Amanda – Mikhaël Hers – 2018

37. Amanda - Mikhaël Hers - 2018Après la tempête.

   7.0   Je n’avais pas fait le lien entre ces deux cinémas auparavant, mais il y a peut-être beaucoup à voir entre Mickaël Hers et Ira Sachs, en fin de compte. Ça me saute d’autant plus aux yeux maintenant que ma mémoire a tendance à confondre le toit new yorkais de Love is strange et celui de Ce sentiment de l’été. Dans Amanda, on retrouve une grammaire cinématographique très proche de celle de Brooklyn village : Cette manière de s’installer dans le cadre, de s’imprégner de sa respiration, de filmer les enfants, d’offrir une dimension solaire tout en dévoilant le temps d’un plan, d’une discussion, d’un pas de côté, une profonde mélancolie, une ombre au tableau.

     Si Amanda me marquera probablement moins que Memory Lane, il joue dans la continuité du cinéma de Hers, qui poursuit son exploration du deuil, qui se fait de plus en plus frontal. Il m’en restera moins des scènes, des interactions, des personnages que des images pures, en somme, comme ce plan final dans le parc londonien de Greenwich à la tombée de la nuit qui répond à la macabre découverte dans le parc parisien de Vincennes à une heure similaire. Je n’oublierai pas de sitôt ces deux tableaux, l’un de sang, l’autre de plénitude. Ce sont ces correspondances d’un plan à l’autre, qui me touchent beaucoup dans le cinéma de Hers. N’empêche ce plan terrible, à la croisée de l’ouverture de Moi, Pierre Rivière de René Allio et du final de Piranhas, de Joe Dante, est de ceux qui envoient de l’insolite dans un cinéma qui pourrait se permettre de filer droit et doux.

     C’est ce que j’aime chez Hers, l’insolite. C’est un cinéma qui a tout pour ronronner mais tout était insolite dans Montparnasse, Primrose hill, Memory Lane. Déjà un peu moins dans Ce sentiment de l’été. Il manque, cet insolite, dans Amanda. On le voit peu. Ou alors dans cette retrouvaille entre un mère et son fils, un tutoiement, une excuse, un texto. Ou dans cette promenade où il est question d’une histoire d’amour qui peut attendre, d’une histoire d’adoption qui, elle, ne doit pas attendre. Ou plus tôt dans cette scène terrible, redoutée, casse-gueule, dans laquelle un garçon annonce à sa nièce la mort de sa mère – Vincent Lacoste aura étincelé cette année, entre Amanda et Plaire, aimer et courir vite. Chaque fois ce sont des scènes de parc. Le parc chez Hers, c’est une terrasse de café chez Rohmer. Tout s’y joue.

     Je regrette beaucoup que Hers ait abandonné la subtilité de ses boucles, l’imprévisible de ses enchainements, choraux ou elliptiques. Il me semble qu’Amanda est bien trop organisé, corseté. De nombreuses scènes répondent trop à d’autres – admirablement parfois, certes, mais lourdement aussi comme lorsque au tout début David manque l’heure de sortie d’école de sa nièce, annonçant un peu de sa vie future ou comme cette expression avec Elvis, expliquée par la maman et qu’on retrouvera autrement à la fin, devant un match de Wimbledon, qu’on nous promet là aussi depuis un moment. Tout est trop utile. Les rimes sont trop visibles. Mais bon, ça reste un très beau film, et un cinéma qui de manière générale me touche infiniment au point que j’y verse par instants quelques larmes.

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