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Archives pour septembre 2018

Mindhunter – Saison 1 – Netflix – 2017

08. Mindhunter - Saison 1 - Netflix - 2017Psycho killer
Qu’est-ce que c’est ?

     8.5   Le morceau de Talking heads, Psycho Killer, utilisé à la fin du deuxième épisode, lorsque les agents Ford et Tench se retrouvent « rétrogradés »  dans la cave du FBI où ils installeront leur bureau de recherche sur les tueurs en série, apporte un léger changement de tonalité. Une interférence. Si d’une part le choix de ce morceau est de bon goût, il faut d’autre part surtout dire que la série ne manque pas d’humour. Malgré son apparente froideur, malgré ses décors grisâtres, malgré sa plongée dans l’Amérique profonde, malgré le sosie d’Emmanuel Macron, il y a des moments très drôles, plus légers, flottants, notamment entre les deux/trois agents, des instants qui peuvent se jouer parfois plus sur des regards qu’avec des mots.

     Quoiqu’il en soit, c’est à partir de cette fin d’épisode et donc véritablement dès le début du suivant que la série décolle, qu’on ne la lâche plus. En effet, après un pilot pour le moins déstabilisant pour ne pas dire désastreux – Franchement, avec le recul, je me demande même à quoi il sert puisqu’il ne lance strictement rien, bien qu’il installe malgré tout un (faux) rythme sur lequel les épisodes suivants s’accommoderont, tout en étant plus cohérents tous ensemble – la série trouve son rythme de croisière, des entretiens ahurissants, une pertinence fascinante quant à son vaste sujet (raconter la naissance de l’analyse comportementale criminelle, en un mot le profiling et déployer l’abécédaire qui va l’accompagner) plus intéressante que sa reconstitution peu scrupuleuse.

     L’erreur serait de comparer Mindhunter à True detective. Et on est tenté, forcément. Aussi bien d’un point de vue plastique que dans sa quête de personnages forts. A ce petit jeu, elle indiffère plus qu’elle n’y gagne. Mais il y a une autre interférence, qui lui offre toute sa singularité, sa beauté paradoxale : Il y a un problème dans les déplacements dans Mindhunter ; On est partout aux Etats-Unis (Kansas, Pennsyslvanie, Oregon, North Dakota…) mais l’image, souvent terne, avec son monochrome fincherien (Rappleons que le réalisateur de Seven est à la baguette de quatre épisodes, pas moins) empêche d’apprécier cette riche variation de lieux, c’est dommage. C’est dommage mais on s’y fait, mieux, ça devient un atout, tant la série et le récit qu’elle déploie, crée un espace purement mental où chaque Etat, chaque ville serait une branche abstraite d’un noyau qui n’est autre qu’un simple bureau de recherches et les trois cerveaux qu’il renferme.

     Il y a quelque chose de fascinant dans ces trois portraits de flics, la bulle mécanique dans laquelle chacun évolue, avec ses propres névroses, folies alors que leur travail est justement d’enquêter sur les comportements, d’explorer des pistes douteuses, de gratter sous le visible, sous la surface. Ils sont vivants dès lors qu’ils fouinent, esprit chassé par la chasse aux esprits de ceux à qui il manque bien des cases. Mindhunter aura su nous intéresser à eux plus qu’aux pseudos enquêtes qu’ils vont tenter plus ou moins de résoudre, plus qu’aux cinglés avec lesquels ils ne vont cesser de s’entretenir pour apporter de l’eau à leur moulin. La réussite elle est là pour moi : Il me tarde de revoir ces trois acteurs/personnages.

Anatomie d’un rapport – Luc Moullet – 1976

12. Anatomie d'un rapport - Luc Moullet - 1976« C’est malin. On n’a plus que cinquante ans à vivre et encore moins à baiser. Faut en profiter ! »

   8.5   Après avoir filmé Jean-Pierre Léaud dans un « western alpin » Moullet se filme lui-même dans un film de chambre quasi bergmanien, à la différence majeure qu’ici il est surtout question de sexe, de la place du sexe dans un couple, en période de libération sexuelle. C’est un peu Scènes de la sexualité conjugale, en gros. Même si c’est à deux autres films auxquels on songe en priorité, avant Bergman : La maman et la putain, de Jean Eustache, sorti deux ans plus tôt. Et Annie Hall. En effet, un an avant Diane Keaton et Woody Allen, Moullet et sa femme, Antonietta Pizzorno, mettent à nu leur histoire ou du moins ce qui ressemble à leur histoire, d’autant que l’auteur sans cesse se moque de son travail de cinéaste, de ses névroses, évoque ses précédents films, place de véritables anecdotes – dont celle d’un chèque important que les ordinateurs d’une banque lui destinèrent maladroitement (ce qui lui permet de tourner ce film, impossible de savoir si tout ceci est vrai ou non) avant de lui réclamer.

