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Archives pour 28 février, 2018

Jusqu’à la garde – Xavier Legrand – 2018

21. Jusqu'à la garde - Xavier Legrand - 2018L’autre.

   8.0   A l’époque de la sortie de son court-métrage multi primé (Avant que de tout perdre, Vu sur Canal, je crois) j’avais trouvé le cinéma de Xavier Legrand singulier, hyper fort mais aussi un peu bancal. J’aimerais bien le revoir maintenant que j’ai vu son long, tiens. Car c’était l’avant Jusqu’à la garde, clairement. J’ai le souvenir d’un beau geste de mise en scène tentant de filmer la fuite du foyer comme un film d’horreur, notamment au cœur d’un supermarché.

     Sous ses allures de film à charge (violences conjugales, domination masculine, système judiciaire) Jusqu’à la garde est un beau portrait de famille à la dérive. Un portrait complexe, qui n’hésite pas à jouer sur le hors champ afin de perturber nos attentes et préjugés. A voir le cercle parental respectif de ces deux entités en conflit. Le désir d’une table rase contre la crainte d’une éviction. A nous faire débarquer dans cette bulle (de mensonges et de violences) comme les juges le font durant la première séquence.

     Ce qui rend ce premier long-métrage surprenant c’est l’angle par lequel il choisit de nous convier dans son drame horrifique. Difficile en effet, dans un premier temps, de savoir si l’on a affaire aux violences d’un père (comme elles sont contées dans la lettre de l’enfant au juge) ou à la manipulation de la mère. Et le film s’en tient très justement à cette ambiguïté en nous faisant suivre le désarroi du père. Car aussi cinglé fusse t-il in fine, c’est un être humain avec ses émotions, humilié par son exclusion du cercle familial.

     Du coup, plutôt que de préserver cette ambiguïté gratuite et de mauvais goût au vue d’un sujet si imposant et sérieux, qui aurait fait entrer le film dans la case spot de prévention, Legrand va choisir son camp, mais sans rester du côté de l’apparent drame social. C’est vers le film d’horreur (Jusque dans sa précision mise en scénique d’une froideur et d’une épure saisissantes) que le glissement va opérer. Vers l’horreur pure. Sans pourtant perdre de vue que nombreuses pistes de réflexion vont nous manquer, comme vient en témoigner ce dernier plan, dans l’embrasure de porte de la voisine de palier.

     Niveau interprétation c’est hallucinant. Sans surprise Léa Drucker et Denis Menochet sont excellents, évidemment. Mais celle qui joue la fille aînée aussi, bien que plus en retrait dans le récit, est sensationnelle notamment durant sa fête d’anniversaire – Incroyable de voir combien le film, dans cette scène encore plus que dans une autre, sait raconter beaucoup sans avoir à expliciter quoi que ce soit : On se dit beaucoup de choses, mais la musique de la fête (Il n’y a aucune autre musique dans le film) nous empêche d’entendre et pourtant on comprend tout ce qui se joue.

     Et puis le jeune garçon, forcément, comment l’oublier. Révélation absolue. Pas vu un gamin aussi bouleversant depuis Billy, dans Kramer contre Kramer. Aussi bien dans le mutisme qu’il s’impose face à son père, que dans sa façon instinctive de propager les mensonges, que dans ses larmes de terreur face au à son croque-mitaine de père dans le home invasion dans lequel le film finit par magistralement glissé.

     Surtout, Jusqu’à la garde est un film très sonore. Si j’ai rarement été aussi terrifié par des silences (Ceux de Menochet dans la voiture, mon dieu) il y a aussi un énorme travail sur les sonorités hors champ. Chaque bruit du quotidien provoque une boule au ventre : L’alarme d’une ceinture de sécurité, une sonnerie de téléphone, un crissement de pneu, un klaxon, un moteur qui s’emballe, une sonnette, un ascenseur. Je crois n’avoir jamais autant entendu ces bruits « domestiques » dans une salle de cinéma.

     D’ailleurs le film s’ouvre dans les couloirs d’un tribunal mais le fond noir évoque d’abord plutôt les résonances d’une prison. Inutile de parler de la fin, qui se situe elle aussi dans une endroit clos, mais je préviens, elle fait très mal. Le suspense y est insoutenable. Je veux pas trop en dire mais j’ai fini dans un état indescriptible. Sans doute car là aussi tout se joue sur des silences et des stridences. Un lointain chuintement, des pleurs retenus, un vacarme tonitruant. Shining chez les Dardenne. Pas sûr que je pourrais le revoir, en fait.

Wonder Wheel – Woody Allen – 2018

20. Wonder Wheel - Woody Allen - 2018Wild at one from the heart.

   7.0   Coney Island, un parc d’attraction, les années 50, Kate Winslet. J’en rêvais du dernier film de Woody Allen. Et j’ai beaucoup aimé. Même si je pense que ça pouvait être encore mieux. Déjà, ce genre de film, il faut que je chiale, sinon je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu raté. Et là j’ai pas chialé. Disons qu’en tant que mélo (tout le miroir entre les douloureux passés des époux, notamment) je trouve le film très beau. Mais j’aurais adoré qu’il occupe davantage l’espace plutôt que de se la couler douce en jolies vignettes et cartes postales, certes suffisamment triturées dans les couleurs et ce qu’elles renferment pour ne pas retomber dans la suffisance de son périple européen. La photo est superbe en effet, c’est un vrai personnage ici. Mais la vie à Coney Island sera, elle, très secondaire. Allen se contentant de servir le récit de ses cinq personnages au centre de chaque séquence, avec leurs aspirations, leur idéalisme, leurs obsessions, leur passé trouble, leur solitude. Et de faire de ce parc d’attraction un lieu imperceptiblement attractif, justement, où les tirs de carabines sont devenus insupportables, la plage peu désirable, qu’elle soit recouverte de touristes sous le soleil ou désertée par temps de pluie, la grande roue devenue symbole d’un magma circulaire imperturbable. Un lieu qui accueille un écrin lumineux aussi bienveillant que terrible – La douceur d’un coucher de soleil est relayée par cette alternance rouge/bleu qui annonce le danger et le drame. Un lieu qui fait naître des amours croisées, qui rapproche de la littérature mais un lieu vecteur de migraine et d’alcoolisme quand il n’est pas observé par des tueurs. Des fulgurances que le film ne parvient pas à faire incarner pleinement, je pense. Mais bon si je pinaille c’est vraiment parce que j’ai pris une méchante calotte avec le film (de Xavier Legrand) suivant (Vu tous deux le même soir) car c’est vachement bien quand même. Dans la continuité du déjà très beau Café Society.


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