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Archives pour décembre 2018



Diamantino – Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt – 2018

03. Diamantino - Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt - 2018L’émigrant.

   7.0   Dans sa dose de formalisme ultra référencé, Diamantino peut grossièrement se loger dans la continuité d’Un couteau dans le cœur ou Les garçons sauvages. S’il est moins vénéneux que le Mandico, moins romanesque que le Gonzalez, on y retrouve néanmoins cette manifestation éclectique d’un cinéma en surface adolescent, inconséquent mais dont la vitalité, géniale et bouffonne, stimulante et grotesque, exacerbe ses enjeux, ce d’autant plus qu’il est rare de rencontrer une œuvre qui mélange à ce point les genres et les inspirations. Au départ c’est presque le Malick de The tree of life qui rencontre Zidane, un portrait du XXIe siècle, à cette différence près qu’on s’ouvre sur le cosmos pour plonger non pas dans un cercle familial mais dans une arène de football, « chapelle Sixtine moderne » nous dira le personnage en citant les mots de son défunt père qui dit qu’aujourd’hui le sport a remplacé la religion. Il ne s’agit plus de suivre la respiration de Zizou mais ce resucée de Cristiano Ronaldo, benêt rêveur qui drible de gros chiens poilus au pelage rose avant d’être brutalement déchu de son statut de superstar, de n’être plus qu’un mème internet et d’être manipulé par d’ignobles sœurs perverses et arrivistes. Et bientôt c’est Minority report qui joue sur le terrain de Suspiria. La comédie qui croise la SF et le thriller horrifique, en fait. Sans parler du double clin d’œil on ne peut plus évident, carrément jubilatoire, au final du Nouveau monde (L’Or du Rhin, de Wagner, c’est le frisson absolu à chaque fois pour moi) puis à Shining – Les jumelles maléfiques sous les stridences de Béla Bartok, putain. Il me semble que le film, aussi bancal et imparfait soit-il, saisit quelque chose de la vulgarité de son époque – Sa violence, sa bêtise, mais aussi son romantisme – un peu comme De Palma le faisait si admirablement durant les années 80. Ici c’est le football qui devient l’outil d’une société qui vire fasciste et tente de récupérer un héros ordinaire, inconscient de sa portée politique – mais qui se prend d’amour pour la cause des migrants lorsqu’un jour, alors qu’il bulle sur son yacht, il recueille un radeau de réfugiés – pour en faire un porte-parole national. C’est un film dans l’air du temps, en somme, tout petit mais in fine important, bancal mais plus lucide que la moyenne, jusque dans ses multiples supports d’images. Et l’on sent qu’Abrantes & Schmidt sont passionnés par leurs personnages, même les plus détestables, fascinés par leur époque, notre époque. Et qu’ils ont voulu offrir à ce récit abracadabrant une issue douce, romantique, improbable, entre une espionne déguisée en migrant et un footballeur déchu qui traverse une crise existentielle, moins pour légitimer la superficialité de leur objet que pour raconter leur croyance en la beauté (masquée) de ce monde. Ça me touche beaucoup.

A brief history of Princess X – Gabriel Abrantes – 2016

02. A brief history of Princess X - Gabriel Abrantes - 2016Buste de bite.

   5.0   C’est un agréable préambule à Diamantino. C’est mignon, assez vain, tout à fait oubliable, mais il y a une inventivité, une dynamique que sur un tel format (7 minutes) je n’avais pas vu depuis les courts métrages de Peretjatko. Abrantes s’amuse de la reconstitution (On y croise Brancusi, le sculpteur, Marie Bonaparte, le modèle, mais aussi Sigmund Freud), de la voix off (hyper drôle), d’idées farfelus en tout genre, d’un humour à la limite du mauvais goût, pour raconter, à sa façon, le destin de cette sculpture dorée représentant le buste d’une princesse mais ressemblant plutôt à un phallus. Dans la version originale, c’est Abrantes lui-même qui fait la voix off. Chez nous c’est Leatitia Dosch et ça dépote.