     Un couple d’intellectuels, plongé en plein crise libidinale, digresse autour des rapports intimes, la place du sexe dans leur vie de couple, la frustration qui s’accumule, d’un côté comme de l’autre, compare la place du sexe dans la société d’aujourd’hui avec celle d’avant. Moullet ne craint pas de se mettre à nu. Si son film sortira en salle accompagné d’une interdiction aux mineurs c’est en parti pour ça. Sa femme, elle, préfère se retirer et laisser place à Marie-Christine Questerbert, qui jouait déjà dans Une aventure de Billy le kid. Le film se clôt d’ailleurs malicieusement sur un dialogue entre les trois, au sujet du film et notamment de sa scène finale sur laquelle ils ne parviennent pas à se rejoindre – Fin qui ressemble beaucoup à celle qui fermera La terre de la folie, trente ans plus tard. Moullet campe donc ce personnage aussi irrésistible qu’odieux, convaincu d’avoir la malchance d’être arrivé pile quand les « rapports normaux » ont été bousculés par le désir des femmes de ne plus être considérés comme des objets. Si Moullet est clairement un acteur tardif de la Nouvelle Vague, il en est son représentant burlesque le plus fidèle. L’équilibre ici, qui en fait un film plus fort, plus fou mais surtout plus pertinent, plus féministe que tout ce que Moullet a fait jusqu’alors c’est la présence de sa compagne à la coréalisation qui lui apporte. C’est absolument génial.

Under the Silver Lake – David Robert Mitchell – 2018

14. Under the Silver Lake - David Robert Mitchell - 2018A nightmare in L.A.

   4.0   Je l’attendais comme le messie. Je me voyais déjà l’adorer et j’aurais adoré l’adorer autant qu’It follows et The myth of the american sleepover, les deux premiers superbes films de David Robert Mitchell, malheureusement ça a complètement glissé sur moi, pour rester poli. Je ne me suis certes pas du tout ennuyé, mais je n’ai rien ressenti, je suis resté loin de tout, comme j’étais resté loin de Southland Tales (film auquel j’ai pas mal pensé, ici) il y a dix ans, à la fois impressionné et dégoûté par sa folie et sa virtuosité sans que jamais ça ne prenne le bon chemin de mon côté. Sans doute cette accumulation m’a gêné d’ailleurs, l’impression que chaque plan, chaque situation doit faire naître un gag, une idée saugrenue. C’est du saugrenu pour être saugrenu ça ne débouche sur absolument rien, sinon un petit jeu de piste pour nerd. Et puis c’est souvent obscène, je n’y vois aucune subtilité et très peu de poésie. Je ne ressens surtout aucun choc, contrairement à ces deux chocs chacun dans leur genre qu’avaient constitués It follows et The myth of the american sleepover. Je vois que Mitchell veut pondre son film monde/monstre mais justement, je ne vois plus que ça. Pour le reste il y a un aspect récréatif quant à son mélange de références ouvertes ou discrètes. Pêle-mêle on y trouve beaucoup de Mulholland drive (jusqu’à Patrick Fischler, dans une apparition aussi énigmatique que chez Lynch), du Hitchcock (Fenêtre sur cour / Vertigo, évidemment), du Bret Eston Ellis, du Altman, du Body double, du Inherent vice sans compter divers clins d’œil rapides comme sur un plan à Nightmare on Elm street, une scène à La fureur de vivre, un poster à L’étrange créature du lac noir ou tout simplement les cordes de Disasterpiece évoquant Bernard Hermann ; ainsi qu’aux actrices, à la musique, aux comics, à tout un pan de la pop ’culture jusqu’aux paquets de céréales et mag Playboy. Au même titre aussi que le nombre d’extraits de films (L’heure suprême, L’invasion des profanateurs de sépultures, Comment épouser un millionnaire ?) que l’on peut voir dans le film, jusqu’à cette scène dans un drive-in installé sur un cimetière de stars où le personnage se retrouve devant la projection du premier film de David Robert Mitchell. C’est une idée parmi les beaux instants du film, qui annonce bien la bizarrerie et l’humour du film, je trouve. Bref c’est une ultra-référence en permanence qui tourne tellement à plein régime que le film en devient assez fascinant en plus de sa dimension labyrinthique et son jeu de piste loufoque dans un Los Angeles alternatif, fait d’hipsters errants, stars déchus et théorie du complot, où les nuits ressemblent à des jours, avec son ballet de putois récalcitrants, tueurs de chiens et roi SDF. D’autant qu’il faut noter son point fort : A l’instar de Ready player one, le dernier Spielberg, cet empilement de références ne crée curieusement pas de patchwork indigeste. Elles sont là bien visibles, revendiquées, relayées, assumées mais le film parvient à exister malgré tout, à trouver sa propre esthétique et son propre rythme. Ceci dit ça ne me surprend pas, It follows avait déjà cet atout-là. Ici, en dépit de quelques séquences fortes, le souvenir du voyage se dissout très vite car la narration est bien trop décousue, les déambulations chaque fois plus branlantes, le cauchemar pas vraiment émouvant, la dérive de moins en moins passionnante, de plus en plus écœurante. Il ne m’en reste déjà plus rien. Beau prétendant au titre de la douche froide de l’année, en somme.

