Coincoin et les z’inhumains – Bruno Dumont – 2018

01. Coincoin et les z'inhumains - Bruno Dumont - 2018L’attaque des clowns.

   6.0   Ptit Quinquin, il y a quatre ans, m’avait semblé faire office de promesse : J’avais perdu mon Dumont, j’en trouvais un autre, son versant comique, qui ne me séduisait pas entièrement mais parvenait à produire un peu d’exaltation ici et là et surtout à se renouveler tout en restant dans sa syntaxe. Ma Loute puis Jeannette ont tout brisé. Au point que je craignais de revoir ses premiers films. Dieu merci, je les ai revu et les aime autant sinon davantage, à l’image de Hors satan et Hadewijch. Je n’étais pas vraiment serein : à la fois très excité et très fébrile à l’idée de retrouver Quinquin et le tournant de cette filmographie. Et je suis mitigé.

     A la fois je suis content de retrouver cet univers, surtout dans sa mutation apocalyptique à base d’extraterrestres flaques eud’brin / clones de personnages bref une sorte de mix entre un 2001 boueux et une version cheap d’Invasion of the body snatchers. Bref : « C’est le monde moderne, Carpentier ». J’ai eu de beaux moments devant Coincoin. Parfois franchement ri « Non mais c’est quoi ce BORDEL, là ? » et parfois trouvé ça très beau : Tout dès l’instant que Coincoin est dans les parages et aussi bien quand il est en compagnie de l’gros, Eve (qui entre-temps s’est amourachée d’une fille) ou sa nouvelle conquête du camping. C’est d’ailleurs lorsque Dumont le réunit lui et le commandant, lors du quatrième épisode « L’apocalypse » durant la filature des extraterrestres, que je n’ai plus aucune réserve.

     Je me suis aussi un peu ennuyé. Trop abasourdi par cet humour d’une lourdeur sinistre. Quand on répète trois fois le même gag de Buster Keaton puis trois fois le même gag de Jacques Tati, je finis en effet par trouver ça un tout petit lourd. D’autant que c’est la partie visible de l’iceberg, là. La partie immergée c’est tout ce qui touche aux gendarmes. Mon dieu, le calvaire. Ils m’avaient déjà gonflé dans Quinquin, qui s’en trouvait déséquilibré par leur temps de présence, mais là c’est le ponpon : avalanches de grimaces, d’expressions imbitables, regards caméra, voitures penchées. Disons qu’ils me font marrer cinq minutes : Sur une réplique « Ma main à couper que cet oiseaux n’est pas humain, Carpentier » ou une mimique lorsqu’ils apparaissent dans une scène mais Dumont étire tellement leur temps à l’écran, c’est trop. Moi je veux surtout voir Coincoin et ses potes. Voir Coincoin éberlué, lâcher des « Putain, ils sont dingues, tous ». Ça ne m’a ceci dit pas empêché de me marrer, notamment durant le très beau troisième épisode « D’la glu » pourtant quasi monopolisé par nos chers gendarmes.

     Malgré tout, c’était chouette. Moins que Quinquin puisque d’une part l’effet de surprise s’est volatilisé et d’autre part on a gagné en slapstick ce qu’on a perdu en poésie. Mais il y a des idées, des tentatives, des trucs qu’on ne voit nulle part ailleurs, ne serait-ce que dans son côté carnavalesque, ses personnages secondaires abracadabrants (le médecin légiste, les prêtres), ses lieux dingues (un tunnel, un camping, une ferme, un quartier résidentiel, un camp de migrants). Esprit carnaval qui se concrétise à la toute fin dans une séquence très belle, lumineuse (mais j’imagine qu’on peut aussi la trouver pantouflarde) où se croisent de nombreuses apparitions de ces quatre épisodes, des chevaux blancs, les jeunes, les gendarmes, les migrants. Tout le monde. On y croise même Ch’tiderman. Et puis quand je repense à la phrase du fermier « Je me fais attaqué par un goéland et y a ces deux couillons qui tournent en rond » je me dis que c’était quatre belles heures, tout de même.

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