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Archives pour 31 décembre, 2018

Maman, j’ai raté l’avion (Home alone) – Chris Colombus – 1990

34. Maman, j'ai raté l'avion - Home alone - Chris Colombus - 1990La maison c’est le monde.

   8.0   Ça fait partie de ces films qu’il m’est difficile de dissocier de mon souvenir d’enfance. A l’instar de Chérie j’ai rétréci les gosses, le film de Chris Colombus est une vraie madeleine, vue, revue, à noël et tout le restant de l’année, avec le frangin, le cousin, le voisin. Il m’arrive aujourd’hui encore de lui emprunter quelques répliques pour mon langage courant, comme :

« Jamais j’accepterais que tu dormes dans mon pieu, même si tu me léchais les pieds »

« Si ça peut te consoler, moi j’ai oublié mes lunettes »

« Ces filles sont toutes à poil, c’est écœurant »

« Hé les gars, vous abandonnez ou vous en r’voulez encore ? »

« Je vais lui péter la figure avec un fer »

« Tu vas avoir l’droit à dix p’tites secondes… »

     Voire de fredonner « I’m dreaming of a white christmas », dans ma salle de bain.

Bref.

     J’imagine que son effet disparaît dès l’instant qu’on le découvre après l’âge de huit ans, après l’âge de Kevin / Macauley Culkin dans le film. C’est en tout cas en voyant les réactions de mon fils que ça m’a rappelé combien j’adorais l’instant des pièges – dans mon souvenir ça prenait la moitié du film : dix minutes, tout au plus, en fait. Je jubilais autant que j’ai vu mon fils jubiler. Dès le déploiement du plan d’attaque jusqu’à l’arrestation des casseurs flotteurs. De les voir glisser dans les marches de la cave / sur le pas de la porte d’entrée, de les voir se faire brûler le crâne au chalumeau, se prendre des pots de peinture, coups de pelle ou fer à repasser dans la tronche et j’en passe.

     Si ça l’est toujours, jubilatoire (équilibre parfait entre le côté « ridicule mais pas trop » des méchants, l’inventivité des pièges, l’efficacité du montage) il me semble que le film brille encore davantage ailleurs. Son dessein premier c’est d’être le parfait film pour les fêtes, donc de se focaliser à la fois sur la retrouvaille familiale et sur l’anéantissement de la peur, qu’il ambitionne de briser à tout prix. Symbolisée par l’abandon, bien entendu (puisque Kevin est oublié par sa famille lors de leur voyage en France pour les fêtes) mais aussi par l’intrusion, le monstre du village, le fait d’être le bouc émissaire familial, voire Paris, les mygales, mais aussi une peur qui pointe tardivement de façon absolument inattendue et déchirante : celle de la solitude. Jusque dans ce bus de musiciens, eux aussi loin de leurs familles.

     Car si Kevin est d’abord ravi d’avoir « fait disparaître » toute sa famille, son souhait sera bientôt de les retrouver, au point de demander au père noël de les faire revenir plutôt que de lui offrir des cadeaux et aussi bien son (horrible) frère Buzz que ce satané oncle Franck, c’est dire. Sa retrouvaille finale avec sa maman, dans un double jeu de regards qui dit « je t’en veux » puis « je t’aime » m’a toujours fait verser une larme. Et encore davantage aujourd’hui, cela va de soi.

     Mais ce n’est pas là-dessus que j’ai vacillé, cette fois. Ma scène préférée ce n’est plus celle des pièges, mais celle de l’Eglise, au moment de la messe de noël, quand Kevin y croise le vieux monsieur à la pelle, celui dont la légende que conte son frère au début a fait tueur d’enfants, et qu’il se rend compte de sa gentillesse et de sa tristesse : L’homme est là pour voir sa petite fille chanter car il ne passera pas les fêtes à ses côtés, étant donné qu’il est brouillé avec son fils depuis longtemps et qu’il n’a jamais osé lui reparler. Qu’un simple « film de noël » raconte quelque chose d’aussi beau et terrible (dans une scène de dialogue assez imposante, qui plus est) au milieu d’une comédie d’aventures pour enfants relève d’une belle idée d’écriture, au même titre que les efforts déployés d’entrée pour rendre crédible cet oubli improbable.

     J’aime aussi beaucoup le simple fait que tout ou presque se déroule dans une maison tant c’est raccord avec la représentation de la grande aventure quand on est gamin, un peu comme dans Jumanji ou Chérie j’ai rétréci les gosses (le jardin) ou L’histoire sans fin (le grenier d’une école) : Tout se joue là, sous nos pieds, entre les murs, l’espace restreint apparaissant infiniment grand.

     Enfin bref, le regard entre Kevin et ce vieil homme, à la toute fin, le matin de noël est le plus bel aboutissement que le film avait à offrir : tous deux ont vaincu leur grande peur et tous deux ont retrouvé leur famille.