Antoine et Antoinette – Jacques Becker – 1947

Roger Pigaut, Claire MaffeiLa vie est à nous.

   9.0   C’est la peinture du milieu ouvrier qui séduit avant tout dans Antoine et Antoinette. Il faut bien qu’on ait atteint la moitié du film avant que n’entre en jeu cette histoire de billet de loterie. Avant cela, si l’on excepte l’épicier qui fait des pieds et des mains, plutôt de gros sabots, pour séduire lourdement Antoinette, il y a très peu d’intrigue à se mettre sous la dent sinon ce quotidien brassé dans toute son authenticité. Soit celui d’Antoine, ouvrier chez un imprimeur et celui d’Antoinette, travaillant au Prisunic. Et Becker s’attache à montrer chaque détail de leur vie quotidienne la plus ordinaire : Aller voir un match de football en amoureux, se promener en barque, grimper sur le toit pour faire un changement d’antenne, faire ses courses au marché, changer la roue d’une bicyclette ; Rarement on aura autant vu et entendu dans un film les prix des produits à l’étalage, d’un photomaton, d’un billet de train. Il suffit ne serait-ce que d’évoquer ces journaux quotidiens que l’on découpe pour faire des semelles ou cette ampoule de cuisine servant ici à brancher un fer à repasser, là le transistor, pour voir qu’on évolue dans un environnement des plus modestes, mais dans lequel nos personnages s’épanouissent malgré leurs rêves (d’un plus grand appartement, d’un side-car, d’une boutique…) qui bientôt se matérialiseront sous la forme d’un billet de loterie gagnant avant de se dissoudre dans sa perte.  En plus de cartographier un quartier de Paris, de le marquer historiquement, cette évocation de la valeur des choses agit comme rappel de la condition précaire des personnages autant qu’elle annonce un avenir proche (la seconde partie du film) ô combien romanesque. En fait c’est « Le trou » quelques années plus tôt, mais sa version feel-good et romantique. Je l’avais découvert il y a pile six ans et je m’en souvenais assez bien, ce qui ne m’a pas empêché de prendre un plaisir immense à le revoir.

Caniba – Verena Paravel & Lucien Castaing-Taylor – 2018

19. Caniba - Verena Paravel & Lucien Castaing-Taylor - 2018Mauvais sang.

   6.0   Entrer dans Caniba, c’est comme entrer dans Leviathan. Simplement, le cannibale a remplacé le chalutier. On quitte un monstre pour un autre. Sauf que filmer un monstre d’acier puis un monstre humain, un bateau puis un visage, ce n’est pas vraiment la même chose. J’attendais beaucoup de ce glissement de la part de ces deux cinéastes passionnants, qui m’avaient offert l’un des voyages cinématographiques les plus sidérants qu’il m’ait été donné de voir. Le cadre aussi est différent puisqu’aux recoins chahutés du Leviathan, entre filets de pêche et bacs à poisson,  répond un pur huis clos dans un appartement. D’autant que Caniba nous impose ce visage et souvent uniquement ce visage.

