Archives pour mai 2018



La bataille de la montagne du tigre (Zhì qu weihu shan) – Tsui Hark – 2015

04. La bataille de la montagne du tigre - Zhì qu weihu shan - Tsui Hark - 2015The hawk is boring.

   1.0   Pas vu grand-chose de Tsui Hark à ce jour et le peu (Detective Dee, Double team) j’avais trouvé ça nullissime. La bataille de la montagne du tigre ne viendra malheureusement pas faire exception. C’est affreux. Ça pourrait faire un chouette nanar avec sa frénésie maladive, ses plans improbables (à l’image de celui s’ouvrant sur l’œil d’un aigle avant de se poursuivre dans sa vue subjective) et ses ralentis esthétisants à n’en plus finir, mais comble du ratage, c’est chiant à regarder, car tous les plans grue se ressemblent, c’est ultra bavard et pas vraiment stimulant dans ses instants d’action, trop moches avec ses effets gadgets (le film est aussi à voir en 3D) qu’on trouverait ridicules à la Géode. N’est pas Peckinpah qui veut (pour la surenchère de ralentis) et l’on peut difficilement ne pas penser à une version nanar de La horde sauvage dans son assaut final dans la forteresse avec ces affrontements tank / mitraillettes. C’est fait à la manière d’Hollywood dans ce que ça a de plus pénible et ringard. Les personnages sont inexistants et interchangeables. Et la palme du ridicule revient à ce montage alterné avec le présent qui ne sert à rien sinon à offrir une dernière scène d’action qui se paie le luxe d’être plus nase que les précédentes. Et puis c’est interminable cette plaisanterie.

Tunnel (Teoneol) – Kim Seong-hun – 2017

03. Tunnel - Teoneol - Kim Seong-hun - 2017Enfermés dehors.

   7.0   On notera que l’objectif premier – pour le héros – est le même que celui qui animait Dernier train pour Busan : L’anniversaire d’une petite fille. Et quelque part c’est logique puisque Tunnel est au film catastrophe ce que le film de Yeon Sang-Ho était au film de zombies. C’est donc l’histoire d’un père de famille qui n’a pas trouvé plus simple que de rester trente-cinq jours coincé dans l’effondrement d’un tunnel pour rapporter un chien à sa fille pour son anniversaire.

     Plus sérieusement, quel plaisir de voir film catastrophe aussi réussi, généreux, haletant, riche de par son montage alterné, minimaliste sous les décombres et respectueux d’un genre, souvent sali, pour lequel je suis évidemment très sensible. Quand on a grandi avec L’aventure du Poséidon, La tour infernale, Le pont de Cassandra et dans une moindre mesure avec Twister, Le pic de Dante, Deep Impact ou Volcano, Tunnel c’est une aubaine de film, aussi fidèle qu’orignal, qui nous fera oublier les désillusions 2012, San Andreas et consorts. Surtout qu’il est sud-coréen. Ce qui nous permet aussi d’oublier cette daube qu’était The Last Day.

     Alors bien entendu c’est loin d’être parfait, c’est dix fois trop long, déjà, le film accusant sérieusement le coup en son milieu. Sa représentation, pour ne pas dire son acharnement face aux institutions est beaucoup trop appuyée. Et plusieurs incohérences me sortent parfois de sa belle mécanique. Néanmoins ça fait partie du jeu, puisque le film, aussi angoissant qu’il soit, peut aussi être très drôle, à l’image de la séquence de l’urine ou des embardées canines. Pointes comiques qui lui permettent de contrer une vraie noirceur, qu’il ose parfois au détour d’une autre victime irrémédiablement coincée sous un rocher dans sa voiture ou d’un incident terrible qui cause la vie à un sauveteur.

     Si d’emblée le choix de suivre cet homme dans ce petit espace clos ainsi qu’une opération de sauvetage d’envergure nationale à ciel ouvert me gêne un peu, car lorsqu’on fait deux films en un il arrive régulièrement qu’on rate les deux, il faut reconnaître que Tunnel s’en tire bien, trouve le bon équilibre, évite le trop plein de micro-saynètes et contourne l’attendu montage saccadé. Il est donc tout aussi passionnant de suivre les mésaventures de ce commercial Kia Motors devant économiser son eau et sa batterie de téléphone que les pérégrinations variées de tout un chacun à l’extérieur (Sa femme, un flic, des investisseurs, les politiciens, les médias…) pour le sauver, profiter de sa situation ou le maudire.

