Archives pour mars 2018



Samedi soir, dimanche matin (Saturday night and sunday morning) – Karel Reisz – 1961

13. Samedi soir, dimanche matin - Saturday night and sunday morning - Karel Reisz - 1961Nottingham comrades.

   6.0   Du Free Cinema anglais exactement comme je me l’étais imaginé, décrivant la classe ouvrière avec acuité et complexité, dévoilant un Nottingham inédit et donc une Angleterre qu’on ne reverra jamais comme ça dans le cinéma british pas même dans le cinéma de Loach à venir – Si ce n’est peut-être dans l’œuvre autobiographique de Bill Douglas. A l’image d’Arthur – incarné par un Albert Finney encore inconnu, puisque c’est sa première apparition au cinéma –  les ouvriers n’ont pas la passivité qu’on leur prête souvent au cinéma, ils sont déterminés, ont des aspérités, s’érigent autant contre la rigidité d’une société bourgeoise monarchique, le conformisme du petit patronat (Si Arthur couche avec la femme de son chef de chantier, ce n’est pas un hasard) que contre le modèle ouvrier imposé par leurs parents. C’est à la fois hyper réaliste et filmé comme du reportage, dans des décors naturels, mais aussi habité par une tendresse, un romantisme un peu morbide, qui en font un mélodrame hybride, un peu inégal mais essentiel dans le cinéma des années 60.

Les cinq légendes (Rise of the guardians) – Peter Ramsey – 2013

36. Les cinq légendes - Rise of the guardians - Peter Ramsey - 2013Voir c’est croire.

   6.0   Un Avengers pour les enfants. Dans lequel on remplace la team Captain America, Hulk, Iron Man, Thor & Cie par Le père-noël, le lapin de Pâques, la fée des dents, le marchand de sables et Jack Frost. Soit. Et le pire c’est que ça fonctionne. Nettement mieux que le film (pas pour les enfants mais plus débile) suscité. Plastiquement c’est beau, déjà, soigné, jamais dans la surenchère. Et t’as des fulgurances qui font du bien, dans ses ruptures de rythme, ses couleurs, la richesse de ses personnages, son humour, l’alchimie entre la réalité et le monde des rêves. Les petits personnages du monde réel sont tout aussi passionnants et évoquent moins les Marvel que la mécanique Amblin : La fin est clairement un clin d’œil à E.T.L’extraterrestre, mais sans le citer outrageusement. La réussite du programme tient surtout à son propos : Les super-héros vont aussi sauver le monde à leur manière, en affrontant la Némésis de Jack Frost (Deux personnages qui rêvent qu’on les voie) qui est aussi celle du Marchand de sables, dans la mesure où l’un s’occupe des rêves, l’autre des cauchemars. Il s’agit ni plus ni moins de faire en sorte que les enfants continuent de rêver, de croire. D’un point de vue théorique c’est déjà génial (le cinéma c’est la vie) mais Les cinq légendes s’apprécie surtout pleinement au premier degré. Bonne surprise.

2 Guns – Baltasar Kormákur – 2013

37. 2 Guns - Baltasar Kormákur - 2013Les mal filtrés.

   3.0   Autant que l’Islande est géographiquement tiraillée entre les Etats-Unis et l’Europe, Baltasar Kormakur lorgnait déjà du côté d’Hollywood quand il faisait encore du cinéma ancré dans ses terres, dans Survivre ou Jar city. C’était pas toujours inspiré mais il y a avait une patte « Reykjavik » pas inintéressante. Avant de s’aventurer plus tard vers le film catastrophe en montagne (Everest, avec Jake Gyllenhaal et Josh Brolin) il s’essayait au polar testostéroné. Avec Marc Walhberg et Denzel Washington. Le film la joue à fond sur le registre décomplexé autant qu’il s’amuse à détruire chacun de ses décors dans ses nombreuses scènes de gunfights. Saupoudré de buddy movie, rien de neuf dans cet énième Lethal Weapon 2.0 le film aligne les punchlines en s’appuyant sur son duo d’acteurs qui récite respectivement leur partition habituelle, l’un celle de The Departed, l’autre celle de Inside Man. Dommage que 2 guns ne s’enivre pas d’une réalisation plus inventive (à la manière d’un John Wick, par exemple) mais préfère son petit confort de comédie policière cool, déconstruite et inoffensive. Si encore il avait ce souci de soin notamment dans ses séquences pivot ou un semblant de vraisemblance. Là c’est marrant un quart d’heure, mais au-delà ne reste qu’un banal concours de bites.