     Pas toujours puisqu’il y a aussi celui de son frère, que les cinéastes ne s’attendaient pas à voir mais qu’ils ont finalement décidé de filmer autant que celui d’Isei Sagawa, capter leur relation d’hier et d’aujourd’hui. Pas toujours car le film va dévier à quelques reprises, faire un pas de côté salvateur lorsqu’il nous convie à voir des vidéos familiales en noir et blanc, filmée en super 8 ; troublant lors d’un extrait pornographique dans lequel joue Isei Sagawa jeune ; déstabilisant lorsqu’ils vont tous deux feuilleter le comic horrifique (et publié ! Hallucination totale) de Isei Sagawa, dessinant son crime ; carrément dérangeant quand on va observer son frère Jun se faire des scarifications quotidiennes.

     Durant le débat, Véréna Paravel disait qu’elle se demandait qui avait bien pu filmer ces vidéos de famille notamment celles des vaccins chez les médecins. Qui filme ce genre de chose ? C’est vrai, c’est troublant. Et en même temps le parallèle est fort : Dans Léviathan et Caniba on se demande souvent qui filme ce que l’on voit. Qui filme, physiquement parlant ? Je crois que c’est ce qui me passionne le plus chez ce « couple » de cinéastes, ils ont inventé la caméra indépendante. C’est flagrant dans Léviathan avec ces GoPro disséminées partout sur le chalutier, ça l’est moins ici mais il y a un geste, une façon de filmer le(s) visage(s) qui semble si loin des standards documentaires, qu’on a le sentiment de voir le film en train de se faire, en permanence, par un voleur/glaneur d’images. Qu’il n’y ait jamais de questions posées aussi bien à Isei Sagawa qu’à son frère renforce évidemment cette impression. C’est comme si Jun filmait Isei et vice versa, en somme, c’est très étrange.

     Contrairement à Leviathan qui se vit plus qu’il ne s’analyse, Caniba est donc plus intéressant à interpréter qu’à regarder. D’ailleurs, si le projet tenait à cœur à Véréna Paravel (qui dit avoir été très perturbé par ces évènements qui se sont produits alors qu’elle n’avait que dix ans) elle nous a avoué ne pas avoir eu de réjouissances à se coltiner ces entrevues et ces écoutes. C’est pareil pour nous. Le film gagne par la distance qu’il installe. Sa distance, c’est le gros plan et le flou. Impossible de montrer cela autrement nous a confié la réalisatrice, avouant par la même occasion que le gros plan n’était pas l’unique régime de plans utilisé pendant le tournage. C’est le visionnage des rushs qui l’a imposé. C’est un choix de montage. Et Leviathan, déjà, ce n’était pas autre chose.

Au service de la France – Saison 2 – Arte – 2018

07. Au service de la France - Saison 2 - Arte - 2018Y a pot !

   7.5   Ce qui a changé pour cette seconde salve ? Peu de choses, mais trois points importants tout de même : La direction artistique, d’abord, magistrale et une réalisation plus sobre, plus élégante, en un mot plus appropriée à l’univers dépeint, prouvent que le choix d’engager Alexis Charrier à la place d’Alexandre Courtès (qui faisait du bon boulot avant, hein) est la riche idée de cette saison mieux agencée, mieux rythmée. Puis, il y a la musique de Nicolas Godin, qui passe d’élans bossa à des saillies jazz à quelques trouées funk avec un raffinement confondant – a noter qu’écouter la bande originale seule est un plaisir pour les oreilles au moins aussi fort que de l’avoir en compagnon idéal pour (quasi) chaque séquence. Enfin, comment ne pas évoquer la présence presque systématique d’un trio fantoche, qui s’avérait déjà savoureux lors de la première saison mais qui prend du galon : Jacquart, Calot et Moulinier. « Je crois même qu’y avait Franquart, c’est pour te dire ! » On les retrouve en mission à Cuba puis en module à Moscou « C’est beau la Pologne ! » Franchement je ne me lasse pas de ce trio. Leur escale à Berlin ou leur entretien avec les indépendantistes québécois, c’est génial. Ensuite il y a plus de place aux personnages féminins, notamment (la belle) Marie-Jo qui se voit promue espionne et Irène, la femme du colonel Mercaillon, qui demande le divorce et en pleine libération sexuelle, s’en va succomber aux charmes de Moulinier. De son côté, Merlaux est pris entre une infiltration du KGB et l’éternelle interrogation sur l’identité de son père. Bref, réussite totale. Double tamponné, donc !