     Il en ressort un film très humain, donc, avec des gens bons, dévoués et des parasites hypocrites et/ou intéressés. Des gens qui vont tout donner pour sauver un type enseveli parce que la vie humaine n’est pas quantifiable et d’autres qui vont supplier sa femme de signer l’accord pour continuer la construction du tunnel adjacent dont le chantier en attente coute une blinde quotidienne à la compagnie de construction. Quelque part oui, on finit presque par se sentir mieux dans ce tas de gravats à ses côtés que dehors au sein de ce monde de déglingués. Que l’humanité, l’intime soient davantage le moteur du film que le giga grand spectacle et la grandiloquence le rend d’autant plus fort à mon goût.

     Surtout, dans cet espace de survie très limité et très sombre, le film est graphiquement passionnant : ambiance poussiéreuse renforcée par de récurrentes pluies sableuses, gigantesques amas de pierres menaçant de s’ébouler à chaque instant, et ce « passage » (la plus belle idée du film) qui permet au héros de se trouver une brève acolyte et un gentil toutou – comme Tom Hanks trouvait son Wilson dans Seul au monde – en empruntant un tunnel dans le tunnel, dans l’un de ces énormes ventilateurs en ruine. Et dehors c’est pareil : que l’on soit aux abords de la sortie nord ou plus haut dans la montagne, c’est l’immensité que l’auteur vient capter, autant pour contrebalancer avec l’étriquement du tunnel que pour en saisir une douce sensation de vide, que la tempête de neige viendra renforcer.

     Et puis sous son aspect divertissant, ce qu’il est, Tunnel est aussi un gros doigt d’honneur aux institutions coréennes et le pouce levé final du héros (qu’on s’accommodera dans les médias pour le traduire en figure héroïque modèle et reconnaissante) n’en reste pas moins précédé d’une insulte de haute volée. Ce n’est pas hyper subtil mais ça fait du bien quand ça sort. Du coup j’ai vraiment hâte de jeter un œil au précédent film de l’auteur, A hard day, dont les échos étaient, dans mon souvenir, plutôt enthousiasmants.