Dogman – Matteo Garrone – 2018

28. Dogman - Matteo Garrone - 2018L’îlot chiens.

   5.0   Autant il me semble qu’il y avait beaucoup de choses à tirer de Gomorra et Reality (souvent pas bonnes mais au moins il y avait des choses) notamment des lourdeurs mais aussi des fulgurances, autant là je ne comprends ni les enthousiastes ni les détracteurs. Dogman est un truc minuscule, un film complètement insignifiant, la chronique banale d’un toiletteur pour chiens qui se transforme en polar aussi violent qu’il est trivial, avec l’affrontement entre ce même garçon simplet et le caïd du quartier, stéréotype de la brute épaisse, dans un lieu mystérieux, sorte de station balnéaire laissée à l’abandon, qui a tout pour être fascinant mais que Garrone filme platement, sans envie. Grande place circulaire sans vie filmée sans âme, d’où la sensation d’un petit théâtre fabriqué dans lequel il brosse son néo film noir. Il y a de belles scènes, des trucs qui nous sortent un peu de l’ennui, notamment la présence de Marcello Fonte – sorte de Buster Keaton napolitain sur lequel Garrone mise absolument tout – mais globalement le film est tellement programmatique qu’il est difficile d’y trouver le moindre intérêt, déjà pendant et davantage encore avec le recul. En sortant tout juste de Lazzaro Felice, qui lui ne cesse constamment de se réinventer c’est un peu triste de voir ce film-là. Bon, au final, c’est sans doute le moins mauvais film de Matteo Garrone, malgré tout.

Heureux comme Lazzaro (Lazzaro felice) – Alice Rohrwacher – 2018

27. Heureux comme Lazzaro - Lazzaro felice - Alice Rohrwacher - 2018Les ailes de la bonté.

   7.0   Très beau film, qui évoque beaucoup Pasolini et Reygadas, pour sa magie autant que pour sa peinture d’un lieu, d’une communauté en marge du monde. Il me manque sans doute un peu d’émotion, comme c’était le cas aussi avec Trois visages, de Jafar Panahi : Ce sont à mes yeux les deux propositions les plus audacieuses vues cette année. Et dans le même temps, leur effet se dissipe à mesure qu’ils s’installent. Dans Lazzaro Felice, la cassure centrale arrive au bon moment, justement quand je commence à lâcher prise ; et le final dans la banque aussi. Je pense que ça tient moins à Lazzaro, ce personnage qui encaisse la méchanceté, la douleur, la tristesse du monde – encore que ça relève un peu trop du personnage conceptuel à mon avis, qu’on a tiré d’un tableau, le Pierrot d’Antoine Watteau, pour le faire errer dans l’Inviolata puis dans la ville – qu’aux autres personnages du récit, qu’Alice Rohrwacher ne filme pas avec la même (com)passion qu’elle peut filmer les lieux ou Lazzaro. En un sens, la première partie m’évoque trop Kusturica quand la seconde fait trop de Scola. Malgré tout, j’ai trouvé ça puissant car le film a cette intelligence de jouer avec les temporalités, la magie de l’ellipse, la magie tout court, en faisant à la fois un conte poétique et un manifeste politique. Ne serait-ce que dans sa façon de nous plonger dans ce récit et une métairie qui semble tirée du XIXe siècle (où une marquise règne et asservit toute une communauté de paysans) avant que l’on comprenne par touches qu’il est d’aujourd’hui (La police viendra mettre un terme à ce servage moderne) ou presque : Une vingtaine d’années sépare les deux parties, une ellipse sidérante, miraculeuse, qui nous extirpe de la campagne pour nous plonger dans le cœur de la ville. C’est très déstabilisant mais d’une audace infinie.

High Life – Claire Denis – 2018

3. High life, Claire DenisUn condamné à mort s’est envolé.

   9.0   Ce soir-là je n’étais pas si loin de sortir de la salle, en voyant l’immonde bande annonce du sans aucun doute non moins immonde dernier bousin de Paolo Sorrentino, Silvio et les autres. Mais je suis resté. Heureusement, je suis resté. Car je me suis réconcilié avec Claire Denis – qui m’avait tellement déçu avec Un beau soleil intérieur – devant ce très beau film, qui rivalise peut-être avec ses meilleurs. Avant de pouvoir le revoir – Ses films sont meilleurs à la revoyure – je n’ai qu’une certitude : C’est le plus beau film de Claire Denis depuis 35 rhums. Mais j’ai préféré attendre quelques semaines pour en parler.

