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Archives pour 28 mars, 2018

Phantom Thread – Paul Thomas Anderson – 2018

02. Phantom Thread - Paul Thomas Anderson - 2018There will be love.

   8.5   Dans son manoir londonien, véritable tour d’ivoire, un couturier règle sa vie et sa réussite comme du papier à musique. Ses robes sont convoitées par toute l’aristocratie du pays. Ses maitresses sont ses muses éphémères chaque fois dissoutes dans le vent d’une nouvelle création. Ses petites mains sont ses plus fidèles amours, les garantes d’un quotidien précis et d’une orfèvrerie qu’il ne faut pas chambouler. Quotidien auquel Cyril, sa sœur et associée, met un point d’honneur à préserver la pérennité. C’est une rencontre qui va tout changer. Une serveuse dans un café. Nouvelle muse pourtant bien éloignée des standards bourgeois sous le charme desquelles, Woodcock – le légendaire couturier en question, incarné par le non moins légendaire Daniel Day Lewis – habituellement, tombe.

     On est dans la thématique chère à Paul Thomas Anderson, du maître et son élève, dans la droite lignée de The Master, sauf que Phantom Thread ira plus loin, toujours de façon inattendue, redistribuant imperceptiblement ses cartes à de nombreuses reprises, tout en développant une humanité pour ses personnages que personnellement, je n’avais jamais reçue ainsi dans son cinéma, jusque dans cet imprévisible glissement du corps étranger prenant possession de cet homme apparemment invulnérable : Le film va même converger dans un moule proche du Crash, de Cronenberg – vers une histoire d’amour insolite et extrême, en somme – dans son bouleversant dernier acte, tandis qu’on le voyait plutôt emprunter les voies du Théorème, de Pasolini.

     Si d’abord, Alma ne cesse de regarder Woodcock, tente de briser ses habitudes, de capter son attention, son amour, lui continue d’observer ses robes, de glisser des mots dans les doublures de ses créations, d’ordonnancer son quotidien, d’écraser sa muse comme il en a très probablement écrasé des dizaines, aidé par cette sœur glaciale, qui ouvre sur une magnifique relation triangulaire, toxique et macabre. Et imperceptiblement, le pouvoir change d’hôte. Vicky Krieps s’impose sur Daniel Day Lewis, dans un vertigineux jeu de rôle et de pouvoir comme on pouvait en voir dans les films de Bergman. Et tout cela se trouvait déjà dans leur première entrevue au café : Quand il lui commandait un festin improbable et lui gardait ses notes, l’obligeant à tout retenir, Alma revenait avec l’intégralité de la commande, lui tenant tête pour la première fois.

     La réalisation de PTA est magistrale mais jamais dans l’emphase comme c’était le cas par le passé. C’est une réalisation de styliste complètement en symbiose avec son sujet, son climat, ses personnages – voire dans ce que le film dégage d’autoportrait. Visuellement c’est ce que j’ai vu de plus beau depuis Carol. Tous deux ont d’ailleurs en commun d’être accompagné d’une musique quasi omniprésente, qui se coupe exactement quand on espère qu’elle sera coupée, servant moins d’enrobage illustratif que de métronome accordé au destin de ses personnages. Car si le film est somptueux, ses personnages le sont davantage encore. Que la jeune Vicky Krieps parvienne à tenir la dragée haute à un Daniel Day Lewis, magnétique, qui ne vampirise pourtant jamais le film, est sans aucun doute le vrai tour de force de cette merveille.

L’Étrangleur de Boston (The Boston Strangler) – Richard Fleischer – 1968

06. L'Étrangleur de Boston - The Boston Strangler - Richard Fleischer - 1968Ecran schizo.

   8.0   Ce qui frappe dans un premier temps c’est l’utilisation abondante du split screen. Jusqu’à parfois morceler l’écran en quatre. Première fois que je voie le procédé utilisé de la sorte, je crois. Cela permet aussi bien de multiplier les points de vue, de voir évoluer la victime et le tueur dans le même espace temporel, ainsi que celui des témoins directs (une voisine découvrant le corps, par exemple) voire indirects, puisque le procédé est aussi utilisé durant l’enquête policière. Surtout on a le sentiment que ces « cases » forment des colonnes de brèves, comme si cette première partie de film constituait un recueil de faits divers qu’on feuilletterait avec la même distance que celles de policiers dont les recherches patinent. Mais cela permet aussi de préparer le terrain de la seconde partie, donc de créer une sorte d’écran schizophrène, relié à la personnalité du tueur. Une heure hyper impressionnante, donc, sèche autant qu’elle s’avère répétitive – On est d’ailleurs au bord du trop plein d’écran divisé un moment donné, au bord d’un dispositif nauséeux.

     C’est alors qu’à la manière de ce que fut le Psychose, d’Hitchcock ou plus tard son Frenzy, le film va changer de braquet brutalement. Il n’y avait pas de personnage vraiment identifiable et là, d’un coup, il y a un homme à l’écran, un père de famille, devant sa télé regardant, ému, les obsèques du président Kennedy. Il prend sa fille sur ses genoux, puis se lève, embrasse sa femme, sort de chez lui, prend sa voiture, entre chez une femme. Il n’est pas question pour Fleischer de montrer la suite comme il n’était pas question de montrer les agressions précédemment. Point de voyeurisme malsain ici, au contraire, le film tente d’apprivoiser ce personnage irrécupérable mais récupéré par son trouble. Difficile de ne pas penser à M le maudit. La suite c’est encore un autre film. Le dernier échange, avec une fois de plus un Henry Fonda magnifique et un Tony Curtis (incarnant le vrai Albert DeSalvo, auteur de treize meurtres au début des années 60) absolument monumental, offre une fin de film incroyable. Grosse calotte.


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