• Accueil
  • > Archives pour février 2018

Archives pour février 2018



French Cancan – Jean Renoir – 1955

20. French Cancan - Jean Renoir - 1955L’artiste, le prince ou l’amant.

   6.5   Fort de ses premières expériences couleurs sur Le fleuve (film américain tourné en Inde) et Le carrosse d’or (son retour en Europe, par l’Italie) Renoir semble tourner French Cancan (Son retour en France depuis son exil américain en 1940) pour toutes les vertus que lui offre le Technicolor. C’est en effet un véritable ballet de couleurs vives qui rythme chaque séquence, dansée ou non, avec comme objectif de faire de son Montmartre de studio un petit théâtre plein de vie, fait de liesses et de bagarres, de petits drames et de grands moments de joie. Une ode à la petite vie parisienne, en somme. Pas évident d’entrer dans son tempo mais c’est typiquement le genre de film qui monte en puissance au fil des minutes, d’une part car on accepte ce qui au départ peut nous gêner, d’autre part car son dernier acte (et sa façon de glisser vers ce dernier acte) soit celui de la représentation dont on parle très rapidement dans le film, est un hallucinant portrait de la scène, des coulisses et de la salle des convives dans une spirale mise en scénique d’une beauté folle. Auparavant, le film est rythmé par l’histoire de Nini, atteint du syndrome du Fear of missing out, dont le cœur est ballotté entre trois hommes, et notamment cette idée géniale du prince charmant trop charmant pour qu’on le garde. Bref, si le film tombe par instants dans une hystérie franchement embarrassante, le tourbillon final dansant efface les réticences quant à ce qu’on vient de voir d’un film un peu trop vieille France dans le texte et la réalisation. Et puis Gabin ne vampirise pas trop le projet et s’avère être l’alter ego de Renoir tout au long du métrage (Il veut créer avant tout) qui plus est lors de cette ultime séquence où il choisit de vivre son show des coulisses, à l’oreille, en espérant qu’il ne s’arrêtera jamais. C’est très beau. Comme souvent dès qu’on suit davantage les coulisses que la représentation (Citons pas du tout au hasard : Opening night, le chef d’oeuvre de Cassavetes) ça me touche infiniment.

Ce qui nous lie – Cédric Klapisch – 2017

17. Ce qui nous lie - Cédric Klapisch - 2017Ce qui me saoule.

   3.5   De Klapisch je reste tout particulièrement attaché au Péril jeune et à sa « trilogie Erasmus ». Le reste je m’en fiche sinon pire. Paris c’était affreux. Ma part du gâteau tentait lui la rom’com contrariée entre un trader et sa femme de ménage. Gros film de droite sur lequel planait Karin Viard récitant à la perfection sa partition habituelle et le gros Lellouche aussi insipide que d’habitude. J’en garde le souvenir d’un gros film sarkozyste bien ancré dans son temps.

     L’idée de faire un film sur trois jeunes vignerons, frères et sœurs, bien emmerdés pour assumer les droits de succession du vignoble après le décès de leur père, est aussi logique que paradoxale tant c’est dans la continuité de la droitisation de son cinéma et un peu anachronique dans son sujet : C’est quasi chiraquien, en fait. Bref, tout laissait penser que Klapisch avait enfin assumé ses orientations politiques.

     Et le film est parfois attachant parce que ses trois acteurs le sont. On sent d’ailleurs que Klapisch prend ces trois-là (Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil) pour faire du pied à la presse de gauche. Il brode aussi quelques messages de tolérances et construit des embryons d’histoire d’amour entre les vignerons et les vendangeurs pour donner le sentiment que tous sont sur la même longueur d’onde.

     Mais pour ne pas faire trop bisounours il insère des petits conflits c’est-à-dire qu’il disloque sa mécanique « Point de fête sans le vin » pour se donner bonne conscience – La scène des premières vendanges en est le plus fidèle exemple : Les jeunes sont relous à faire les cons avec le raisin, oui. Mais les patrons sont chiants aussi à ne plus vouloir se marrer, oui. Mais les jeunes sont quand même relous et interchangeables dans leur médiocrité alors que les trois patrons sont tristes et ont chacun leurs problèmes familiaux donc il faut leur pardonner. Oui c’est un peu gênant.

