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Archives pour 29 juin, 2018

Ready player one – Steven Spielberg – 2018

06. Ready player one - Steven Spielberg - 2018Inside out.

   7.5   J’ai mis du temps à me décider à y aller. Contrairement à Pentagon papers (que j’aurais adoré voir en salle, mais que j’ai honteusement raté) plus le temps passait moins j’en ressentais l’envie (J’avais vécu un truc similaire pour la sortie de Tintin, excité parce que c’était Tintin et Spielberg, sceptique parce que ça semblait moche) et sur un regain de motivation j’ai couru voir la dernière séance où il jouait chez moi. Je ne sais pas trop ce qu’il m’en restera dans un mois, un an voire davantage (Généralement, les films de Spielberg traversent bien le temps, qu’ils soient ludiques ou sérieux, à grands renforts d’effets spéciaux ou relativement économes), mais à chaud, j’ai pris un pied d’enfer, du premier plan au dernier. Voilà, première nouvelle et non des moindres, je suis ravi d’avoir fait le déplacement – Car au vu de la bande-annonce, ce n’était pas gagné, loin s’en faut – puisque c’est l’un des films les plus généreux qu’ait offert Spielberg. Aussi généreux que l’était Tintin il y a sept ans ou sa franchise Indiana Jones il y a un peu plus longtemps encore.

     On a beaucoup entendu (presse/ public/ amis cinéphiles) que le film échouait à rassembler la culture geek autant qu’il échouait à rassembler les fans de Spielberg. Je pense plutôt qu’il y a deux écoles. Le fait de me retrouver foncièrement ni dans un clan ni dans l’autre, m’a permis de l’appréhender à la fois en tant que double hommage qu’en tant que mise en abyme d’un auteur icone. En fait il y a deux films en un et j’aime beaucoup les deux. D’abord parce que ça vibre à fond cinéma et pop culture avec un équilibre parfait. Ensuite parce qu’il y a un auteur aux manettes, ce n’est pas juste un doudou pour nostalgique ou un joujou pour geekos. Alors certes on pourrait se dire que c’est la moindre des choses venant d’un cinéaste comme Spielberg, mais il me semble que dans ce cas précis, le projet semblait beaucoup plus casse-gueule qu’un Tintin. Plus casse gueule qu’un Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal qui lui, pourtant, s’est volontiers cassé la gueule.

     Ready Player One a ceci de bouleversant qu’il raconte l’histoire d’un enfant dans le corps d’un vieil homme (Mine de rien, Spielberg a déjà plus de 70 printemps) aussi fier qu’il est terrifié devant l’héritage qu’il laisse, et se demande comment faire pour passer le flambeau. Alors, Spielberg a trouvé le moyen de revenir sur la culture qui l’a inspiré et celle qu’il a aussi beaucoup engendré, en livrant ce divertissement absolu, qui aurait pu tomber dans le catalogue de vignettes, mais qu’il parvient à faire tenir en petits plaisirs cumulés, émouvants et jubilatoires tout en restant cette affaire de mise en abyme du créateur (Spielberg/James Hallyday) et de sa création (Sa filmographie/ l’Oasis). Un clin d’œil à Thriller, de Michael Jackson côtoie un hommage au Citizen Kane, de Welles. Il y a tant de choses alors au hasard : Le Zemeckis Cube, objet onéreux que Parzival peut s’acheter suite à sa victoire à la course, lui permettra de remonter le temps de trente secondes. Ou bien ce géant de fer qu’Aech construit dans son hangar et qui sera l’artisan majeur de la bataille finale, dans laquelle il disparaitra à la manière du T800 dans la fonderie à la fin de T2. Et pourtant, on n’est jamais abruti sous le déluge. Le film a une vraie identité, un parcours à faire partager. L’oasis, en hommage à Minecraft (je vous passe le nombre d’allusion aux jeux vidéo, c’est impressionnant) ce monde virtuel qu’il crée, est une issue ludique à un réel apocalyptique. Le film s’ouvre d’ailleurs sur ce réel puisqu’il nous immisce dans cette terre de bidonvilles verticale, pour suivre un personnage qui descend un étage, d’une habitation à l’autre, comme on le faisait dans les premiers jeux de plates-formes. Tout le film tient déjà dans ce premier plan.

     Diverses séquences sont sinon d’ores et déjà mémorables (à mes yeux) au moins somptueuses, à l’image de la course (très tôt dans le film) qui offre un beau voyage (en Delorean avec Parzival ou en moto de Kaneda avec Art3mis mais on peut aussi croiser l’Interceptor de Mad Max, La Plymouth de Christine et d’autres encore, j’imagine…) entre les monstres du cinéma (T-Rex, King-Kong…) ce qui place inévitablement le film dans l’autoréférence (et pas seulement dans l’hommage gratuit, joli, premier de la classe) puisque les monstres du cinéma, Spielberg en a créé quelque uns. Et la plus grande idée de cette course c’est que pour la gagner il faut la courir en arrière, sous le décor, c’est comme si Spielberg nous disait que pour comprendre Ready player One il fallait revenir à Jurassik Park, qui déjà était une mise en abyme absolue : Spectateurs et personnages du film se confondaient, chacun découvrant le même spectacle en même temps. On pourrait aussi évoquer la superbe séquence reprenant un film de Kubrick que je ne citerai pas (Franchement, c’est tellement fort, surprenant, osé) et qui a tout pour être foirée mais s’avère absolument géniale, jouissive, sans doute car Spielberg fait plus qu’un clin d’œil, il le réactive, se le réapproprie et nous invite à vivre dedans. L’hommage quitte vite cette entreprise de sérieux qui le guette, pour ne plus produire qu’un magma informe, récréatif, parade absolument jubilatoire pour moi, déluge de très mauvais goût dirons les autres. Il y a certes plein de défauts et de trucs qui devraient me gêner mais si d’une part j’étais de bonne composition, je pense surtout que Spielberg annule chaque point faible par une idée de génie.

     Si j’ai un bémol, un vrai bémol, c’est l’issue de cette interrogation qui traverse le héros et le personnage féminin dont il tombe amoureux au début : Ils se plaisent en tant qu’avatars, mais se plairaient-ils dans le réel ? L’idée  n’est pas évacuée, ils vont d’ailleurs se rencontrer, mais une partie de moi aurait aimé qu’il y ait une petite imperfection là-dedans, que le personnage féminin soit en fait un garçon peut-être pas, mais qu’elle soit autre chose que celle dont il aurait rêvé dans ses rêves les plus fous – L’imperfection tâche de naissance, ce n’est pas suffisant. Mais même ça je ne suis pas certain que ce soit un reproche : On pourrait en effet là aussi trouver ça très intelligent et dire que s’ils se trouvent dans le réel c’est parce qu’ils se sont trouvés dans le virtuel, faisant de ce dernier beaucoup plus qu’une issue au réel mais sa projection la plus fiable. En fait ce décalage Spielberg le traduit avec le meilleur pote, sur une touche beaucoup plus légère, c’est bien, mais c’est un peu trop facile. Ravi, malgré tout de cette kyrielle de personnages, qui font un peu Goonies 2.0, et surtout de ceux qui les interprètent puisqu’on retrouve Olivia Cooke, le rayon de soleil de la décevante série Bates Motel, et Lena Waithe qu’on adore dans Master of None.


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