Réveil dans la terreur (Wake in fright) – Ted Kotcheff – 1971

07. Réveil dans la terreur - Wake in fright - Ted Kotcheff - 1971Errance au bout de l’enfer.

   8.0   Le film s’ouvre à peine que la violence se loge déjà dans le moindre recoin d’absurdité. D’abord dans ce plan circulaire dévoilant une ligne de chemin de fer et un désert ocre à perte de vue d’où s’échappent quelques bicoques de bois. Puis dans ce bruit d’horloge qu’on  entend plus que distinctement dans la salle de classe, avant la sonnerie qui marque le départ en vacances. Puis quelques instants plus tard, dans le « shut up » du barman qui vient interrompre la douce mélodie de John Scott. On n’est pas encore dans les tréfonds de l’Outback mais on y glisse progressivement.

     Wake in fright, film rêvé, réalisé en 1971, annonce, pour rester dans le bush australien, aussi bien Walkabout, de Nicolas Roeg que Mad Max, de George Miller, et plus largement, Délivrance de John Boorman, Chiens de paille, de Sam Peckinpah, Cockfighter de Monte Hellman, La dernière maison sur la gauche, de Wes Craven voire même le plus récent Wolf Creek, de Greg McLean. Ce qui frappe en premier lieu devant la découverte de ce film, c’est que tout s’inspire de Wake in fright mais rien ne le devance, sinon le plus urbain Wanda, de Barbara Loden. Jamais nous n’avions vu le bush filmé de la sorte. Jamais nous n’avions pensé tutoyer à ce point ses enfers. Jusqu’à virer au film d’horreur en lui faisant respirer le reportage ethnographique – confirmé par le panneau final – à la Jean Rouch, quand il fait La chasse au lion à l’arc.

     Avant de s’intéresser à la guerre du Vietnam par le prisme d’un vétéran traumatisé, montagne de muscle qui détruit tout avant d’éclater en larmes, Ted Kotcheff avait peint ce pur cauchemar, qui restera quarante années invisible, dans lequel il nous embarque – à renfort de cris et bourre-pif – aux crochets d’un instituteur de campagne qui lors de son voyage vers Sydney pour ses congés, va se transformer au gré de rencontres diverses avec les autochtones qui ne vivent que pour la chasse, la biture et la baston, en vagabond accroc au jeu et à la bière, avant de se révéler tueur de kangourous.

     C’est un voyage. Les vacances de noël les plus perturbantes, brulantes, poussiéreuses, ivres, asphyxiantes, qu’on peut voir sur un écran. Un voyage entre le trou du cul du monde et Sydney, mais qui très vite, stagne dans une ville minière nommée Bundayabba. On dirait une farce. A moins que ce soit le nom d’un monstre. Toujours est-il qu’il semble impossible de s’en échapper : La temporalité nous échappe, la géographie est impalpable. Lorsque vers la fin, John récupère sa valise dans un tripot, il dit qu’il l’a oublié la veille mais ne sait plus très bien si ce n’était pas la semaine dernière ou dans une autre vie. C’est une plongée qui va plus loin qu’une simple plongée objective : Il y a une fascination pour cet enfer, pour sa sauvagerie, qui en fait un film aussi génial qu’il peut être malaisant.

Fin d’automne (Akibiyori) – Yasujirô Ozu – 1960

16. Fin d'automne - Akibiyori - Yasujirô Ozu - 1960Le(s) beau(x) mariage(s) ?

   6.0   Mon cinéma de quartier favori offrait une rétrospective Ozu en dix films. Le rêve. Enfin, le rêve il y a dix ans. Aujourd’hui ce fut plutôt un crève cœur. J’espérais en voir au moins deux ou trois, entre deux nouveautés ; j’en aurais fait qu’un, au pif – si en plus je me serais permis de choisir, c’était la bulle je pense – et c’est tombé sur Fin d’automne, soit l’un de ses tous derniers films, en couleur. J’avais peut-être trop sacralisé l’événement ou plus simplement la fatigue m’aura empêché de m’y fondre complètement, c’est une petite déception. Jamais réussi à m’attacher à ses personnages – notamment ses personnages masculins, tous un tout petit peu insupportables dans leur gaudrioles. Jamais été emporté par ce récit qui préfère adopter une tonalité insouciante plutôt que de creuser l’intensité dramatique. Seules les dernières minutes – le voyage entre mère et fille – et la toute fin m’auront extirpé de l’ennui poli et un peu ému puisque c’est à ce personnage de veuve solitaire auquel on se raccroche souvent, qui referme le film avec son regard, dans un beau moment d’émotion et de douceur où percent enfin les promesses de mélancolie. C’est un film très doux, comme toujours, dans le peu que j’ai vu d’Ozu à ce jour. Mais ce sont surtout ses compositions de plans, d’une élégance rare et d’une rigueur géométrique imparable, aussi bien dans les couloirs d’immeubles, sur les toits ou dans les habitations qui m’ont séduit, plus encore que dans Bonjour. On sent que le cinéaste japonais est arrivé à un point de maturité absolu dans le moindre placement de sa caméra, c’est très beau.


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