Coexister – Fabrice Eboué – 2017

35. Coexister - Fabrice Eboué - 2017Faux départ.

   3.0   J’ai beaucoup de sympathie pour Fabrice Eboue. Autant que pour son compère Thomas N’Gijol, en somme. Case départ, je suis persuadé que ça me ferait autant rire si je le revoyais. Je le reverrais bien, tiens, d’ailleurs. Malheureusement, à la réalisation en solo et comme pour son pote avec son raté Fastlife, Eboue manque son Coexister, sans doute car le film est trop sage, trop barricadé derrière son message de tolérance. C’est pas Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu – Y a quand même des supers gags et des impertinences réjouissantes, surtout au début – mais on n’en est pas loin.

Camille Claudel 1915 – Bruno Dumont – 2013

23. Camille Claudel 1915 - Bruno Dumont - 2013Le chagrin et la pitié.

   7.0   C’est sans doute le film de Dumont qui me touche le moins jusqu’à l’imposant virage que l’on sait, mais c’est pourtant très bien. Je craignais qu’il ne parvienne à rester lui en optant pour le film d’époque avec une star à l’intérieur de son film, mais non rien ne change, même avec Binoche, on reconnaît entre mille le cinéma de Bruno Dumont – Ne serait-ce qu’en confrontant son actrice à de vrais malade mentaux. Et la notoriété du personnage, élément nouveau dans le cinéma de Dumont là encore demandait forcément la présence d’une actrice dont c’est le métier.

     C’est un beau film sur le corps, sur sa décomposition. Il y a des moments vraiment forts à l’image de la représentation de Dom Juan devant laquelle Camille s’illumine en regardant jouer ses sœurs d’asile. Avant qu’elle ne s’effondre violemment dans l’une de ses nombreuses crises mêlant chagrin et délire de persécution durant lesquelles Binoche incarne si pleinement cette souffrance qu’on en oublie qu’elle n’est pas Camille Claudel. Il y a finalement quelque chose de San Clemente (Raymond Depardon) là-dedans. C’est en tout cas passionnant sur de nombreux points, notamment sur la question de la lucidité par-delà la folie et sur le maigre et dernier lien avec l’extérieur que Camille entretient avec son frère Paul.

     Si toute la première partie est somptueuse, d’une simplicité biblique et pour le moins inattendue dans son déroulement puisqu’on est moins dans le quotidien de Camille dans l’asile de Montdevergues, non loin d’Avignon, en 1915 que dans le récit de ces trois jours de l’attente imminente de la visite de son frère, le film est par ailleurs moins fort dès que Paul Claudel entre en scène. Et en même temps, c’est du pur Dumont, c’est un vrai virage, au moins aussi fort que la guerre de Flandres. Et puis de se concentrer sur ce personnage de l’extérieur (de l’habituel cinéma de Dumont) permet de comprendre un peu de sa folie à lui aussi.

     C’est simplement trop bavard. Le film rompt l’équilibre qu’il tenait jusqu’ici magistralement. Certes, on nous avait promis la venue de Paul puisque Camille en faisait son messie. Mais on n’attendait pas qu’il lui chaparde le premier rôle au point d’ôter la beauté silencieuse du film. Et si la brutale rupture de cette dernière partie annonçait le Dumont de P’tit quinquin, Ma loute et Jeannette ? Soit la volonté de tout casser au sein de sa propre bulle et de sa propre éthique – Le choix d’une véritable actrice, compris. Un peu complaisamment à mon goût. Quoiqu’il en soit, je suis content de l’avoir revu.

Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen) – Charles Chaplin – 1915

26. Charlot joue Carmen - Burlesque on Carmen - Charles Chaplin - 1915Bohemian rhapsody.

    4.5   Charlot campe le rôle d’un officier chargé avec d’autres de contrôler les entrées de marchandises dans un village. Un groupe de contrebandiers envoient la jeune gitane, Carmen, le séduire afin d’y faire passer leur marchandise de contrebandes. L’occasion pour Chaplin de s’en donner à cœur joie dans une taverne, ambiance bagarre générale au fleuret. C’est plutôt rigolo mais ça ne va guère plus loin. Mais le film va s’en aller sur une pirouette inattendue : la feinte d’un final tragique (Pour faire croire au respect de la nouvelle de Mérimée) où les amants (qu’on a pourtant cru voir mourir) se réveillent en riant et en regardant la caméra, montrant que le couteau était faux. On est en 1915, Chaplin reste fidèle à sa dimension burlesque.

Une journée de plaisir (A Day’s Pleasure) – Charles Chaplin – 1919

A_Day_s_Pleasure_© Roy Export SAS (3).jpgVivement dimanche.

   6.0   Très chouette court de Charlot, sur deux bobines celui-ci alors qu’il a plutôt tendance à étirer sur trois en 1919. Ça doit être une question de rythme car il faut la tenir, cette effervescence, sur vingt minutes. Il y est question d’une journée dominicale, pour un couple et leurs deux enfants. Voiture qui ne démarre pas, bateau qui tangue, carrefour de circulation chaotique, sont les trois situations que Charlot va triturer à l’extrême dans un terrain de jeu qu’il maîtrise plus que nul autre, afin de ressortir des gags réjouissants (la chaise longue, notamment) sur un rythme endiablé. Et le tout en très peu de cartons et très peu de plans, c’est sans doute ce qui m’a le plus impressionné. 

La cité de la peur – Alain Berbérian – 1994

11. La cité de la peur - Alain Berbérian - 1994« On sait où vous êtes »

   5.5   Ça n’a jamais été une référence dans la comédie pour moi, mais en fonction du moment ça peut vraiment me faire marrer. Toute la séquence où Karamazov (« Aucun lien, je suis fils unique ») va « se chier dessus » avec la seule apparition de Bacri qui en trois répliques et une grimace écrase tout le film, jusqu’à la course-poursuite sur la Croisette façon Point Break (La cité de la peur cite beaucoup, puisqu’on y voit aussi du Basic Instinct, du Pretty woman, Les Incorruptibles) qui se clôt comme dans Point Break (Flingue vers le ciel) au cours de laquelle, outre les hilarants pets foireux permanents de Chabat, les Nuls s’amusent avec tout ce qu’ils ont sous la main : La vieille au caddie, le « putain, j’ai pas besoin de ça », le coureur s’écrasant dans le sable, le « Pendant ce temps, à Vera Cruz », un interminable saut en longueur, des bruitages variés (de voitures surtout, alors que les mecs sont à pieds), « poussez-vous, cons de mimes » et j’en passe. Si le film est globalement inégal, voire, en ce qui me concerne, plutôt très lourd, il dispose aussi de ces séquences réjouissantes au même titre que l’ouverture sur Red is dead et puis la réplique de Besneard qui suit, entrée dans mon langage courant : « Je n’écrirai rien sur ce film, c’est une MERDE » ainsi que le final avec (Prenez un chewing-gum) Emile, (Tu bluffes) Martoni et la tapette géante.