Simple mortel – Pierre Jolivet – 1991

08. Simple mortel - Pierre Jolivet - 1991Entretien du troisième type.

   7.0   Pas certain qu’il n’y ait de grande cohérence entre Fred, Le complexe du kangourou et Simple mortel mais il y a derrière ces trois films, un auteur qui tentait beaucoup de choses à l’époque. Ici, sans aucun effet spécial, il choisit le film de science-fiction, genre particulièrement moribond chez nous. Un linguiste universitaire, spécialiste en langues anciennes, est contacté en gaélique via son autoradio, puis bientôt via son baladeur ou son radioréveil. Ce sont des messages qui ne sont destinés qu’à lui seul et qu’il ne doit surtout pas divulguer. D’abord indifférent puis un peu perturbé (il envisage d’aller voir un psy) et de plus en plus décontenancé – La voix lui révèle des évènements qui vont se produire : une agression dans un train, un tremblement de terre au Japon… – Stéphane finit par prendre sa mission très au sérieux, d’autant qu’on lui annonce bientôt qu’il a le destin de l’humanité entre ses mains. C’est un film très bizarre. Très cheap, forcément, mais surtout habité par une légèreté qui vire parfois au comique (Toutes les apparitions de Christophe Bourseiller, Francis dans PROFS) et une noirceur tout aussi fulgurante – Impossible de me défaire de la séquence, terrifiante, des chasseurs dans les champs de blé. La plus grande réussite du film c’est d’avoir fait de lieux (un souterrain, une bibliothèque) et objets (un autoradio, un téléphone, une voiture) du quotidiens des formes oppressantes. Il manque un petit truc au film pour être le chainon manquant parfait entre Le locataire, de Polanski et L’homme qui voulait savoir, de Sluitzer, mais ça fait du bien de voir une tentative pareille, complètement détachée du paysage cinématographique français. Et puis le final est dingue. Presque aussi dingue que celui de L’homme qui rétrécit.

L’air de Paris – Marcel Carné – 1954

07. L'air de Paris - Marcel Carné - 1954Les boxeurs du paradis.

   7.0   Le voilà enfin, le film de Carné que j’aime ! Après cinq tentatives plus médiocres les unes que les autres, c’était à désespérer. Et c’est celui que j’attendais le moins, celui dont on n’entend jamais parler, qui me parle, justement. Avec L’air de Paris, Carné s’est entièrement débarrassé de Prévert et ça se sent : les dialogues sont moins affutés, plus nuancés, moins vieillots : On colle davantage au Paris populaire qu’il raconte. Gabin campe Victor, vieux boxeur raté, gérant d’une salle d’entrainement dans laquelle il espère voir éclore, un jour, un vrai champion. Sa femme, Blanche (incarnée par Arletty) est plus sceptique et moqueuse quant à la réussite du projet de son homme, mais elle l’accompagne au quotidien, s’occupe de l’accueil et de la comptabilité. Lorsque l’un de ses prometteurs poulains est terrassé par un accident, il fait la connaissance d’André, ami du garçon défunt et cheminot solitaire et désabusé, révélant un vieil amour pour la boxe. Si l’un n’a jamais eu de fils et l’autre ne semble jamais avoir eu de père, il y a dans le déploiement de récit qu’en fait Carné quelque chose de beaucoup plus subtil qu’une traditionnelle histoire de père et fils spirituel. Car d’un côté il y a Victor et ses rêves, ses illusions. De l’autre il y a André, pragmatique, cloitré dans la désillusion, la crainte de ne parvenir à rien, incapable de croire qu’il puisse être aidé (par ce boxeur déchu qui en voit en ce gamin son propre miroir et son rêve d’adolescence) et aimé – puisqu’il fera bientôt la rencontre de Corinne, une femme du monde, qui le dispersera dans ses désirs. C’est parfois pas loin d’être bouleversant cette affaire, d’autant que Carné ne brosse pas uniquement cette relation (façon Million dollar baby) mais s’intéresse aussi beaucoup aux deux histoires de couple pour en dresser un double portrait aussi tendre que mélancolique, autant qu’il crée quatre individualités (l’ouvrier, le manager, la femme du manager, la bourgeoise) aussi rêveuses, passionnées qu’elles sont tristes et paumées. Il aurait fallu à Carné la confiance en cet univers qu’avait eu Robert Wise, avec le sublime Nous avons gagné ce soir, cinq ans avant lui, car si l’on coupe toutes les scènes ratées se faisant descriptives du grand monde, L’air de Paris est un vrai beau film.

Irresponsable – Saison 2 – OCS – 2018

IRRESPONSABLE S2Histoire de Marie et Julien et les autres.

