Le secret de la chambre noire – Kiyoshi Kurosawa – 2017

21. Le secret de la chambre noire - Kiyoshi Kurosawa - 2017Le mirage derrière la porte.

   3.5   Il y a déjà un souci avec Kurosawa, quand il tourne sur ses terres. A mes yeux, bien entendu. Et c’est une remarque d’autant plus de mauvaise foi que je n’ai vu aucune de ses œuvres antérieures à Tokyo Sonata –Voilà des années que j’ai un coffret Kaïro / Charisma / Jellyfish / Séance que je n’ai jamais déballé, parce que je n’ai pas trouvé le film tremplin, ni Real, ni Tokyo sonata, ni même Shokuzaï, son joli pavé qui m’avait laissé un beau souvenir de double séance d’une traite mais dont les images se sont complètement évaporé dans mon esprit. Le secret de la chambre noire ne viendra pas faire exception et je ne suis pas certain que son déroulement en France, en banlieue parisienne, ne lui soit de grand secours. On retrouve la dimension fantastique chère au cinéma de Kurosawa, dans sa lenteur, la minutie de ses plans, son jeu avec les lumières. Il y a parfois de beaux instants : Un silence trop long, une apparition qui ne vient pas, un corps inerte posé sur un arbre métallique, un long travelling avant sur un escalier vide. La singularité du cinéma de Kurosawa se trouve dans ces petits espaces (lieu et temps) brisés de façon imperceptibles. On retrouve malheureusement aussi une certaine idée du cinéma français, ce cinéma auteuriste chiant et paresseux, qui croit réinventer mais ne prend jamais le temps de s’incarner. Si Tahar Rahim est très bien, j’ai eu beaucoup de mal à me défaire de la faiblesse de l’interprétation globale. J’en avais déjà parlé, Olivier Gourmet, c’est plus possible. Ou bien faut qu’il soit une masse dans la foule, un saut dans le récit, un écart dans la trajectoire. S’il tient le rôle le plus fort (ici, celui d’un photographe devenu ermite dans son manoir depuis le suicide de sa femme, qui se perd chaque jour davantage dans sa passion pour le daguerréotype et son obsession pour photographier sa fille, selon les conventions de longue durée que l’instrument impose) il dévore son personnage. Quoiqu’il en soit, le film n’est pas désagréable, mais justement il est plutôt anecdotique, manque d’émotion, de folie, de vertige, un peu à l’image de sa séquence finale : On sait que le film va se finir comme ça, on le sait depuis longtemps. C’est comme Les aventures d’un homme invisible, de Carpenter, un moment donné il faut choisir si on voit ou non le fantôme. Autrement dit si l’on est le spectateur ou le personnage incarné par Tahar Rahim. S’il revoit le fantôme à la fin, le moindre des cadeaux seraient qu’on le voit aussi, je pense. D’autant qu’on aurait pigé exactement la même chose.

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