L’institutrice (Haganenet) – Nadav Lapid – 2014

02. L'institutrice - Haganenet - Nadav Lapid - 2014Peau d’homme, cœur de poète.

   4.5   Si j’avais octroyé le bénéfice du doute à Nadav Lapid après avoir découvert son tout premier long métrage, Le policier, aussi surprenant et radical qu’il était aride dans son dispositif, je me retrouve devant L’institutrice à lui faire les mêmes reproches et surtout avec ce sentiment que son cinéma d’une, ne s’est pas aéré, de deux a perdu de son pouvoir d’envoûtement. Tout est beaucoup trop figé ou justement trop brutal quand il s’agit de faire émerger une idée. Et chaque scène ne prend pas le temps de l’étirement. Nadav Lapid est persuadé d’être un grand cinéaste, j’en suis convaincu. Cette trajectoire suffisante m’évoque forcément celle de Ruben Ostlund, qui avant de s’embourber dans l’horrible The square, avait aussi (Pas vu Play, son tout premier film) tenté une chevauchée plus folle, en montagne, un peu anodine en apparence mais tellement puissante dans ce qu’elle laissait derrière elle. Tandis que The square c’est déjà quelque chose qui se croit grand. On n’ira pas jusque-là en parlant de L’institutrice, qui ne brille pas de semonces complaisantes, mais il y a dans cette histoire de gamin poète une sensation de lourdeur, au mieux, de gêne au pire. Certes Lapid n’en fait pas le portrait d’un enfant prodige capable de rétablir la paix au proche Orient – Il y avait dans Le policier, déjà, la question sous-jacente du conflit israélo-palestinien et le film, israélien, racontait que la vraie menace était israélienne, et on retrouve ici au détour d’un dialogue institutrice/élève une célébration de la différence lorsqu’ils s’amusent tous deux à deviner qui est ashkénaze et qui est séfarade, puisque déjà, leur origine à tous deux diffère – mais il l’érige en seul être de cet âge (5 ans) en mesure de proposer une alternative poétique aux dérives de la société – Tous les autres personnages du film, petits comme grands, sont sans intérêt. Cette lecture est d’autant plus embarrassante que Lapid raconte que les poèmes déclamés par le gamin sont les siens, de quand il était gamin. Egotisme (vraiment flippant, à mon goût) mis à part, il y a dans la réalisation de Nadav Lapid des choix forts, des étrangetés suffisamment stimulantes pour pallier le manque de finesse du récit. Souvent c’est un plan, une composition particulière, notamment dans la cour de l’école (l’innocence du bac à sable observé par les grandes tours de la ville au fond) où l’on revient régulièrement. Encore faut-il évidemment que la caméra cesse de tournicoter pour rien, que les cadres ne soient pas sur découpés (l’adulte n’est jamais entièrement dans l’écran) ni que le film n’égrène un nombre de situations grotesques visant à dévoiler une société israélienne pourrie jusqu’à la moelle – Le père du garçon, notamment, pourriture dans la pourriture. Il faudra donc passer par une danse de soldats affreusement mauvaise, une autre danse dans un bar hyper exagérée car tu vois le pays est fou, bipolaire et n’a plus aucun repère. C’est tellement appuyé, tellement lourd. La scène qui m’a le plus agacé c’est celle où le couple (L’institutrice et son mari, type pas méchant mais plus con que conciliant) s’apprête à faire l’amour, mais lorsque le téléphone sonne et que Yoav annonce qu’il a un poème, Nira  abandonne là son homme les fesses à l’air pour noter les mots du garçon sur un papier. Non. C’est trop écrit. Et on le sent tellement venir. Bref je trouve que c’est un film plus bête qu’il n’est maladroit, au final, alors que j’avais tendance à penser l’inverse de son premier long métrage.  Reste que la trajectoire du garçon, que le film ne va pas oublier de rapprocher de celle du pays, apporte un trouble – La fin est super forte – et non quelque chose d’un peu trop neuneu (L’enfant et le monde) ou trop cruel (J’ai vraiment cru qu’il allait sauter). Je retiendrai cette échappée-là et ce dernier regard accompagné d’un sourire un peu sadique, volontiers malaisant. Ça et Sarit Larry qui, si elle n’égale pas les prestations colossales d’actrices ayant campé des femmes fortes ces dernières années (pêle-mêle : Isabelle Huppert, Sonia Braga, Jessica Chastain, Rooney Mara, Valérie Dréville) s’avère épatante, mystérieuse, aussi sensuelle qu’austère dans sa résistance aussi pacifique qu’orgueilleuse. Dommage que le film ne se cale pas entièrement sur elle.

La belle endormie (Bella addormentata) – Marco Bellocchio – 2013

01. La belle endormie - Bella addormentata - Marco Bellocchio - 2013La vie est un miracle ?

   5.0   Mon fils a donc tiré un premier papier. Je me suis envolé pour l’Italie. Un film de Bellocchio. Je connais très mal son cinéma, vu seulement Vincere au cinéma lors de sa sortie en 2009 et j’avais adoré. Il y avait légitimement une grosse attente pour celui-ci. Et c’est une déception. D’entrée. Ça part mal.

     Jamais vraiment réussi à entrer comme il se doit dans cette tragique triple spirale d’amour et de mort. Ça tient, je crois, à son dispositif faussement choral : Il en a la structure, moins la mécanique. Contrairement à Vincere où quoiqu’il advienne tout se concentrait autour d’Ida, la dimension opératique – chère à l’auteur, apparemment, puisqu’on retrouve ce besoin d’intensité permanente, par son montage, sa musique, son goût pour la « « séquence récital » – perd de sa force ici à extirper de ses appendices plusieurs destins / rôles principaux dont l’intérêt, justement, se dilapide dans son éparpillement. La mise en scène aussi est moins inspirée, plus terne dans ses enchainements, plus reposée sur l’interprétation, probablement aussi grignoté par la gravité du propos.