Hors Satan – Bruno Dumont – 2011

40. Hors Satan - Bruno Dumont - 2011Le vent de la nuit.

     9.0   Le 01/12/2011.

     Encore davantage que lors de ses films précédents, ce qu’il me restera de Hors Satan, en priorité, ce qui m’aura le plus marqué, c’est son utilisation des éléments, de l’espace. La côte d’Opale est filmée comme jamais, avec son vent, oui, essentiellement ce vent, qui occupe une place majeure qu’il apparaisse sous forme de violentes bourrasques ou d’un souffle continu. Il adoucit autant qu’il prépare une sorte d’inéluctable voire de miracle. L’aspect fantastique du film, que j’évoquerais plus tard, doit prendre naissance via ce vent, présent comme dans un conte. Dumont a toujours été le cinéaste de l’espace naturel et personne n’a filmé le nord de la France comme il l’a filmé. Hadewijch avait réussi comme par miracle de s’extirper de ce cadre. Son cinéma est de retour, je veux dire celui de L’Humanité, vers lequel Hors Satan tend à ressembler assez nettement sur certains points avant qu’il ne s’en détache sur d’autres.

     Comme si cela n’était pas déjà le cas, Dumont épure son cinéma encore davantage. Le dialogue est devenu très rare. Il n’y a guère plus que le mouvement des personnages qui l’intéresse, leurs actions et leur regard. Ici, simplement deux personnages, les autres n’apparaîtront que brièvement, à peine comme des pierres angulaires. Et le mécanisme formel utilisé alterne magnifiquement plans de paysages, dans un scope absolument dément – ce seront les plus belles images de cinéma de l’année – et les gros plans. Le tout en images fixes, la plupart du temps. La focalisation s’accentue donc de cette manière-là. Parfois, Dumont casse imperceptiblement les codes formels d’usage, à l’image de ce plan fixe, assez long, sur l’immensité du paysage avant qu’on ait le contre-champ de celui qui regarde ce paysage. Cet étrange décalage se fond à merveille dans l’ambiance fantastique de son film.

     L’histoire est d’une grande limpidité, d’une belle simplicité, pourtant comme tout film du cinéaste la mise en scène révèle aussi une grande complexité métaphysique et richesse symbolique, loin de l’évidence. Toujours est-il que Dumont rend visites aux grands. Bresson (Mouchette) comme toujours, puisqu’il est son plus grand héritier, si tant est qu’il en existe. Dreyer dont la fin du film est une allusion directe à Ordet. On y voit du Tarkovski dans de nombreux plans, avec cette utilisation de l’espace, son côté minéral, et bien entendu la scène de la traversée du parc à huîtres qui rappelle inévitablement Nostalghia. Et autres Béla Tarr et Pasolini. Les références sont nombreuses mais aucune crainte, Dumont reste un cinéaste tellement singulier que l’on pourrait lui créer un genre spécifique. Ma passion pour cet auteur (je ne connais pas 21palms mais j’ai adoré tout le reste) ne se justifie évidemment pas uniquement à cette appropriation des mythes, c’est même tout le contraire : je pense sincèrement que le cinéma de Dumont est unique, qu’il ne se justifie qu’à lui-même. On pourrait reconnaître ses films entre mille. Car finalement Hors Satan rappelle bien plus que tous ces films cités, le chef d’œuvre de Dumont lui-même, à savoir L’humanité. Je ne vois pas de cinéma d’Aujourd’hui ni d’Hier qui se rapproche clairement de celui de Bruno Dumont.