     Il me semble que les films comme High life sont rares, donc précieux, ceux dont le sens nous échappe quasi complètement, je veux dire, ceux pour qui l’existence (et notre fascination à son égard) naît essentiellement d’un désir d’images. High life me rappelle combien j’aime le cinéma pour sa dose de mystère et d’impondérable. Il me rappelle combien j’aime recevoir des ondes de chocs, de pures éclats de sidération, à quel point j’aime être convié à de si imposants voyages parallèles – Sortir de la salle fut un moment très bizarre, flottant, anormalement doux, comme si le film, aussi implicite fusse t-il en apparence, révélait quelque chose d’inexplicable mais d’extra-lucide sur notre existence et notre condition : Je n’avais pas ressenti cela depuis Under the skin, je crois. Sans pour autant qu’il ne demande à ce qu’on le conseille, à ce que l’on le partage – Difficile de savoir qui acceptera l’expérience, qui y restera à quai. Sans pour autant qu’il faille à tout prix le disséquer afin qu’on puisse le laisser s’échapper. Souvent, quand un film me marque de la sorte, j’ai besoin d’aussitôt en parler afin de passer à autre chose. Pas avec High life, que je garderais bien pour moi. Si j’en parle seulement maintenant, avec un peu de recul, c’est aussi pour tenter de percer ce mystère.

     A l’instar des garçons sauvages, de Bertrand Mandico, le film impressionne puis disparaît vite, donc ; Son sens s’évapore mais ses images, elles, restent, s’installent durablement. Il est clair que les images, chez Claire Denis, sont souvent plus fortes que le récit qu’elles illustrent ou accompagnent. Dans High life, il y a nombreuses de ces images que je n’oublierais pas de sitôt. Il y a cette cette ouverture incroyable, où dans un silence spatial absolu, Monte, un détenu/spationaute, effectue en extérieur et en apesanteur, une opération de maintenance sur un élément du vaisseau tout en entendant, dans son casque, son bébé pleurer à l’intérieur, alors qu’il est en train de regarder des images venues de la Terre – In the land of the head hunters (1914) un film d’Edward S.Curtis, semble t-il. On sait déjà qu’on va voir un film qui ne ressemble à aucun autre. Et bien plus loin il y a cette approche de trou noir, une plongée vertigineuse d’une violence sèche, effrayante : Un visage qui se déforme puis explose, net, dans son scaphandre. Il y a aussi ces corps que Monte envoient dans le vide sidéral : On les verra même flotter quelques instants dans ce silence éternel. Bref, c’est avant tout une magnifique expérience sensorielle, que vient renforcer le travail plastique d’Olafur Eliassion et la musique de Stuart Staples, des Tindersticks, habitué du cinéma de Claire Denis. J’avais besoin cette année d’une expérience comme celle offerte par High life. De sortir du système solaire.

     High life suit un groupe de condamnés à mort qu’on a envoyés dans l’espace, recyclés aux abords d’un trou noir, pour servir de cobayes à des fins scientifiques, essentiellement concentrées sur des sources d’énergie alternative et de nouveaux moyens de reproduction. Difficile d’en dire davantage : Autant je serais bien incapable de dire ce que le film raconte en profondeur, si toutefois on me le demandait, autant je pourrais aisément dire que ce sont les images les plus stimulantes vues sur un écran de cinéma cette année. Et ce n’est pas une question d’effets spéciaux. Au contraire, de ce point de vue, le film est très rudimentaire : Un vaisseau qui ressemble à une boite d’allumettes, mais surtout on en sort quasi jamais, ce n’est que du huis clos. Et pourtant Claire Denis a fait appel à un spécialiste des trous noirs. En fait c’est surtout une question de visages. Ce qu’ils renvoient, ce qu’on y projette. Leur tristesse, leur peur, leur solitude. Aussi bien celui de Mia Goth, celui de Juliette Binoche, que ceux de Robert Pattison, Lars Eidinger, André Benjamin. Des visages, des voix, deux mots « shall we ? », un seul « tabou » comme aspirés dans les gouffres de la mélancolie.