     Il est en effet question d’un fait divers et d’une loi qui secouèrent l’Italie au début 2009, en gros la problématique de l’euthanasie dans un cas de coma végétatif. Une famille se battait depuis de nombreuses années afin de supprimer l’assistance médicale envers leur fille, accidentée de la route, qui resta dix-sept années dans le coma. Manifestations pour les libertés d’un côté, consternation de l’Eglise et du Vatican et du gouvernement de Berlusconi de l’autre. Il y a ceux guidés par cette certitude du miracle à venir, ceux qui s’en remettent à Dieu et les plus pragmatiques qui ne supportent plus l’absurdité de cette souffrance suspendue que ce lourd sommeil impose. Les politiques, la presse et les familles sont désarçonnés, le cas Eluana Englaro divise tout le pays, jusqu’au tribunal administratif qui décidera finalement de suspendre ses soins médicaux.

     Bellocchio ne va pourtant pas filmer cette histoire, mais voir un peu de ses répercussions sur trois autres histoires, brossées indépendamment autour d’elle (dont on reçoit les secousses au travers des journaux télévisés), trois histoires s’y rapprochant puisque tournant autour de trois personnages plongés dans le coma. Ça devrait être terrassant. Mais ça ne prend pas vraiment. Si ce n’est au détour de quelques jolies séquences, notamment deux beaux échanges à la toute fin, sur un quai de gare et dans une chambre d’hôpital.

Mouk 2018

31770207_10155668498512106_5743780453521817600_nLe retour.

     En imitant ce petit voyageur l’an dernier, l’exercice m’aura permis de découvrir plein de films venus de pays différents, moi qui ait tendance à voir quasi exclusivement du cinéma français et américain. J’ai donc décidé de reproduire le voyage, durant la même période, un peu avant la fournée cannoise. J’avais déjà dû dire sensiblement la même chose y a un an tout pile : Je me fais mon petit festival de Cannes à moi.

     J’aurais adoré choisir que des pays que je n’avais pas « visités » lors de mon premier tour du monde, mais devant la difficulté de la tâche, je me suis seulement imposé de ne prendre que des réalisateurs qui n’avaient pas fait partie de ce premier jet. Pas de Tsaï Ming-Liang, donc, ni de Ulrich Kölher, ni de Paul Verhoeven. Si je cite volontairement ceux-là c’est justement parce que certains de leurs films (que je n’ai pas vu) m’attendent sagement sur des étagères.

     La première nouveauté c’est le format. Si j’avais l’an passé veillé à ce que les films soient sensiblement de la même durée, j’ai décidé cette fois d’y intégrer un film très court, deux longs très courts, et un film très long, au sein d’une sélection aux durées plus homogènes. L’autre nouveauté, mais là tu t’en fiches puisque tu ne le verras pas, c’est que mon fils sera cette fois accompagné de sa petite sœur – qui déchirera probablement les papiers – pour faire le tirage au sort quotidien.

     Comme la dernière fois, je n’ai choisi que des films sorti durant ces quinze dernières années. J’aurais préféré restreindre aux cinq dernières mais ça me faisait moins de films à voir et surtout ça m’empêchait d’y intégrer certains que je n’aurais peut-être jamais regardés autrement. Eh oui c’est aussi pour ça que je fais ça : Me forcer à voir des films qui prennent la poussière depuis trop, trop longtemps.

     Voilà, c’est tout, maintenant la sélection :

Argentine : Leonera, Pablo Trapero (2008, 113min)
Australie : Ten canoes, Rolf de Heer & Peter Djigirr (2006, 91min)
Brésil : Casa Grande, Felipe Barbosa (2015, 114min)
Chine : Black coal, Diao Yi’nan (2014, 106min)
Corée du sud : Tunnel, Kim Seong-hoon (2017, 126min)
Grèce : Une déflagration, Syllas Tzoumerkas (2015, 78min)
Hong-Kong : La bataille de la montagne du tigre, Tsui Hark (2014, 143min)
Irak : Homeland, Irak année zero, Abbas Fahdel (2015, 334min)
Israël : L’institutrice, Nadav Lapid (2014, 119min)
Italie : La belle endormie, Marco Bellocchio (2013, 115min)
Japon : Dark water, Hideo Nakata (2003, 101min)
Norvège : Pyromaniac, Erik Skjoldjaerg (2016, 98min)
Philippines : Independencia, Raya Martin (2010, 77min)
Portugal : La gueule que tu mérites, Miguel Gomes (2006, 108min)
Tunisie : A peine j’ouvre les yeux, Leyla Bouzid (2016, 102min)
Ukraine : Letter, Serguei Loznitsa (2013, 20min)
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