     C’est d’abord une répétition. Celle d’un geste. Une main qui frappe à une porte, puis reçoit un sandwich d’une autre main. C’est un geste
que l’on retrouvera. C’est ensuite une longue marche dans les vallées à la fois verdoyantes et sableuses d’un bout de terre de la Cote d’Opale, agrémentée d’une longue prière. Cette répétition quotidienne, Dumont la démarque nettement par ces fondus au noir qui systématiquement font apparaître un nouveau jour. Le cinéaste pousse cette répétition à son paroxysme, au même titre que son naturalisme afin d’y laisser éclore de manière plus radicale une rupture fantastique. Les éléments qui accueillent cette rupture apparaissent avant tout sous un jour étrange davantage que sous un jour merveilleux. Ainsi, dans les premiers moments du film, le jeune homme grimpe sur une bûche qui se consume dans la braise ou plus tard il demande à la demoiselle de traverser sur une étroite poutre un parc à huîtres afin que l’incendie criminel s’éteigne. Sauf que chaque fois, ce fantastique qui semble vouloir s’inviter et devenir évidence, est désamorcé. C’est elle qui lui dira « t’es fou » lorsqu’il est monté sur le feu de bois ou « t’es con ou quoi » quand il l’invitera à traverser les eaux. L’issue est désamorcée puisque la séquence est oubliée. Dumont s’en détache, l’oublie et les personnages aussi. Je ne me souviens plus de l’ordre exact de ces singulières séquences pendant le film mais il me semble que tout ce qui s’apparente davantage à l’exorcisme se situe après. Dans un premier temps, le jeune homme semble sauver une petite fille catatonique, en aspirant son mal, son démon, finalement on ne sait pas trop, simplement qu’il la sauve puisque plus tard elle remarche. Plus tard, c’est une fille de passage avec laquelle il fait l’amour au bord d’une rivière qui subit cette espèce d’exorcisme satanique mais pareil on ne sait pas pourquoi ni ce qu’il advient, juste que celle-ci paraît ramper puis glisser dans les eaux telle une anguille, créature épurée. Mais c’est évidemment lorsque le jeune homme ressuscite la jeune femme, retrouvée morte violée dans le sous bois, que la dimension fantastique Dreyerienne est la plus présente. Et au garçon, mystérieuse et violente providence, de s’en aller du village, après y avoir accompli ses miracles, miroir d’un Théorème de Pasolini allié au Satantango de Tarr.

     Et qui aujourd’hui a ce culot là ? Dans cette espèce de naturalisme froid, désespéré, naît à chaque fois un glissement vers le fantastique. Deux opposés qui se côtoient. La mystique qui épouse le merveilleux. C’est une fille que l’on sauve du suicide (Hadewijch). C’est un homme dont on expie le mal (L’Humanité). Ou la rédemption dans un champ de blé (La vie de Jésus). La plupart du temps ça se fond dans le paysage. L’étrangeté naît parfois du simple montage (l’ellipse à la fin de Flandres). Ce n’est presque pas du fantastique. C’est la première fois qu’il se révèle si volontaire et démesuré. Par touches successives, ces apparitions comme infimes miracles, sont discrètes (l’extinction du feu) ou violentes (l’exagération du meurtre) avant qu’elles ne deviennent plus qu’ostensibles. La scène avec la femme de passage, en bord de rivière, est un truc incroyable. Le cinéma de Dumont s’est ouvert à quelque chose, l’avenir dira à quoi.

Le 01/02/2018

     Je revois Hors Satan, un peu plus de six ans après l’avoir découvert en salle, au moment de sa sortie, lors d’une séance qui plus est animée par Dumont lui-même. Il y a six ans, je terminais ma bafouille là-dessus : « Le cinéma de Dumont s’est ouvert à quelque chose, l’avenir dira à quoi ». Son cinéma s’est ouvert, en effet, mais je n’imaginais pas qu’il allait s’ouvrir sur Ma Loute et Jeannette. Tant pis.

     J’ai donc revu Hors Satan. Qui m’a semblé plus puissant encore. Le désir d’épuration de Bruno Dumont est ici poussé à son point de rupture. L’équilibre est parfait, mais on peut tout aussi bien dire qu’il est trop minimaliste, que le jeu des acteurs y est trop minéral. Le regretté David Dewaele (qu’on avait déjà rapidement croisé dans Flandres et un peu plus dans Hadewijch) embrase littéralement chaque plan. Il est probablement l’une des plus belles apparitions/incarnations dans le cinéma français (et autant dire dans le cinéma de Dumont puisqu’il n’a joué nulle part ailleurs) de ces dernières années. Les autres se fond dévorer et tant mieux puisque c’est aussi l’histoire de ce personnage que d’ingérer le démon des autres pour le recracher froidement lors de brutales saillies de violences.