   8.0   C’est parfait. De bout en bout. C’est dans la continuité de la première saison mais différent, ça se réinvente sans cesse, c’est plein d’idées, de (nouveaux) personnages géniaux et puis c’est pertinent que ça parle aussi bien des amours d’une grand-mère que d’un ado face à la sexualité. Et puis c’est pas loin d’être bouleversant dès qu’il s’agit d’observer Marie et Julien. Quelle fin magnifique, d’ailleurs.

     L’écriture est plus belle, plus subtile, plus mesurée encore que lors de la saison de lancement, offrant aussi bien de magnifiques comiques de situation que des échanges complexes. Il y a un déploiement brillant et perpétuel en ce sens que chaque épisode devient un chapitre, que chaque saison s’accapare un espace, une dynamique. Si la maison brule à la fin c’est aussi pour faire table rase et rebondir dans un autre structure narrative et dimensionnelle.

    A noter que l’interprétation générale est magistrale, qui plus est avec les nouveaux qu’on adore très vite : Amel Charif, qui joue Sam, la nouvelle petite amie de Julien. Ainsi que Sam Karmann qu’on est ravi de revoir dans un vrai rôle de composition de psy peut-être plus torturé que ses patients. Sans parler de ces acteurs qui font une apparition le temps d’un épisode comme le banquier de Julien ou l’amie psy de Jean-Pierre.

     Sam, sans être l’opposé de Marie, offre à Julien cette liberté qu’il recherche constamment, tout en lui offrant d’accepter qu’il est toujours amoureux de Marie. C’est très beau. De fait, tout gravite autour de Julien. Julien le Tanguy de Chaville comme on a pu maintes fois le lire dans les critiques presse. Mais les personnages apparemment plus secondaires (Marie, Jacques, Sylvie) ont aussi droit à leur épisode.

     La grande réussite de cette saison c’est probablement d’avoir rendu aussi touchante et passionnante l’histoire entre Sylvie (la maman de Julien) et Jean-Pierre, son psy, la fameux, dont on entendait tellement parler en première saison. Ainsi que celle entre Emma et Jacques. Deux couples aux problèmes bien de leur génération, mais tellement travaillés, tellement riches qu’ils sont loin de servir de faire valoir à notre comédie de remariage (attendue) entre Marie et Julien.

     C’est simple, ça a l’envergure des meilleurs Apatow, à mes yeux. J’étais très déçu cette année de ne pas avoir pu voir la saison 3 de Love. Au moins j’aurais eu Irresponsable. Quelque part, ils ont un truc en commun. Je ne sais pas vraiment quoi, j’imagine que ça tient essentiellement à ce qu’ils produisent sur moi. C’est typiquement le genre, le format de série devant lequel je n’arrive pas à me freiner : Il faut que tout y passe d’une traite.

Une aventure de Billy le kid – Luc Moullet – 1971

03. Une aventure de Billy le kid - Luc Moullet - 1971L’homme des Hautes-Alpes.

   7.0   Bien qu’il semble opérer un virage important, par rapport à ses deux premiers longs métrages, Une aventure de Billy le kid est la suite logique, d’un point de vue géologique, des Contrebandières, qui se déroulait déjà dans les grands espaces alpins. Il s’agit donc d’un western sur les terres noires des Hautes-Alpes, notre Arizona. C’est un film d’arpenteur, une course-poursuite infernale, un voyage harassant dans le sublime et le labyrinthique. L’histoire est secondaire ici, les lieux sont les seuls vrais guides. Moullet aime ces paysages, cet amour transpire de chaque plan. Un désert lunaire, des chemins escarpés, des falaises enneigées, de fines rivières. Certains plans sont parfois gigantesques, Moullet parvenant à saisir les personnages dans un ensemble qui les rend minuscules, dévorés par cette grandeur abstraite et multiforme. Et au centre il y a Jean-Pierre Léaud, brigand fuyard, qui prend une jeune femme perdue sous son aile. On ne comprend pas grand-chose de leur fuite, de leur rapprochement, le film est parfois très ingrat dans ses enchainements, ses post-synchro, ses ellipses en pagaille. Et pourtant il se passe un truc vers la moitié, une histoire de double-jeu et de vengeance qui chamboule un peu tout ce qu’on vient de voir et donne un supplément de folie au film, qui va dès lors se complaire dans le flashback. Une aventure de Billy le kid est donc un film complètement pété – qui vire d’ailleurs au délire hallucinatoire à la fin – que Moullet va tourner en six jours avec une équipe archi réduite composée de proches, le budget doit donc tenir dans un porte-monnaie. Pas loin d’avoir adoré.

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