     La tension sexuelle s’invite dans le film comme rarement elle s’était invitée dans le cinéma de Claire Denis jusqu’alors. En s’ouvrant sur le mot « tabou » qu’un père fredonne à son bébé, High life annonce un peu de son programme. Si son sens reste d’abord assez flou, le mot résonne de façon autrement plus incestueuse dès l’instant que la fille a grandi et qu’elle dérive avec son père dans le vide sidéral. Afin de pallier aux pulsions du désir, une mystérieuse pièce permettait à chacun d’aller chercher sa jouissance, quand il s’agissait encore d’une dérive groupée. S’il semble être le souvenir de Monte, le film s’intéresse aussi beaucoup à Dibs, aux expériences de cette sorcière récupératrice de fluide, qui projette de créer le bébé astral. Claire Denis lui permet d’exister, dans sa douleur, son passif : Si elle veut tant faire naître un bébé c’est aussi probablement parce que c’est le sujet de sa condamnation sur Terre. Si Monte s’y refuse, lui, à ce désir, c’est peut-être inconsciemment pour se préparer à ce nouvel univers carcéral qui l’attend, seul avec sa fille, dont il fera la femme parfaite, en somme.

     Mais c’est dans son étrange structure temporelle qu’High life sème un trouble insistant, plus insoluble encore. Se déployant sur trois arcs, trois temporalités bien distinctes (le groupe, le père et le bébé, le père et sa fille adolescente) le film choisit de tout enchevêtrer, à renfort d’ellipses brutales, de transitions en tout genre (une image, un plan ou la voix off) et de rares flashbacks nous renvoyant de brefs instant sur Terre. Claire Denis préfère la suspension d’une mission-suicide à la banalité d’une conquête spatiale. Une suite de trouées plutôt qu’une odyssée toute tracée. Ici c’est la longue chevelure noire de Binoche prenant l’air aux abords d’une canalisation qui trouble, là plutôt cette disparition dans un fondu du corps d’un détenu dans le jardin du vaisseau tombeau. Ici ce sont les premiers pas d’un enfant dans le corridor d’un vaisseau qui foudroient, là ce morceau « Willow » chanté par Robert Pattinson, composé par Stuart Staples, accompagnant le générique final. Et pourquoi Monte se retrouve t-il confronté à une meute de chiens errants lorsqu’il accoste un vaisseau abandonné ? Une vision indélébile et énigmatique parmi d’autres.

     Il y a aussi de belles correspondances, notamment à l’intérieur même du cinéma de Claire Denis, puisque Willow adolescente, joué par Jessie Ross rappelle forcément Lola Creton dans Les salauds, dans son regard et cette manière si singulière de s’ériger en statut de la nuit – Le travail de Yorick Le Saux, en tant que chef opérateur y est sans doute pour beaucoup, puisque déjà il avait remplacé Agnès Godard sur le tournage des Salauds. Quant au personnage de Robert Pattinson il évoque beaucoup celui de Grégoire Colin, dans Beau travail, autour duquel tourne Juliette Binoche qui pourrait, elle, être l’alter ego de Denis Lavant – Sa danse à elle, ce sont ses marches nocturnes, transportant entre ses mains la semence providentielle. Légionnaires et prisonniers traversent le même combat, dans la cinéma de Claire Denis. Pour le reste, difficile de ne pas penser au cinéma de Sharunas Bartas, quand le film dévoile des souvenirs de Monte sur Terre – Images qu’on jurerait échappées d’un Few of us ou d’un Trys dienos.

     Il y a presque vingt ans, Claire Denis avait électrisé le cinéma français en nous crachant un film-monstre, romantico-gore, sur le cannibalisme. Cette année, elle opte pour le film de prison, en le doublant d’un voyage spatial à la rencontre d’un trou noir. Qui fait ça, aujourd’hui ? Initiative que je salue avant même de voir le résultat, alors quand en plus le film est si puissant. C’est comme lorsque Dominique Rocher s’attaque au film de zombies. Merci ! Le cinéma français se porte très, très bien et dans tous les genres.

     En fin de compte, je me demande aujourd’hui, six semaines après en avoir fait sa découverte, si ce n’est pas le film que j’ai le plus envie de revoir cette année et ce d’autant plus qu’il m’a beaucoup échappé, tant il me parait aussi brillant qu’il est raté, abstrait et radical, hyper maîtrisé ici et complètement malade l’instant suivant. Tant pis je le redis : Quel bonheur de retrouver Claire Denis à un tel niveau d’inspiration, avec un film aussi énigmatique, aussi beau.

Les aventuriers – Robert Enrico – 1967

Les aventuriers - Robert Enrico - 1967 dans Robert Enrico 41.-les-aventuriers-robert-enrico-1967-300x194

Treasure Buddies. 

   8.5  Le 08/02/2013,

     C’est un film intéressant par bien des aspects puisqu’il est hybride, paradoxal. On ressentait déjà cela dans le précédent film de Enrico, Les grandes gueules, qui avait tout pour se fondre dans un moule populaire mais était construit un peu bizarrement, autour d’une hystérie maladroite mais aussi d’une curieuse gestion spatiale. C’est un film d’homme, Les grandes gueules, il faut que ça castagne, c’est un western étrange, dans les Vosges où les cow-boys sont remplacés par des bûcherons. C’est un film qui j’aime bien parce qu’il joue sur deux tableaux, il met en scène de l’acteur mais n’oublie pas de saisir l’espace dans lequel il se trouve. Je me souviendrais de cette immense forêt, ces longs troncs d’arbres et ce circuit boisé sur lequel les bûcherons font descendre une voiture brouette remplie de bois. Je retrouve cette attention et cette singularité dans Les aventuriers. Mais c’est un film qui me touche infiniment plus, aussi bien dans ses défauts que dans ce qu’il réussit le mieux. C’est un film scindé. Trois parties, mais on pourrait en distinguer davantage. Ou qu’une seule. En ce sens c’est un cinéma qui m’évoque celui de Rozier, toute proportion gardée. Cette capacité à aller de l’avant, pas forcément où on l’attend, saisir l’instinct des personnages, capter l’aventure, la suspension. Mais Enrico a le cul entre deux chaises, il n’a pas confiance en son cinéma, à l’exaltation de ses mouvements, ou alors il n’a pas eu le droit d’aller plus loin. Il orne de convenu, dérape mais se replace, joue sur du velours alors que l’on aimerait le voir sur du fin linon. Stévenin le faisait aussi très bien, lui. Le choix d’utiliser ces deux acteurs en vogue pose d’emblée un facteur succès obligatoire. Privilégier l’aventure ou le narratif. Faire du Rozier ou du Rappeneau. Enrico hésite. Le film me touche aussi pour ça. Trois destins en marge se rencontrent et vivent l’échec en même temps ce qui les amènent à chercher un trésor au large du Congo avant que le film ne s’achève dans un vieux fort en pleine mer, très connu aujourd’hui pour d’autres raisons. J’ai adoré partager l’aventure de ce trio Truffaldien (on pense à Jules et Jim) surtout avec la magnifique Joanna Shimkus, qui me rappelle Ana Karina chez Godard, folie en moins – folie de mise en scène.

Le 21/11/2018,

      Je suis ravi de l’avoir revu : c’était mon Enrico préféré, très largement et ça l’est toujours. Et si j’y vois toujours plein de défauts, sensiblement les mêmes qu’à l’époque où je l’ai découvert (progression trop saccadée, musique de De Roubaix top mais omniprésente, partie Congo trop expédiée à mon goût) ce sont des défauts qui renforcent son humilité. S’il évoque donc parfois le « cinéma de papa » (au sens où l’entendait Truffaut), parfois plutôt le cinéma d’aventures des années 50, souvent l’esprit Tintin, il respire aussi les prémisses d’un Rozier (la partie africaine prépare Les naufragés de l’ile de la tortue) ou d’un Stevenin (Notre duo évoque celui de Passe-montagne). C’est cette incertitude qui le rend si touchant. Cette hybridité qui en fait un magma. C’est aussi de voir Delon & Ventura comme finalement on ne les avait jamais vus, qu’ils soient dans le cockpit d’un Cessna, pilote d’un dragster, pilier de casino, plongeurs en quête de trésor ou voyageurs endeuillés. Pourtant c’est bien le sort réservé au personnage campé par la belle Joanna Shimkus qui fascine tant. C’est simple, elle est le cœur battant du film. C’est d’ailleurs elle qui l’ouvre puisque le film démarre au moment où elle cherche une vieille hélice pour son vernissage puis rencontre nos deux aventuriers, nos deux rêveurs encore simples mécaniciens jouant avec la vitesse de leurs bolides, l’un sur les pistes, l’autre dans les airs. Si elle disparaît aux deux tiers c’est elle qui continue d’être au cœur du récit, à travers cet enfant, son cousin germain et guide dans un musée africain, et à travers ce vieux fort, qu’elle voulait habiter et qui sera le théâtre tragique de la séquence finale. « Je me demandais lequel de nous deux avait eu cette idée de l’emmener là-bas ? » demande Delon, inconsolable à un Ventura, plus réservé dans son chagrin, qui lui répond « Je crois que cette idée on devrait la partager tu crois pas ? ». On a surtout envie de croire qu’elle est leur détonateur, que cette quête au trésor est née de son apparition. Les aventuriers c’est aussi et surtout un film sur deux amis inséparables. Je l’aime tellement, ce film. Et avant tout parce que c’est un beau film populaire, d’autant plus attachant qu’il est bancal, foutraque, un peu raté.