     En guise de frissons de la honte, Klapisch a l’idée de faire une apparition du côté des vendangeurs. Pour faire comme Hitchcock, sans doute, mais surtout pour rappeler qu’il est toujours du côté des jeunes, des pauvres. Il a une autre idée embarrassante ce sont toutes les séquences où Pio Marmai dialogue avec son moi enfant. Là c’est chaud. Et il a une autre idée fabuleuse c’est le titre. Comme on voyage beaucoup dans le passé des personnages j’imagine qu’il voulait voyager dans le sien aussi, tout en jouant moins sur le mouvement que sur l’idée de lien. Ce qui me meut (le titre de son premier court, devenu depuis le nom de sa société de production) devient donc Ce qui nous lie. Astucieux, hein ?

Leatherface – Julien Maury & Alexandre Bustillo – 2017

13. Leatherface - Julien Maury & Alexandre Bustillo - 2017Qui es-tu, face de cuir ?

   3.0   Evidemment qu’il ne faut pas se lancer là-dedans en ayant en tête le chef d’œuvre malsain, sale et délirant de Tobe Hooper. C’est peine perdue. Je n’ai malheureusement pas réussi à y faire abstraction de mon côté, sans doute car j’ai la chance (?) de n’avoir vu aucune des suites (Il y en a parait-il six, oui six, partagées en suite, remake, préquel) de ce film inoubliable et tordu. Et pourtant c’est loin d’être mauvais. L’idée de raconter « la naissance » de Leatherface me plaisait, déjà. De montrer comment le gamin le moins cinglé (de la famille de cinglés) va devenir une icône de terreur pure. Ça démarre pas mal, d’ailleurs, c’est brutal, nerveux juste ce qu’il faut. Après, niveau mise en scène ça manque clairement de personnalité, on retrouve la patte du duo de semi tâcherons déjà à l’œuvre dans A l’intérieur et Aux yeux des vivants. Mais ce qui m’a le plus agacé c’est la partie de cache-cache avec le spectateur : On n’est jamais vraiment certain de qui sera Leatherface. Bref, encore un truc de petit malin. Qui se voudrait sale mais qui s’avère plus gore que sale. Je sauve toutefois les séquences « en forêt » qui apportent une poésie macabre plutôt originale ainsi que le rôle de Texas Ranger taré/revanchard incarné par un Stephen Dorff en grande forme.

Western – Valeska Grisebach – 2017

14. Western - Valeska Grisebach - 2017Et au milieu coule une rivière.

   7.0   Voici un super film, avec un magnifique personnage, accompagnés d’une ambiance assez inhabituelle. Je ne sais pas trop quoi en dire, autant que je ne savais pas trop quoi en penser en le regardant, mais c’est un film fort, un western post-moderne, allemand, réalisé par une femme (Kelly Reichardt avait bien réalisé le sien) qui investit un lieu – En l’occurrence une campagne bulgare – et s’en accapare à merveille. Un groupe d’ouvriers allemands, venus construire une centrale hydroélectrique, siégeant dans un campement isolé, d’un côté. Un village autochtone de l’autre, au-delà des collines verdoyantes. En plus de ces quelques choix d’écritures un peu lourds (le drapeau, le cheval) il m’a sans doute manqué un petit supplément d’émotion, mais c’est quoiqu’il en soit un cinéma qui me parle, à la fois très ancré dans la nouvelle vague allemande (la force des lieux qui stimule l’imaginaire) et très différent dans son traitement, sans véritable climax, et dans la figure du héros meurtri, autiste, lucide, doux, déstabilisant, imprévisible et donc un poil flippant finalement, de son personnage principal. On y trouve parmi les plus beaux instants de cinéma qu’on ait vu l’an dernier, simplement car s’y joue de nombreuses rencontres et qu’il faut s’employer pour se comprendre, tant l’écart de langue constitue une vraie barrière de rapprochement autant qu’il crée un nouvel espace de compassion. Superbe séquence que celle où Meinhard, ce beau moustachu mutique, se lie d’amitié avec un villageois avec lequel il se confie et pleure la mort de son frère. On a soudain le sentiment qu’ils se comprennent. Le film tente de raconter quelque chose de l’Europe ensemble tout en suivant son personnage comme on le ferait dans un western fordien, en résulte un film hybride, inégal dans son déploiement, mais différent de tout ce que l’on connait et qui sort dans nos salles aujourd’hui, nouvelle vague allemande comprise.

1234

Catégories

Archives

février 2018
L Ma Me J V S D
« jan   mar »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche