gérard Meylan joue un jeune ouvrier qui va se marier avec une jeune immigrée italienne jouée par Ariane Ascaride. Auparavant, on les aura vu enfants, lors de son arrivée à elle et sa famille à Marseille, lors des courses de crawl à lui dans le port de plaisance. On va suivre Meylan (Le personnage central du film, qui s’ouvre et se ferme sur lui, fumant une cigarette sur un balcon) dans sa vie de mari, de père, puis de grand-père, avant qu’il ne meurt et réapparaisse dans la peau du petit fils qui a grandi.

     Pas étonnant que Guédiguian retrouve cette circularité qui habitait déjà Dernier Eté, mais sur une temporalité cent fois plus élastique. Cette volonté de brasser l’éternelle boucle prend toute sa mesure lorsque l’enfant des années 70, Sauveur, portera le nom francisé de son oncle assassinée, Salvatore. Boucle toujours, avec cette ouverture et l’arrivée de cette famille calabraise dans le quartier de l’Estaque puis cette fermeture, avec le départ de Marseille du jeune homme.

     Les derniers instants dans le train, silencieux, sont très beaux. Après avoir dévoilé en quelques plans les vestiges de la période Front Populaire et certains lieux décrépis qu’on a traversés, Guédiguian surplombe ce Marseille des années 80, lui offre une vue d’ensemble majestueuse, tout en le fuyant par sa voie ferrée, entre ses roches et terrains vagues qui renferment pour le spectateur d’aujourd’hui moult aventures de Dernier Eté à La Villa, en passant par La Ville est tranquille. Fin sublime, poétique, pour un film certes inégal dans son déploiement, mais terriblement attachant dans sa tentative de fresque aussi grandiose sur le papier qu’elle s’avère au final intime, modeste et pensée avec les moyens du bord.

     Le plus étonnant étant de constater combien Rouge Midi s’oppose en tout point à Dernier Eté et pourtant à quel point on reconnait la patte Guédiguian dans les deux films. L’un stagne tragiquement comme si le temps s’était arrêté, l’autre recule loin dans le temps pour mieux avancer. Constater finalement combien ce sont deux films qui se complètent et qui forment les deux faces d’une même pièce, que Guédiguian gardera plus ou moins (J’attends de voir ce que je n’ai pas vu) durant toute sa carrière.

L’important c’est d’aimer – Andrzej Zulawski – 1975

29. L'important c'est d'aimer - Andrzej Zulawski - 1975Répulsion.

   5.5   Ça viendra peut-être un jour, qui sait, en attendant, mes rapports avec le cinéma de Zulawski restent un peu houleux. Vu à ce jour trois films (réputés) forts, complètement pétés, devant lesquels mon admiration passagère se dispute (parfois instantanément dans Cosmos, parfois par petites touches brutales et vraiment insupportables, ici ou dans Possession, qu’il faudrait toutefois que je revoie) à un rejet total, de sa complaisance globale dans son obsession de tout détraquer, de façon trop ostensible, trop forcé, capitalisant donc moins sur un état de sidération constant que sur un désagréable sentiment de pose.

     L’équilibre (pourtant trouvé dans un entrée en matière hallucinante et hallucinogène, qui convoque autant Passion que Blow Up) est souvent rompu dans L’important c’est d’aimer, ce malgré le vertige de certaines de ses percées, sa mélancolie palpable et sa volonté de cinéma de passionné au moins aussi passionné que cette folle histoire d’amour et de scène, trio destructeur qui reprend aussi bien Le Mépris (Formellement revendiqué par la musique cathartique de Delerue donc chaque pic d’apparition rappelle forcément ceux du chef d’œuvre de Godard ; Foncièrement évoqué lors de la plus belle séquence du film, au restaurant, entre Romy Schneider (magistrale) et un bouleversant Jacques Dutronc en clown triste) qu’il annonce, un peu, la mécanique tragique de Crash. Si on est loin de Cronenberg, il y a quelque chose de très cru dans le regard posé par Zulawski sur cette relation conjugale destructrice et une attirance flagrante pour les déformations tant les sourires mutent souvent en hurlements et vice-versa.

     Difficile de me situer par rapport à ce film, donc. Je ne peux pas dire que je n’aime pas, comme dirait Thérèse. Mais c’est l’intervention de ces gros sabots, parfois, qui m’empêche de m’y abandonner, qui m’extirpe brutalement de sa mécanique délirante. J’y vois autant de belles choses que j’en suis agacé par d’autres. Pas étonnant de croiser Klaus Kinski chez Zulawski, en tout cas. Cet acteur semblait tellement fait pour ce cinéma baroque, c’est hallucinant. Reste que je le préfère nettement chez Herzog. Autant que je préfère le cinéma d’Herzog, en somme.


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