Le village des damnés (Village of the Damned) – Wolf Rilla – 1962

36. Le village des damnés - Village of the Damned - Wolf Rilla - 196212 mystery kids.

   5.5   Aucun souvenir du remake qu’en a fait Carpenter sinon qu’il m’avait beaucoup plu. Celui de Wolf Rilla me semble plus dégraissé d’un point de vue formel, assez réussi dès qu’il installe le malaise (toutes les scènes avec les enfants, essentiellement celle avec la boite chinoise qui renferme le carré de chocolat ou celle du biberon bouillant) mais plus douteux sitôt qu’il faille l’analyser d’un point de vue politique. En effet, on est alors en pleine guerre froide et le récit prend le risque de multiplier l’évènement : D’autres enfants, similaires à ceux de Midwich dans leurs attitudes, apparences et conceptions (la première séquence est probablement la plus réussie du film, par ailleurs, puisqu’elle donne à voir un village qui s’endort brutalement et reste évanoui plusieurs heures) ont vus le jour aux quatre coins du globe. On nous apprend qu’au Groenland et en Mongolie, les adultes se sont immédiatement débarrassés des enfants maléfiques. Ah ces pays bizarres, hein. On nous dit qu’en URSS, en revanche, ils grandissent comme dans ce village anglais. Ouf. On pense alors que le récit va les relier, y avait un truc intéressant à exploiter. Sauf que pas du tout, on apprend bientôt que le gouvernement russe, ces barbares, ont préféré envoyer la bombe sur ce village malade. Chez Rilla, en Angleterre c’est un père (d’un des enfants en question) et professeur résigné qui se sacrifiera en héros alors qu’en URSS c’est le régime qui s’en charge. Je ne comprends pas bien ce que ça raconte de l’après-guerre, du capitalisme, sinon que l’occident est fait de héros quand « l’autre côté » est gouverné par des communistes sanguinaires. Enfin bon, c’est ce que j’y ai vu mais il est probable que j’interprète mal. Mais par exemple, chez Jack Arnold, dans Tarantula ou chez Don Siegel, dans L’invasion des profanateurs de sépultures, j’ai le souvenir que la critique est surtout antimilitariste, qu’il est surtout question d’angoisses générées par la guerre froide, non ? Enfin, quoiqu’il en soit le film reste impressionnant, très ramassé (1h15, pas plus) et plutôt glaçant dès que les petites têtes blondes aux yeux froids sont à l’écran.

Prisonniers du passé (Random harvest) – Mervyn LeRoy – 1947

30. Prisonniers du passé - Random harvest - Mervyn LeRoy - 1947Amour et amnésie.

   4.5   Premier Melvyn Leroy que je voie. Soyons clair, j’adore les mélodrames et Prisonniers du passé a tout du parfait mélo, saupoudré d’amour impossible, pas si loin de Lettres d’une inconnue (chef d’œuvre) de Max Ophuls. Le problème avec le mélo c’est ce qu’il faut y croire pour que ça fonctionne, ce qui est loin d’être le cas ici, la faute à un scénario fort de café qui mise sur une double amnésie : Une femme rencontre un officier de la première guerre, amnésique échappé d’un asile. Ils s’enfuient et se marient. A défaut de recouvrer sa mémoire d’avant-guerre, l’homme retrouve toutes ses capacités intellectuelles. Mais un jour il est renversé par une voiture. Je vous le donne en mille : Il oublie tout ce qu’il a vécu après-guerre mais recouvre sa mémoire d’avant. Je veux bien que l’amnésie soit un ressort romanesque idéal, mais ici ce n’est plus un ressort mais un moteur et comme on n’a du mal à y croire, il ne reste pas grand-chose à quoi se raccrocher. Et le film est beaucoup trop long. Mais peut-être étais-je mal luné, c’est tout à fait possible, aussi.

La fille de l’eau – Jean Renoir – 1925

33. La fille de l'eau - Jean Renoir - 1925Gudule sauvée de l’oncle.

   6.0   Bien qu’il ait été semble-t-il fait pour son actrice et compagne Catherine Hessling, La fille de l’eau n’en demeure pas moins un bel essai pour Renoir : Prélude/inspiration à L’Atalante, de Jean Vigo, notamment durant les premières minutes se déroulant sur une péniche. On pense aussi beaucoup à Epstein, pour cette séquence principalement qui tend à mélanger le rêve éveillé et le cauchemar, le drame et le burlesque. La fille de l’eau s’ouvre sur un plan d’eau, une rivière, qui pourrait être un plan de la fin de Partie de campagne ou de celle de Boudu sauvé des eaux. On peut donc dire que le premier plan du cinéma de Renoir – En mettant de côté son tout premier film, coréalisé, qu’il est impossible de voir – est un plan d’eau. Il annonce quasi toute son œuvre. La fille de l’eau, certes maladroit dans sa globalité (jusqu’au jeu de Catherine Hessling et son côté sauvage dévoré par ses incessantes grimaces) est un film passionnant sur plein d’aspects dans la mesure où l’on sent Renoir en rodage, s’essayer au burlesque, au mélodrame, à la narration ample et aux rencontres (Gudule et son père, Gudule et son oncle, Gudule et le braconnier, Gudule et le garçon de bonne famille) mais surtout au réalisme poétique d’un Chaplin : Gudule, si elle évoque d’autres personnages Renoirien à venir (notamment ceux joués par Michel Simon) rappelle surtout les Charlot vagabond et consorts. A noter que la copie à ma disposition étant totalement dépourvue de bande sonore, j’ai choisi d’accompagner le film avec un disque de ma collection, ici le Passagenweg de Pierre Yves Macé, choix surprenant dans la mesure où c’est plutôt un disque urbain quand La fille de l’eau est un film rural. Et pourtant c’était très bien, complémentaire, ça accentuait la dimension onirique, offrant des transitions magiques et de belles correspondances hasardeuses.

La cinquième vague (The 5th Wave) – J Blakeson – 2016

34. La cinquième vague - The 5th Wave - J Blakeson - 2016

Laids autres.

   3.0   Après le réussi autant qu’il était prometteur La disparition d’Alice Creed (huis clos avec Gemma Aterton qui la révélait) on retrouve J.Blakeson aux commandes de ce truc poussif et passe-partout, film d’invasion très dans l’air du temps, rejouant un post apo à la sauce teen movie (quelque part entre Le labyrinthe et The walking dead) alors qu’il a tout pour s’offrir un trip plus sombre façon La guerre des mondes. Trop de paramètres négatifs là-dedans : Le fait que déjà, le film soit l’adaptation d’une série de romans pour adolescents ; Chloë Grace Moretz aka la fille de Kick-ass en rôle central ; Des effets spéciaux absolument navrants : Notamment un tsunami aussi ridicule que le requin de Sharknado, vraiment ; Et surtout c’est écrit n’importe comment, rien ne fonctionne, tout est ultra prévisible, on comprend chaque ressort scénaristique en deux secondes, les personnages n’ont jamais de réaction crédible, et le film te brosse un triangle amoureux complètement improbable avec des scènes de mecs torses nus accompagnées de musique lénifiante, frisson de la honte absolu. Il reste cette idée de vagues provoquées par l’invasion extra-terrestre, qui méritait mieux qu’une simple revisite sans âme du cinéma de genre récent : Première vague (apparition d’un vaisseau et d’une impulsion électromagnétique) entre District 9 et Skyline ; Deuxième vague (sous formes de catastrophes naturelles) imitant San Andreas ou The Wave ; Troisième vague (épidémique) lorgnant du côté de World War Z ou Contagion. Etc. C’est que ça. Zéro originalité. On a déjà vu ça ailleurs et en mieux. D’autant que la partie plus intime, celle qui devrait nous intéresser, reproduit plutôt Hunger games dans ses pires moments, ou Divergente dans ses meilleurs. Il manquera toujours une vision, de celle qui extirperait le film d’une adaptation soit trop décalquée soit trop sclérosée. Afin de passer le temps on scrute le casting et on se surprend à voir Maika Monroe (qui après It follows aura donc tourné dans la suite d’Independence day puis ça : Le CV dégueulasse, d’un coup), Liev Schreiber et Maria Bello, méconnaissable.

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