     Peu de dialogue, aucune musique, un minimum de plans. C’est le Dumont qu’on aime. Capable de réactiver autant le cinéma de Bresson que de Dreyer (même s’il revendique davantage une inspiration du côté de Jean Epstein) que de Tarkovski – Puisqu’on pense forcément à Nostalghia le temps de cette courte scène de traversée de parc à huîtres où il s’agit moins de préserver une flamme que d’éteindre un incendie.

     Je l’avais déjà évoqué à l’époque tant cette scène m’avait marqué au fer, il y a dans Hors Satan l’instant le plus dingue de tout le cinéma de Bruno Dumont. Une baise le long d’un cours d’eau, des râles façon Cris et chuchotements ou L’exorciste, au choix, une production de salive si dense si blanche qu’on croirait voir des coulées de sperme, puis le corps de cette femme qui se meut comme une anguille avant de ressusciter dans les eaux. A te coller des putains de frissons.

     Sans parler de cette magnifique fin, quoique relativement prévisible (qui plus est après Hadewijch) où Dumont nous fait son Lumière silencieuse. Je le dis un peu contre Ordet, qui est un film trop bavard, trop imprégné de christianisme, quand Hors Satan est venteux et postchrétien. L’église y est remplacée par des dunes. Autant qu’il s’agissait de relier la terre et les constellations chez Reygadas.

     C’est à mes yeux l’autre film presque parfait de Bruno Dumont alors parvenu à sa pleine maturité, avant son flagrant déclin. Dumont n’avait jamais aussi bien filmé sa région et ne l’avait jamais autant écouté qu’en faisant Hors Satan.

Quand vient la nuit (The Drop) – Michaël R. Roskam – 2014

14. Quand vient la nuit - The Drop - Michaël R. Roskam - 2014La nuit nous appartient presque autant que l’ennui nous guette.

   5.0   La bonne nouvelle c’est que c’est nettement mieux que Bullhead, mais c’était pas bien difficile. La moins bonne c’est que ce sous James Gray cumule trop les sentiers battus du néo polar dans sa forme pour rendre intéressant son récit. Pas lu le bouquin de Lehane qu’il adapte mais on sent qu’il y avait un certain potentiel à filmer l’histoire de ce psychopathe caché dans un corps de benêt : Tom Hardy le jour d’ailleurs très bien, avec ses hésitations vocales, cette démarche si particulière, son étrangeté impalpable, aussi nounours qu’il peut s’avérer flippant, un peu comme l’était avant lui le personnage de Drive. Les relations qu’il entretient, assez maladroitement, avec son oncle / gérant du bar (Impeccable James Gandolfini, dont ce sera la dernière apparition au cinéma), avec cette fille (lumineuse Noomi Rapace), avec ce flic (John Ortiz, j’adore cet acteur), avec ce chien (Oui c’est très à la mode), tout ça n’a rien de révolutionnaire mais on a envie d’y croire. Mais il y a deux gros problèmes. Le premier c’est le méchant (même si y a pas vraiment de gentil ni de méchant, tu t’en doutes) qui est joué par Matthias Schoenaerts, qui peut être très bien, j’ai rien contre lui, mais là il l’a joue sur la réserve autant que Hardy la joue sur la réserve, du coup son personnage n’existe pas. J’imagine qu’on peut trouver cette réversibilité des rôles passionnante, moi je trouve ça surtout paresseux et sans intérêt. L’autre problème c’est la mise en scène, lourde, illustrative, trop empesée dans ses creux, trop mécanique dans ses montées sourdes. Bref, c’est pas mal, mais aussitôt vu aussitôt oublié.

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